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RUSSIE



LE SECRET DU CHATEAU DE LA PUNTA. Sur les traces de Léopold.


LE SECRET DU CHATEAU DE LA PUNTA. Sur les traces de Léopold.

 Sur les traces de Léopold  

Ouvrage réalisé en partenariat avec le CAUE 2A 
Texte : Dominique Memmi
Illustration : Charles Cianfarani
Editions DES IMMORTELLES


Le chat Léopold est un ancien  pensionnaire (si l'on ose dire) du palais des Tuileries, ce qui lui a permis de devenir un admirateur éclairé du Louvre, qu'il visitait souvent en empruntant une galerie peuplée de rats et souris, son menu ordinaire.

Victime innocente d'un incendie historique, notre Léopold se retrouve propulsé par les hasards d'une heureuse palingénésie  en l'île de Corsica, au château de la Punta, qu'il nous invite à parcourir malgré les risques encourus du fait de la triste dégradation de l'édifice, laquelle est due  à un incendie, (tiens, tiens, comme les Tuileries), et aux "ravages du climat".
Contrairement aux  dizaines de chats qui peuplent les sous-sols du musée de l'Ermitage
  *  et veillent efficacement à la préservation des trésors qu'il renferme, sans servir  pour autant de guides bénévoles,  notre Léopold, ayant gardé son âme mais ayant néanmoins, par nécessité identitaire, changé son nom en "Misgiu" accompagne un jeune garçon (à l'âme d'aventurier) dans une visite du château, de ses vestiges et de ses mystères.

  *   Par un curieux concours de circonstances le musée de l'Ermitage  se situe à Saint Petersbourg, où séjourna le Comte Charles André Pozzo Di Borgo, ancêtre du bâtisseur du château de la Punta, durant le temps où il servit la Russie.
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L'ouvrage comporte une édition en langue française et une édition en langue corse. Un récit oral accompagne le texte écrit. Un flashcode permet l'accès à l'écoute en français ou en corse).

Le site : https://soundcloud.com/marie-joseph-arrighi-landini/sets/le-secret-du-chateau-de-la   accessible entre autres par le bais du moteur de recherche russe  yandex.ru  *  ) permet d'écouter directement le texte en français et en corse. Le texte en langue française est lu par Katia Maiboroda, directrice du CAUE 2A)
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Yandex  (Я́ндекс) moteur de recherche russe surnommé "le google russe")

J.M

LE SECRET DU CHATEAU DE LA PUNTA. Sur les traces de Léopold.




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https://www.connaissancedesarts.com/archi-jardin-et-patrimoine/le-chateau-de-la-punta-condense-du-xixe-siecle-francais-en-quelques-pierres-oubliees-11100552/

 

Le château de la Punta : une curiosité corse où le revival triomphe

Le château de la Punta : une curiosité corse où le revival triomphe
Château de la Punta, 2009 © Herve20000

Dans la commune d’Alata, près d’Ajaccio, s’élève à 600 mètres d’altitude un joyau quelque peu érodé : le château de la Punta, érigé à la fin du XIXe siècle par la famille Pozzo di Borgo, qui tente péniblement de survivre aux attaques du temps…

En Corse, les familles Bonaparte et Pozzo di Borgo se disputent depuis longtemps l’avantage. Alliées un temps, leurs chemins s’éloignent définitivement avec la Révolution puis l’avènement de Napoléon Ier. L’inimitié profonde entre l’Empereur et Charles-André Pozzo di Borgo (1764-1842) n’est pas un mystère… Et causera bien des soucis à ce dernier, forcé d’émigrer en Angleterre pendant la période révolutionnaire puis d’entrer au service de la diplomatie russe sous le règne de Napoléon.

Des pierres provenant du palais des Tuileries

Natif d’Alata, le comte sera tour à tour, pendant les années révolutionnaires, Gouverneur civil de la Corse, député Corse à l’Assemblée législative et Président du conseil d’état de Corse. Il meurt à Londres sans descendance et lègue sa fortune à son neveu. Le château de la Punta, à Alata, sera l’hommage à l’illustre Général rendu par ses héritiers, le duc Jérôme Pozzo di Borgo (1832-1910) et Charles (1858-1902), son fils. Et quel meilleur hommage que de s’approprier les pierres de l’ancienne résidence, entre autres, de l’ennemi historique de la famille, l’ex-Empereur Napoléon Ier ?
En 1871, à Paris, la Commune fait rage. Les Communards s’acharnent sur le Palais des Tuileries, qui brûlera trois jours durant. S’ensuivront une dizaine d’années du triste spectacle des ruines du Palais, tandis qu’intellectuels et artistes militent pour sa restauration. En 1882, la décision est pourtant actée : il faut raser les pierres restées debout de l’édifice. Le duc Jérôme et son fils Charles acquièrent à cette occasion l’un des plus gros lots mis en vente, dont une grande partie provenant du pavillon intermédiaire sud du Palais, dit Bullant. Les pierres sont acheminées jusqu’à Marseille par voie ferrée, puis à Ajaccio par les eaux.

