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Interrogations sur le patriotisme corse de Napoléon


Interrogations sur le  patriotisme corse de Napoléon
Photo Florent Selvini



CORSE-MATIN

https://www.corsematin.com/
3 octobre 2021

 
À Capitello, Core in Fronte s’attaque à Napoléon


LAETITIA GIANNECHINI
 

Les indépendantistes ont accolé une nouvelle plaque sur celle qui avait été érigée par la mairie de Grosseto-Prugna.

La formation indépendantiste donnait hier une conférence de presse sur cette plage de Porticcio. Critiquant le « révisionnisme » d’une plaque commémorative relative au départ de Napoléon, Core in Fronte a livré sa version de l’événement.

Récit d’une action très politique

Le ton était donné peu avant le début de la conférence de presse, samedi matin sur la plage de Capitello. S’éloignant de la joyeuse assemblée, un membre du groupe Core in Fronte observe la ville d’Ajaccio, de l’autre côté du golfe. « C’est une ville corse, ça ? », fait-il mine de s’interroger.
Peu après, s’adressant aux journalistes, Luc Bernardini  fustigera l’attitude de « ceux qui, en politique, se servent de Napoléon Bonaparte pour affirmer le fait français ». À ces paroles, Core in Fronte a choisi de joindre un acte, voulu comme symbolique. Ainsi, sur la plaque commémorant le départ de Napoléon depuis la plage de Capitello, les indépendantistes ont apposé une nouvelle plaque, plus en adéquation avec l’Histoire qu’ils défendent.

La première plaque avait été déposée le 17 septembre dernier, à l’occasion des journées du patrimoine, et à l’initiative de la mairie de Grosseto-Prugna, dirigée par l’élue de droite Valérie Bozzi. Jusqu’à hier, sous une figure de Napoléon coiffé de son bicorne, et découpée dans le métal par le ferronnier Medhi Souissi, on pouvait lire : « Le 11 juin 1793, c’est d’ici que Napoléon Bonaparte quitta la Corse en bateau avec sa famille pourchassé par ses ennemis. »

« C’est lui qui a trahi la Corse ! Et les Corses l’ont mis dehors »
« Remise en perspective politique »
Si, pour Core in Fronte, cet événement est « insignifiant dans l’histoire de la Corse », le récit qu’en a fait la mairie de Porticcio n’était visiblement guère de leur goût. « Il n’a pas fui la Corse pourchassé par ses ennemis. C’est lui qui a trahi la Corse ! Et les Corses l’ont mis dehors », affirme Luc Bernardini, qui parle de « révisionnisme ». La nouvelle plaque en plastique, déposée à grand renfort de pistolet à colle, stipule ainsi : « Le 11 juin 1793, c’est d’ici que Napoléon Bonaparte a fui la Corse en bateau avec sa famille, pourchassé par les forces patriotiques corses. »

Contactée pour réagir au sort réservé à cette nouvelle plaque par Core in Fronte, la maire de Grosseto-Prugna, Valérie Bozzi, n’était pas joignable hier. Pour le mouvement indépendantiste, qui se présente comme garant de l’héritage de Pascal Paoli, cette correction s’inscrit davantage dans le registre politique que sémantique, ou même historique. « On fait un travail de remise en perspective politique », assure Luc Bernardini, qui s’étonne qu’ « au XXIe siècle, il y ait toujours des gens qui sont dans l’idée d’une Corse pro française ». Mais le message ne s’adresse pas qu’à la droite insulaire. « Il est, depuis quelques années, devenu de bon ton de considérer, même au sein du mouvement national, que Napoléon Bonaparte doit être présenté comme un des personnages les plus importants de l’histoire de notre pays, voire, par un tour de magie, reprenant quelques écrits, comme un patriote corse », critique Core in Fronte. Luc Bernardini critique une « visée politique pro française ».

Réponse de Jean-Guy Talamoni

Parmi les « quelques écrits », figure sans aucun doute la lettre d’Auxonne à Paoli, rédigée le 12 juin 1789. « J’espérai quelque temps pouvoir aller à Londres, vous exprimer les sentiments que vous m’avez fait naître », y écrit-il notamment. Questionnés sur les personnalités politiques visées par cette critique, les indépendantistes se montrent évasifs. On peut toutefois y lire une allusion à peine déguisée à la démarche entreprise par Jean-Guy Talamoni en 2014, qui associait la  Collectivité de Corse et l’Université au sein du projet scientifique Paoli-Napoléon. Un chantier qui entendait notamment montrer l’influence du « Babbu » sur l’imaginaire politique de Napoléon. Joint par Corse-Matin, l’ancien président de l’Assemblée de Corse assure néanmoins qu’il « ne se sent pas visé ». S’il ne commente ni la démarche de la mairie de Grosseto-Prugna, ni celle de Core in Fronte, Jean-Guy Talamoni insiste sur la nature universitaire et scientifique du travail engagé, mais aussi sur sa position, qu’il veut nuancée. « Je n’ai jamais manqué de dire que Napoléon avait rétabli l’esclavage et envoyé Morand en Corse », se défend-il, présentant ces deux événements comme « des péchés irrémissibles ». « Napoléon a été un patriote corse à 20 ans, puis un traître quand il a envoyé Morand ! » Jean-Guy Talamoni revient également sur les débats qui ont agité l’Assemblé de Corse concernant le bicentenaire de la mort de Napoléon. « Certains élus voulaient le célébrer, d’autres auraient souhaité qu’on n’en parle pas », rappelle-t-il, expliquant avoir opté pour la commémoration. Reste qu’à travers la figure de Napoléon, le chantier scientifique engagé en 2014, entendait précisément tirer parti de la notoriété de l’Empereur, pour mettre en lumière l’héritage politique de… Paoli