kalinka-machja CERCLE CULTUREL ET HISTORIQUE CORSE-RUSSIE-UKRAINE

L’UKRAINE, UN ESPACE AUX CONFINS DES EMPIRES. (article de Thomas Flichy de la Neuville) (reproduit) .



Le  conflit militaire Russie-Ukraine se caractérise, en France,  par un "narratif" officiel "étatique" complaisamment relayé, voire même accentué par les médias mainstream.
Le moins que l'on puisse dire est  que la vérité, la neutralité et l'objectivité ne sont pas les principes directeurs du matraquage qui nous est asséné en guise  d'information sur les réalités de la belligérance.
Aussi, un texte comme celui  de Thomas  Flichy de La Neuville, basé notamment sur un rappel des réalités historiques de l'Ukraine,  constitue-t-il dans l'univers orwellien de conditionnement par l'émotion et la désinformation que nous subissons actuellement, une sorte d'antidote salutaire. 
J.M

 
 

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L’UKRAINE UN ESPACE AUX CONFINS DES EMPIRES


Thomas Flichy de La Neuville, chercheur à l’Université de Poitiers – Institut d’Histoire du Droit, titulaire de la chaire de géopolitique de Rennes School of Business.


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Après quelques semaines de combats, les brumes se sont singulièrement épaissies au-dessus des plaines d’Ukraine confondant amis et ennemis,morts et vivants. Sur le théâtre des combats, la rumeur joue désormais le premier rôle. Aux quelques-uns qui prétendent l’ignorer, elle déclare hautement : « Ouvrez l'oreille ; car qui de vous voudrait faire le sourd, quand parle la bruyante Rumeur ? C'est moi qui de l'orient au couchant, faisant du vent mon cheval de poste, divulgue sans cesse les actes commencés sur ce globe terrestre. Sur mes langues voltigent continuellement des fictions que je traduis dans tous les idiomes et qui remplissent les oreilles des hommes de faux bruits. Je parle de paix, tandis que l'hostilité secrète déchire le monde, sous le sourire de la tranquillité. Et quel autre que la Rumeur, quel  autre que moi hâte les levées d'hommes alarmées et les préparatifs de défense ? La Rumeur est une flûte où soufflent les soupçons, les jalousies, les conjectures : instrument si aisé et si simple que le rude monstre aux innombrables têtes, la discordante et indécise multitude peut en jouer »
Vous l’avez entendu, les modulations de la rumeur génèrent des imitations à l’infini tandis que nait une contre-imitation en écho. Pour éviter que ces chants de sirène ne nous précipitent dans l’abîme, nous prions Ulysse notre auditeur de s’attacher, pour une heure au mât de l’histoire.
Notre capitaine ainsi posté pourra ordonner à l’un de ses marins de grimper dans les haubans afin de contempler la vue au-delà de l’écume des flots déchainés. Cette vigie pourra apercevoir l’Ukraine, une région des confins disputée depuis plus de mille ans entre ses voisins orientaux et occidentaux. Les yeux rivés sur l’affrontement militaire et son issue incertaine, nous avons en effet la folie de négliger toute interrogation sur sa finalité. Pourtant, « c’est une chose déplorable de voir tous les hommes ne délibérer que des moyens et point de la fin » nous avertit Blaise Pascal. En Ukraine, la fragilité institutionnelle de l’État explique que ces marches aient été disputées entre un nord-ouest orthodoxe sous influence polonaise et lituanienne et un sud-est jadis soumis aux Ottomans puis colonisé par l’Empire russe. Kiev, point d’interrogation sur le Dniepr est à la jointure entre ces deux mondes.
 
LES SURSAUTS MILITAIRES DE L’ESPACE DES CONFINS
 
Richesse agricole, les scythes laboureurs.

La Bosphoranie, royaume Scythe hellénisé qui se forma autour du lac Méotide devint un État client des Romains dès le Ier siècle de notre ère. La richesse agricole de l’Ukraine avait en sontemps frappé Hérodote qui évoque les Scythes laboureurs installés sur les terres agricoles exceptionnellement riches qui bordent une grande partie de la mer noire. Ces populations fournissaient alors la moitié du blé que consommait Athènes, tandis que les archers scythes y assuraient la police des marchés avec le statut d’asservis. Ainsi, malgré l’écart immense qui sépare l’Antiquité gréco-scythe de la période contemporaine, il existe une continuité quant à la production et au commerce des céréales : les anciennes monnaies en or qui représentent à l’avers un Scythe et au revers un épi de blé, reflètent bien ces échanges. De la richesse des plaines d’Ukraine purent naître des villes florissantes.