Salon du château © Amis du Château de la Punta

Une création originale

Le projet est confié à l’architecte Albert-Franklin Vincent, dont on sait peu, si ce n’est qu’il fut élève de Ponthieu aux Beaux-Arts. On lui doit un hôtel particulier néo-Louis XIII en brique et pierre, édifié en 1878, à Paris, dans la plaine Monceau, rue Alphonse de Neuville. En l’observant, le visiteur constatera que chacune des façades de l’édifice diffère : le Pavillon Bullant du Palais des Tuileries n’est pas le seul à avoir été en partie remonté ici. Le château – en réalité plutôt une folie – n’adopte pas non plus la technique de construction des Tuileries : les blocs de pierre ont été sciés dans leur épaisseur pour en faciliter le transport. Ils sont ensuite réunis par une structure en maçonnerie avec fixations d’acier : las, avec le temps, l’acier rouille et gonfle, entraînant l’éclatement des blocs de pierre. Sans compter que les commanditaires n’avaient pas non plus prévu les ravages du climat méditerranéen sur le calcaire parisien…

Détails du plafond du château de la Punta © Amis du Château de la Punta

Un hommage à l’architecture du XVIe siècle français

L’ensemble est plutôt harmonieux, mais très fragile. Le décor intérieur, du moins ce qu’il en reste, témoigne du goût éclectique si cher au dix-neuvième siècle. Le vestibule en est lui-même un premier exemple : son sol en mosaïque de marbres polychromes recevait un mobilier néogothique et néorenaissance. Le grand escalier en pierre dessert salons et salle à manger, bibliothèque et seize chambres réparties sur deux niveaux : ces dernières pièces sont les plus délabrées des lieux.
Dans le grand salon de style Renaissance, le plafond à caissons s’inspire de celui du château de la Palice tandis que la cheminée en marbre et en pierre imite celle du château de Villeroy, actuellement conservée au Musée du Louvre. Les lambris et les portes feraient référence aux boiseries d’Ecouen et les soies lyonnaises tendues sur les murs auraient été tissées sur un modèle datant du XVIe siècle.
De nos jours, le grand salon demeure l’une des pièces les mieux conservées de la demeure, un fait étonnant lorsqu’on fait le compte des dégradations subies. Dans la salle à manger, elle aussi de style Renaissance, le bas-relief équestre de Paul-Emile Pozzo di Borgo (mort en 1626) trône sur le manteau de la cheminée. Quant au petit salon, ses lambris cérusés imitent le style Louis XV, jusqu’aux panneaux peints en grisaille dans le style de Boucher.  La bibliothèque Empire, au murs tapissés de vitrines en acajou désormais vides, enfermait jadis l’imposant bureau de Charles-André Pozzo di Borgo. Sur la cheminée en marbre rose, au milieu des livres et des portraits, trônaient jadis la paire de vases en porcelaine de Saint-Pétersbourg offerte par le tsar Alexandre Ier à son ambassadeur.

Un monument historique en quête d’avenir

En 1970, la grande terrasse est inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques puis, en 1977, le château est classé Monument Historique pour l’ensemble de ses façades, la toiture, le vestibule, l’escalier, le petit et le grand salon, la salle à manger et la bibliothèque. L’année suivante, un incendie détruit la charpente et la toiture de la demeure, entraînant sa fermeture au public.

 

 

Le Conseil Général de Corse du Sud acquiert les lieux en 1992, y compris son parc de quarante hectares (pour la somme de 10 millions de francs, sans le mobilier). Quatre ans plus tard, la charpente en bois incendiée est remplacée par une structure métallique et une toiture neuve est posée. Pour ce qui est d’une véritable restauration, elle n’est pas en question…
En 2017, une campagne de sécurisation s’organise enfin, pour le péristyle de la façade Nord, dont les chapiteaux et les colonnes sont très dégradés, la route, très étroite, est réhabilitée – bien que la libre circulation y soit toujours difficile. Mais l’avenir du château semble alors incertain, et beaucoup reste à faire : les blocs de pierre sont désorganisés, les mouvements de la maçonnerie sont visibles, les façades affaissées et les intérieurs délabrés.
En 2019, l’édifice est inscrit sur la liste des 103 sites retenus pour bénéficier des recettes de la 2e édition du Loto du patrimoine. Son projet de réhabilitation muséale a bénéficié d’une aide de la Mission Bern de 82 000 €.

Elsa CAU