kalinka-machja CERCLE CULTUREL ET HISTORIQUE CORSE-RUSSIE-UKRAINE



LIENS RUSSIE

Petliura et Makhno ... au risque des controverses. Suivi de : Troubles de guerre civile et mise en ordre révolutionnaire en Ukraine (1917-1921)


 
Symon Petliura alimente encore de nos jours de vives controverses à propos du sort réservé aux Juifs en Ukraine durant les  années  où il fut homme de guerre et  exerça  les fonctions de chef d’État (1917-1920).
Ce responsable nationaliste fut assassiné en 1926 à Paris par un jeune anarchiste juif qui affirma lors de son procès avoir été motivé par l'unique désir de venger les pogroms d’Ukraine, mais qui fut aussi soupçonné d'avoir été manipulé par les bolcheviques.
La dichotomie des opinions et des jugements concernant Petlioura trouve son origine dans les « camps » d’appartenance respectifs : celui de ses admirateurs Ukrainiens, ou celui des membres de la communauté juive qui refusent la négation ou l’oubli.
 
Il en va de même pour un autre chef de guerre ukrainien de cette tragique époque, l’anarchiste Nestor Makhno, qui souleva
 les masses paysannes de l’Ukraine profonde et, tantôt allié, tantôt adversaire, combattit simultanément ou alternativement les Bolchéviques, les Blancs .... et Petlioura  lui-même.

Tous deux furent accusés d’antisémitisme plus ou moins caractérisé pour avoir sinon organisé, du moins laissé se développer sans réaction les nombreux pogroms dont fut alors victime la communauté juive d’Ukraine.
Sans ressusciter une polémique sulfureuse à propos des comportements de chacun de ces deux Ukrainiens devenus des personnages historiques, il convient de replacer ces comportements  ou attitudes dans le contexte de la période.
 

- La forte présence d’une communauté juive d’implantation séculaire en Ukraine, dont l’émancipation la conduisait à prendre un poids économique (relatif) jalousé par la paysannerie ukrainienne, constitue l'un des éléments de la problématique en question.
- Une influence culturelle grandissante de cette même communauté a sans doute attisé des rancœurs dans l'intelligentsia et la bourgeoisie ukrainiennes.
- Les prêches d’un clergé « basique » orthodoxe ancré dans des préjugés religieux ancestraux ont dû vraisemblablement contribuer à la stigmatisation des juifs.
- Il faut y ajouter un « état d'esprit » hérité de l’Empire russe. En effet ce dernier avait longtemps imposé aux Juifs un statut dont le moins que l’on puisse dire est qu'il ne leur était pas très favorable. Nombre de Juifs  ont en conséquence adhéré aux divers mouvements révolutionnaires qui ont précédé la révolution de 1917. Le comportement des couches populaires ukrainiennes a donc été expliqué également par le fait que les Juifs avaient fourni au parti bolchevique tout à la fois d’éminents théoriciens, des cadres, et des partisans "zélés" dans la répression.
- Enfin l’histoire partagée de la Pologne et de l’Ukraine, ainsi que leur proximité géographique immédiate, notamment dans le sud, ne sont pas à négliger.
A l’époque des pogroms ukrainiens la population juive de Pologne, forte au moins de 3 millions d'âmes, (près de 10% de la population totale ) bénéficiait d’une culture affirmée, faite d’une langue spécifique et d’une pratique religieuse solidement étayée. Elle était cependant victime d'
un antisémitisme prononcé, antisémitisme au demeurant largement alimenté par un clergé catholique traditionnellement très influent dans le pays. 
Tout ceci n’a pas été absent des événements d’Ukraine. 

Si les historiens parviennent à s’accorder sur la difficulté d’attribuer des responsabilités évidentes ou claires à Symon Petlioura et Nestor Makhno, ils restent partagés sur leur degré d’implication dans ce que l’on pourrait appeler la fureur antisémite de l’époque.
De nos jours la polémique n’est pas éteinte : les partisans de Petlioura et Makhno rejettent l’accusation portée contre ces derniers d’avoir inspiré, encouragé ou « commandité » les pogromistes. Pour leur part, les Juifs soucieux de perpétuer le souvenir des persécutions subies par leur communauté imputent aux deux chefs militaires une responsabilité dans les massacres perpétrés. Il faut préciser que l’entreprise hitlérienne d’extermination du peuple juif vécue ultérieurement (shoah 39-45) leur donne,  à travers le temps, une "légitimité mémorielle". 


S’agissant de Petlioura, nombre de ses épigones ou thuriféraires réfutent les assertions le concernant et préfèrent avant tout lui rendre hommage pour son combat en faveur d’une Ukraine libre. Il est donc célébré aussi bien dans les sphères gouvernementales ukrainiennes actuelles que dans celles de l'émigration (non juive s'entend).

Makhno, pour sa part, ne bénéficie pas de la même notoriété, et son culte ne survit que dans la sphère restreinte des anarchistes relevant d'une sorte de « canal historique ».
Il faut dire que le régime soviétique s’est acharné à le déconsidérer, et qu’il n’a eu ni les hautes responsabilités politiques ni la dimension culturelle de Petlioura.
 
Qu’en est-il dans l’Ukraine actuelle ? Elle compte un nombre considérablement réduit de Juifs par rapport à la période prérévolutionnaire. Ceci est dû à une forte émigration en Amérique et en Israël, émigration très largement suscitée par les persécutions subies. La communauté juive ukrainienne  connaît cependant une curieuse situation : certains de ses membres occupent d’éminentes fonctions politiques, dont celle de chef de l’État, et elle comporte dans la vie économique des  « oligarques » influents … alors que l’on a pu noter la résurgence de mouvements de type néo-nazi lors des événements qui ont accompagné ou suivi Maïdan.
Soit dit en passant, ceci n’est pas sans rappeler la France de 1936, dans laquelle s'exprimait un antisémitisme virulent tandis que de hauts responsables politiques d’origine juive (Blum, Mandel, Moch …) occupaient des postes de très haut niveau dans la vie  du pays.

Jean Maïboroda

 
________________________________________________________________
 
 

Troubles de guerre civile et mise en ordre révolutionnaire en Ukraine (1917-1921)


https://sites.google.com/site/kommuny/Home/revolution-et-guerre-civile/troubles-et-mises-en-ordre 
 
Kommuna : Utopie et Révolution au pays des soviets
Коммуна: Утопия и Революция в стране советов 
Kommuna: Utopia and Revolution in the country of soviets
 
Intervention aux Journées d’études : 
L’Ukraine et la Biélorussie. Quels voisins pour l’Union Européenne ? 
24-25 mars 2006, à l'École normale supérieure, Paris
Éric AUNOBLE,
  • Chargé de cours à l'unité de russe de l'Université de Genève (détaché par le Ministère de l'Éducation nationale),
  • Titulaire d'un doctorat soutenu à l'EHESS en février 2007, avec la mention « très honorable avec félicitations ».
Pour contacter Éric AUNOBLE : kommunary@gmail.com

___________________________

 


La question des violences de masse est désormais au centre de l'historiographie du XXe siècle, européen notamment. À cause de la brutalisation des sociétés par la première guerre mondiale, les Furies[[1]] se sont échappées, semant sur le continent Les feux de la haine.

Reste à déterminer l'origine des comportements assassins. L'ombre portée des génocides pousse à montrer les responsabilités d'un État criminel, selon l'expression d'Yves Ternon[[3]]
On cherche à analyser les « raisons qui conduisent les hommes à se transformer en instruments dociles et passifs d'ordres cruels et destructeurs »[[4]]
Le retour du concept de guerre civile européenne, récemment repris par Enzo Traverso[[5] , incite pourtant à ne pas réduire les violences de masse aux effets sur les hommes d'injonctions et d'un encadrement étatiques. Il faut aussi démonter le mécanisme des haines réciproques tel qu’il s’est construit et entretenu dans une population jusqu'à provoquer l'irréparable.
À ce titre, la situation de l'Ukraine entre 1917 et 1921 attire particulièrement l'attention, tant elle se distingue par un paroxysme de violence dans la guerre civile qui a embrasé l’ex-empire tsariste.

 

La disparition du pouvoir central

 

Cela peut se mesurer au nombre de forces militaires en opération. Au lieu d’un front opposant deux camps, il n’y eut jamais en Ukraine moins de trois armées issues de la désagrégation de la Russie impériale luttant les unes contre les autres. Il faut rajouter à ce tableau les troupes étrangères qui sont intervenues : troupes autrichiennes, allemandes, britanniques, françaises, grecques, polonaises… Le nombre de changements de pouvoir donne le vertige. D’après Victor Serge, « quatorze pouvoirs se succédèrent en quatre ans » en Ukraine[6]. Kyïv change de mains neuf fois entre janvier 1918 et mai 1920[7], mais le record est détenu par Tarachtcha, une bourgade au sud de Bila Tserkva où, « au 15 juillet 1919 (…) le pouvoir avait [déjà] changé 27 fois »[8].

On croirait rétablir un peu d'ordre dans cette mêlée en définissant chaque camp par un programme politique et une base sociale. Le nationalisme conservateur des classes supérieures ukrainiennes s'incarnerait dans l'Hetmanat de Skoropadski (avril-novembre 1918), alors que Petlioura, à la tête du Directoire de la République populaire d'Ukraine (novembre 1918-juillet 1919), représenterait un nationalisme plus plébéien, soutenu par la paysannerie à l'ouest du pays. Le Gouvernement provisoire ouvrier et paysan des Bolcheviks (janvier-juin 1919) est implanté au contraire à l'est et regrouperait une paysannerie, une classe ouvrière et des citadins russophones et/ou juifs autour du  pouvoir des soviets. Pour les soviets, mais contre tout pouvoir, l'Armée insurrectionnelle paysanne de l'anarchiste Makhno opère sans discontinuer de 1918 à 1920 dans les steppes du sud-est de l'Ukraine. Enfin, l'Armée volontaire du général « blanc » Dénikine  nourrit dans la deuxième moitié de 1919 les espoirs de la bourgeoisie russophone de voir restaurer une « Russie une et indivisible ».

 

Cette catégorisation est pourtant peu satisfaisante pour comprendre la nature du conflit. L’indiscipline généralisée dans chaque camp invalide d'ailleurs l’hypothèse d’une cohérence idéologique ou sociale des forces en présence. Pour la fin 1918 et les premiers mois de 1919, Dénikine consacre un chapitre de ses mémoires au « profil moral de l’armée » sous le titre de « Pages noires »[9]. Vynnytchenko, écrivain et homme politique proche de Petlioura, évoque une armée du Directoire qui « s’est retrouvée entre les mains d’éléments qui ne comprenaient pas la révolution ou étaient carrément contre-révolutionnaires et même anti-ukrainiens » et dont les commandants laissaient « la bride sur le cou aux petits gars »[10]Au-delà de la volonté des auteurs de se dédouaner vis-à-vis des pogromes antisémites (pogromes reconnus également dans l’armée insurrectionnelle de Makhno[11]), ces déclarations reflètent une réalité générale : un des dirigeants de l’Armée rouge en Ukraine, Zatonski, relate ses efforts pour convaincre des régiments d’aller au combat, risquant plus sa vie devant ses propres troupes que devant l’ennemi[12]. Le rôle des chefs militaires plus ou moins autoproclamés (attamans Tioutiounyk, Grigoriev, Grebenka, Strouk, Maroussia[13]…) et l’importance des insurrections villageoises après l’établissement définitif du pouvoir bolchevique[14] confirment l’aspect incontrôlable des groupes d’hommes armés.