La construction militaire viking apogée de l’Ukraine

Au VIIIe siècle, le commerce des Vikings orientaux fédéra les différentes tribus slaves. Au xe siècle, Kiev fut prise aux Khazars par le viking Oleg le Sage, fondateur d’un État des rameurs.
Ce fut l’âge d’or de sa capitale, Kiev. Le territoire de la Rus’ couvrait alors le Nord de l’actuelle Ukraine ainsi que la Biélorussie et l’Ouest de la Russie. De Rous’ viennent la dénomination des Russes, mais aussi celle des Ruthènes désignant les Ukrainiens occidentaux. Au XIe siècle, laRus' de Kiev était le plus vaste État d’Europe. En 988, sous le règne de Volodymyr le Grand, un missionnaire grec, Cyrille, convertit l’aristocratie kiévienne et la majorité de la population au christianisme. Sous le règne de Iaroslav le Sage, le prestige de l’État kiévien atteignit son apogée : il s’étendait de la Baltique à la mer Noire et du confluent de l’Oka avec la Volga jusqu’aux Carpates septentrionales. Iaroslav fut un grand bâtisseur, c’est lui qui fit construire la célèbre cathédrale Sainte-Sophie à Kiev, et un grand législateur. Kiev fut saccagée par les Tatars et Mongols en 1240 puis le souvenir de cet État disparut.

La Nation cosaque contre la Pologne ou la Russie
 
La première renaissance régionale se fit jour durant la domination lithuano-polonaise, à partir du
XVe siècle : les Cosaques, ces paysans ruthènes orthodoxes qui refusaient l’assimilation aux
Polonais catholiques s’émancipèrent. Le royaume de Pologne les tolérait et les utilisa contre les Tatars, puis, à partir du XVIe siècle, contre les Turcs ottomans, devenus suzerains des Tatars de Crimée. Au XVIe siècle, plusieurs soulèvements cosaques eurent lieu contre la noblesse polonaise dont le plus célèbre fut mené par le Hetman cosaque Severyn Nalyvaïko en 1594. L’hetman Petro Sahaïdatchnyi contribua à la création d’un centre culturel à Kiev et chercha à unifier l’armée cosaque avec la noblesse et le clergé ruthènes. En 1648, l’hetman Bohdan Khmelnytskyi se souleva à son tour contre la Pologne. Le 16 mai, allié aux Tatars de Crimée et aux Russes de Moscou, il battit les Polonais à Jovti Vody et le 26 mai à Korsoun. Le début de la guerre de libération ébranla les fondations et la stabilité de l’union lituano-polonaise. Ce soulèvement aboutit finalement à la naissance d’un territoire cosaque autonome appelé Ukraine c’est-à-dire les Marches dans le bassin du Dniepr, entre la Pologne et la Russie. L’Ukraine de la Rive Gauche fut intégrée à la Russie en tant qu’hetmanat cosaque par le traité de Pereïaslav en 1654 et la guerre russo-polonaise qui s’ensuivit. Les Cosaques combattirent la Pologne et plus tard la Russie pour leur indépendance. Au tournant du XVIIIe siècle, l’Hetmanat figurait parmi les pays les mieux alphabétisés de toute l’Europe, avec des écoles dans la plupart des villages.

La résurrection régionaliste du XIXe siècle

Un mouvement de renaissance régionale se fait jour à partir du milieu du XIXe siècle. SaintPétersbourg estime que ce mouvement est manipulé par les Polonais. Des cercles nationaux sont donc supprimés et il est prohibé d’imprimer en ukrainien. La culture ukrainienne connaît toutefois une renaissance au milieu du XIXe siècle, en parallèle du mouvement régionaliste à la même époque en Europe. Ce mouvement est concentré dans les régions de la Ruthénie, de la Volhynie ou de la Podolie et autour de Zaporijjia. C'est alors qu'apparaît de plus en plus le terme d'Ukraine, terme employé surtout dans la langue ecclésiastique depuis le XVIe siècle et relancé par les intellectuels à la fin du XIXe siècle. Le pouvoir impérial russe ne connaît pas ce terme d'Ukraine. Il ne reconnait que différentes provinces - gouvernement de Kiev, gouvernement de Tchernigov, Gouvernement de Iekaterinoslav, gouvernement de Kherson - au sein de plusieurs entités : Petite Russie, Nouvelle Russie (correspondant en partie aux territoires enlevés à l'Empire ottoman), parties de la Bessarabie, etc. En 1876, l'Empire interdit la langue ukrainienne dans les écoles, et la limite dans les journaux et la littérature. Cette limitation provoque en retour une revendication idéologique qui permet de comprendre l'opposition linguistique actuelle. Les différentes formes d'ukrainien ne sont plus parlées que par une frange de la paysannerie et certains cercles cultivés de régionalistes : instituteurs, universitaires, ecclésiastiques. Leonid Pljušč, dans son livre Le carnaval de l'histoire, nous a laissé une chronique de sa propre transformation en Ukrainien.

