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LIENS RUSSIE

Roulette russe. La guerre secrète des espions anglais contre le bolchevisme


Roulette russe. La guerre secrète des espions anglais contre le bolchevisme
Des guerres napoléoniennes à nos jours, en passant par l'assassinat de Raspoutine, les "Services"  d'ALBION ont "opéré" contre la Russie, que ce soit en Russie même ou à travers l'Europe, et ce,  quel que soit le régime en place. 
 

J.M
  
http://www.leseditionsnoirsurblanc.fr/roulette-russe-giles-milton-9782882503732
 
Roulette russe
La guerre secrète des espions anglais contre le bolchevisme
Giles MILTON
Traduit par Florence Hertz
Langue d'origine : Anglais (Royaume-Uni)
 
« Personne ne doit savoir où vous allez… pas même vos hommes. Il ne faut à aucun prix éveiller les soupçons sur vos activités, ni ici en Angleterre, ni pendant votre voyage. »
 
1917. Au lendemain de la révolution russe, un groupe d’espions anglais entre clandestinement en Russie soviétique afin de déjouer les plans de Lénine. Le chef du Soviet suprême cherche à détruire l’hégémonie britannique en Inde, en faisant jouer ses appuis en Asie centrale ; il veut déstabiliser les démocraties occidentales et finalement les renverser. Commandés par l’excentrique Mansfield Cumming, ancien capitaine de marine unijambiste et amateur d’encres sympathiques, les espions ont toute liberté d’agir ; le seul mot d’ordre du Chef : « Évitez de vous faire descendre. » Infiltrant la Tcheka, l’Armée rouge et les cellules du Parti, ils manqueront de peu d’assassiner Lénine…

Entre James Bond et Jules Verne, Giles Milton raconte les péripéties des précurseurs du Secret Intelligence Service, en se fondant sur des documents historiques peu exploités. Un livre palpitant, qui plonge le lecteur dans l’atmosphère bouillonnante de la Russie révolutionnaire.

 
ILS EN PARLENT…
  • « Les rapports inédits des espions anglais contre les bolcheviks dans une Russie en ébullition. Haletant. »
Paul-François Paoli, Le Figaro
 
« Ce livre est le plus extraordinaire et le plus fou des romans d’espionnage, d’autant que tout y est vrai. »
Marc Semo, Libération
 
« Sans attendre, lecteur, il faut prendre Giles Milton en filature. »
Julien Burri, L’Hebdo
 
« Roulette russe se lit presque comme un polar, bien qu’il s’agisse d’un opus sérieux et documenté, riche de détails historiques qui, sans aucun doute, ne manqueront pas d’étonner. »
Marc-Olivier Parlatano, Le Courrier
 
« (…) ce récit se lit sans une minute de répit. »
Paul-François Paoli, Le Figaro
 
« Sous la plume de l’auteur, les événements historiques se font événement littéraire  ; un récit à la Dumas, rythmé, haletant, trempé dans le réel. »
Élise Lépine, Transfuge


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https://dissidences.hypotheses.org/8550
 


Un compte rendu de Jean-Guillaume Lanuque (avec l’aide amicale de Christian Beuvain)