Tout ceci donne corps à l’hypothèse, largement reprise ces dernières années, d’une dynamique villageoise autonome et même autonomiste face à tous les prétendants au pouvoir central[15]. Sans la nier, je voudrais la relativiser en contestant la naturalisation des structures sociales et des identités qu’elle suppose : la communauté villageoise n’est pas une donnée indiscutable et l’opposition d’une paysannerie ukrainienne à des propriétaires russes ou polonais ainsi qu’à des citadins juifs et russes passe trop pour une évidence. Il faut donc revenir sur la construction des identités et de leurs antagonismes.

 

L’amère découverte de l'Autre (1914-1917)

 

Je postule que les identités se sont sinon construites, du moins renforcées, par défaut, dans la découverte amère de l’Autre, c'est-à-dire en situation de conflit. C'est d'abord la conséquence de la guerre : entre le tiers et la moitié de la ligne du front oriental de la 1ère guerre mondiale est situé sur des terres ukrainiennes Le départ des hommes à la guerre a dû influer sur la conscience de millions de femmes devenues autonomes malgré elles (ce phénomène a été peu étudié[16]). Les soldats-paysans surtout sont projetés dans un autre monde social. L’un d’entre eux déclarait avant Octobre 1917 à l'infirmière Sofia Fedortchenko:

« C'est qu'avant je ne savais pas à quel point les riches vivaient bien. Ici [au front,] on a commencé à nous loger chez des gens et j'ai vu (...) par terre et sur les murs toutes les sortes de choses qu'ils possèdent ; partout dans la maison, il y a des choses chères, belles et qui ne servent à rien. Maintenant, je vivrai de cette façon et pas avec les cafards »[17].
Les couches privilégiées voient ainsi un gouffre s’ouvrir sous leurs pieds. En effet, les clivages sociaux s’accroissent entre ouvriers et patrons[18] mais aussi entre paysans et citadins. Dans les témoignages d’enfants de l’émigration blanche publiés par Catherine Goussef et Anna Sossinskaïa, la découverte de l’hostilité paysanne va d’ailleurs de pair avec l’apparition du fait ukrainien aux yeux des citadins russophones[19]. Le conflit entre soldats et officiers double le précédent. C’est l’opposition la plus cruciale qui remet en cause tous les cadres interprétatifs. En mars 1917,  un officier écrit :
 « Quand nous [, les officiers,] parlons de peuple [narod], nous considérons la nation comme un tout, mais eux, quand ils en parlent, ils le comprennent comme signifiant seulement les masses populaires démocratiques [demokratičeskie nizy]. (...) Quelle que soit leur attitude personnelle envers tel ou tel officier, nous ne sommes à leurs yeux que des maîtres [bary] »[20].
En écho, on lit dans un journal de soldats : « Les officiers sont pour nous des étrangers ». Faut-il l’entendre comme une déclaration de la guerre des classes ? En fait, il s’agit d’une publication destinée aux soldats ukrainiens casernés à Tiflis. L’article continue : « Seul un Ukrainien peut comprendre un Ukrainien »[21]La question nationale se mélange à la question sociale et au problème de la guerre.

Mais rien d’automatique ici et les attentes d’un homme cultivé envers une revendication nationale qu’il juge légitime peuvent être déçues. Victor Chklovski l’avait vivement ressenti en discutant avec ses soldats en juin 1917 :

« Je commençai à leur parler de l’Ukraine. Je croyais que c’était là un problème important, un grand problème. Du moins à Kiev s’en occupait-on beaucoup. Mais les soldats m’arrêtèrent :

- Ça ne nous intéresse pas.

Pour eux, la question d’une Ukraine indépendante  ou soumise n’existait pas. Ils s’empressèrent de me déclarer que leurs préférences allaient à la commun[auté des terres]» [22]...
Parmi les identités qui se révèlent négativement, celle des Juifs est la plus déstabilisante. Un lycéen originaire de Kiev témoigne : « En 1919, (…) j’ai changé [de] lycée [et] j’ai été stupéfait par la masse d’élèves juifs »[23]La levée des restrictions légales les concernant tant par le Gouvernement provisoire en mars 1917 et que par le Gouvernement provisoire ouvrier et paysan d’Ukraine en février 1919 expose aux regards une population jusque là volontairement ignorée[24].
            Loin de provoquer un cercle vertueux de la liberté, les événements poussent au conflit entre les groupes opprimés. Un soldat avait déclaré à Sofia Fedortchenko :

« Maintenant, non seulement on ne peut plus frapper [une femme], mais il ne faut pas non plus la blesser en parole. Maintenant, c'est la liberté pour toutes sortes d'engeances : pour le youpin comme pour le crapaud, pour le paysan comme pour sa femme »[25].
Cette phrase donne une idée de la montée des antagonismes, mais aussi de leur caractère jubilatoire : chaque acteur social peut enfin exprimer toutes ses rancœurs.
 

Des haines polarisées (1918-1919)


              Ces haines multilatérales ne sont pas erratiques, elles dessinent en creux les polarisations de la société ukrainienne. Pour dégager les lignes de force, il faut partir des victimes. La première vague de violences en 1917-1918 touche le groupe dominant des riches propriétaires, officiers et intellectuels. En plus des enjeux évidents de richesse et de statut, la question de la langue y est stratégique. Un écolier d’Odessa écrit :
« J’étais dans la classe préparatoire pour les petits. Mais les Ukrainiens ont gagné et on a eu au lycée l’ordre d’apprendre ‘‘la langue natale’’ [ridna mova]. Une semaine plus tard, les bolcheviques sont arrivés et on devait écrire sans les ‘‘yats’’ et les ‘‘signes durs’’*. (…) tous ces pouvoirs se destituaient les uns les autres et nous au lycée on nous apprenait à écrire soit avec les ‘‘yats’’ soit sans les ‘‘yats’’. Mais enfin les Volontaires [de Dénikine] sont arrivés et le ‘‘yat’’ a triomphé »[26].
Réforme de l’orthographe russe et officialisation de la langue ukrainienne sont également ressentis comme une offensive plébéienne contre la haute culture et traduisent une volonté d’humilier ceux qui avaient trop (de terres, d’honneurs, de savoir…). Elles signifient aussi que le groupes sociaux et culturels ne veulent ni ne peuvent plus se comprendre : les ponts sont coupés.

En 1919, les violences continuent et s'intensifient. Elles laissent un répit relatif au classes dirigeantes pour se retourner contre des couches dominées, sous forme de pogromes antisémites d'une extrême cruauté et de lynchages anti-communistes. Les deux phénomènes sont distincts géographiquement. La chasse aux bolchéviks a lieu à l'est, là où les soviets avaient régné en maîtres tandis que la persécution des Juifs se déroule à l'ouest. Les convergences sont cependant nombreuses. Les formes de cruauté se rapproche, avec une prédilection pour le meurtre par le feu[27]. La vague pogromiste, qui enfle à l’ouest de l’Ukraine de janvier à août 1919, correspond chronologiquement à l’apogée et à la chute du Gouvernement ouvrier et paysan des bolcheviks au premier semestre 1919[28], c'est-à-dire à l’extension de la Terreur blanche à l’est du pays. Enfin, les cibles des deux types d'exaction sont souvent confondues par les paysans, unis sous l’étendard d’une lutte contre la « commune juive » [žydovs’ka komuna][29].

On ne peut considérer ces différentes persécutions comme l'application d'un plan de répression décidé en haut lieu. Depuis les années 1960, des études ont montré que les pogromes n’avaient pas été planifiés dans les états-majors de Pétlioura ou Dénikine[30]. De même, il n’y a pas, de la part des Blancs, de Terreur organisée et systématique contre les milieux sociaux sympathisants avec les communistes, mais juste une répression ciblée contre des militants[31]. Dans toutes ces exactions, il faut plutôt voir l'action de gens du peuple intégrés ou adossés à la soldatesque. Les pogromes ressortent de l’initiative locale de petits chefs militaires ou des notables villageois et suscitent l'enthousiasme populaire : « si nous massacrons tous les Youpins [Židy] aujourd’hui, on en finira avec les communes »[32].

 

Pareillement dans les villages de l’est, l’éradication des réseaux communistes s’exerce entre voisins. On le voit dans la province de Kharkov. À Kéguitchevka (au sud-ouest de la capitale des soviets) par exemple, l’ancien responsable agraire de l’administration bolchevique du canton est exécuté avec plusieurs paysans. À Tchervony Oskol, « on poursuivit particulièrement les familles des partisans et des volontaires de l’Armée Rouge. Les familles des communistes D.I. Logvinenko et M.F. Chkapoura furent enfermées dans leur maison et brûlées vives »[33]. Preuve du caractère « spontané » de la chasse aux rouges, elle continue en 1920 après la victoire militaire définitive des bolcheviks. La guérilla paysanne qui s’épanouit, appelée officiellement « banditisme », poursuit les mêmes cibles que la terreur blanche sous Dénikine : les responsables du radicalisme révolutionnaire de 1919 et singulièrement de sa politique agraire. Au centre d’Izioum, un monument érigé en 1922 et encore fraîchement peint en rouge vif  rappelle qu’« Ici sont enterrés : A.D. Kravtsov, président du Comité Exécutif d’Izioum en 1919  ; I.V. Maïboroda, chef de la Section Foncière  ; I . Dankov, Petroukha et 17 soldats rouges du Comité du Parti d’Izioum, torturés sauvagement par les bandits »[34].

 

Un ordre social déstabilisé (1919)

 

On peut donc proposer une lecture unifiée des comportements sauvages. Les Juifs sont extérieurs à la société villageoise, on leur reproche traditionnellement de ne pas vivre du travail agricole. Marginalisés, les jeunes Juifs s’étaient semble-t-il massivement engagés pour les soviets et seraient ainsi sortis de leur place traditionnelle : c’est un grief supplémentaire pour des paysans en révolte contre le communisme agraire imposé par le PC au premier semestre 1919[35]. En effet, les bolcheviks soutenaient alors non le partage des domaines fonciers mais leur confiscation au profit exclusif de l'État (sous forme de sovkhozes) ou de paysans sans terre créant des communes. On peut conclure que l’objet de la fureur paysanne sont les atteintes à un ordre rural conçu comme le pouvoir de chefs de famille baptisés et propriétaires. Ces atteintes, symboliques de la part des Juifs et réelles de la part des communistes, sont d’autant plus mal vécues qu’elles n’émanent pas de l’extérieur (la Ville, la Russie), mais de voisins dans le cercle presque intime du village ou du terroir.