L’Ukraine pays des confins et synthèse inachevée
 
Les pays ruthènes ont toujours été les confins de quelqu'un : du vaste Grand-Duché de Lituanieaux XIIIe - XVe siècles, de la République bicéphale de Pologne-Lituanie du XVe au XVIIIe siècle, de l'Empire russe, puis soviétique, du XVIIIe au XXe siècle, de l'Empire d'Autriche aux XVIIIe et XIXe siècles et enfin de l'Empire ottoman ou de la Horde d'or aux XVIIe et XVIIIe siècles.
L'Ukraine, située aux confins des deux aires culturelles gréco-byzantine et occidentale, légitime membre de l'une et l'autre, a aspiré tout au long de son histoire à une synthèse vivante de ces deux traditions. Ce fut un grand dessein, mais il est indéniable que l'Ukraine n'a pu l'accomplir jusqu'au bout. Dans les moments marquants de son histoire, tels que l'époque de la Rus' de Kiev et de la République cosaque du XVIIe siècle, l'Ukraine est presque parvenue à opérer une telle synthèse.
Bien que ces époques aient été riches d'opportunités et de succès partiels, dans les deux cas, la synthèse finale n'a pas abouti, l'Ukraine ayant succombé à des pressions extérieures excessives et à son déchirement interne. En ce sens, l’on peut dire que ce grand dessein, vocation historique du peuple ukrainien, est encore inachevé.

L’histoire du droit comme témoin de l’autonomie partielle
 
L’histoire du droit et des institutions ukrainiennes témoignent d’ailleurs de cette difficulté lancinante : l’indépendance est rare, et l’autonomie difficilement acquise. La première tentative de mettre en place une autonomie locale en Ukraine remonte au Moyen âge à l’échelle des villes, dans lesquelles était appliqué le droit de Magdebourg. Partiellement conservée sous la République Cosaque, l’autonomie disparaît au moment de l'unification de l'Ukraine et de la Moscovie et de la disparition de l'État Hetman. Cependant, dans la seconde moitié du XIXe siècle, un processus de restauration de l'autonomie locale est amorcé avec l'introduction du système de Zemstvo et l'adoption de nouveaux quasi-statuts urbains, premiers éléments de démocratie représentative. La réanimation du processus se poursuit dans les dernières années d'existence de l'Empire russe. Sous la République populaire ukrainienne, l’on tente de réintroduire l'autonomie locale mais par la suite, et pendant toute la période communiste, le terme même d'autonomie locale disparaît. Le pouvoir des conseils est considéré alors comme l'acquis le plus démocratique du système socialiste même s'il relève en réalité du Parti communiste qui n'accepte aucune opposition. Seules les premières élections, en 1990, des députés et des conseils locaux de la République socialiste soviétique d'Ukraine permettent la reconnaissance de l'autonomie locale.
 
LES TENTATIVES RUSSES DE COLONISER LE SUD-EST DE L’UKRAINE
 
La Russie tiraillée entre l’eurasisme et le byzantinisme
 
Si l’indépendance de l’Ukraine ne fut que très marginale à travers le temps, c’est en partie en
raison de sa proximité avec la Russie. Il ne faudrait pas s’imaginer pour autant que la conquête de l’Ukraine soit une priorité pour la Russie dont l’imaginaire est tiraillé entre l'eurasisme et le byzantinisme. Le premier tropisme l’entraîne vers l’Orient et le second vers le Midi. Au cours des trente dernières années, l'axe eurasien l’a emporté, ce qui a généré un certain désintérêt de laRussie pour l'Ukraine, en dépit des péripéties politiques.

L’Ukraine comme matrice
 
L’une des raisons pour lesquelles l’armée russe répugna à bombarder Kiev pendant les premières semaines de la guerre était simple : Kiev est la mère des villes russes, l’antique matrice de la Russie et le lieu de son baptême. Les fils ne peuvent exécuter leur mère. Ils doivent rentrer désarmés dans le sein de leur mère quitte à périr dans cette épreuve. La petite Russie est en effet à la grande Russie ce qu'était Graecia minor à Graecia major (la Sicile avec Syracuse). Autrement dit, la Russie serait désignée « grande » parce qu'elle est une colonie essaimée de Kiev. On peut défendre bien des thèses contradictoires lorsqu'il s'agit d'une imbrication historique et culturelle aussi étroite que celle d'Ukraine et de Russie. On peut soutenir que l'Ukraine, lors de son  annexion en 1654, était plus civilisée, plus européenne que la Moscovie, et l'on aura raison. La Bible d'Ostrog, les écoles gréco-slaves, la confrérie de Kiev fondée par l'hetman Sahajdačnyj, l'Ecole slavo-roussienne et grecque de Kiev, appelée à devenir la célèbre Académie formée par le métropolite Petr Mohyla (1596-1647) marquent alors la suprématie de l'Ukraine dans le domaine de l'instruction et de la théologie et philologie. La Russie impériale aurait-elle commis l’erreur de s'agréger des marches plus civilisées qu'elle-même ? Toujours est-il que les grands Slavophiles russes n'ont pas fait la différence entre les branches héritières de la Rus'. En effet Kiev sera peutêtre, sera un jour la nouvelle capitale à venir de l'empire chrétien russe. L’antique matrice reviendra alors au centre.