 
C’est un pan plutôt méconnu de l’histoire de la Russie révolutionnaire en ses premières années que Giles Milton nous éclaire, celui de l’action des services secrets britanniques, le fameux MI6 (né juste avant la Première Guerre mondiale, sous la houlette de Mansfield Cumming), en terre russe. Pour ce faire, l’auteur a mis à profit des sources généralement inédites en langue française, mémoires écrits des agents et documents d’archives. Le tout est présenté comme un roman, sans notes de bas de page (les références sont concentrées en fin d’ouvrage), et si la lecture en est d’autant plus aisée, un sentiment gênant se dégage assez rapidement : Giles Milton prend en effet le plus souvent pour argent comptant tout ce que lui apprennent ses sources – alors que des témoignages, d’agents secrets qui plus est, demandent au minimum une critique interne poussée – et ne fait pas l’effort de les croiser de manière systématique  [1]   ; il fait également sienne la prévention des dirigeants britanniques à l’égard des bolcheviques, systématiquement présentés ici sous un jour négatif, gestionnaires incompétents, violents et barbares (le terme de terrorisme revient aussi à plusieurs reprises)   [2]
En dehors de ce parti pris pesant, le livre de Giles Milton se présente comme une synthèse, bien qu’incomplète. Elle débute avec la participation des services secrets britanniques à l’assassinat de Raspoutine (sans d’ailleurs approfondir le sujet en détail), et se poursuit avec la mission de Somerset Maugham – agent secret, romancier célèbre, dramaturge – chargé d’apporter le soutien (y compris financier) des anglo-saxons à Kerenski, par crainte de la défection russe dans la guerre. Avec l’arrivée au pouvoir des bolcheviques, le Royaume-Uni dispose déjà d’un homme dans la place : Arthur Ransome, journaliste occupant une position privilégiée car proche des nouveaux dirigeants (dont Karl Radek, qui le présenta à Lénine et Trotsky), sympathisant de la révolution d’octobre, mais qui, selon l’auteur, aurait joué un rôle d’agent double (en renseignant le sous-secrétaire du Foreign Office, Lord Robert Cecil), tout en se mettant en couple avec Evguenia Chelepina, secrétaire de Trotsky (p. 90-93). Mansfield Cumming, dans le même temps, déplaça son bureau russe à Stockholm, et envoya en Russie même deux agents, Sidney Reilly et George Hill. Les détails sur les identités multiples à bâtir, les précautions à prendre ou les méthodes à utiliser afin de transmettre des messages sont ici dignes d’un roman d’espionnage. Le réseau monté par Sidney Reilly, en particulier, comprenait des individus bien introduits dans le système de pouvoir, ainsi du colonel Aleksandr V. Friede, un Letton qui travaillait au Commissariat du peuple à la guerre, sans compter Boris Bajanov, qui selon ses mémoires, sur lesquelles s’appuie l’auteur [3], fut un agent double dès son adhésion au parti, en 1919. Même si Giles Milton n’aborde pas les choses sous cet angle, on a là autant d’éléments, impliquant les Britanniques, qui permettent de comprendre, au moins en partie, la méfiance croissante des nouveaux dirigeants face à un cercle d’ennemis bien réels, et le rôle exponentiel dévolu à la Tcheka. [3] 
Avec le début de l’intervention étrangère en Russie, afin d’aider les forces anti-bolcheviques, Hill et Reilly basculent complètement dans la clandestinité. Leur action se concentre alors sur le renseignement et le sabotage. Reilly va jusqu’à concevoir un projet de coup d’État visant à renverser le pouvoir bolchevique. Pour ce faire, Giles Milton prétend qu’il se serait attiré la complicité d’Édouard Berzine [4], commandant du premier régiment letton de fusiliers (sous un prétexte tellement léger – le souhait de rentrer au pays – qu’il frise sans doute la manipulation), ainsi que des financements français et étatsuniens ; un gouvernement provisoire avait même été élaboré, avec la participation de Ioudenitch. Toutefois, ce plan ambitieux ne rentra jamais en application, devancé à quelques jours près par les assassinats (ou tentatives) perpétrés sur Moisséi Ouritski [5]  et Lénine, le 30 août 1918. Il fut également dénoncé par René Marchand, correspondant du Figaro rallié aux bolcheviques [6], ce qui entraîna la prise de contrôle de l’ambassade britannique à Moscou et toute une série d’arrestations, parmi lesquelles celle du diplomate Robert Bruce Lockhart, plus tard échangé (avec George Hill) contre Litvinov, alors représentant des Soviets en Grande-Bretagne, arrêté pour espionnage ; Reilly, lui, réussit à fuir la Russie. Cela n’empêchera pas Hill comme Reilly de repartir en Russie, auprès de Denikine, tout comme Paul Dukes, expert en grimages et déguisements, affecté à Petrograd (il y réussit à adhérer au Parti et à devenir brièvement délégué au soviet). On reste toutefois quelque peu décontenancé par la qualité des informations que ces derniers ou Arthur Ransome recueillent, tout au moins telles que Giles Milton nous les présente (la volonté d’une révolution mondiale est loin d’être un secret !). Par contre, les pages évoquant Churchill sont nettement plus intéressantes. On apprend en effet que le secrétaire d’État à la guerre, fervent anticommuniste et partisan d’une lutte soutenue contre le pouvoir bolchevique, poussa à l’emploi d’armes chimiques dernier cri, effectivement utilisées à la fin de l’été 1919 dans le nord de la Russie ; le même était d’ailleurs prêt à les employer également contre les Indiens en révolte…
Parallèlement à la situation à Moscou et Petrograd, Giles Milton évoque également largement l’Asie centrale. Le Royaume-Uni s’inquiétait en effet d’une possible contagion révolutionnaire dans les zones à la frontière nord de l’Inde, risquant de menacer le fleuron de son empire, ce qui explique l’envoi d’une mission de renseignements au Turkestan russe, composée principalement de Frederick Bailey et Stewart Blacker. Mais sur la situation à Tachkent – centre administratif du Turkestan, où les bolcheviques, majoritaires au Soviet de cette ville de 200 000 habitants, ont pris le pouvoir le 1er novembre 1917 – le propos est laconique, évoquant surtout l’isolement, la mauvaise situation économique et les efforts de recrutement de prisonniers autrichiens dans l’Armée rouge… Très vite menacé, Bailey change d’identité et prend celle d’un prisonnier autrichien, alors qu’au printemps 1919, une révolte secoue l’Afghanistan. S’engageant dans la Tcheka, Bailey parvient finalement à regagner les terres britanniques au prix d’une traversée du désert de Karakoum. La main est alors reprise par le général Wilfrid Malleson, qui, grâce à tout un réseau et à un vaste travail de désinformation, parviendra à faire se dégrader les relations russo-afghanes. Le révolutionnaire indien M.N. Roy est également évoqué, chargé qu’il fut d’un projet de formation militaire, à compter de la fin 1920, afin de préparer le soutien à l’insurrection en Inde, un projet finalement abandonné à l’occasion de l’accord anglo-soviétique de mars 1921. Mais là encore, le parti pris de Giles Milton nous empêche d’en apprendre davantage sur ce sujet, le parcours ultérieur de Roy étant plus que laconique sous sa plume  [7] .
Si les guerres secrètes, l’utilisation d’agents clandestins et les entreprises de désinformation/manipulation ne doivent pas être négligées, surtout dans les périodes de révolutions politiques et de ruptures sociales, encore faut-il que leur histoire soit abordée d’une manière scientifique, encore plus rigoureusement que d’autres événements, eu égard au caractère spécifique et mystérieux de cet objet historique. L’ouvrage de Giles Milton ne répond guère à ces critères. On lui préférera la biographie de Reginald Teague-Jones, un de ses hommes de l’ombre des services secrets britanniques en Russie soviétique, par l’historienne Taline Ter Minassian [8].


