PACTE GERMANO-SOVIETIQUE DU 03/08/1939 : réponse du berger à la bergère ? Suivi de : " 9 mythes russophobes ".

Dimanche 8 Septembre 2019

Conférence de Munich le 29 septembre 1938: de gauche à droite: le Premier ministre britannique Arthur Neville Chamberlain, le Français Édouard Daladier, président du Conseil, Adolf Hitler, l'Italien Benito Mussolini et son gendre le comte Galeazzo Ciano, ministre des Affaires étrangères.
Conférence de Munich le 29 septembre 1938: de gauche à droite: le Premier ministre britannique Arthur Neville Chamberlain, le Français Édouard Daladier, président du Conseil, Adolf Hitler, l'Italien Benito Mussolini et son gendre le comte Galeazzo Ciano, ministre des Affaires étrangères.

 

Wikimedia Commons/  Spiridon Ion Cepleanu
Wikimedia Commons/ Spiridon Ion Cepleanu


Ce site n'est pas précisément nostalgique de l'URSS et surtout du stalinisme.  Toutefois, dans le strict souci de respecter la pluralité des interprétations et des analyses concernant les faits historiques relatifs à la Russie, nous reproduisons ci-après une "lecture" du fameux pacte germano-soviétique qui va à contre courant (c'est le moins que l'on puisse dire) de celle largement diffusée depuis l'après guerre.
Ce pacte (ou Traité de non-agression) signé le 23/08/1939 à Moscou par Ribbentrop et Molotov est généralement présenté en France et dans certains pays occidentaux comme un pacte "diabolique" entre Hitler et Staline pour se partager de larges territoires appartenant  à la Pologne, la Finlande, les Pays baltes et la Roumanie.  (voir carte).
Il répondait apparemment (ou aussi) à d'autres desseins et objectifs (notamment gagner du temps pour une meilleure préparation à une guerre inéluctable,  et constituer un "glacis" entre l'Allemagne et la "Russie profonde").

L'occupation de territoires limitrophes de la Russie et de l'Ukraine à l'Ouest, au Nord et au sud,  mériterait par ailleurs une sérieuse étude  replaçant dans une perspective de "continuum historique" les relations entre Pologne, Russie, Finlande et Pays baltes) tant du  point de vue germanique que du point de vue russo-ukrainien.
J.M

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http://nrt24.ru/fr/news/le-mythe-des-jumeaux-totalitaires-pacte-germano-sovietique
fruit-amer-des-accords-de-munich





Le mythe des jumeaux totalitaires: pacte germano-soviétique, fruit amer des accords de Munich


 



A la faveur de la “guerre froide”, la narration consensuelle de la “grande alliance antifasciste” (1941-1945) s’effondre comme un château de cartes. Les alliés de la veille ne le sont plus, et un nouveau récit supplante l’ancien dans chacun des deux camps. Pour le monde occidental – désormais aligné derrière la bannière étoilée -, la coalition des démocraties contre l’hydre hitlérienne cède la place à la coalition des démocraties contre l’hydre communiste. Oblitérant l’effort colossal accompli par l’URSS pour abattre le IIIème Reich, le discours dominant en Occident entend infliger à Staline une véritable reductio ad hitlerum. La lutte titanesque entre la Wehrmacht et l’Armée rouge, en somme, aurait provoqué une illusion d’optique : comme l’arbre cache la forêt, leur affrontement militaire aurait masqué la connivence entre les deux tyrannies du siècle.
 

Hannah Arendt a joué un rôle déterminant dans cette interprétation de l’histoire. Pour la philosophe allemande, le totalitarisme est un phénomène à double face : le nazisme et le stalinisme. Les partis totalitaires ont une idéologie rigide et une structure sectaire. Le pouvoir du chef est absolu, et la communauté soudée par une foi sans réserve dans ses vertus surhumaines. La suppression de l’espace public et le règne de l’arbitraire policier, enfin, signent la dissolution de la société dans l’État et de l’Etat dans le parti. Mais pour Hannah Arendt, le système totalitaire est surtout l’instrument par lequel l’idéologie totalitaire prétend réaliser les lois de la nature (nazisme) ou accomplir les promesses de l’histoire (stalinisme). Avec le totalitarisme moderne, l’idéologie est la logique d’une idée : elle se fait fort de donner un sens aux événements, elle en fournit une explication sans faille. Transformant les classes en masses, l’État totalitaire exerce une emprise illimitée sur la société. Absorbant toutes les activités humaines pour leur donner la signification univoque exigée par l’idéologie, le totalitarisme, pour Arendt, est un système qui transcende ses incarnations particulières.
 

Cette définition, toutefois, a pour inconvénient de faire fi des différences concrètes entre nazisme et stalinisme. Sans parler de l’idéologie elle-même (la mystique de la race aryenne contre le socialisme dans un seul pays), le recours à la violence n’emprunte pas les mêmes justifications à Moscou et à Berlin. Le système totalitaire décrit par Hannah Arendt ressemble au lit de Procuste, dans lequel on veut faire entrer une réalité qui le dépasse. L’impuissance du modèle à rendre compte du réel est flagrante lorsque Hannah Arendt attribue au système totalitaire une politique étrangère agressive, ouvertement vouée à la conquête du monde. “Comme un conquérant étranger, le dictateur totalitaire considère les richesses naturelles et industrielles de chaque pays, y compris le sien, comme une source de pillage et un moyen de préparer la prochaine étape de l’expansion agressive”(Hannah Arendt, Le système totalitaire, Seuil, 1972, p. 147).
 

La conquête et le pillage, pourtant, ne sont pas l’apanage des “régimes totalitaires”. En décrivant comme une propriété intrinsèque du système totalitaire ce qui correspond à la pratique constante des régimes démocratiques, Hannah Arendt se livre à un tour de passe-passe. Si la conquête, l’expansion et le pillage sont des pratiques totalitaires, pourquoi n’en déduit-elle pas le caractère totalitaire des démocraties occidentales ?
 