À ce titre , un troisième groupe social fait l’objet de suspicion après 1919 : les femmes. Les bolcheviks les déclaraient égales des hommes, et les communes avaient vu un début de réalisation de ce principe. Elles participaient aux réunions, votaient et parfois prenaient des responsabilités, s'émancipant des rôles traditionnels. Quand les Rouges reprennent l’Ukraine en 1920, on remarque dans les campagnes une inflation des discours antiféministes : la collectivisation des terres est assimilée à la mise en commun des enfants et des femmes[36]. Les agitatrices de la Section féminine du PC se heurtent à une violente opposition. Dans une bourgade au sud de Kharkov, les maris viennent à la réunion organisée pour les femmes et agressent verbalement l’organisatrice. Celle-ci a transcrit leurs propos en parler local.

 
« ''A-t-on jamais vu ça, passer des disputes de bonnes femmes au Grand Soir [rasprava], et v’là-t-y pas qu’on les convoque ici''. Et quand j’ai expliqué pourquoi on réunit les femmes, ils se sont mis à hurler d’une seule voix : ''A-t-on jamais vu ça, que les bonnes femmes viennent à la réunion, laissent tomber les porcelets, les canetons etc.[;] mais alors qu’elles y passent leur temps, qu’elles arrêtent de faire le borchtch et de laver les chemises, et qu’elles aillent chaque jour courir pour écouter les orateurs, et adieu à l’exploitation. Demain, on enverra toutes les bonnes femmes aux patates, pour qu’elles ne perdent pas une heure de plus le nez en l’air, mais que, comme des paysannes, elles n’aient pas peur de travailler'' »[37].
Il n’est pas exagéré de traduire rasprava par grand soir, donnant ainsi une tonalité politique au propos. La rasprava est la justice sommaire, le règlement de compte. C’est un terme typique de guerre civile, celui qui désignait les exécutions de lendemain de victoire. L’assemblée des femmes vue par ces hommes, c’est donc comme la Tchéka aux yeux d’un Blanc ou la Straja de Dénikine pour un communiste : une défaite irrémédiable, comme la mort. Le fantasme du communisme était le mauvais exemple des « mauvaises gens », le mauvais exemple des femmes trop libres, des pauvres trop fiers, des jeunes trop indépendants, des Juifs trop émancipés.

Pour comprendre à quel point les bases de l'ordre social ont été ébranlées, il faut  reconstituer l’univers mental des groupes dominés. Des documents de février-mars 1919, au plus fort du radicalisme communiste, permettent de s'en faire une idée. Ainsi, les archives recèle une Proclamation de la Cellule de Bienfaisance des Communistes Bolcheviks (sic) de Voltchansk, gros village au nord-est de Kharkov. C’est un document étrange sur deux pages, dactylographié mais sans aucune ponctuation. Tel quel, le comité de district du Parti en demande la publication dans la presse locale. Le texte commence ainsi :

« Camarades, longtemps vous avez langui sous le joug du capital, longtemps vous avez subi la domination des grands propriétaires et des koulaks. De toutes les façons ils vous bafouaient, ils faisaient tout leur possible contre le clair rayon de lumière de la LIBERTÉ.  De toutes les façons ils voulaient l’éteindre. Combien de saloperies [drân’] meutes [svora] n’ont-ils pas déversées sur elle, mais toutes ces saloperies meutes déversées sur elle n’ont pas résisté et ont brûlé au contact du chaud rayon de lumière de la liberté. »
L’auteur rappelle ensuite que le tsarisme a été abattu et que le capital a pris sa place, sapant les efforts révolutionnaires des bolcheviks.
« Mais quoi qu’ils aient fait, ça ne marchait pas ; malgré tout le clair rayon de lumière de l’idée bolchevique brillait toujours plus fort. Quand ils eurent trop chaud en Grande Russie à cause de cette lumière, ils partirent vers la mer, parce qu’il y fait plus frais ; ils se regroupèrent en particulier dans cette malheureuse Ukraine, vu qu’on y trouve une bonne mer et beaucoup d’eau; ils y réorganisèrent leurs bandes avides avec le concours de lâches salauds [podlye gady], des koulaks et des paysans moyens. (…) Maintenant, ils restent assis dans un coin derrière le poêle et murmurent de maudits mots contre l’idée sainte et vraiment prolétarienne de COMMUNE. (…)
Tous, nous nous battrons contre eux !
Tous, nous créerons la commune unique du travail !
Vive la commune unique du travail !
Cellule de Bienfaisance des Communistes Bolcheviks »[38]

Ce texte est déroutant par son écriture même. Il mélange des mots du registre élevé (saint, sacré, vrai) avec des expressions triviales (saloperie, salaud, meute…). Surtout il manie constamment des images stylistiques qui sont par la suite prises au pied de la lettre. Ainsi la lumière de la liberté (ou de l’idée bolchevique — notez l’équivalence) réchauffe au point de brûler ses adversaires. Ces derniers trouvent refuge en Ukraine car la mer et l’eau leur permettront de se rafraîchir. En même temps, cette affirmation hallucinée recoupe un phénomène réel : nombreux sont les opposants et les victimes du bolchevisme en Russie à s’être réfugiés en Ukraine[39]. La confusion entre le mot et la chose devient inquiétante quand elle qualifie l’adversaire de façon biologique : carnassier (xiŝnik), reptile (gad traduit dans son deuxième sens, figuré, de salaudsalopard). En toute hypothèse, cette abolition des distances doit provenir du statut socioculturel de l’auteur.

 

Celui qui écrit n’est évidemment pas un intellectuel, c’est pourquoi il « prend le Pirée pour un homme », selon l'expression de La Fontaine. Ce genre de confusion provient habituellement de la rencontre entre le discours d’une personne « cultivée » et sa perception par une personne « inculte ». Or, ici, l’auteur est ébloui par les mirages jaillis de sa propre écriture. Cela se comprend : provenant d’une catégorie dominée, il aura toujours subi l’écrit provenant des dominants. L’écrit se confond donc avec le pouvoir. Soudain, la situation historique lui permet à son tour d’écrire ou sans doute plutôt de dicter son texte — ce qui est encore plus significatif. Il peut même espérer être publié. C’est comme s’il créait du pouvoir au fur et à mesure que les mots étaient tapés à la machine. Une ivresse proprement démiurgique devait le gagner peu à peu, jusqu’à le posséder totalement au moment d’énoncer « Tous, nous créerons la commune unique du travail ! ».

Dès lors, comment comprendre la commune unique du travail ? Ce ne peut être une métaphore du nouveau régime, un simple slogan, car dans ce texte comme dans beaucoup de documents émanant des plébéiens, on constate en effet une abolition des distances. Il n’y a plus du proche et du lointain, du local et de l’universel, des communards et des communistes, des communes et un communisme, une réalité et un idéal. Tout est mêlé dans une grande fusion révolutionnaire par l'effet de  « la force des mots », selon l'expression de Maïakovski. Si la commune est dite, elle doit être faite, quitte à chambouler un ordre social séculaire. La politique des communistes rencontrait bel et bien les aspirations des couches les plus pauvres, lesquelles ne voyaient aucune raison de composer avec l'avis du reste de la population.

 

Contenir les haines (1920)

 

Quand ils réoccupent définitivement l’Ukraine en 1920, les bolcheviks prennent possession d’un pays où les haines se sont pleinement déployées, où, les différents groupes sociaux se détestent entre eux avec les meilleures raisons : paysans et citadins, ukrainiens et non-ukrainiens, pauvres et riches, Juifs et « gentils », loqueteux et petits propriétaires, hommes et femmes… Affirmer un pouvoir implique de restaurer un consensus, c'est-à-dire de tracer une voie moyenne. En conséquence, les bolcheviks orientent leur nouvelle politique sur le groupe central et numériquement majoritaire des petits propriétaires paysans.

Ils changent leur personnel politique en interdisant la reprise de fonction des militants les plus en vue en 1919 et particulièrement des Juifs[40]. La Section féminine du PC doit quant à elle concentrer son action dans les villes et laisser les villages tranquilles. On redéfinit les catégories sociales et on affecte le « prolétariat agricole » dans les sovkhozes (fermes d'État) afin de décourager les expériences de collectivisation spontanée[41]. De même, l'action des plébéiens ruraux est canalisée par la création des Comités de paysans pauvres qui jouent rapidement le rôle d’une police supplétive à la campagne.

Pour Rakovski, dirigeant la République Socialiste Soviétique d'Ukraine, la nouvelle loi sur