L’Ukraine comme frère jumeau de la Russie
 
Il existe également une seconde métaphore caractérisant la relation entre la Russie et l’Ukraine : le Russe et le Petit-Russien seraient des jumeaux. Il est vrai que Moscou et Kiev sont consanguins : le premier héritage commun est la brillante civilisation russienne, cette architecture des dix mille églises d'avant l'invasion mongole, ces monastères, psautiers enluminés, l'Évangéliaire ďOstromir calligraphié en 1056-1057, l'énorme production de livres sacrés. C'est sans doute de la prise de Kiev par les Tatars en 1240 que date la différenciation de l'Ukraine future. Consciente de cette gémellité, la Russie accuse la nourrice occidentale d’avoir élevé l’Ukraine, son clone afin qu’il assassine son frère jumeau plus tard. Toujours est-il que les plus grands lettrés ukrainiens sont biculturels : la galerie de monstres des Âmes mortes de Nicolas Gogol, incarne cette polyvalence impériale de la culture classique russe.

L’Ukraine comme espace de colonisation russe

La fin du XVIIIe siècle fut marquée par la poussée russe sur les bords de la mer noire. L’impératrice Catherine II avait en effet conçu un « projet grec » : la Russie revendiquait une filiation directe et donc une légitimité impériale sur Byzance et la chrétienté orthodoxe des Balkans. Plusieurs éléments en témoignent, par exemple les noms grecs donnés symboliquement aux cités nouvelles de la Crimée et de la « Nouvelle Russie », que l’impératrice avait conquises de haute lutte sur l’empire ottoman. Il suffit de penser à Kherson (l’antique Chersonèse) et à toutes les cités dont le nom se terminent par la syllabe pol(is) – Sébastopol, Simferopol, Tiraspol, Marioupol, etc. Il en va de même pour Odessa, dont le nom a été calqué sur celui d’Odessos, mais au féminin selon le vœu prêté à Catherine. Celle-ci voyait d’ailleurs en son deuxième petit-fils le futur Empereur d’Orient, raison pour laquelle elle aurait choisi le prénom de Constantin.
Dès cette époque en effet, des colons de différentes ethnies commencèrent à peupler la région septentrionale du littoral de la mer Noire. Leur arrivée fut indissolublement liée au refoulement de l’agression turco-tatare et à la lutte de l’Empire russe pour l’accès à la mer Noire. En 1752, le gouvernement autorisa des colons militaires serbes à peupler les régions de la rive droite du Dniepr jusqu’à Sinjuha à l’ouest à Tjasmin au nord et aux hauts Ingul et Ingulz au sud. Durant la guerre 1768-1774, les liens de la Russie avec les peuples de la péninsule balkanique, de la Crimée et du Caucase asservis par la Turquie se consolidèrent. En 1775, des volontaires valaques, bulgares, serbres, moldaves, qui avaient servi sous les drapeaux du gouvernement russe, furent installés sur des terres frontalières le long du Boug méridional. Dans ce midi russe, tout prend des dimensions homériques. L'Ukraine est en effet pour la Russie une énorme réserve d'antiquité, d'homérisme, une Provence imparfaitement liée aux espaces septentrionaux. C’est ainsi que la Novarossia fut massivement colonisée par les Russes à la fin du XVIIIe siècle. Région très cosmopolite et vivante, abritant de fortes communautés juives et protestantes, cet espace maritime et commercial fut confié à l’administration du Duc de Richelieu sous le premier Empire. Il s’agissait d’une façade très occidentalisée au sein de laquelle Odessa faisait figure de Marseille russe. Cette fenêtre sur la mer fut le pendant méridional de Saint-Pétersbourg. Elle permit à l’Empire russe, handicapé par son déficit maritime de se connecter au grand large. Dans la partie orientale de l’Ukraine l’administration impériale russe tenta d’implanter des propriétaires russes à la place des latifundiaires polonais entre 1864 et 1895. Le catholicisme resta d’ailleurs dans la mire du pouvoir tsariste jusqu'en 1917.
 