En dépit de cette contradiction flagrante, le mythe des “jumeaux totalitaires” a fourni un répertoire inépuisable à la réécriture occidentale de l’histoire. Il a permis de tirer un trait sur la réalité d’un conflit mondial où 90% des pertes allemandes sont causées sur le front de l’Est, et où les victoires de Joukov, chèrement acquises, ont eu raison de la machine de guerre hitlérienne. Peu importe le sacrifice du peuple soviétique, peu importent les succès de l’Armée rouge, puisque leur chef – Staline – est un bourreau sanguinaire qui ne vaut guère mieux que son homologue nazi. Cette interprétation des événements par la doxa occidentale est parfaitement illustrée par Hannah Arendt, à nouveau, lorsqu’elle écrit en 1966 que “contrairement à certaines légendes de l’après-guerre, Hitler n’eut jamais l’intention de défendre l’Occident contre le bolchevisme, mais resta toujours prêt à s’allier aux Rouges pour la destruction de l’Occident, même au plus fort de la lutte contre l’Union soviétique”. (Hannah Arendt, Op. Cit, p.243).
 

On chercherait en vain le moindre élément à l’appui de cette affirmation, mais peu importe. La matérialité des faits a l’obligeance de s’effacer devant ce théâtre d’ombres idéologiques. Nazisme et stalinisme représentant “deux variantes d’un même modèle”, ils ne pouvaient pas réellement s’engager dans une lutte à mort. Pour montrer que la véritable fracture ne passe pas entre nazisme et stalinisme, mais entre totalitarisme (à double face) et démocratie libérale, on s’emploie à soustraire de l’histoire tout ce qui pourrait en démentir l’interprétation. Ainsi Hitler est-il censé être l’allié naturel de Staline, mais à la veille de l’opération Barbarossa (juin 1941), le ministre nazi de la Propagande Joseph Gœbbels écrit dans son journal : “Le bolchevisme a vécu. Nous assumons ainsi devant l’histoire notre devoir authentique. Contre une telle entreprise Churchill lui-même ou Roosevelt ont peu d’objection. Peut-être réussirons-nous à convaincre l’épiscopat allemand des deux confessions à bénir cette guerre en tant que guerre voulue par Dieu”. Et puis, si Hitler envisageait de “s’allier aux Rouges”, comment expliquer l’extrême brutalité de la guerre menée par les nazis contre l’URSS, laquelle tranche avec leur attitude, beaucoup plus respectueuse des usages de la guerre, sur le front de l’Ouest ?
 

C’est qu’en France Hitler n’a pas l’intention d’installer le grand Reich millénaire qui sera au contraire chez lui dans les vastes espaces disponibles à l’Est. La future colonisation germanique dans ce qu’il appelle le “désert russe” occupe son imagination. Cette utopie colonialiste et esclavagiste tire sa source d’un mépris absolu des Slaves, d’un racisme si radical qu’il légitime n’importe quelle violence, tuerie ou famine contre ces nouveaux “peaux-rouges”, pour reprendre l’expression employée par Hitler lui-même. Passée inaperçue de l’historiographie dominante, cette référence aux Amérindiens dans le discours hitlérien est pourtant révélatrice. Elle souligne la proximité entre l’idéologie raciste des démocraties libérales et celle de la dictature national-socialiste. “Ce n’est pas un hasard si le terme-clé du programme eugénique et racial du Troisième Reich, Untermensch, n’est que la traduction de l’états-unien Under man, le néologisme forgé par Lothrop Stoddard, auteur célébré aussi bien aux USA qu’en Allemagne, et consacré par des hommages aussi bien de deux présidents états-uniens (Harding et Hoover) que du Führer du Troisième Reich, par qui il est reçu personnellement avec tous les honneurs”, rappelle Domenico Losurdo ( Staline, Histoire et critique d’une légende noire, Aden, 2011, p. 442).
 

Si l’on fonde la thèse de la gémellité des régimes totalitaires sur l’usage de la terreur, comme le fait Hannah Arendt, que faut-il déduire de l’usage de la terreur sous le régime colonial imposé par les Européens aux populations de couleur ? Des Amérindiens liquidés dès le XVIème siècle aux populations africaines, asiatiques et océaniennes asservies ou exterminées par les Blancs au nom de la civilisation, l’entreprise nazie de liquidation des “races inférieures” avait de sérieux antécédents. “Il est trop commode de mettre les infamies du nazisme sur le compte exclusif de Hitler en refoulant le fait qu’il a repris, en les radicalisant, les deux éléments centraux de sa théorie à un monde qui lui préexiste : la célébration de la race blanche et de l’Occident, appelés maintenant à étendre leur domination même en Europe orientale ; la lecture de la révolution bolchevique comme complot judéo-bolchevique qui, en stimulant la révolte des peuples coloniaux et en minant la hiérarchie naturelle des races, et plus généralement, en infectant en tant qu’agent pathogène, l’organisme de la société, constitue une menace effrayante pour la civilisation, qu’il faut affronter par tous les moyens, solution finale comprise”.(Domenico Losurdo, Op. Cit., p. 469).
 

C’est pourquoi la guerre des nazis contre l’URSS fut d’emblée une guerre totale, une guerre d’extermination (Vernichtungskrieg). Contre les nouveaux peaux-rouges, les directives du Führer à ses troupes d’invasion ont d’emblée une connotation politique : les commissaires politiques – a fortiori s’ils sont juifs – seront immédiatement exécutés, conformément au célèbre Kommissarbefehl (ordre sur les commissaires) du 6 juin 1941. Ce n’est pas seulement l’Armée rouge, mais l’ensemble du régime soviétique qui devait être détruit. Une détermination alimentée par la conception nazie d’un “Etat judéo-bolchevique” dont la destruction nécessitait l’extermination des cadres juifs faisant fonctionner l’État soviétique. L’idéologie raciste nazie définit également les peuples slaves d’Union soviétique comme une race inférieure d’Untermenschen, de sous-hommes. Le 30 mars 1941, Hitler l’annonce à ses généraux : “La guerre contre la Russie est de ce type de guerre qui ne pourra pas être menée de façon chevaleresque : c’est une lutte entre idéologies et races différentes, et elle ne pourra être conduite qu’avec un niveau de violence sans précédent, sans pitié ni répit”.
 

Mais la thèse de l’alliance entre Hitler et Staline contre les démocraties, bien entendu, trouve son principal argument dans la signature du pacte germano-soviétique du 23 août 1939. Car cet événement inattendu a fait l’effet d’un coup de tonnerre. Il a brutalement entaché l’image de la “patrie du socialisme”, qui avait fait de “l’antifascisme” le signe de ralliement de toutes les forces progressistes appelées à conjurer la menace hitlérienne. Si le pacte donnait les coudées franches à l’expansionnisme allemand à l’Ouest, comment expliquer que Staline ait changé de cap aussi brutalement, quitte à encourir le reproche d’avoir trahi la cause de l’antifascisme et à provoquer des remous dans son propre camp ? Pour l’historiographie dominante inspirée par Hannah Arendt, la gémellité totalitaire entre les deux tyrannies aurait favorisé cette monstrueuse alliance. La proximité systémique, en somme, expliquerait la connivence stratégique. Mais ce n’est pas du tout ce que révèle l’examen des faits.
 