 
les Comités de paysans pauvres permet de « constituer à la campagne un soutien révolutionnaire au pouvoir soviétique ». Pour ce faire, il donne des gages aux petits propriétaires.
« Pour faire comprendre aux paysans où sont leurs vrais amis, nous [allons] leur dire : il est interdit au pouvoir soviétique de promouvoir par sa propagande l’organisation de communes agricoles, même si elles sont considérées comme utiles. (…) Par-là, nous prouvons qu’à côté de la politique de liquidation totale des grands propriétaires que nous menons strictement, celle que nous observons vis à vis du paysan moyen recherche l’accommodement [primirenie] »[42].
Quand Rakovski prononce ce discours à Kharkov en mai 1920, l’insurrection paysanne fait rage à 45 km de là : l'accommodement est une nécessité pour les bolcheviks. Lénine, qui s'intéresse de près à la politique agraire à suivre en Ukraine, le dit à demi-mot. « Il nous faut constituer un bloc avec la paysannerie ukrainienne(...) il nous faut [mener] la même politique qu’à la fin 1917 et au début 1918 »[43]c'est-à-dire avant le communisme de guerre, avant les communes. Il incite à revenir au simple partage des terres, à ce qu'il appelait lui-même une politique « démocratique bourgeoise ».
            L'accommodement est en fait un échange de bons procédés : « si vous, paysans influents, nous laissez le pouvoir politique dans le pays, nous vous laisserons le pouvoir de gérer le village selon vos normes ». En somme, la révolution sociale est sacrifiée sur l’autel de la révolution politique. Ce modérantisme social est plus le reflet d'un rapport de force que l'expression d'un machiavélisme et il ne touche pas que les bolcheviks. Dès février 1919, les makhnovistes, tout anarchistes qu'ils fussent, avaient souhaité que les terres des grands domaines soient « partag[ées] entre les paysans sans terre ou mal lotis (...) selon l'apport de travail individuel »[44] : il subissaient la même pression des petits propriétairesIl reste que le compromis social va de pair avec le durcissement politique. C'est toujours Rakovski qui le dit sans ambages :
« Ce qui nous effrayait le plus [en 1919], c’était la désorganisation de notre parti (...). Et nous avons maintenant une force combative trempée, prête à obéir, — je parle un langage militaire car nous luttons maintenant pour la cause révolutionnaire — »[45].
* * *   
            En forçant le trait, on peut affirmer que la dictature fut un moyen de pacification. Le  pouvoir assignait à chaque groupe social sa place, les empêchant de s'agresser directement l'un l'autre, sans la médiatisation du Parti. En donnant un koulak largement fantasmé en victime expiatoire aux plébéiens, on protégeait la petite propriété paysanne pendant la NEP. L’ukrainisation sera, au plan culturel, le complément de la réconciliation nationale et sa sanction idéologique. Elle progressera tout au long des années vingt jusqu'à être imposée dans des villes purement russophones[46].  Notons que, passés les premiers « vertiges du succès » de la collectivisation, le respect formel de la petite propriété est resté la règle (statut coopératif du kolkhoze de février 1935) et l’ukrainien fut la langue d’innombrables odes à Staline.
            Évidemment, ce statu quo imposé ne satisfaisait profondément personne. Les Juifs et les femmes avaient obtenu l'égalité juridique (au point qu'ils devaient absolument s'adonner aux travaux physiques pénibles), mais ils se heurtaient toujours à un plafond de verre.  L'Ukrainien s'imposait aux frontons des édifices publics à en dégoûter les Russophones, alors que les puristes de la « ridna mova » voyaient les grammaires et dictionnaires officiels se russifier insensiblement. Les classes pauvres, officiellement dirigeantes, remâchaient leurs frustrations tout en se marginalisant culturellement de décennie en décennie. Inversement, comme le remarque l'ex-dissident Ivan Dziouba,
« Cela provoqua une réaction négative dans l’intelligentsia ; l’allergie au mythe de la classe « hégémonique » se reporta sur l’ouvrier réel, apparaissant à tous les coups, selon les représentations petites bourgeoises, dans le rôle d’un alcoolique et d’un bousilleur »[47].
La seule bénéficiaire de cet équilibre était l'élite bureaucratique elle-même. Formée dans la guerre civile, elle en avait retenu qu’il était dangereux d’attiser des haines qui risquaient de devenir incontrôlables, mais qu'on pouvait s'imposer en jouant les unes contre les autres.
            À en juger par le destin de l'Ukraine indépendante et singulièrement par la Révolution orange de novembre-décembre 2004, la leçon a été retenue. Les formes révolutionnaires ont été instrumentalisées pour baliser le parcours des partisans de l’un ou l’autre camp. Quand les directeurs d’usine de Kharkiv faisaient voter à leurs ouvriers des résolutions unanimes pour Ianoukovitch, Petro Porochenko, un grand patron « orange », lock-outait le personnel de sa chocolaterie à Kyïv pour qu’il aille manifester sur la Place de l'Indépendance (le Maïdan) en faveur de Iouchtchenko. Dans la presse, les organisateurs du campement orange comparaient malicieusement ce même Iouchtchenko à Lénine et le Maïdan à Smolny, l'état-major bolchevique à Petrograd[48]. Pareillement, les identités mises en scène étaient stéréotypées. Les mineurs soviétoïdes du Donbass s'opposaient aux ruraux nationalistes de l’ouest, avant que tous ne fraternisent finalement dans les rues de Kyïv avec la jeunesse cultivée, restaurant symboliquement l'unité nationale et sociale.
            Ces petits arrangements avec l’Histoire étaient peut-être le prix à payer pour éviter un bain de sang, mais ils marquaient aussi les limites du changement possible à ce moment-là. Une des conditions de possibilité d'une politique démocratique, qui permette la participation effective de la population, est peut-être de ne pas réduire les haines à des jeux de vengeance ou de soumission mais à considérer aussi leur aspect anthropologique, dangereux mais libératoire[49].
 

[1]           Arno J. MAYER, Les Furies : Violence, vengeance, terreur aux temps de la révolution française et de la révolution russe, Arthème Fayard, Paris, 2002
[2]           Norman M. NAIMARK, Fires of Hatred: Ethnic Cleansing in Twentieth-Century Europe, Harvard University Press, Cambridge Mass., 2001.
[3]           Yves TERNON, L'État criminel. Les génocides au XXe siècle, Seuil, Paris, 1995.
[4]           Michel TERESTCHENKO, Un si fragile vernis d'humanité : Banalité du mal, banalité du bien, La Découverte « MAUSS », Paris, 2005 ; p. 14.
[5]           Enzo TRAVERSO, À feu et à sang. De la guerre civile européenne (1914-1945), Un ordre d'idées, Paris, Stock, 2007.
[6]           Victor SERGE, L’an I de la révolution russe [1930-1938], François Maspero « Petite collection », Paris, 1971 ; t. III, p. 36.
[7]           Andreas KAPPELER, Petite histoire de l’Ukraine [1994], Institut d’Etudes Slaves, Paris, 1997 ; p. 138.
[8]           Vladimir Petrovič ZATONSKIJ, Vodovorot (Iz prošlogo) [1928] dans Etapy bol’šogo puti (Vospominaniâ o graždanskoj vojne), Voenizdat, M, 1963 ; p. 165.
[9]           A.I. DENIKIN, Očerki russkoj smuty, T. 4, Mednyj Vsadnik, Berlin, 1925 ; p. 206-246.
[10]          Volodymyr VYNNYČENKO, Vidrodžennâ naciï (Istoriâ ukraïns’koj revolûciï : marec’ 1917 r. – hruden’s 1919 r..) [1920], in Revolûciâ na Ukraine po memuaram belyx, M-L, GIZ, 1930 ; p. 299.
[11]          Petr ARŠINOV, Istoriâ Maxnovskogo dviženiâ [1923], Dikoe Pole, Zaporož’e, 1995 ; p. 196.
[12]          ZATONSKIJ, déjà cité, p. 156-159 et suiv..
[13]          Ibidem, p. 160-168, 177. ARŠINOV, déjà cité, p. 128-130. V.A. SAVČENKO, Avantûristy graždanskoj vojny: istoričeskoe issledovanie, Xar'kov-Moskva, Folio-AST, 2000 ; p. 65-128, 239 sv..
[14]          Evhen SIVAČENKO, « Spalaxy hnivu narodnoho : z istoriï sel’âns’koho povstans’koho ruxu na Xarkivŝyni (1920 r.) », Zbirnyk Xarkivs’koho istoriko-filolohičnoho tovarystva ; nouvelle série, tome 5 ; X : OKO, 1995 ; p. 17-28.
[15]          Andrea GRAZIOSI (GRACIOZI), Bol’ševiki i krest’âne na Ukraine, 1918-1919 gody AIRO-XX « Pervaâ Publikaciâ v Rossii », M, 1997 ; p. 160-162. Jean-Louis Van REGEMORTER, « Le concept d’une révolution paysanne unique de 1902 à 1922 » dans L’insurrection paysanne de la région de Tambov : luttes  agraires  et  ordre  bolchevik 1919-1921, Ressouvenances, Paris, 2000 ; p. 7-19.
[16]          Beatrice FARSWORTH, "Village Women Experience the Revolution" in Russian peasant women (ed. by Beatrice FARSWORTH & Lynne VIOLA), Oxford UP, Oxford, 1992 ; p. 149 sv..
[17]          Sof’â FEDORČENKO, Narod na vojne, Sovetskij Pissatel’, M, 1990 [première édition : Kiev, 1917], p. 131.
[18]          Diane P. KOENKER & William G. ROSENBERG, Strikes and Revolution in Russia, 1917, Princeton UP, Princeton, 1989.
[19]          Les enfants de l’exil – Récits d’écoliers russes après la révolution de 1917 (présentés par Catherine GOUSSEF et Anna SOSSINSKAÏA), Bayard, Paris, 2005 ; p. 29 (près de Kiev), 228 (près d’Elizavetgrad).
[20]          Mark D. STEINBERG, « Introduction: The Language of Popular Revolution » in Voices of Revolution, 1917 (ed. by M.D. Steinberg), Yale UP, New Haven & London, 2001 ; p. 21. Voir également : B.I. KOLONICKIJ, Pogony i bor'ba za vlast' v 1917 godu, Ostrov, SPb, 2001; Mikhaïl BOULGAKOV, La garde blanche [1924], Robert Laffont “Pavillons”, Paris, 1970, p. 45, 107…
[21]          Vil’ne Žyttâ (Tiflis) du 1/10/1917, cité par V. BULDAKOV, Krasnaâ smuta : priroda i posledstviâ revolûcionnogo nasiliâ, Rosspen, M, 1997 ; p. 147.
[22]          Victor CHKLOVSKI, Voyage sentimental, le Sagittaire, Paris, 1926 ;  p. 60.
[23]          Les enfants de l’exil, déjà cité, p. 145.
[24]          «Ob otmene veroispovednyx i nacional'nyx ograničenij». Postanovlenie Vremennogo Pravitel’stva 20 marta 1917 g. Vestnik NKVD USSR, n°1 (23/02/1919) et 2 (8/03/1919) Official'naâ čast', p. 3 sv. sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la responsabilité des fauteurs de haine nationale devant la justice…
[25]          L'association youpin-crapaud, clairement péjorative, s'explique aussi par les nécessités de la rime : A teper'-to eë ne to čto udarit', a i slovom zašibit' nel'zâ. Teper' svoboda dlâ vsâkogo naroda — i žid, i žaba, i mužik, i baba. FEDORČENKO, ouvrage cité, p. 142.
*           Signes de l'alphabet définitivement supprimés de la langue russe par le pouvoir soviétique pour faciliter l'apprentissage de l'écriture.
[26]          Les enfants de l’exil, déjà cité, p. 128.
[27]          Voir par exemple : Armand GLIKSBERG, Kaddish pour les miens. Chronique d'un demi-siècle d'antisémitisme (1892 – 1942). Paris, Mille et Une Nuits, 2004, p. 66 – 68 ; Istoriâ gorodov i sel ukrainskoj SSR : Xar’kovskaâ oblast’, Institut Istorii AN USSR / Glavnaâ Redakciâ Ukrainskoj Sovetskoj Enciklopedii, K, 1976, p. 37, 100, 397, 408, 420.
[28]          Henry ABRAMSON, A prayer for the government: Ukrainians and Jews in revolutionary times, 1917-1920, Harvard UP, Cambridge (Mass.), 1999 ; p. 103-114. 51 pogromes en janvier, 61 en mars, 148 en mai ; le pic avant la décrue est atteint en août avec 159 pogromes : l’Armée rouge vient d’évacuer l'est de l’Ukraine.
[29]          ZATONSKIJ, déjà cité, p. 164. Sergei PAVLIUCHENKOV, « The Jewish question in the Russian Revolution, or Concerning the Reasons for the Bolsheviks' Defeat in the Ukraine in 1919 » in Revolutionary Russia, (Issue 10.2, dec. 1997), p. 27. GRACIOZI, déjà cité, p. 159.
[30]          Voir ABRAMSON, déjà cité, p. 115 sv.
[31]          Viktor G. BORTNEVSKI, « White administration and white terror (the Denikin period) », Russian Review (vol. 52, n°3, july 1993, p. 354-366).  Peter KENEZ, Civil war in south Russia 1918-20 (vol. 2), University of California Press,  Berkeley, 1971-1977 ; p. 157-159. Voir également le témoignage d'Ekaterina OLITSKAÏA, Le Sablier [1971], Deuxtemps Tierce, Paris, 1991 ; p. 111, 113-114.
[32]          Elias TCHERIKOWER, Di ukrainer pogromen in yor 1919, YIVO Institute for Jewish Research, New York, 1965 ; ch. XI (The Pogroms in the Ukraine in 1919, traduction par Gary Nachshen03/2002, consultable sur http://nachshen.com/zeleny.PDF, p. 13).
[33]          Istoriâ gorodov, déjà cité, p. 408, 420.
[34]          T.M. BORISOVA, N.T. D’’ÂČENKO & M.V. UMANSKIJ, Istoriko-revolûcionnye pamâtniki Xar’kovŝiny (Očerk), Prapor, X, 1977 ; p. 177.
[35]          Sergei PAVLIUCHENKOV, article cité.
[36]          Deržavnyj Arxiv Xarkivs’koï Oblasti (DAXO), P1/1/326, Otčety, doklady, protokoly i plany raboty Ženskogo Otdela Volčanskogo Otdela (30/03-15/12/1920), p. 13 : Stranička Ženŝiny-Rabotnicy (10/06/1920), « Boâtsâ kommunii ».
[37]         DAXO, P1/1/307, p. 66 (rapport de Sokoleva, 13/07/1920), p. 53 (rapport de Mel'nikova, 23/05/1920)
[38]         DAXO, P93/1/6, p. 22-23 (demande de publication, p. 21), sans date. La ponctuation n'est pas dans l’original.
[39]         Voir par exemple Les enfants de l’exil, déjà cité ; p. 61-62, 91, 204.
[40]         Circulaire du CC du PCR de décembre 1919 (PAVLIUCHENKOVarticle cité, p. 33).
[41]         D. MANUIL'SKIJ, « Zadača dnâ (K voprosu ob organizacii sel.-xoz. proletariata) », Kommunist, n°4 (07/1920), p. 30-31.
[42]         Xristian RAKOVSKIJ, Otčët raboče-krest'ânskogo pravitel'stva Ukrainy na IVom s’’ezde sovetov Ukrainy (16-20/05/1920 g.), Vseukrainskoe Izd., X, 1920 ; p. 10-11, 19.
[43]         LENIN, PSS, T. 39, p. 371 ; Voir Stanislav KUL’ČYC’KYJ, Komunizm v Ukraïni : perše desâtyriččâ (1919-1928), Osnovy, K, 1996, p. 133.
[44]         Protokol zasedanij II-go s''ezda frontovikov-povstancev, rabočix i krest'ânskix Sovetov, otdelov i podotdelov voennogo-polevogo štaba Gulâjpol'skogo rajona », 12/02/1919, reproduit dans A.V. BELAš, V.F. BELAš, Dorogi Nestora Maxno, Istoričeskoe povestvovanie, RVC « Proza », K, 1993 ; p.81, 89.
[45]         Discours de Rakovski à la 5e Conférence du PC(b)U (17-22/07/1920) in L. TROCKIJ, X. RAKOVSKIJ, Meždunarodnoe položenie sovetskix respublik i zadači Kommunističeskoj Partii Ukrainy, Izd. PoÛgZapa i PoUkrSovTrudArma, X, 1920 ; p. 27.
[46]         À Kharkov, où l'écrasante majorité de la population parle russe, la presse locale est ukrainisée en juillet 1930.
[47]         Ivan DZÛBA, « Zapadnâ : 30 let so Stalinym, 50 – bez stalina », Zerkalo Nedeli (Kiev), n°8 (1/03/2003).
[48]         Interview de Vladimir Filenko, Taras Stetskiv et Iouri Loutsenko dans : Tat’âna SILINA, Sergej RAXMANIN & Olga DMITRITČEVA, « Anatomiâ duši Majdana »Zerkalo nedeli (Kiev), n°50 (11/12/2004).
[49]         Voir par exemple : Slavoj ŽIŽEK, « Milosevic et la jouissance nationaliste », Le Monde du Vendredi 17 mars 2006. Du même auteur.
 