Lorsque la France appuie la Russie impériale
 
François-René de Châteaubriand qui consacra un long passage de ses Mémoires d’Outre-Tombe à la question russe. De son point de vue, si la France devait un jour sortir de la neutralité elle devrait se défier de se rapprocher de la puissance commerçante britannique :« Penserions-nous à nous attacher l'Angleterre afin qu'elle accourût à notre secours si jamais nos affaires intérieures venaient à se brouiller ? Dieu nous garde d'une telle prévision et d'une intervention étrangère dans nos affaires domestiques ! L'Angleterre, d'ailleurs, a toujours fait bon marché des rois et de la liberté des peuples ; elle est toujours prête à sacrifier sans remords monarchie ou république à ses intérêts particuliers »
Il poursuit, « si la France était obligée de sortir de sa neutralité, de prendre les armes pour un parti ou pour un autre, les intérêts généraux de la civilisation, comme les intérêts particuliers de notre patrie doivent nous faire entrer de préférence dans l’alliance russe ». En effet,« Il y a sympathie entre la Russie et la France ; la dernière a presque civilisé la première dans les classes élevées de la société ; elle lui a donné sa langue et ses mœurs. Placées aux deux extrémités de l'Europe, la France et la Russie ne se touchent point par leurs frontières ; elles n'ont point de champ de bataille où elles puissent se rencontrer ; elles n'ont aucune rivalité de commerce, et les ennemis naturels de la Russie sont aussi les ennemis naturels de la France. En temps de paix, que le cabinet des Tuileries reste l'allié du cabinet de Saint-Pétersbourg, et rien ne peut bouger en Europe »

La France hésita ainsi entre deux postures opposées : une posture conquérante consistant à s’allier à l’Ukraine afin d’affaiblir le Tsar et une posture libérale se réduisant à entretenir de bonnes relations avec la Russie afin de faire prévaloir ses propres intérêts contre ceux del’Angleterre.
 
La campagne de 2022 comme poursuite de la colonisation
 
La séparation entre l’Ukraine et la Russie est vue par Moscou comme une privation d’avenir. En effet, la Russie est avant tout un ensemble culturel, une koinè où le russe joue le rôle du grec classique. Dans ce contexte, le schisme ukrainien est vu comme une impasse pour les deux parties. Ceci explique le désir russe de réunification.
 
La campagne militaire de 2022 peut donc être interprétée comme la poursuite du projet de colonisation. A l’évidence le déclenchement des hostilités par la Russie s’explique par les rivalités entre les Siloviki de l’appareil militaire et les diplomates.
Les humiliations successives subies par les Russes en Ukraine ont en effet poussé les militaires à prendre l’initiative d’une telle opération. Leur désir de revanche a vaincu le désespoir des diplomates. Vladimir Poutine les a donc déchainés alors qu’il les maintenait jusqu’à présent sous bonne garde. Ces militaires ont pris l’initiative radicale de couper les derniers liens reliant la Russie à l’Europe occidentale, sans se soucier qu’il en résulterait pour les Russes une diminution de niveau de vie allant de 30 à 50 %.
 
Quant aux conditions fixées par les Russes pour l’arrêt des combats, elles sont finalement assez simples : la reconnaissance de l’indépendance des deux républiques séparatistes avec leur oblast complet, la reconnaissance par l’Ukraine du rattachement de la Crimée à la Russie, la démilitarisation de l’Ukraine et par conséquent sa non appartenance future à l’OTAN même si la Russie accepterait qu’elle puisse rentrer dans l’Union Européenne. Or le grand paradoxe de la campagne d’Ukraine est que la Russie s’est lancée dans une campagne de type otanien : des frappes préalables, un raid blindé, un succès militaire rapide générant une régression politique de la Russie sur la longue durée.
 
 
LA TENTATION OCCIDENTALE DE S’EMPARER DU NORD-OUEST UKRAINIEN
 
Pologne des Piast contre Pologne des Jagellons
 
Durant le XIVe siècle, les Polonais et les Lituaniens combattirent les Mongols et finalement toute l’Ukraine du nord-ouest passa sous l’autorité de la Pologne-Lituanie, qui annexa Kiev en 1362.
La noblesse d’Ukraine occidentale fut souvent polonisée. La législation polonaise fut introduite en Ukraine occidentale en 1434. Si la Pologne mena une politique relativement tolérante vis-à-vis de l’orthodoxie, elle favorisa le catholicisme qui progressa dans les territoires occidentaux de l'actuelle Ukraine. Une partie du haut-clergé orthodoxe fut tentée par le rapprochement avec Rome. Le métropolite de Kiev et une partie du haut-clergé, en réaction contre les interventions réformatrices du patriarche de Constantinople, se rallia à Rome lors du concile de Brest-Litovsk en 1596. L'Union de l'Église de la Rus' de Kiev avec Rome forma l'Église grecque-catholique ukrainienne faisant partie des uniates. Cette polonisation fit naître deux courants antagonistes : la vision des Piast, les rois de la première dynastie, et la vision des Jagellons, qui régnèrent depuis Ladislas Jagellon et l'union polono-lituanienne jusqu'à la fin du XVIe siècle. La Pologne des Piast, c'est une Pologne ethnique. La Pologne des Jagellons, c'est une Pologne multinationale, une Res Publica unissant plusieurs nations.
 