En réalité, durant les trois années qui précèdent le pacte du 23 août 1939, Staline tente obstinément de négocier une alliance anti-hitlérienne avec les Français et les Britanniques. Pour l’URSS, une triple alliance avec la France et la Grande-Bretagne signifie avant tout une coordination militaire en vue de mener le combat commun contre l’Allemagne. Aussi le Kremlin formule-t-il avec insistance une demande précise : les Franco-Britanniques doivent s’assurer que la Pologne et la Roumanie autorisent le passage de l’Armée rouge sur leur territoire, une fois la guerre déclenchée avec l’Allemagne. Or la Pologne et la Roumanie – deux dictatures de droite antisémites et anticommunistes – redoutent autant l’intervention soviétique que l’invasion allemande et ne sont pas disposées à octroyer un droit de passage à l’Armée rouge. Favorisé par la “politique d’apaisement” à l’égard de Berlin prônée à Londres, ce refus a pour effet de réduire la triple alliance à un front politique sans volet militaire, le condamnant à l’échec.
 

Certes, Staline n’est guère plus confiant dans les intentions des Allemands que dans celles des Franco-Britanniques. Il connaît le programme d’expansion à l’Est prôné par l’auteur de Mein Kampf et l’idéologie pétrie de haine raciale qui justifie ces projets de conquête. Entrepris par le régime stalinien à la faveur de l’industrialisation accélérée, l’effort de réarmement de l’URSS dans les années 30 témoigne d’ailleurs de cette lucidité face à la montée des périls. Mais les négociations avec Paris et Londres traînent depuis des mois et l’approche dilatoire des Occidentaux finit par convaincre le maître du Kremlin qu’il ne pourra pas compter sur eux. Persuadé que les Allemands attaqueront la Pologne quoi qu’il en coûte, et constatant que les Occidentaux ont hypothéqué les chances de la triple alliance, Staline finit par répondre aux avances de Berlin. Devant le Soviet suprême, Molotov justifie alors le pacte en insistant sur le fait qu’il est la conséquence, et non la cause de l’échec des négociations pour la triple alliance. Du point de vue soviétique, le pacte n’est qu’une alternative, faute de mieux, à la coalition avec Paris et Londres.
 

Du côté occidental, la politique “d’apaisement” a rendu caduc les propositions d’alliance antifasciste formulées par l’URSS au profit d’une attitude conciliante à l’égard des prétentions du Reich. Passivité calculée, cette démission devant l’expansionnisme revanchard de l’Allemagne vise à orienter l’agressivité nazie en direction de l’URSS, désignée comme l’ennemi à abattre par l’idéologie national-socialiste. Cette politique atteint son apogée lors des accords signés à Munich par la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Italie le 30 septembre 1938. La Tchécoslovaquie est livrée pieds et poings liés à Adolf Hitler, qui se partage les dépouilles de ce malheureux pays avec la Pologne et la Hongrie. L’Union soviétique, de son côté, tente d’empêcher ce désastre. Elle réclame en vain la coordination des forces soviétiques, françaises et tchécoslovaques, ainsi que la saisine de l’assemblée générale de la SDN. Entre le 21 et le 23 septembre 1938, l’Armée rouge mobilise des forces militaires en Ukraine et en Biélorussie. Faute de frontière commune entre l’URSS et la Tchécoslovaquie, Moscou sollicite l’accord de Varsovie et de Bucarest pour traverser leur territoire. La Roumanie semble prête à accepter, mais le refus polonais scelle le sort de la Tchécoslovaquie. Indignée par les accords de Munich, la diplomatie soviétique dénonce une « capitulation qui aura des conséquences incalculables ».
 

Le pacte du 23 août 1939 est le dernier épisode du jeu de go qui caractérise les relations internationales dans les dernières années de l’avant-guerre. Que ce soit avec la triple alliance – avortée – ou avec le pacte germano-soviétique, Staline tente d’éloigner le spectre de la guerre tout en sachant qu’elle est inéluctable. “En vérité, loin d’ourdir une guerre menant à une révolution, Staline ne craignait rien de plus qu’un nouveau grand conflit militaire. La guerre offrait des opportunités, mais elle exposait également à de grands périls. Bien que la Première guerre mondiale eût conduit à la Révolution russe de 1917, elle fut suivie d’une guerre civile où les ennemis des communistes furent à deux doigts de tuer le bolchevisme dans l’œuf. Parmi les opposants aux bolcheviques pendant la guerre civile, on compte les grandes puissances capitalistes – Grande-Bretagne, France et Etats-Unis – qui aidèrent les forces anticommunistes en Russie et imposèrent un blocus économique et politique pour contenir la contagion du bolchevisme”, souligne Geoffrey Roberts (Les guerres de Staline, Delga, 2011, p. 25).
 

Si Staline joue la carte allemande en août 1939, c’est parce que les tentatives d’entente avec les Occidentaux ont échoué par leur faute. Après la trahison de la Tchécoslovaquie par les “démocraties” occidentales à Munich en septembre 1938, il sait combien la tentation d’une ligne “Plutôt Hitler que Staline” est forte en Europe. Ses offres d’alliance du printemps 1939 ayant achoppé sur le refus de la Pologne – laquelle s’empare d’un morceau de la Tchécoslovaquie en 1938 – , il prend acte de l’impossibilité de s’entendre avec Paris et Londres, et il retourne temporairement contre les Franco-Britanniques la menace allemande qu’ils entendaient dresser contre l’URSS. Impossible, par conséquent, de comprendre le coup de tonnerre du 23 août 1939 sans le relier au caractère défensif de la politique étrangère soviétique. Si Staline a signé le pacte, c’est pour retarder l’échéance de la guerre sur le sol soviétique. Et c’est surtout parce que les accords de Munich ne lui ont pas laissé le choix.
 