Notes


1 On peut ainsi citer un « Conseil suprême militaire bolchevique » (p. 113), présenté comme le cœur de l’organisation bolchevique, ou Trotsky ayant dirigé l’assaut contre Cronstadt…
2 C’est au point que Giles Milton accuse implicitement les bolcheviques d’être responsables du déclenchement des hostilités une fois les premières forces britanniques débarquées au nord du pays ! (p. 147).
3 Boris Bajanov, Avec Staline dans le Kremlin, Paris, Les Éditions de France, 1930, 263 p. Réédité en 1979 sous le titre Bajanov révèle Staline. Souvenirs d’un ancien secrétaire de Staline, chez Gallimard. A lire Giles Milton, Bajanov fut dès 1920 « secrétaire de l’appareil principal du parti » (p. 312), alors qu’il ne devient Secrétaire du Politburo [Bureau politique] qu’à l’été 1923. D’ailleurs, quel crédit accorder aux récits de transfuges, quels qu’ils soient ?
4 Par la suite, Édouard Berzine participa à la création du Goulag. Ne pas confondre avec Ian Berzine, un des meilleurs spécialistes du renseignement de l’Armée rouge. Tous deux sont exécutés lors des purges de 1937-38.
5 Moisséi/Mikhaïl Ouritski (1873-1918) est abattu par le socialiste-révolutionnaire (SR) Leonid Kanegisser en tant que dirigeant de la Tcheka de Petrograd. D’abord menchevique, puis membre de la Mejraïonka (un groupe internationaliste aussi nommé « inter-district » ou inter-rayons ») avant de rejoindre les bolcheviques. La tentative d’assassinat sur Lénine est l’œuvre de Fanny Kaplan, ancienne anarchiste devenue membre de l’organisation de combat SR. Auparavant, elle avait prévu de tuer Léon Trotsky. Avant d’être exécutée, elle partagea la cellule du diplomate Robert Bruce Lockhart (Orlando Figes, La Révolution russe, Paris, Denoël, 2007, p. 775).
6 En 1919, il publie à Petrograd Pourquoi je soutiens le bolchevisme.
7 Sur M. N. Roy, on lira avec bien plus de profit l’étude de Jean Vigreux, « Manabendra Nath Roy (1887-1954), « représentant des Indes britanniques » au Komintern ou la critique de l’impérialisme britannique », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, n°111, 2010, p. 81-95, sur https://chrhc.revues.org/2075
8 Taline Ter Minassian, Reginald Teague-Jones. Au service secret de l’Empire britannique, Paris, Grasset & Fasquelle, 2012.