Dans les premières années du XXe siècle, les représentants de ces deux lignes intellectuelles et culturelles furent, d'une part, Roman Dmowski, l'idéologue du mouvement nationaliste, et, d'autre part, Josef Pilsudski, qui fut le représentant de l'idée fédéraliste.
 
Lorsque la France appuie l’Ukraine pour affaiblir la Russie
 
Dans les moments où la France eut l’ambition d’abattre le colosse russe, elle soutint l’Ukraine.
Tour à tour, Mazarin, Vergennes, Choiseul, Hauterive, Antoine de Saint-Joseph et Talleyrand,
s'intéressèrent à ce pays, et entretinrent des relations suivies avec les chefs ukrainiens afin de maintenir la mer Noire ouverte aux flottes de commerce françaises et mettre à la disposition de la France les prodigieuses richesses de ce gigantesque grenier à blé. L’affaiblissement de la puissance russe ne pouvait se faire qu'en détachant l'Ukraine de Moscou et en ouvrant la mer Noire aux flottes de commerce françaises. Ce plan caressé par Vergennes et Choiseul, repris et amplifié par Hauterive et Antoine de Saint-Joseph, fut adopté par Napoléon, le jour où l'évolution de la situation européenne rendit inévitable un duel avec le tsar Alexandre. Refaire un État cosaque indépendant sous le nom de Napoléonide, s'ouvrir une route vers les Indes à travers l'Ukraine et le Caucase, mettre à la disposition de la France, les énormes réserves de blé, de chevaux et d'hommes que contenait cette région aux espaces illimités, tels étaient les rêves tumultueux qui hantaient le vainqueur d'Austerlitz.
 
Prosper Mérimée et la cosaquophilie
 
Au sein de la société littéraire, le tropisme ukrainien prend la forme de la cosaquophilie. Mérimée avec ses « Cosaques de l’Ukraine » de 1854 peut être tenu pour un précurseur : l’écrivain, nommé sénateur en 1853 contribua au début de la guerre de Crimée à la « politique des nationalités ». Mérimée fit la connaissance de Gogol dans le salon parisien d’Alexandra Smirnova-Rosseti en 1837. En septembre 1848, le bibliophile Sobolevski que Mérimée connaissait depuis 1830 lui recommanda de lire Gogol et de traduire la prose de Pouchkine. Il écrit : "Nos flibustiers du XVIIe siècle ont bien des traits de ressemblance avec les Zaporogues, et l’histoire des uns et des autres conserve le souvenir de prodiges d’audace et de cruautés horribles […] Je suis de ceux qui goûtent fort les bandits, non que j’aime à les rencontrer sur mon chemin ; mais, malgré les Tatars de Crimée et moi, l’énergie de ces hommes en lutte contre la société tout entière m’arrache une admiration dont j’ai honte".
Compte tenu de l’hostilité générale vis-à-vis de la Russie tenue pour le bourreau des Polonais, accusée en outre de visées impérialistes sur Constantinople et la route des Indes, il est compréhensible que Prosper Mérimée, proche du nouveau pouvoir impérial établi par Napoléon III, ait décidé de proposer aux lecteurs français une autre composante du vaste empire russe, plus sympathique à ses yeux que la défunte Pologne, l’Ukraine avec ses intrépides Cosaques si longtemps tenus pour les champions de la liberté dans cette partie du monde slave.
 
Avant 2022, les États-Unis tout comme l’OTAN étaient en échec. La puissance américaine, qui se voit elle-même comme un empire romain finissant, est en net recul. Sa principale erreur a consisté à s’opposer à trop d’ennemis à la fois. Il eût été loisible à l’Amérique de s’opposer à la Chine si elle s’était adjointe la Russie auparavant. Mais cette tentative a piteusement échoué. Ceci est d’autant plus dommageable que la Russie et la Chine se méfient l’une de l’autre. Toujours est-il que l’Amérique finissante est placée sous le signe d’un paradoxe : elle reste au centre du jeu géoéconomique de par sa faculté à créer de la monnaie à partir de rien. Toutefois, la quasi-totalité des guerres lancées depuis 1945 ont été perdues.
 
Revenons à ce sujet sur les campagnes de l’OTAN, alliance se fixant pour objectif de garantir la paix. Les bombardements aériens au-dessus de la Serbie en 1999 n’aboutirent à aucun règlement politique durable dans les Balkans. La campagne d’Afghanistan à compter de 2003, semi-réussite militaire about à un échec politique majeur puisque le pouvoir fut remis à ceux-là même que l’on prétendait combattre. La mission de formation menée par l’OTAN en 2004 fit le nid de l’État islamique, avec les conséquences désastreuses que l’on connait.