Bruno Guigue




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En cette période de russophobie orchestrée et entretenue par la grande majorité des médias français, l'excuse du communisme ou du stalinisme n’existant plus, la Russie est vilipendée (et cernée militairement par l'OTAN) pour des raisons de rivalité économique et géopolitique simples à comprendre, mais soigneusement occultées.
Les socialistes ont d’ailleurs pris une large part dans cette russophobie ambiante. 
Il est heureux que des médias alternatifs apportent leur contribution à la lutte contre la gigantesque campagne de désinformation et d'intoxication entreprise par les médias mainstream.
Nous retrouvons opportunément un article déjà ancien (2016) paru dans AGORAVOX, article qui fait litière de certains mythes soigneusement entretenus à propos du conflit mondial 39-45.
L'auteur voudra bien nous pardonner quelques petites coupures et quelques modifications mineures relevant du style ou de la correction  orthographique et grammaticale.
Le texte original est accessible via les références signalées ci après.
j.m



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9 mythes russophobes 
Tiré de AGORAVOX
Jacobin
jeudi 30 juin 2016


PARTIE I :

Mythe n°1 : Le Pacte Molotov-Ribbentrop fut un coup de poignard dans le dos des Anglo-Français
Mythe n°2 : C’est l’hiver qui a arrêté des Allemands
 
PARTIE II

Mythe n°3 : C’est grâce aux convois alliés de l’Arctique que les Russes ont arrêté les Allemands
Mythe n°4 : Les Russes pouvaient reculer indéfiniment
Mythe n°5 : Les généraux Russes étaient nuls et ne savaient qu’offrir la poitrine de leurs soldats
 
Partie III

Mythe n°6 : Les Russes se sont comportés comme des barbares avec les Allemands
Mythe n°7 : L’Armée Rouge était sous-équipée et moyenâgeuse
Mythe n°8 : Sans le débarquement allié, les Russes étaient cuits
Mythe n°9 : C’est la bombe atomique qui a fait capituler les Japonais

 
En cette heure où le révisionnisme le plus surprenant le dispute à la propagande la plus insensée. En cette époque où de plus en plus de quidams, intoxiqués au lait débilitant d’Hollywood, croient dur comme fer que les USA ont gagné la guerre contre les Allemands à eux tout seuls ou presque, il semble important de remettre les pendules à l’heure sur quelques lieux communs forts répandus et pourtant sans aucun fondement sérieux. Les Allemands, après les Français et les Suédois, ont commis ce 22 juin 1941, la terrible erreur de sous-estimer le peuple Russe. J’aimerais que la bande de somnambules qui travaillent à nous amener au même désastre ne commettent pas la même erreur dont nous devrons payer le prix pour eux. Ces mythes, acquis pour beaucoup, en dépit de toute la documentation et de la simple observance des faits, participent à ce déferlement acharné de mépris haineux pour tout ce qui est Russe. Ce genre de rumeur xénophobe précède presque tout le temps celui des bottes. Gardons présentes à l’esprit les erreurs d’hier pour faire taire les boutefeux du jour.
 
I. Le Pacte Molotov-Ribbentrop fut un coup de poignard dans le dos des Anglo-Français :
 

Qui n’a entendu cette antienne déclamée des dizaines, des centaines de fois dans un souffle outragé par un interlocuteur rétrospectivement indigné ?
Cependant…
Cependant, pour qu’il y ait « coup de poignard », eût-il encore fallu qu’il y eut une alliance, un contrat, ou tout au moins un accord à trahir. Or, il n’y avait aucune alliance, aucun accord, pas le moindre, entre les anglo-français et l’URSS. Aucun.
Bien au contraire, les premiers, adversaires implacables des seconds depuis 1917, encourageaient chaleureusement le Drang nach Osten du régime nazi, la peur du rouge étant bien plus affirmée que celle du nazi.
Ces mêmes puissances venaient, elle-mêmes, un an à peine avant, de renier leur parole et de faire leur propre pacte de non-agression avec les nazis à Munich, sans aucunement consulter les Russes et suscitant l’indignation de ces derniers.
La jeune Tchécoslovaquie fut dépecée et même la Pologne participa au festin. Donc, non, le pacte germano-soviétique ne fut nullement une trahison mais une juste "réponse du berger à la bergère". L’URSS ne nous devait rien. Strictement rien, et elle avait même toutes les raisons de jouer "perso".
Par contre, il est étonnant de constater que personne, jamais personne, ne parle des USA qui nous ont proprement "laissé tomber" en 39 face à la menace de l’ogre germanique.
 
II.  C’est l’hiver qui a arrêté les Allemands.
 
Voici un mensonge, un mythe particulièrement scélérat car il insulte la mémoire de millions d’hommes et de femmes qui se sont battus pied-à-pied dans les six premiers mois de la guerre pour résister à une horde de barbares fanatisés et lui infliger, dès ce moment, au prix de leur sacrifice, une blessure dont elle ne se remit jamais.
Que penserait-on si un pays enseignait officiellement que l’eau a arrêté les Allemands sur la Marne en 14, ou la pluie à Verdun en 1916 ? Grotesque et scandaleux non ? Alors imaginez la tête d’un brave Russe à qui vous expliquez que chez nous, officiellement, c’est le général Hiver qui a arrêté les Nazis.
C'est un fait que les Russes, mal préparés, trop souvent horriblement mal encadrés par des officiers généraux très récents et en conséquence  incompétents, ont subi des désastres d’une ampleur encore jamais vue dans l’Histoire: cinq millions de soldats tués, prisonniers ou disparus dans les six premiers mois de la guerre. On a véhiculé l’idée d’une promenade victorieuse de l’armée allemande seulement arrêtée par la distance, l’usure du matériel et surtout le fameux et terrible hiver Russe.
On « oublie » au moins une petite chose : dans le même temps, dans ces mêmes six premiers mois, l’armée allemande avait perdu près de 600 000 hommes (!!!). Il est certain que c’est moins que les 5 millions de soviétiques, mais c’est déjà deux fois les pertes Allemandes de Verdun, et ce chiffre aussi était totalement nouveau, impensable, à l’époque.
Dès la fin août, l’état-major allemand paniquait en constatant que le plan avait pris deux mois de retard, et que les blessures inouïes infligées à "l’ours" ne l’avaient pas abattu.
Gudérian, le génie des chars, le résume assez bien : « qu’une armée mal équipée, mal commandée, ayant perdu 5 millions de soldats et reculé de près de mille kilomètres continue à se battre pied à pied, c’est un cas de figure que nous n’avions jamais envisagé à l’école de guerre ». Ce n’est pas l’hiver qui a arrêté les nazis à 50 kilomètres de Moscou, ce sont les Russes. Comme ce sont les Russes qui ont arrêté les nazis devant Leningrad. Le grand Joukov avait encore 700.000 sibériens en réserve autour de Moscou quand les Allemands ont été stoppés. Et il ne les a engagés que dans la terrible contre-offensive d’hiver, où, comme en 1813, les Russes auraient pu déferler jusqu’à Berlin sans l’incroyable génie militaire et humain allemand qui a tenu la ligne dans ce désastre de l’hiver 41-42 .
D’ailleurs, lors des opérations de l’été 42, à aucun moment, Hitler n’a repris d’offensive vers Moscou, pourtant à moins de 400 km des lignes de front. Il savait, d’une part ne pas en avoir les moyens, et, d’autre part, que cela ne servirait à rien. Même Moscou prise, comme en 1812, l’URSS n’aurait pas capitulé. Toute la puissance industrielle, ayant été transférée loin à l’Est dès le début des années 30, restait presque intacte, tandis que les dernières usines ukrainiennes furent démontées sous le canon ennemi par des ouvriers et ouvrières héroïques avant d’être remontées dans l’Oural ou de l'autre côté de la Volga sous les premières neiges, les ouvriers travaillant déjà sous les premiers flocons tandis qu’on n’avait pas encore installé les toits.
On dit de Verdun ou de la Marne qu’elles furent des victoires françaises car l’attaquant était allemand et qu’il n’avait pas atteint ses objectifs initiaux. De la même manière, au prix d’un sacrifice presque insensé, les Russes sortirent victorieux de l’opération Barbarossa car aucun, strictement aucun des buts Allemands ne fut atteint. Les Japonais ne s’y trompèrent pas, et considérant les Allemands "cuits" dès septembre-octobre 41 et ayant gouté à l’efficacité Russe à la frontière Mongole en 1939, renoncèrent à déclarer la guerre à l’URSS malgré l’insistance d’Hitler.
Hitler avait parié sur une guerre éclair et sur un effondrement rapide à la polonaise ou la française; or il entrait par obligation dans une guerre d’usure qu’il n’avait aucun moyen de gagner.
Pas plus en 1941 qu’en 1812, l’hiver Russe ne causa la défaite de l’agresseur; il la rendit seulement désastreuse.