 
________________________________________________________________
 

 
  • https://topwar.ru/58333-soyuz-konkurentov-batko-mahno-i-ataman-petlyura.html
  • Histoire
 
OBSERVATIONS :
 
  • Traduction automatique  plutôt approximative. Correction par personne qualifiée souhaitée.
  • Diatribe apportant un éclairage significatif quant aux divergences idéologiques de l'époque .
     
          JM


 

Union de concurrents: Batko Makhno et L'Ataman Petlura




 
 
 

Союз конкурентов: батько Махно и атаман Петлюра

Rencontre anarchiste et nationaliste

Colère 
douloureuse

 
L' Ukraine a toujours été un lieu pour diverses idéologies et courants radicaux. Depuis les années 1870, le mouvement anarchiste y est en plein essor. Au début du 20ème siècle, deux des trois plus grands centres de l’anarchisme dans l’Empire russe se trouvaient en Ukraine - à Odessa et Ekaterinoslav (maintenant Dnipropetrovsk). Pendant la révolution russe de 1905-1907, l’un des anarchistes les plus célèbres du monde, l'Ataman Nestor Makhno, a commencé son action dans la province d’Ekaterinoslav.

Cette activité pouvait très rapidement se terminer par la potence - le jeune travailleur Nestor ne distribua pas les pamphlets du prince Kropotkine, et se livra à la terreur et aux expropriations. Mais le nœud coulant a été remplacé par un dur labeur. Au printemps 1917, Makhno, au zénith de la gloire, libéré par la révolution de la condition de prisonnier politique, retourne dans son village natal de Gulyaipolie. Les passions politiques couvent ici, divers partis se battent pour l'adhésion des paysans locaux, ainsi que des travailleurs, qui étaient également nombreux à Gulyaipolie. Presque tous les agitateurs de partis sont des socialistes de tendances différentes, ils ne diffèrent que par le degré de radicalisme et même par l’attitude à l’égard de la question ukrainienne. Le groupe Gulaipoloe d’anarchistes-communistes dirigé par Makhno s’est déclaré international.

Se déclarant contre toutes les parties « menant une sale lutte de cartel pour le pouvoir », l’anarchiste Makhno
avait une méfiance particulière à l'égard des nationalistes ukrainiens. Il les qualifiait de chauvins. Dans ses mémoires, Makhno a écrit que les chauvins ukrainiens « irritaient tous les révolutionnaires, le qualifiant de « traîtres de la nanka de l’Ukraine » et de défenseur de « Katsapiv » qui sont « l’idée » de l’Ukraine centrale heureuse ... J’ai dû tuer, « le yak était dans le moi." » Cette idée a offensé les paysans. Ils ont sorti les prédicateurs du podium et les ont battus. Ce sermon des chauvins-ukrainiens a poussé la population active du district de Gulaipolié sur la voie de la lutte armée avec toutes les formes d’Ukraine isolée, parce que la population a vu dans ce chauvinisme, qui était en fait l’idée directrice de l’Ukraine, la mort pour la révolution.

 
 
Nestor Makhno (à l’extrême gauche dans la rangée du bas) avec un groupe d’anarchistes gulaipol, 1909. Source : makhno.ru


Et Nestor Makhno, sans aucun doute, était d’origine ukrainienne, mais du sud-est de l’Ukraine. Il a ensuite exprimé son attitude à l’égard du problème de la langue ukrainienne dans ses mémoires. À l’été 1918, Nestor se rendit à travers l’Ukraine de Hetman : « Et moi, ne connaissant pas ma langue maternelle ukrainienne, j’ai été forcé de le défigurer tellement dans ses appels à ceux qui m’entouraient que c’est devenu une honte ... J’ai un peu réfléchi à ce phénomène; et, à vrai dire, cela m’a causé une colère douloureuse... On peut supposer que la base de son rejet de l’ukratérialisation était le complexe habituel de l’ukrainien oriental. Depuis longtemps déjà résigné à la russification, mais a farouchement résisté que sa conscience a de nouveau percé à travers le genou, cette fois dans la direction opposée.

Cependant, les problèmes linguistiques n’étaient pas les principaux dans les différences entre le père anarchiste et les nationalistes ukrainiens. Et à la fois avec leur aile conservatrice de droite face aux Hetmans, et avec la gauche - avec Petlurov et socialistes similaires. Tous, de son point de vue, n’étaient que des traîtres bourgeois. La seule exception pourrait être la gauche ukrainienne SS et les nationalistes d’extrême gauche comme les « esers-communistes » des combattants.


Trahison nationale Très vite, le décalage entre les bolcheviks et les anarchistes d’une part et les nationalistes ukrainiens d’autre part du plan du théorique est passé à l’armée.

Au début du mois d’avril 1918, les troupes de la République populaire ukrainienne (UNR) « socialiste » reprennent aux bolcheviks Ekaterinoslav et se déplacent à Gulaipol. Ici, au cœur du mouvement Makhnov, a également mûri une conspiration, dont le noyau était composé d’anciens officiers ukrainiens A. Volokh, L. Sakhno-Prikhodko, O. Solovey, T. Bull, agronome Y. Domashenko. Ils ont été aidés par certains traîtres, comme un membre du groupe Gulaipol des communistes anarchistes Lev Schneider et Makhnovets Vassili Sharovski.

Makhnovets Nazarius Suychenko a décrit ce coup d’État à Gulaipol: « Les conspirateurs ont remplacé la compagnie de garnison en service
par une compagnie juive (centrale), influencée par la communauté juive, intimidée par les nationalistes. Il a joué un rôle décisif dans l’arrestation des membres du Comité révolutionnaire, du Conseil des travailleurs et des députés paysans, membres actifs d’un groupe de communistes anarchistes. Lev Schneider, notre ancien membre du groupe, a été le premier à entrer par effraction dans les locaux du bureau de notre groupe, où il a arraché des banderoles, arraché les murs et piétiné sur ses pieds des portraits de Bakounine, Kropotkine, le défunt chef de bande Sasha Semenyuta. Les conspirateurs qui sont entrés dans les occupants à Gulyaipol ont présenté nos canons, nos mitrailleuses, plusieurs centaines de fusils en cadeau, et au rassemblement, le même Leo Schneider a prononcé un discours ignol. Mais les Haidamaks ne l’ont pas positionné et ont quand même sonné des slogans « Bei Katsaps et juifs - sauvez l’Ukraine! » Sharovsky s’est comporté différemment et, au dernier moment, a tout de même averti les anarchistes de Gulipol du danger qu’ils couraient.


 
 
Pavlo Skoropadsky. Source : ar25.org


Les Makhnovts n’ont pas eu le temps de compter avec les socialistes nationalistes de l’UNR pour un coup d’État, le 29 avril, le Conseil central lui-même a été victime d’un coup d’État organisé par leurs propres alliés allemands. Les Allemands portent au pouvoir l’hetman Pavlo Skoropadsky, qui a fait le balance entre les propriétaires nationalistes ukrainiens réactionnaires et les russes noirs et blancs. Les Makhnovites ont remboursé le régime conservateur de l’hetman, non pas par peur, mais par la conscience qui a aidé les Allemands et les Austro-Hongrois à pomper des ressources hors d’Ukraine et à voler la population. En coordination avec Lénine et le gouvernement soviétique, Makhno retourne dans la région de la ville et organise une guérilla impitoyable contre les Haidamaks et les occupants.

