Le corps d’un général de Napoléon identifié en Russie, deux cents ans après sa mort.

Samedi 9 Novembre 2019

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LE MONDE
Billet de blog

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Publié le 07 novembre 2019 à 18h33


 
Le corps d’un général de Napoléon identifié en Russie, deux cents ans après sa mort


EXTRAITS



 
 
Les archéologues se lancent à la recherche de la dépouille du général en se basant sur des sources d’époque pour deviner l’emplacement de sa tombe.


Les archéologues se lancent à la recherche de la dépouille du général en se basant sur des sources d’époque pour deviner l’emplacement de sa tombe. DENIS MAXIMOV / AFP
 

De lui, Napoléon Bonaparte a écrit qu’il « était un des officiers les plus distingués de l’armée ; il était recommandable par ses qualités morales autant que par sa bravoure et son intrépidité ». Son supérieur, le maréchal Davout, a pleuré sa mort. Des analyses ADN viennent de confirmer qu’une équipe d’archéologues franco-russe avait bien retrouvé la dépouille du général d’Empire Charles Etienne Gudin de La Sablonnière, mettant fin à un mystère vieux de plus de deux cents ans, rapportait Le Point, lundi 4 novembre.

Charles Etienne Gudin de La Sablonnière avait été fauché le 19 août 1812 par un boulet de canon russe lors de la bataille de Valoutina Gora, à 20 kilomètres à l’est de Smolensk, ville russe près de l’actuelle frontière avec le Bélarus. Il avait été amputé de la jambe gauche ; Napoléon, qui l’avait confié aux soins de son médecin personnel, lui avait rendu visite et l’avait pris dans ses bras juste avant qu’il meure de la gangrène. Son cœur avait été prélevé puis conservé dans sa tombe au cimetière parisien du Père-Lachaise (40e division), à Paris.

 

Recherches basées sur des récits d’époque

 

En mai 2019, une équipe d’archéologues franco-russe entreprend des recherches pour retrouver son corps, dont personne ne sait alors où il se trouve vraiment. Pierre Malinowski, président de la Fondation pour le développement des initiatives historiques franco-russes,* est à l’initiative de cette quête. [...]

Les archéologues se lancent à la recherche du général en s’appuyant sur des sources d’époque. L’équipe suit d’abord une piste, d’après les mémoires du maréchal Davout, qui avait organisé les funérailles de son subalterne, dans un fort proche de Smolensk. D’après le maréchal, un mausolée avait été formé par plusieurs fûts de canon dressés vers le ciel pour en soutenir le toit. Des fusils brisés lors des combats avaient été posés en forme d’étoile sur le cercueil. Mais cette piste se révèle une impasse.

 

Blessure mortelle du général Gudin à la bataille de Valoutina Gora, par Henri Félix Emmanuel Philippoteaux.

Blessure mortelle du général Gudin à la bataille de Valoutina Gora, par Henri Félix Emmanuel Philippoteaux.


Les archéologues se déplacent ensuite à 1 kilomètre au sud-est pour vérifier le témoignage du comte de Ségur, qui avait assisté aux funérailles du général Gudin, et selon lequel la tombe se trouvait « au sein de la citadelle de Smolensk, à droite de l’entrée ».

Le 1er juillet, sous une ancienne piste de danse dans un parc, ils tombent finalement sur les débris d’un cercueil en bois. Quand l’équipe ouvre la tombe quelques jours plus tard, ses membres découvrent un squelette avec le crâne incliné à gauche, reposant sur un support de tête en bois. Surtout, le corps n’a qu’une jambe. « Dès que j’ai vu un squelette qui n’avait qu’une jambe, j’ai compris que c’était notre homme », raconte la chef de l’équipe d’archéologues, Marina Nesterova.

Six dépressions rondes dans le sol sont en outre visibles autour de la tombe, évoquant les traces des fûts de canons du mausolée, mentionné par le maréchal Davout. Quelques jours plus tard, une expertise des ossements à Moscou confirmera que « la dépouille est celle d’un homme âgé de 40 à 45 ans, à qui il manque un fragment de tibia à la jambe gauche ».

Sur le plan physique, tout concorde, affirment alors au cours d’une conférence de presse dans les locaux de la Société russe d’histoire militaire des spécialistes russes et français parmi lesquels Christian Bourdeille, président du Souvenir napoléonien, société d’études historiques établie à Paris. Pour confirmer définitivement son identité, l’ADN du squelette a ensuite été comparé avec celui de membres de sa famille : son frère Pierre César Gudin des Bardelières (1775-1855), également général d’Empire, inhumé à Montargis (Loiret), et celui de sa mère.

 

« Dès que j’ai vu un squelette qui n’avait qu’une jambe, j’ai compris que c’était notre homme », raconte la chef de l’équipe d’archéologues, Marina Nesterova.

« Dès que j’ai vu un squelette qui n’avait qu’une jambe, j’ai compris que c’était notre homme », raconte la chef de l’équipe d’archéologues, Marina Nesterova. DENIS MAXIMOV / AFP
 

Espoir d’une cérémonie aux Invalides

 

Noble, Charles Etienne Gudin de La Sablonnière avait fait le choix de la Révolution, comme le futur empereur, qu’il avait rencontré au collège militaire de Brienne et où ils se sont liés d’amitié. A l’époque de la mort du général, en août 1812, l’armée française était en pleine avancée et rien ne laissait présager le désastre de la campagne russe. Avec la prise de Smolensk, le 16 août, Napoléon s’était ouvert la voie vers Moscou, 400 kilomètres plus à l’est. Mais lors de la bataille de Valoutina Gora, l’armée russe a échappé au piège des troupes françaises, ce qui lui a permis de poursuivre sa retraite vers Moscou.

Pierre Malinowski espère que le corps du général sera rapatrié et qu’une cérémonie officielle sera organisée en 2020 aux Invalides en présence des présidents français et russe.  [....]

Fin août, Albéric d’Orléans, le descendant du général Gudin, avait expliqué à Radio France que le général avait « toujours été très présent dans le souvenir de la famille. Napoléon avait même écrit une lettre de condoléances à l’épouse du général, chose qu’il faisait très rarement ». Napoléon avait accordé à sa veuve une pension de 12 000 francs ainsi qu’une dotation de 4 000 francs pour chacun de ses enfants avec le titre de baron. Albéric d’Orléans ajoutait : « Nous espérons bien qu’il pourra être accueilli en France avec les honneurs qu’il mérite et obtenir sa sépulture aux Invalides. »

La dépouille du général Charles Etienne Gudin de La Sablonnière, tué à proximité de Smolensk, en 1812, pourrait être transférée aux Invalides.


*  Biographie de Pierre Malinowski : cf.  https://french-russia-historical-fund.com/


 

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Le corps d’un général de Napoléon identifié en Russie, deux cents ans après sa mort.