III. C’est grâce aux convois anglo-saxons de l’Arctique que les Russes ont arrêté et vaincu les Allemands.

Celui-ci est intéressant car il est relativement récent. En effet, jusqu’aux années 80, nul n’aurait osé proférer une si profonde stupidité. Mais comme, depuis une dizaine d’année, on voit un retour en force de la propagande anglo-saxonne aux relents de guerre froide [...] il convient de considérer et de répondre brièvement à l’inanité de ce mythe-là.
Tout d’abord, on l’a vu dans le deuxième opus de cette série, les Allemands avaient déjà perdu en Octobre 1941,du fait qu'ils n'avaient atteint aucun de leurs objectifs initiaux, et qu'à la fin de l’hiver 41-42 ils avaient perdu plus d’un million et demi d’hommes (morts, blessés, prisonniers, disparus) et étaient contraints à une guerre d’usure dont ils ne voulaient à aucun prix.
Blessure mortelle, le reste ne fut qu’agonie et sursaut. Or, l’effort incontestable des alliés pour fournir matériels et matériaux à l’URSS par l’océan Arctique n’a commencé à être réellement significatif qu’à mi-42. Les Russes ont été laissés totalement seuls aux pires moments de 41, et les quelques petits convois de cette année-là, en plus d’être tardifs, furent plus symboliques que réellement efficients dans l’effort de guerre, sans parler même d’être décisifs.
Une petite vingtaine de cargos de 5.000 tonnes chacun ne pouvaient avoir qu’un effet infime dans l’affrontement colossal en cours. A mi-42, les Allemands, définitivement bloqués devant Moscou et Leningrad, n’ont réussi qu’une ultime percée sans lendemain au sud vers les champs de pétrole du Caucase et n’ont avancé que de trois cent kilomètres à l’est avant d’être bloqués à Stalingrad et de perdre toute leur sixième armée et 600 000 hommes des troupes non germaniques de l’Axe: Roumains, Hongrois et surtout Italiens.
La fourniture par l’Arctique a vraiment "donné à plein" à partir de 43, et si les Russes ne pouvaient pas se permettre de dédaigner ce qui représentait tout de même presque 10% de leur équipement, essentiellement sous forme de camions et véhicules, à aucun moment l’effort allié n’a souffert la comparaison avec les plus de cent milles canons, cent mille chars, dizaines de milliers d’avions, d’armes individuelles, les millions de tonnes de munitions, les centaines de millions de tonnes de matières premières produites par l’URSS elle-même. Prétendre que ce sont les livraisons alliées qui ont brisé la machine de guerre nazie est si surréaliste que l'on se demande même comment on peut argumenter à ce propos.
 
IV. Les Russes pouvaient reculer indéfiniment.

Là encore, un mythe qui perdure, et qui perdure par simple méconnaissance géographique. Les Allemands auraient eu des distances énormes à franchir, et il suffisait que les Russes reculent en attendant l’hiver. Ils pouvaient reculer indéfiniment.
1.600 km séparent Berlin à Moscou. Sauf que ce n’est pas la distance de capitale à capitale qui compte,  mais le départ de la ligne de front, qui s'est situé aux confins de l’actuelle Lituanie au nord, presque à la frontière Biélorusse pour l’attaque sur Moscou, et sur la frontière orientale de la Roumanie pour le front sud. Or, au nord, sur le front de Leningrad, la distance d’arrêt définitif des Allemands fut de 700km. Sur le front de Moscou, de 900 km, et à peu près autant sur le front d’Ukraine au sud. Les Russes n’ont pas reculé de 2.000 km.
Au-delà, il faut considérer le timing de Barbarossa. Loin d’être une poussée continue, inexorable de juin 41 à fin octobre, il y eut trois phases.
La première, vraie guerre éclair, magistrale, dura encore moins qu’en Pologne et en France, à peine trois semaines. Dans ces laps de temps, du 22 juin au 9 juillet, la Wehrmacht détruisit des armées entières (des millions d'hommes)  et avança [...] de 400 km au nord et au centre, tout en se limitant à 100 km au sud. Et là, comme en France, les Allemands crurent la partie gagnée. Dans l’histoire de l’humanité, nulle nation n’avait jamais pu poursuivre le combat après de telles pertes, encore jamais vues de mémoire d’homme. Mais, à partir du 9 juillet jusqu’au 1er septembre, en deux mois, les Allemands n’avancèrent plus que de 150 km au nord même s’ils s’enfoncèrent dans la partie ouest de l’Ukraine.
Deux mois à découvrir l’opiniâtreté du soldat russe, qui meurt plutôt que de se rendre. Deux mois à comprendre enfin ce que disait Murat en 1812, que ce fantassin russe, "on était obligé de le tuer deux fois". Deux mois à commencer à goûter la technologie Russe et à apprendre à subir des pertes énormes à son tour.
Au 1er septembre, la horde nazie n’est plus qu’à 300 km de Moscou. Et ni septembre, ni octobre, ni novembre ne lui permettront d’atteindre ses objectifs.
Si l'on compare les distances, c’est un peu comme si les alliés, en mai 40 avaient bloqué les Allemands quelque part entre Paris et la Loire vers le 1er juin, puis leur avaient fait payer horriblement cher une poussée de deux mois jusqu’à la Garonne où les troupes n’auraient plus reculé, alimentées en hommes et en armes par les ressources immenses des deux empires Français et Britanniques, adossés à la puissance industrielle américaine. Voilà le niveau de la performance russe.
Comme lors du rétablissement miraculeux des Français sur la Marne en 1914, ce ne fut pas une histoire de génie d’état-major ou de suprématie logistique, ce ne fut ni une histoire de généraux ni de politiciens. Ce ne fut pas une question de distance ou de rigueur saisonnière. Ce fut la victoire de millions de citoyens-soldats qui luttèrent, pied à pied, au prix de souffrances inouïes, pour leur survie contre un ennemi monstrueux.[...]
Est-ce cet héroïsme que nous n’avons pas eu que nous ne pouvons leur pardonner, nous forçant à chercher tous les prétextes pour le dévaloriser avec la mauvaise foi typique du vaincu ?
 