Skoropadsky a tout à fait justifié son nom de famille - est tombé bientôt. Mais même après que les sociaux-démocrates ukrainiens et les SS ont restauré la république à la fin de 1918, Makhno a continué à se concentrer sur l’alliance avec le gouvernement soviétique. Malgré toutes les contradictions et le dénouement tragique qui s’en est suivi, le seul allié stratégique de son armée a toujours été les bolcheviks. Et ici, ce n’est pas dans les préférences personnelles - telle était la nature de la révolution sociale en Ukraine, dont différents groupes étaient les bolcheviks-communistes et les anarchistes-communistes. Dans l’armée elle-même, dans les postes de commandement étaient, en plus des anarchistes orthodoxes, et les SS de gauche, et les communistes de gauche. Mais les nationalistes ukrainiens radicaux, même de gauche, n’ont pas été autorisés à entrer dans « l’armée de batka Makhno ». Cependant, parfois dans le choix des alliés et le principe Nestor Ivanovitch avait des exceptions.
Traité avec les Petlurovs - 1 En décembre 1918, lorsque le pouvoir hetmano-allemand s’est désintégré et que les forces du Don blanc et des Petlurovs ont rivalisé dans la lutte pour le territoire de l’Ukraine, le détachement de Makhno était dans une situation difficile - les rebelles manquaient désespérément d’armes et de munitions.


Et puis l’ancien tsariste colonel Horobec est entré en contact avec les Makhnov au téléphone. Il était le chef de la province d’Ekaterinoslav sous l’hetman monarchiste, car « l’ukrainité sythe » a été laissée par le commissaire de la province d’Ekaterinoslav et sous le socialiste Petlura. Le quartier général de Machno accepta la proposition du commissaire provincial. Après des négociations avec Horobts, un contrat a été conclu - l’armée Makhnov a reçu des armes des Petlurovs, en retour, a permis au Directoire de l’UNR de mener une mobilisation sur son territoire. Le commissaire-colonel Horobets a immédiatement expédié aux rebelles un wagon de munitions et un demi-wagon de fusils - « self-ish » avait besoin de tout allié dans la lutte contre les partisans de « la Russie unie et indivisible ». Selon les mémoires de Chubenko, pour un pot-de-vin décent dans un entrepôt d’artillerie, les rebelles ont réussi à obtenir des bombes et des explosifs - alors les fondations de la corruption, si endommagées l’Ukraine?


 
 
Unr Army during field training, 1918. Source : wikimedia.org


Cependant, dès que les membres du quartier général de Makhnov allaient rentrer, sont montés dans la voiture, car des Petlurov armés ont fait irruption en eux. Horobets, furieux, brandit un télégramme informant que Makhno avait pris Sinelnikovo et coupé la compagnie républicaine. Chubenko a réussi à convaincre le commissaire Petlurov qu’il s’agissait d’une provocation, et les Makhnov ont été libérés. Mais sur le chemin du retour à Nijnidneproovsk, ils ont également été très inhospitaliers rencontrés par les alliés bolcheviques. Pourquoi êtes-vous allé aux Petlurov ? Chubenko a dû résoudre le secret: initialement, aucune alliance avec les nationalistes n’était prévue, le traité - une fiction pour obtenir des armes et des munitions des autorités de l’UNR. Cependant, les bolcheviks n’étaient pas très convaincus. Mais ils ont quand même accepté le délégué de Makhnov au gouvernement provincial d’Ekaterinoslav avec un rugissement.

Cependant, très vite, Makhno a montré aux Petlurovs et a prouvé aux communistes ce que ce traité valait - le 27 décembre, ses détachements avancés avec les bolcheviks sous le couvert de travailleurs de la route ont infiltré Ekaterinoslav et se sont soudainement effondrés sur les parties de l’UNR.
Après une bataille acharnée, Ekaterinoslav fut repris aux Petlurov. Bien que les rebelles, qui ont subi de lourdes pertes, aient dû quitter le centre provincial bientôt, la question de leurs relations avec la république ukrainienne a été entièrement clarifiée.

Le 12 février 1919, le deuxième Congrès des soldats rebelles de première ligne, des travailleurs et des conseils paysans du district de Gulaipol a eu lieu, où les Petlurov, ainsi que les partisans de Skoropadsky, n’ont pas été nommés comme « bourreaux et voleurs qui ont tenté de libérer les travailleurs ukrainiens ». Mais lors du congrès, la question de l’attitude vis-à-vis de l’UNR a fait surface. Lavrov, porte-parole de l’armée rebelle, membre de la présidence du Congrès, a déclaré: « Le gouvernement du Directoire a mobilisé des soldats pour lutter contre le speedfall; mais compte tenu du fait que le peuple ne s’est pas arrêté sur la plate-forme de construction du Directoire de la Nouvelle Vie, et est allé plus loin, et ne voulant pas mener une guerre fratricide, autorisé la délégation à savoir au siège de Batka Makhno, s’il est en contact avec Petlura et s’il est possible d’aller au Répertoire ukrainien du peuple. Makhno lui a répondu qu’il n’avait conclu aucun accord avec Petlura et qu’il était impossible de se rendre au Directoire en raison d’actions militaires.

En déchiffrant l’exposé officiel des événements, il faut tenir compte du fait que dans le mouvement Makhnov  et parmi la population de la région contrôlée, l’attitude à l’égard de l’UNR pourrait également être ambiguë. L’armée Makhnov ne peut pas être qualifiée de purement anarchiste - c’était un mouvement paysan rebelle de masse avec une variété de sentiments, jusqu’à antisémite. Tout d’abord, Makhno lui-même, son quartier général et un groupe d’anarchistes communistes et un groupe d’anarchistes y ont apporté une organisation et une idéologie claire. Par conséquent, on peut supposer que la phraséologie radicale de Lavrov cache le désir de certains soldats de première ligne de s’allaire avec le Directoire Petlurov - et pas seulement pour éviter une « guerre fratricide ». Une partie seulement de la paysannerie « possible » d’Ekaterinoslavchtchina modèle d’un État modérément social-démocrate pourrait être beaucoup plus proche de la Makhnov, bien que libre, mais la commune soviétique. Cependant, la force était derrière les commandants sur le terrain du groupe Gulipol, qui se considéraient comme des anarchistes, et devaient « oncles » des soldats de première ligne de la Grande Mikhaïlovka au lieu du Directoire du peuple pour se rendre au gouvernement provisoire paysan de Kharkiv.

Makhno et Petlura - deux beau-fils de la révolution ukrainienne
Pourquoi l’alliance entre Makhno et Petlura était impossible?

Après tout, si vous regardez ces dirigeants les plus éminents de la guerre civile en Ukraine, ils peuvent trouver beaucoup de similaires. Cependant, il existe des différences encore plus irréconciliables entre eux. Bien qu’ils viennent tous deux de la rive gauche, seule Petlura est du « cœur de l’Ukraine », le traditionaliste Poltava et Makhno de l’exubérante région cosaque. Mais Petlura est issu d’une riche famille bourgeoise, étudiante au séminaire. Et Makhno vient des paysans pauvres. Avant Petlura, il y avait un vrai choix de devenir prêtre, fonctionnaire ou d’aller à la révolution. L’alternative de Makhno à l’activité révolutionnaire n’était que la part peu enviable de l’ouvrier ou du travailleur du propriétaire foncier ukrainien d’un entrepreneur juif.


 
 
Simon Petlura, 1918. Photo : RIA Novosti


Et dans la révolution, sur la base de leurs « opportunités de départ » initiales, ils se sont séparés. Petlura, instruit, a fait carrière dès le début à la tête de RUP-USDRP. Il avait également un « aérodrome de réserve » - une spécialité de comptable et de travail éditorial. Et après la défaite de la révolution de 1905-1907, les « exami » et les militants sans tache Petlura sont passés à des activités professionnelles. Mais Makhno dès le début a dû se f fanter avec un revolver à la main. Et après la défaite de la révolution, il n’avait tout simplement pas le choix, il ne pouvait pas déposer les armes. Par conséquent, l’éducation de Makhno, qui a miraculeusement échappé au cintre, a dû entrer dans le château de la prison butyrsky. Dans l’ensemble, et après la Révolution de Février et la libération pour lui, peu de choses ont changé - personne ne s’attendait à ce que l’ancien prisonnier politique de la province ne soit à la Douma, ni à la Rada centrale. Mais le pouvoir et l’autorité des Soviets révolutionnaires sont essoyé de l’énergie bouillante de figures telles que Nestor Ivanovitch.

Des personnalités aussi  différentes pourraient-elles être d’accord ? Si cela ne tenait qu’à eux, ce serait possible. Mais derrière eux se trouvaient leur entourage, leurs partis, leurs organisations et, surtout, ces masses de personnes dont ils exprimaient les intérêts. Makhno est la majorité de la paysannerie et une partie des travailleurs du sud-est de l’Ukraine. Derrière la tête ataman Petlura - intelligentsia, officiers ukratérisisés et une partie riche de la paysannerie, principalement de l’Ukraine centrale. En termes sociaux de l’époque, l’union entre eux était impossible. Mais le chaos de l’environnement militaire a dicté ses règles.

Batko contre Ataman

Dans le même temps, dans le sud de l’Ukraine, l’étoile d’un autre commandant de campagne - Ataman Grigoriev.

Ancien officier de l’armée tsariste, il sert à Skoropadsky, mais prend une part active au soulèvement contre l’hetman. N’ayant pas reçu le poste de ministre militaire à l’UNR, des Petlurovs passe du côté de l’Armée rouge. Grigoriev a reçu l’Ordre du Drapeau rouge pour avoir pris Odessa troisième dans la République soviétique. Makhno est quatrième. Mais Grigoriev préfère se l’amitié non pas avec les communistes, mais avec les militants de gauche. Cette faction anti-bolchevique et, bien sûr, les ambitions napoléoniennes personnelles poussent Grigoriev à l’opposition contre les bolcheviks. Et en mai 1918, il a soulevé une rébellion qui représentait une menace mortelle pour le régime communiste en Ukraine.


 
 
Caricature soviétique d’Ataman Grigoriev, 1919. Source : wikimedia.org


De manière caractéristique, Grigoriev s’est rendu au soulèvement sous des slogans nationalistes, mais avec une teinte de gauche. On peut dire qu’il était à ce moment-là « à gauche » de Petlura. Grigoriev - pour l’Ukraine soviétique, seuls les Soviétiques devraient être ukrainiens. Cependant, depuis les positions du nationalisme d’extrême gauche, l’ataman vert de Tripoli à Kiev et d’autres commandants sur le terrain ont pris la parole. Mais dans la station, Ataman Grigoriev a été informé que 80% des sièges dans les autorités seront attribués à des Ukrainiens de souche, et les Juifs, par exemple, seulement 5%. Le pourcentage réel est le même que dans la Russie tsariste. Cependant, les Russes ne sont pas du tout mentionnés dans ce pourcentage. Dans la pratique, tout cela se transforme en un véritable antisémitisme et près d’une centaine et demie de pogroms juifs. À Elisabethgrad et Tcherkassah, les Grigoriev sont tués avec des Juifs et plusieurs centaines de Russes. Beaucoup d’anarchistes hésitent, sympathisant d’abord avec le « mouvement anti-bolchevique naturel ». Mais bientôt les fusillades et les anarchistes commencent. Dans les têtes sombres du nid de Grigorytsev une idée fantastique que ce sont les anarchistes-communistes sont coupables que les « bons » bolcheviks se soient transformés en « mauvais » communistes.