Quant à la campagne de Libye de 2011, elle déstabilisa l’ensemble du Sahel. Sur terre, l’échec politique de l’OTAN est donc total depuis trente ans. C’est moins vrai sur les océans où plusieurs opérations de lutte anti-piraterie furent mises en œuvre avec succès. Quiconque ouvre un livre d’histoire peut ainsi parfaitement se rendre compte que l’organisation de l’atlantique nord, grande bureaucratie acéphale, est incapable de garantir la paix continentale en raison d’une déconnexion profonde entre la conduite technique des opérations militaires et le cerveau politique paresseux qui a négligé de fixer une finalité aux moyens déployés. Or voici qu’une opportunité exceptionnelle se présente pour les États-Unis :
achever de vassaliser l’Europe occidentale tout en allumant un couloir de feu entre l’Usine européenne et les réservoirs énergétiques russes. L’occasion n’est que trop belle pour une puissance qui a le privilège de réserver à son seul profit le déclenchement des guerres justes.
 
La finalité géopolitique des États-Unis : la déconnection entre l’usine et les réservoirs.
 
Les républiques océaniques anglo-saxonnes s’opposent depuis plus d’un siècle aux empires continentaux. Elles ont tenté pendant le vingtième siècle d’éviter toute connexion économique entre l’usine allemande et les gigantesques réservoirs de ressources russes. Aujourd’hui, l’adversaire des États-Unis est ce que l’on pourrait appeler le nouvel empire mongol : une alliance lâche entre la Russie, la Chine et l’Iran auquel la Turquie s’est adjointe. Il est donc assez étrange que tous les regards soient actuellement braqués vers la mer d’Azov et les terres périphériques d’Ukraine – qui n’ont pas un intérêt économique majeur – alors que la partie d’échecs essentielle se joue au nord autour de la nouvelle connexion gazière entre la Russie et l’Allemagne par le biais du gazoduc Nord Stream II. Depuis le jour où la puissance navale des États-Unis a dépassé celle de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne, l’on sait que la politique constante de l'Amérique a été d'éviter par tous les moyens la connexion géopolitique entre l’usine allemande et les gigantesques réserves énergétiques de Russie. Cette disjonction de l’usine et de ses fournisseurs permet d’éviter la constitution d’une véritable puissance concurrente en Eurasie. A deux reprises, lors des guerres mondiales du XXe siècle, les États-Unis ont mis toutes leurs forces dans la balance afin de maintenir l’Europe occidentale et la Russie soigneusement divisés. Cette toile de fond séculaire est à même d’éclairer le conflit actuel. Au nord en effet, le projet Nord stream II connecte depuis quelques semaines les réserves gazières septentrionales de la Russie avec la matrice industrielle allemande en passant par la mer Baltique. Ce pipeline a pour finalité de répondre à la demande croissante de gaz en Europe, évaluée à 120 milliards de mètres cubes supplémentaires en 2035. Dans un premier temps, les Américains ont déployé toutes les ressources de leur imagination pour mettre en échec le pipeline Nord Stream II. L’une des mesures retardatrices a consisté à financer des partis écologiques mettant en avant les dommages potentiels pour l’environnement marin d’un tel projet. Dans un second temps, les États-Unis ont mis en place l’opération molécules de la liberté américaine un projet alternatif consistant à exporter leur gaz de schiste liquéfié vers des terminaux polonais.
Toutefois la conjonction des intérêts germano-russes l’emportant sur les mesures de sabotage, un accord fut trouvé avec l’Allemagne le 21 juillet 2021 : les États-Unis lèveraient leur véto à l’achèvement du gazoduc en échange d’un soutien déterminé à l’Ukraine. Les États-Unis ont ainsi rempli leur but géo-économique premier : éviter toute connexion entre l’usine allemande et les réservoirs de gaz russe. Sous pression américaine, le projet Nordstream II a été suspendu. Qui plus est, l’Allemagne jadis non-interventionniste a accepté d’exporter des armes vers l’Ukraine. Le cœur industriel de l’Europe réoriente ainsi son effort vers l’armement des marges de la Russie au détriment de son centre. Pour le moment, le gaz russe circule normalement dans les pipelines d’Europe orientale, y compris ceux qui sont placés sous le champ de bataille ukrainien. Toutefois, le prix du kw/h de gaz est passé de 10 euros pendant la période COVID à 204 euros la semaine dernière. Ce sont les États qui comblent la différence en s’endettant.