V. Les généraux Russes étaient nuls et ne savaient qu’offrir la poitrine de leurs soldats.

Dans les premiers mois de la guerre, cela était vrai. C’était d’autant plus vrai qu’une fantastique opération de « magie-noire » des services secrets Allemands avait réussi le prodige d’intoxiquer Staline et de lui faire exécuter pour « trahison » , 95% des officiers généraux et 80% des officiers supérieurs de l’Armée Rouge en 1938.
Or, mmanipuler des brigades, des divisions, des corps ou des armées de milliers, de dizaines, de centaines de milliers d’hommes, sur des distances importantes en combinant des armes aussi complexes et avides de logistique que l’artillerie, les blindés et l’aviation, ne s’improvise pas facilement. Ce corps d’officiers était donc globalement, notoirement incompétent au moment du premier choc. Ces chefs incompétents, totalement débordés par leur tâche et menacés du peloton au moindre soupçon de trahison, n’avaient qu’une seule ressource, profondément stupide, profondément meurtrière, qu’on savait totalement absurde dés 1914, celle de faire charger leurs hommes bêtement face à la puissance de feu moderne. Les dégâts furent cataclysmiques.
Cependant, très rapidement, d’excellents généraux, et Joukov en particulier, s’élevèrent contre cette stupidité criminelle et l’état-major en vint même, dés 42, à menacer du poteau les officiers lançant leurs troupes à l’assaut sans préparation d’artillerie, support aérien et blindé. Au fur et à mesure que se révélaient des officiers de valeur, ce genre d’anachronisme mortifère diminua sensiblement puis finit par disparaître.
D’ailleurs, le rapport des pertes au combat Allemand-Russe s’équilibre en 43 et devient favorable aux Russes en 44. Comme souvent, c’est la première année de guerre qui fut la plus meurtrière. Ce fut le cas pour les Français en 14 quand la première année de combat, celle de Joffre, totalisa autant de pertes que les 3 autres années de guerre. Là aussi, beaucoup de généraux et officiers supérieurs, pourtant dûment brevetés, se montrèrent totalement dépassés. Ce fut aussi le cas des troupes Américaines inexpérimentées en Normandie qui, en deux mois de combat, comptèrent la moitié de leurs pertes totales sur le front européen avec pourtant, une suprématie aérienne totale et contre des combattants Allemands démoralisés et loin d’être les meilleurs de la Wehrmacht.
Durant, cette guerre, on a eu aussi l’exemple de charges profondément stupides et suicidaires chez les Japonais. Là aussi, la profonde incompétence d’officiers eut une part prépondérante. Mais curieusement, l’inconscient collectif occidental ne montre nul mépris, nulle arrogance face à cette stupidité barbare mais au contraire, la magnifie d’une manière quasi romantique.
Les Russes eurent, eux aussi, leurs grands généraux: Timochenko,Tchouïkov, Meretskov Petrov,Rokossovsky, Joukov étant le plus illustre d’entre eux. Mais il est vrai que l'on a peut-être du mal à reconnaître le génie militaire d’un ancien ajusteur, cavalier rustique, autodidacte, monté « à la force du poignet » et qui dés 1939 infligea un déroute décisive aux Japonais sur la frontière Mongole.
 