Makhno, malgré le fait que son chef, l’aile gauche Eser Ozerov, propose de rejoindre le soulèvement, refuse de soutenir Grigoriev. Et l’Armée rouge, avec les Makhnovites, les Esers, combattants et même l’anarcho-bandit Mishka Japonchik, répriment la rébellion d’un autre aventurier militaire. Grigoriev lui-même se cache avec un petit détachement.

Mais bientôt, sur ordre de Trotsky, Makhno  sera interdit. Les escouades de Batka et Ataman se rencontreront et feront une union. Mais très vite Grigoryev sera tué par Makhnovets Alexei Chubenko, le garde du corps de l’ataman tirera personnellement sur Makhno. Selon la légende, Makhno enverra un revolver d’où Grigoriev a été abattu dans le combat. Le prétexte officiel de la liquidation de Grigoriev est les liens prétendument révélés de l’ataman avec les Denikins. De façon réaliste, l’une des raisons était, apparemment, la rivalité personnelle entre les deux dirigeants.

Makhno et Grigoriev sont également pleins d’antipodes, bien que les deux chefs paysans.

Makhno - un travailleur de paysans, Grigoriev - caste militaire. Makhno est un leader naturel, dirigeant au nom des masses, Grigoriev - le Bonaparte local. Grigoriev voit l’ennemi principal dans les communistes, et Makhno - dans les Gardes blancs et les propriétaires. Ataman Grigoriev dans la lutte pour le pouvoir tente de s’appuyer sur des sentiments antisémites, Makhno tire pour pogroms juifs.

La rébellion de Grigoriev a eu une conséquence grave : il a forcé les bolcheviks à limiter drastiquement la souveraineté de l’Ukraine dans le cadre de l’union militaire et politique des républiques soviétiques.

L’Alliance de Makhno et Petlura 

Makhno a toujours été imprévisible, à la fois pour les alliés et les opposants.

Petlura était également presque destiné au sort de l'Ataman Grigoriev.

Lors de son amitié avec Grigoriev, associé au Directoire de l’UNR, le 27 juin 1919, le Commissaire à la Paix arrive au siège de Makhno. L’envoyé du chef ataman a promis d’oublier Ekaterinoslav et a de nouveau offert l’union Makhnov. Makhno s’en est pris à lui, espérant obtenir à nouveau des armes de l’armée de l’UNR. Un délégué des Makhnovites, Speth, qui avait une apparence typiquement ukrainienne et parlait bien l’ukrainien, a été envoyé au quartier général de Petlurov. Mais cette fois, les Petlurov étaient plus rusés et ne se dépêchaient pas d’aider les rebelles avec des armes.

 
 
Le quartier général de l’Armée insurrectionnelle révolutionnaire d’Ukraine, 1920. Source : makhno.ru


En septembre 1919, les milices Makhnov sont transformées en Armée insurrectionnelle révolutionnaire d’Ukraine, mais se retrouvent dans une situation difficile. Denikine, ouvrant la voie à Moscou, mena une offensive continue contre les rebelles. Après une retraite épuisante de 600 kilomètres de Marioupol au nord-ouest, l’armée Makhnov a été prise en sandwich entre les Denikins et les Petlurovs dans la région de Yumerinka-Umani. Makhno préférait une alliance avec Petlura à la guerre sur deux fronts. Une commission diplomatique spéciale a été mise en place pour les négociations avec le Directoire, dirigée par Aleksey Chubenko, spécialiste de la grigoryevity. Le 20 septembre, un nouveau traité sur la lutte commune contre Denikine a été signé entre le répertoire de l’UNR et du RPAW de l’Assemblée d’État russe. Cependant, Vsevolod Volin, qui dirigeait les forces armées de l’armée de Makhnov, préfère en parler comme d’un accord de neutralité plutôt que d’une alliance. Timide, probablement, même forcé l’alliance avec les nationalistes.

Néanmoins, selon ce syndicat, les Makhnov ont reçu des munitions et du matériel, plus de trois mille de leurs patients et blessés ont été logés dans les infirmeries de l’UNR à Vinnitsa, Yumerinka et Galicia. Cependant, le point de liberté mutuelle d’agitation a été rejeté - Petlura avait peur que les prédicateurs de l’anarcho-communisme et de la vie tentante sans propriétaires, fonctionnaires et capitalistes étendraient rapidement son armée. Malgré cela, les Makhnov le jour de la signature de l’accord ont publié un tract révélateur « Qui est Petlura? » Pour les négociations sur la liberté d’expression, le chef de l’armée de l’UNR s’est personnellement entretenu avec Makhno à Uman. Selon le chef d’état-major du RPAU Viktor Belash, le cosaque cubain et anarcho-bolchevique Ivan Dozhdko a proposé de faire avec Petlura, comme avec Grigoriev. Un groupe terroriste a été envoyé à Uman et une brigade de cavalerie a été déployée avec Makhno. Mais pour la chance de Simon Petlura, il, comme s’il anticipait quelque chose, a soudainement décidé d’échapper à la réunion et au moment de l’entrée de la Cabrigade Makhnov à Uman en est parti dans son train.

Bientôt, l’armée de l’UNR sera vaincue par les Denikins, et les tireurs Sich à Umani
se déplaceront du côté de la « Russie unie et indivée » et se rendront à la ville. Ensemble, ils parcourront les hôpitaux et les appartements privés, à la recherche et à l’achèvement du blessé Makhnov. Voline écrit généralement que les Petlurov ont conclu une trêve avec les Denikins précisément pour détruire les Makhnovites et ont délibérément permis à cinq régiments blancs à l’arrière aux rebelles. Je ne pense pas. Soudain, la cavalerie Makhnov près d’Umanya part en contre-attaque et réduit simplement les régiments d’officiers sélectionnés. Les rebelles partiront d’ici dans un raid profond sur l’arrière de Denikin, qui mettra un point important dans les plans du commandant en chef de l’ALLUR de prendre Moscou.


 
 
Nestor Makhno (deuxième à partir de la gauche) et commandants de l’Armée insurrectionnelle révolutionnaire d’Ukraine, 1920. Source : makhno.ru


Par la suite, le quartier général de la RPAU a essayé d’attirer certains des Petlurov dans ses rangs. Mahno s’y est opposé. Mais le chef pragmatique du staff Belash était un partisan de l’utilisation de petlurov contre Denikin. Il écrit qu’en novembre 1919, Iouri Tioutunnik, en fait le deuxième homme de l’armée de l’UNR, et les SSmen de gauche sont arrivés au quartier général de Makhnov. Ils ont demandé des armes pour organiser les groupes rebelles à Kiev. Mais Makhno est inconciliable. « L’UNR est notre ennemi de classe. Je ne permettrai pas qu’aucun fusil ne soit libéré de l’armée pour ce vassal impérialiste », crie le père à la délégation, et elle doit repartir sans rien. Peut-être, Makhno a été influencé par un exemple malheureux avec l’eser de gauche - un partisan de l’UNR Blacyt-Yelansky, qui a reçu des armes des Makhnovites, mais sous Chigirin appelé son détachement troupes républicaines. Dans le même temps, d’anciens adhérents de l’UNR tels que Matyaz, Gladchenko, Melashko, Ogiy et d’autres, ont rejoint l’armée Makhnov, ont commencé à se qualifier d’anarchistes et d’ennemis de Petlura. Ainsi, Gladtchenko dirige le groupe rebelle Voln-Kazachy d’Ekaterinoslavchtchina dans le cadre du 3e corps d’Ekaterinoslav du RPAU.

Batko Makhno - Autonomisme ukrainien?

Néanmoins, aujourd’hui, il y a de plus en plus de tentatives de dépeindre Nestor
Makhno comme l’Ukrainien « indépendant », à peine comme le deuxième Simon Petlura. Bien sûr, c’est un hommage à la situation politique. Mais sur quoi repose cette interprétation, encore plus libre que les Soviétiques de Gulipolis ?

En effet, à la dernière étape du mouvement Makhnov en 1920-1921, il a commencé à voir une certaine croissance de l’identité nationale.
Mais on ne peut pas dire que les Makhnov étaient à l’origine des « cosmopolites sans abri ». Malgré toute la rhétorique internationaliste, ils se sont toujours sentis comme des Ukrainiens. En 1918, un tract a été publié par un groupe de guérilleros libres d’anarchistes: « Le ciel, peuple ukrainien! Défendez l’Ukraine libre. Chaque jour, chaque heure de plus en plus, votre ennemi prend de plus en plus - la bourgeoisie allemande et russe avec les traîtres Haidamaks: vos jardins fleuris, riches champs, maisons, forêts, prend vos frères, sœurs, épouses, enfants dans leurs tentacules. Souvenez-vous de vos ancêtres, Taras Bulba, qui se sont battus comme des lions pour la chère liberté de l’Ukraine. Sinon, vous n’entendrez pas un chant de rossignol au-dessus de votre hutte, mais un nagaika bourgeois sifflera.

En octobre 1919, les Makhnovites lèvent l’interdiction faite au général blanc Maï-Maïevski d’étudier la « langue maternelle » à l’école.