Or la baisse potentielle de livraisons russes ne sera jamais comblée par les exportations de GNL américain. Les infrastructures portuaires du nord de l’Europe ne sont pas en mesure de compenser ce manque éventuel d’énergie. Les États-Unis et la Russie, qui exportent vers l’Orient et l’Occident restent pour l’instant bénéficiaires de la hausse. La grande perdante est l’Europe qui est en passe de lancer son premier emprunt lié à la guerre. L’Europe orientale va avoir besoin d’énergie. Sous ce rapport, les propositions françaises de livraisons de centrales nucléaires à la Pologne sont sérieusement concurrencées par l’offre américaine. Ayant balayé les velléités françaises de structurer une défense européenne, les États-Unis vont ainsi accroitre leur emprise économique sur le vieux continent. Mais l’une des conséquences les plus inattendues de ce basculement est que les États-Unis auront besoin d’ouvrir le coffre-fort gazier iranien afin de maintenir à un niveau décent le niveau de vie de leurs classes populaires. Toute ploutocratie doit en effet satisfaire aux exigences minimales de confort de ses administrés. C’est donc à fronts renversés que l’Iran revient sur le devant de la scène géoéconomique. Les États-Unis vont lui faire une ouverture alors même que la Russie s’opposera à toutes renégociation sur le nucléaire. Vous pensiez l’Iran évacué de l’histoire ? Le voici au centre du jeu.  Et si cette noix n’est ouverte par la tenaille américaine, elle se saisira d’un fruit gazier un peu plus petit : le Venezuela.
 
Le but de la diplomatie transformationnelle américaine en Ukraine : la vitrine occidentale
 
En Ukraine, les États-Unis cherchent à créer un abcès dans le dos de la Russie. L’injection massive de fonds – procédé habituel du stupid empire – dont l’intelligence politique s’est effondrée depuis longtemps – a pour finalité de créer une vitrine occidentale en Ukraine, de
retourner les élites afin de séduire par ricochet la jeunesse russe. L’idée est de créer un Berlin ouest élargi et prospère, une île artificielle, un appeau destiné à déstabiliser la Russie. L’accélération de la politique américaine de diplomatie transformationnelle en Ukraine s’appuie sur le relais du Parlement européen, qui a voté – à la suite d’une politique efficace de
lobbying américain– des fonds à destination de l’Ukraine.
 
Quelle est la position de la France dans ce conflit ?
 
D’un point de vue géopolitique, elle est depuis longtemps à la remorque des États-Unis, elle se plait toutefois à simuler la puissance. Cela lui est d’autant plus facile que l’Allemagne a officiellement renoncé à exercer l’influence sur le continent européen. Le président de la république sait bien que le public aura l’extravagance d’oublier que sa politique orientale a été en réalité téléguidée par un suzerain étranger. In Fine le président Macron ne sortira pas du cercle de Popilius dessiné par la diplomatie américaine. De son côté, l’Union européenne, semblable à un lion sans griffe peut menacer et non saisir. Aux discours des Européens répondent les opérations de ratissage russes.
Étrange dialogue de sourds dans lequel les Français semblent avoir oublié ce mot de Pascal : La force est la reine du monde et non pas l’opinion. La leçon a peut-être été comprise par l’Allemagne qui a reçu l’injonction américaine de réarmer, pourvu qu’elle renonce à la connexion économique avec la Russie. Certains de ses patrons se réjouissent d’ailleurs cyniquement de l’arrivée d’une immigration de qualité ukrainienne à la fois formée et bon marché.
Reste une hypothèse, celle d’une Russie refusant soudainement de nous livrer du gaz, ce qui mettrait l’usine allemande au chômage immédiat. Les opérations de débranchement massif actuellement en cours entre les économies allemandes et russes sont en tout cas en cours. Il en résultera un appauvrissement massif de l’Europe et de la Russie. Mis à part les ventes d’armes, l’ensemble des secteurs économiques en pâtira. La Russie n’aura alors d’autre choix que de se rapprocher de la Chine ou d’en devenir la colonie. Pour lui résister, elle devra relancer sa démographie faiblissante et surtout conserver sa pugnacité militaire. La dernière Nation européenne sera finalement vouée à fournir des gladiateurs à l’Empire de Chine. Après l’éclipse de l’ultime astre européen viendra le temps de la confrontation entre les Empires technologiques desséchés américains et Chinois. Le second n’eut pas le temps de faire émerger une culture alors que le second la décapita lors de la révolution culturelle. Cette lutte ne sera pas absolue. Après tout, deux lutteurs doivent s’appuyer l’un sur l’autre pour ne pas tomber et lors des trêves pourrait émerger un curieux condominium sino-américain. L’Ukraine aura ainsi été le déclencheur d’une transition majeure. Et maintenant – mis à part la mort bouffonne qui nargue les armées de son ricanement – quel sera le vainqueur ultime du jeu ? Certainement pas l’Europe dont l’insignifiance diplomatique a permis à d’autres puissances de jouer à la guerre sur son propre territoire.