VI. Les Russes se sont comportés comme des barbares avec les Allemands.

Celle-là, il fallait l’oser. Mais beaucoup sautent le pas. Un « documentaire » français, Apocalypse, ouvre sur un Berlin en ruines avec une musique de circonstance et une voix sinistre qui annonce…. Qui annonce quoi au fait ?
  • Les six millions de juifs assassinés
  • Le million de Tziganes exterminé ?
  • Les trois millions de Polonais tués ?
  • Les 27 millions de soviétiques martyrisés ?
  • Les deux millions de civils Allemands tués à dessein dans des bombardements terroristes ?
  • Les deux millions de bengalis morts  par famine pour nourrir le soldat Anglais ? 
Non, la voix, sépulcrale annonce : « alors qu’on entend encore les voix des femme Allemandes violées par les soldats Russes… » tel quel.
Quand on considère les innombrables et innommables crimes commis par les Allemands en URSS,  les milliers de villages exterminés, la réduction en esclavage, les viols par millions de femmes, d’enfants, commis par les soldats Allemands, plus de 15 millions de civils assassinés ou tués au travail, on se dit que le soldat Yvan qui découvrait cela au fur et à mesure de son avance vers l’Ouest, n’avait aucune raison d’éprouver la moindre sympathie pour le barbare qui avait fait subir cela à son peuple. 
Mais là encore, le viol, s’il fut massif, ne fut pas le propre de l’armée rouge. Les troupes alliées pratiquèrent aussi massivement cet apanage du soudard à travers les âges; mais on retient essentiellement l’action d’Yvan Popov qui lui, avait pourtant plus de circonstances atténuantes que le gars du Kentucky ou le sujet quelconque de l’Empire Français.
Et il faut bien avouer qu’en la matière, il faut croire les Allemand(e)s sur parole, les sources n’étant ni consensuelles ni impartiales, loin de là.
Rappelons qu’en Algérie, des historiens affirment que la troupe Française a violé et assassiné massivement, [..]. Pourtant ceci est très contesté en France. En quoi les assertions allemandes et leurs alliés tout comme celles d’anglo-saxons en pleine guerre froide, seraient-elles plus fiables que les démentis officiels Russes ?
Rappelons-nous encore récemment, les bébés tués dans les couveuses au Koweit, les génocides imaginaires au Kosovo ou en Libye, les ADM en Irak, les djihadistes "modérés" en Syrie ou les 36 invasions de l’Ukraine par l’armée Russe depuis 2014…
Dans les mémoires de Cavanna, « Les Russkofs », l’auteur entre dans un Berlin très fraichement investi et voit, à chaque carrefour, une police militaire de « femmes solides » traquant sans pitié le moindre laisser-aller des troupiers.
Mettre en place des régiments entiers de police militaire féminine, chose unique dans l’Histoire, note d’une manière certaine, la volonté de tenir la troupe. Tout état-major, et surtout un état-major ayant l’implacabilité disciplinaire de celui de l’Armée Rouge, abhorre laisser les hommes salir l’honneur de leur commandement et surtout est bien conscient qu’une troupe de soudards n’est plus maîtrisable. 
Dans le registre de la « barbarie Russe », on parle aussi tout le temps du traitement affreux du malheureux soldat Allemand prisonnier, envoyé en Sibérie. Sauf que les Russes firent 2.7 millions de prisonniers Allemands qui avaient martyrisé leur peuple et en rendirent 2.3 millions.
Sauf que les Allemands firent 6 millions de prisonniers Russes qui ne leur avaient rien fait et n’en « rendirent » que 2. Quatre millions furent tués dans des conditions inimaginables de perversion et de cruauté, affamés, exploités à mort, traités comme des esclaves, pour le plus grand profit de l’industrie allemande, servant aux expériences sur les gaz, cobayes des nombreux Mengele auxquels le « peuple des seigneurs » offrit un tremplin  pour ses abominations.
400.000 morts d’un côté, 4 millions de l’autre. 15% contre 60. Qui est le barbare ?
Veut-on comparer avec le comportement Anglais ou Américains envers les prisonniers ? Encore une fois, ni les uns ni les autres n’ont été envahis et n’ont eu 20% de leur population martyrisée. Les USA ont perdu moins de 200 000 soldats sur le front Européen, les Russes, 9 millions. Et près de 15 millions de civils. Et sur le front Pacifique, on occulte pudiquement le fait que les US Marines ne faisaient pas de prisonniers.
 
VII. L’Armée rouge était sous-équipée, moyenâgeuse.
 

Ce mythe-là, tenace, est des plus étonnants, car il n’a pour origine aucune propagande. Aucun historien, aucun journaliste professionnel (il y en eut), même résolument anti-soviétique, n’a jamais osé affirmer, à juste titre, une telle énormité.
Hélas, on apprend beaucoup plus l’Histoire par le cinéma,[...] qu’en lisant des livres sérieux. Et donc, on entend depuis 1945, cette énormité selon laquelle l’URSS était incapable de concevoir et produire des armes modernes. Encore une fois, seules les livraisons des alliés par l’Arctique ont pu pallier cette nullité technologique. Il est incroyable de prétendre une chose pareille, et pourtant s’il y a un point où le consensus est total, c’est bien sur celui-là.
Or, il suffit d’ouvrir n’importe quel livre d’Histoire ou une page internet sur le détail des productions industrielles d’armement par pays pendant la Seconde Guerre Mondiale pour être édifié. Entre juin 41 et mai 45, les Russes ont produit plus de chars et de canons que les USA et l’Allemagne réunis.
Plus de de 60.000 exemplaires du seul T34 dans ses différentes versions (à titre d’exemple, les Allemands disposaient de moins de 3.000 chars pour la campagne de France.) furent produits. Le T34, char rustique, solide, très novateur en calibre, en courbure de tourelle, en blindage, en largeur de chenille (boue, neige), en solidité, en facilité d’entretien, fut le cauchemar de l’armée Allemande et d’après les Allemands eux-mêmes, le meilleur char de grande série de la guerre, le Panzer V n’apparaissant qu’en 1943 et le VI Tigre construit en moins de 2.000 exemplaires et très fragile mécaniquement.
Les Russes inventèrent aussi la fameuse Katioucha, le lance-roquette multiple, l’orgue de Staline, deuxième souvenir le plus terrifiant du fantassin Allemand avec le T34. Les Allemands d’ailleurs, reprirent immédiatement le concept tout comme les Américains.
Ils conçurent et fabriquèrent aussi d’excellents chasseurs, comme le Yak 1, inférieur sur le papier aux merveilles techno Allemandes mais, à l’image des Russes, toujours solide, fiable, astucieux, capable de voler par n’importe quelle température et un des chasseurs les plus protecteurs pour les pilotes. D’ailleurs, les pilotes Français de l’escadrille Normandie-Niemen adoptèrent longtemps ce « moudjik » de l’air, les Russes proposant aussi le Yak 7, les Mig 1 et 3, le Lagg 3, pas mal pour une industrie moyenâgeuse…
Les Russes surent aussi concevoir et produire en masse le meilleur avion d’attaque au sol de la guerre, le Sturmovic. Encore une fois, un outil rustique, hyper blindé, hyper armé, le premier tueur de char, terreur du tankiste Allemand.
Ils conçurent et fabriquèrent plus de 100.000 canons d’excellente facture.
Ils conçurent et produisirent aussi les excellents pistolets mitrailleurs PPS41 et 43, avec, grande innovation, sélecteur pour le tir en rafale ou au coup par coup, très simples à produire, quasiment impossibles à enrayer. Ils étaient si valables que les fantassins Allemands délaissaient leur M40 pour récupérer les PPS de l’ennemi.
Effectivement, ils purent se concentrer sur cette production car les USA leur fournissaient la quasi-totalité de leurs camions et voitures, des dizaines de milliers de véhicules. Cet apport indéniable Américain et les ressources propres en pétrole permirent à l’Armée Rouge d’être très supérieurement mécanisée par rapport  à l’armée Allemande, que le manque de ressources pétrolières condamnait à l'usage du train et à l’utilisation de plus d’un million de chevaux.
Contrairement à l’imagerie populaire, l’armée Allemande fut, de loin, l’armée la plus hippomobile de la seconde guerre mondiale. Il ne faut pas s’y tromper, l’URSS conçut et fabriqua la quasi-totalité de son équipement de guerre. Un excellent équipement, robuste, astucieux, peu onéreux, hyper opérationnel.
 