Mais dans le même temps, les délégués du 4ème congrès de district à Gulaipol refusent de discuter plus avant de la question de la relation entre les langues russe et ukrainienne en Ukraine, donnant sa solution aux vastes congrès ouvriers-paysans du futur proche. Ils comprennent à quel point cette question est sensible et délicate dans le sud-est, peuplée d’Ukrainiens, de Russes, d’Allemands, de Grecs, de Serbes, de Juifs, de Bulgares. Mais bientôt dans cette section très future de l’éducation du peuple, dirigée par l’épouse de Makhno Galina Kuzmenko, un professeur de langue ukrainienne du gymnase Gulipil et un Ukrainien conscient, déploiera une activité encore turbulente pour populariser la langue ukrainienne, le théâtre ukrainien, la littérature et ainsi de suite. La littérature de propagande de Makhnov commence à être publiée en ukrainien. C’est la paternité de Galina Kuzmenko, par exemple, attribuée à un tract signé par Nestor Makhno le 29 septembre 1920: « Pendant des heures, nous sommes venus dans l’État d’Ukraine. Les znove sur la batkivshchina du serpent sont tourmentés par les orages. L’ede de la peau non navigable des Ukrainiens est une bonne chose. Ce tract, cependant, est dédié à l’alliance des Makhnovites avec l’Armée rouge pour combattre la Pan Pologne. Mais Ida Matt, qui connaissait bien Makhno depuis l’émigration parisienne, affirme dans ses mémoires que Kuzmenko « appartenait plutôt aux Petlurov et n’a jamais rien eu à voir avec le mouvement révolutionnaire ». Beaucoup attribuent cette caractéristique à la jalousie féminine habituelle de Matt. Mais parfois, dans le journal de Galina Kuzmenko, écrit en ukrainien et capturé par l’Armée rouge, de telles lignes glissent: « Les Pavloviens ont envoyé deux hommes à la poursuite du père de Makhno, de sorte qu’il est venu avec son détachement et a aidé les villageois à chasser les voleurs et les violeurs russes. »


 
 
Défilé de l’Armée rouge à Kharkiv, 1920. Photo : RIA Novosti


Alors, quelle est la raison du « virage ukrainien » dans l’armée Makhnov? L’ancien atamans de l’UNR y a-t-il apporté l’idée nationale ? Ou ce département d’éducation sous la femme de Nestor Ivanovich a-t-il eu un tel impact, y compris sur le père lui-même? Bien sûr, presque toutes les épouses ont une forte influence sur leur mari. Mais peu importe à quel point la « première dame » était déterminée et charmante, elle ne pouvait pas influencer toute l’organisation du district de Gulaipolis des anarchistes-communistes, dont l’exécuteur de la volonté était Makhno. Pas plus tard qu’en 1920, les principaux concurrents du groupe rebelle Gulaipol parmi les paysans d’Ukraine - les commandants de campagne de la poussée Petlurov - ont été sévèrement ensanglantés par les rouges. Dans ces conditions, il ne semblait plus que l’idée ukrainienne ferait le jeu de ces « traîtres sociaux ». Attirer les masses paysannes qui les ont suivis, en particulier dans le centre de l’Ukraine, où le RPAU a essayé de répandre son activité, a nécessité certaines étapes vers leurs sentiments nationaux. De plus, Nestor Makhno, chassé par la cavalerie rouge de l’Ukraine soviétique, prévoit de déplacer ses activités vers la Galice occupée par les Polonais et d’y déclencher une révolte pour l’indépendance. C’est peut-être la raison du « manifeste d’indépendance » qui a été préparé, mais qui n’a pas eu le temps d’imprimer Makhno à cause de sa fuite en Roumanie en août 1921. L’existence de ce manifeste est mentionnée par Viktor Belash dans son témoignage devant les Tchekistes, mais de telles sources doivent être traitées de manière critique.

Dans le même temps, Makhno, en tant qu’expression fidèle des sentiments du sud-est multiethnique de l’Ukraine, ainsi que du groupe d’anarchistes gulipol, ainsi que de tout le mouvement anarchiste international de l’époque, ont toujours été des opposants irréconciliables à tout nationalisme et à tout conflit ethnique, d’où qu’ils
viennent.

Et le chef des nationalistes ukrainiens Petlura le 25 mai 1926 tombera des balles de l’anarchiste juif Schwarzbad, familier avec Makhno.
Schwarzbad affirme avoir tiré sur l’ancien chef pour pogroms. L’attaque terroriste de Makhno contre son vieil ennemi n’approuvera pas. Il admet que Petlura n’était pas un mafieux et qu’il condamnera publiquement le meurtre dans la presse.
auteur:
origine:
http://rusplt.ru/world/soyuz-konkurentov-batko-mahno-i-ataman-petlyura-12718.html



 
________________________________________________________________



 

Tatchanka, Mitrophan Grekov, 1933. Photo : yavarda.ru
Tatchanka, Mitrophan Grekov, 1933. Photo : yavarda.ru



Un point de vue russe " coloré " par la situation actuelle.
JM


https://www.lecourrierderussie.com/2020/01/ukraine-derussification-et-salade-ideologique/
 
LE COURRIER DE RUSSIE


 
Ukraine : dérussification et salade idéologique


La nouvelle est tombée, il y a quelques jours, suscitant l’indignation en Russie : les autorités de Kakhovka, localité de la région de Kherson, en Ukraine, s’apprêtent à mettre au rebut un monument intitulé : La légendaire Tatchanka.
Une tatchanka – l’origine du terme est floue, mais très vraisemblablement ukrainienne – est une charrette légère, donc très mobile, tirée par un ou plusieurs chevaux, trois le plus souvent, sur laquelle est fixée une mitrailleuse « Maxim », emblème par excellence de la guerre civile russe.

La légende de la révolution


« Maxim », « tatchanka », nous voici entrés de plain-pied dans la légende de la révolution – plus précisément de sa période « romantique », avec sa Cavalerie rouge, ses valeureux généraux « blancs », ses anarchistes, ses paysans révoltés contre les bolcheviks… Une période d’excès en tout genre – comme toutes les périodes romantiques – se traduisant, dans tous les camps, par les pires atrocités.
La Cavalerie rouge de Boudionny utilise des tatchankas dans sa guerre contre la Pologne (1919-1921) et l’Armée rouge y recourra périodiquement jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. On peut donc comprendre l’indignation russe devant la décision des autorités de Kakhovka qui, pour faire bonne mesure, veulent supprimer un autre monument 100 % bolchevique, représentant une jeune fille en capote militaire.
La légende veut que, balafré, couturé de partout, Makhno soit assez effrayant à voir.
Les choses, toutefois, sont plus compliquées en ce qui concerne la tatchanka. Il semble, en effet, que celle-ci ait été inventée par Nestor Makhno, à tout le moins le nom de Makhno lui reste-t-il attaché dans la légende révolutionnaire.
Anarchiste, Makhno combat avec les bolcheviks contre les Blancs, du côté de l’Ukraine et des Terres noires. Il dispose d’abord d’un simple détachement d’une centaine d’hommes, mais, avec ses tatchankas, il donne un sacré coup de main aux Rouges. Et le nombre de ses hommes ne cesse d’augmenter, atteignant bientôt les cinquante mille.


Les relations se gâtent lorsque, les Blancs vaincus, il refuse de dissoudre son armée. Le mot d’ordre de ses partisans devient alors :
« Cogne sur les Blancs avant qu’ils ne rougissent,
Cogne sur les Rouges avant qu’ils ne blanchissent ! »
En 1920, les bolcheviks le déclarent hors la loi. Il est ensuite littéralement traqué par l’Armée rouge pendant quelque neuf mois.
En 1921, Makhno et ceux de ses partisans qui ont survécu quittent le territoire. Makhno s’installe à Paris où il travaillera, avec nombre de ces Russes « blancs » qu’il a férocement combattus, aux usines Renault de Boulogne-Billancourt. La légende veut que, balafré, couturé de partout, il soit assez effrayant à voir. Il meurt en 1934 de tuberculose osseuse. Il est incinéré, ses cendres se trouvent au Père-Lachaise.
De son vivant même, Makhno est une légende. Ses hommes ne l’appellent pas autrement que le « Batko », le Père. On lui donne le nom d’Ataman, titre réservé aux chefs cosaques.
Depuis le début des récents événements ukrainiens, Simon Petlioura et ses idées nationalistes ont repris du service en Ukraine.
On connaît aujourd’hui encore, en Russie et en Ukraine, du moins dans les régions où Makhno s’est battu, certaines chansons anarchistes que ses hommes chantaient, l’une des plus célèbres s’intitulant : « Iablotchko » [La petite pomme].
Makhno qui, éternellement, sème l’anarchie…
On s’en doute : la Russie veut récupérer la tatchanka, sans Makhno. Mais pourquoi l’Ukraine se refuse-t-elle à faire sienne l’épopée Makhno ? Parce qu’elle a un autre héros, que Makhno a combattu. C’est même pour l’anéantir que le Batko s’était lancé dans la bagarre.
En 1918, Simon Petlioura, nationaliste ukrainien pur et dur, s’empare de Kiev. Il vise l’indépendance de l’Ukraine. Mais les violences – notamment les pogromes – sont si nombreuses durant son court règne, que les Ukrainiens eux-mêmes n’en veulent bientôt plus et s’allient aux armées blanches. Petlioura, de son côté, parlemente avec les Polonais. L’arrivée de l’Armée rouge en 1919 met, si l’on peut dire, tout le monde d’accord et, à l’automne 1920, Petlioura prend la fuite. Il s’installe à Paris où il sera assassiné, en 1926, par un juif de Bessarabie.

Depuis le début des récents événements ukrainiens, Simon Petlioura et ses idées ont repris du service en Ukraine. Un timbre-poste, émis dès 2004, témoigne de l’officialisation du personnage.

Reste le mythe

Makhno a laissé des écrits, un journal*. On dispose aussi du journal d’une femme qui a combattu avec lui. Un personnage tel que cette femme, de même qu’un personnage tel que Makhno, ne pouvait laisser indifférent un écrivain comme Boris Pilniak, premier prosateur de la révolution russe. Il les met en scène dans un récit intitulé Débâcle** :
« À la nuit, le Batko était ivre. De l’état-major où il avait passé la soirée, il rentra à l’école du village où il logeait. Dans les couloirs traînait tout un fourbi – selles et leurs tapis, fusils, capotes militaires – cela sentait plus l’écurie que les hommes. Des hommes, il y en avait peu, tous étaient allés écouter la venue, l’offensive du printemps, lorsqu’il faut ressouder les armures de l’hiver, brisées par les blocs de la débâcle. Le Batko alluma une chandelle dans la salle des professeurs : le long des murs couraient des livres, sur la table une quarte de vodka ; sur un lit de camp dormait sa femme, celle-là même qui s’était incorporée, aboutée à leurs rangs une semaine plus tôt, une femme terrible, une beauté ; près d’elle, par terre, gisaient sa vareuse, ses bottes, sa culotte de cheval et, de dessous l’oreiller, pendaient les lanières de son colt. Le Batko s’assit à la table ; la tête dans les mains, il s’absorba dans ses pensées : il pensait à cette femme, là, dont il n’était pas sûr de connaître le nom, qui disait s’appeler Maroussia, une anarchiste. Elle était arrivée juste avant le combat, avait demandé un cheval et n’avait plus quitté le premier rang ; ensuite, elle avait abattu les prisonniers, calmement, sans hâte, efficace comme peu d’hommes. Puis, la nuit, elle avait souhaité être la femme du Batko, et le Batko n’avait jamais vu femelle plus frénétique. À présent elle commandait un régiment, et ce régiment était le plus déchaîné… »
On aimerait, parfois, que les idéologues de tout poil nous laissent, çà et là, quelques images du mythe anarchiste de Makhno, de sa « liberté ou la mort », de ses « Maxim » et de ses tatchankas lancées dans un galop furieux…
 
 
* Voir notamment, sur Amazon, Nestor Makhno, Mémoires et écrits, 1917-1932 ; Nestor Makhno, La Révolution russe : Mémoires d’un anarchiste ukrainien ; Alexandre Skirda, Nestor Makhno, le cosaque libertaire…
** À paraître, éditions Verdier, Lagrasse, 2020.