VIII. Sans le débarquement allié en Normandie, les Russes étaient "cuits"
 
Ce mythe inepte, là encore, véhiculé par le « bon sens » populaire, est de plus en plus prégnant à mesure que les sirènes de la russophobie se font pressantes.
Tout le monde connait le D-day. [...] Lors du "jour le plus long", l'armada US réussit à débarquer en Normandie, au prix de 9.000 morts (1.000 000 à Stalingrad) [..], tandis que les Russes empêtrés de leur côté, étaient sauvés par cette diversion providentielle. C’est beau Hollywood.
Sauf que....
Sauf qu’il suffit de regarder une carte du front de l’Est en juin 44. En juin 44, l’URSS a repris toute l’Ukraine, la moitié de la Biélorussie et campe devant Riga. Elle a fait reculer les Allemands de 700 km au nord et de 1.000 km au sud, les faisant revenir quasiment à la position de départ de 1941. Entre temps, les Allemands n’ont pas réussi leur offensive d’été 41, ont pris une terrible "raclée" en Janvier 42, une bien plus désastreuse encore à Stalingrad et une autre encore à Koursk en 43; ils ont déjà eu 4 millions de tués, plus encore de blessés graves. Plus d’1.5 millions de prisonniers. L’URSS, l’URSS seule a brisé l’échine de la bête et il n’y a aucune raison qu’en juin 44 le sort des armes s’inverse.
Par contre, si tout le monde connait le D-day, beaucoup moins nombreux sont ceux qui connaissent l’intensité meurtrière de la bataille de Normandie qui dura deux longs mois et causa la moitié des pertes US sur le théâtre d’opération européen. Bataille de Normandie où les britanniques (avec ANZAC et Canadiens) d’ailleurs étaient plus nombreux que les Américains et où ils firent vraiment le "sale boulot" en poussant le gros et le meilleur des Allemands vers le nord. Les Britanniques sont les autres victimes et grands lésés de cet "accaparement" de la victoire par les USA et leurs admirateurs. 
Tout le monde connait le D-day, mais assez peu sont ceux qui connaissent le terme "Opération Bagration".
Et pourtant.
Et pourtant, cette offensive soviétique, débuta à la date anniversaire de Barbarossa, le 22 juin 44, au moment où les alliés piétinaient dramatiquement dans le bocage Normand. Sur un front de près de 1.000km, l’Armée Rouge reprit l’initiative et durant deux mois, infligea aux Allemands plus de 300 000 morts et fit autant de prisonniers ou blessés dans ce qui reste très officiellement, en Allemagne même,« le plus grand désastre militaire de l’histoire Allemande ».
Si une bataille soulagea considérablement quelqu’un, ce n’est pas le D-day qui soulagea des Russes dépassés, mais bien Bagration qui, concentrant l’essentiel des restes de l’armée Allemande, soulagea les Alliés piétinant sur leur tête de pont.
Mais Hollywood n’est ni sur le Don ni sur la Volga…
 
IX.  C’est la bombe atomique qui a fait capituler les Japonais.

Voici un mythe très très solide, et pourtant contredit par des gens aussi experts que Mac Arthur ou Eisenhower.
Que viennent faire les Russes là-dedans ?
Attention, prétendre que les Russes ont participé à la défaite Japonaise serait complètement fantaisiste. Hormis les Britanniques qui ont participé aux confins Birmans, les USA ont assuré la quasi-totalité de la guerre et de la victoire contre l’Empire du Soleil Levant, les Chinois l’ayant essentiellement subi.
Que viennent alors faire les Russes là-dedans ?
Ils viennent jouer le rôle de croque-mitaine, de parfait cauchemar. Conformément aux accords inter-alliés de Yalta qui prévoyaient leur déclaration de guerre contre le Japon 3 mois jour pour jour après la cessation des combats à l’ouest , les Russes déferlent en Mandchourie, balayant les troupes impériales. 
Les stratèges US attendaient ceci avec impatience. Mac Arthur et même Truman comptaient sur l’effroi des Japonais à la perspective d’être envahis et occupés par les troupes soviétiques pour les forcer à capituler rapidement dès l’offensive lancée.
Celle-ci intervient le jour de Nagasaki, trois jours après Hiroshima, conformément aux accords initiaux.
Si la bombe a "secoué" l’Empereur et les éléments modérés de son cabinet, les nationalistes eux, restent droits dans leurs bottes. Le Japon a l’habitude des raids dévastateurs de l’aviation US qui ont provoqué un million de morts civiles, dont 100.000 pour le seul raid sur Tokyo. Cette vision d’holocauste serait même compatible avec leur mystique délirante : une sorte de charge Banzaï au niveau de tout le peuple.
Mais l’avancée fulgurante des Russes en Mandchourie laisse envisager une invasion imminente de l’archipel. Et c’est l’effroi devant une telle perspective qui fait basculer le rapport de forces. [...]  Une occupation par l’ogre soviétique, JAMAIS ! Plutôt capituler rapidement devant les Américains. Le même genre de calcul a fini par prévaloir sur le front Européen dés que Hitler se fut suicidé.
Jusqu’à leur mort, Mac Arthur et Eisenhower ont toujours nié le rôle premier des bombes dans la capitulation Japonaise. Ce mythe, comme toujours, fut affaire de politiques et de communicants dans une guerre froide naissante. 
Et là encore, on s’est rassuré avec la fable de bombes atomiques sauvant 1.000.000 de vies,et on a ricané sur les « vautours » soviétiques qui attaquaient un Japon à terre, déjà vaincu par la bombe atomique plutôt que de saluer leur respect des accords et leur action décisive dans la précipitation de la capitulation.
 
Voilà, cette série est finie. Son but, hors le fait rendre justice au génie et à l’héroïsme Russe est de rappeler que tous ceux qui ont attaqué ce pays, et s’y sont perdus, Polonais au XVIIe siècle, Suédois au XVIIIe , Français au XIXe et Allemands au XXe, l’ont fait par suite d’une sous-estimation dramatique de ce grand peuple. [...]
Face à la montée inexorable des provocations et des tensions envers l’Ours, on ne peut que chanter avec Sting : « I hope the Russians love their children too ».*
* « j’espère que les Russes aiment leurs enfants autant que nous les nôtres »




 

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