kalinka-machja CERCLE CULTUREL ET HISTORIQUE CORSE-RUSSIE-UKRAINE

Aspects historiques et géopolitiques de la guerre en Ukraine (contribution libre)


 

 
Nous publions ci-après une contribution à l'analyse du conflit russo-ukrainien. En dehors du fait que cette analyse est exhaustive,
le lecteur constatera que son auteur(e) est certes engagée, mais que sa présentation de la problématique ukrainienne, replacée dans un contexte à la fois historique et géopolitique, offre l'avantage de l'équilibre et de la clarté.
A l'heure où la plupart, sinon la presque totalité des médias dominants français (au demeurant soit entre les mains de milliardaires que l'on pourrait qualifier d'oligarques, soit aux ordres du Pouvoir), nous distribue massivement une information univoque et orientée, il est utile et sain que des voix citoyennes se fassent entendre de manière à la fois éclairée, lucide et indépendante.
J.M.



 

Rien de nouveau sous le soleil ou hélas, sous les bombes !

Trois impérialismes se disputent les richesses de la planète  et le contrôle du monde :


 

Les États-Unis

 

Ils sont toujours l’hyper puissance dominante mais connaissent un déclin.

Leur force est basée :

- sur la fidélité de leurs alliés  de l’UE et au-delà: Canada, Australie, Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande , Corée du sud, Japon.

- sur leur hégémonie militaire, qui n'a pourtant connu sur le terrain que des échecs depuis la guerre de Corée : Vietnam, Irak, Afghanistan, hégémonie qui doit une grande partie de sa capacité à se projeter dans le monde et notamment à l’OTAN (plus de 250 bases , 30 pays membres et un budget pharaonique).

C’est encore la première puissance économique mondiale, mais désormais concurrencée par la montée de la puissance chinoise. Elle doit sa force relative à un dollar toujours dominant dans le système financier international, à la présence sur son sol d'institutions politico-économiques qui dirigent la planète : FMI, Banque Mondiale.

Des signes de faiblesse apparaissent:

Le pays est confronté à la désindustrialisation et à une grande fragilisation de l’emploi (situation qui a été pour beaucoup dans l’élection de Donald Trump).

- Des inégalités majeures existent au sein de sa population : stagnation de l’espérance de vie et détérioration de la santé des populations les plus pauvres en sont un signe (40 % d’obésité chez les femmes les plus défavorisées, augmentation de la mortalité fœto-maternelle …)

- On observe un creusement des écarts de situation économique et de richesse entre États (ne parle-t-on pas de « faire sécession » dans certains milieux privilégiés, en Californie?)

- Une violence endémique (drogue, homicides par armes à feu, violences policières…) bien documentée par la littérature, le cinéma, la musique et que dénoncent courageusement des mouvements comme « black lives matters » et les opposants à la circulation des armes à feu…

- Une démographie défavorable aux groupes sociaux toujours dominants, les White Anglo-Saxon Protestants(WASP) : les prévisions des démographes annoncent à moyen terme une augmentation des populations afro-américaines (pas très white) et des latinos (catholiques).

Dans le domaine géopolitique les USA restent  toujours fidèles à la théorie du politologue démocrate Zbigniew Brzezinski (conseiller à la politique étrangère de Jimmy Carter ), qui à  la question : "comment installer la suprématie des USA", répond : "en contrôlant l’Eurasie", 5 « puissances stratégiques » (France, Allemagne, Russie, Inde et Chine), 5 « états-pivots » (Turquie, Iran, Ukraine, Azerbaïdjan, Corée).

Pour Brzezinski, L’Europe est la tête de pont géo-stratégique de cette politique. « Qui contrôle l’Europe contrôle l’Eurasie. Qui  contrôle l’Eurasie contrôle l’Ile-monde ».


Dans cette stratégie, les Etats européens sont des « états vassaux », le premier objectif étant de neutraliser la Russie .

L’Ukraine occupe une place spéciale dans cette stratégie :

C’est le pion qu’il faut damer sur l’échiquier de la Russie… (On croit rêver! )

Le politologue Georges Kennan, qui a  développé le concept de « containment », endiguement de la Russie par l’UE,  considère néanmoins , en 2003, que l’extension de l’OTAN à l’Est présente un risque contre lequel il s’élève. Il ne sera visiblement pas suivi…

Cependant la montée en puissance de la Chine, au moins sur le plan économique, modifie les cartes.

Les USA se désengagent de l’Europe  pour se recentrer sur le sud-est asiatique.

Le retrait d’Afghanistan est décidé sans concertation avec les alliés européens, de même que les traités d’alliance militaire dans le pacifique sont conclus sans l’aval de la France qui y a des territoires et des intérêts certains.

Pour les USA, l’UE doit prendre le relais : Donald Trump puis Joe Biden l’ont clairement indiqué en demandant aux partenaires européens de l’OTAN de mettre la main au porte-monnaie pour assurer leur sécurité.

Par ailleurs les USA ont bien entendu le message de Vladimir Poutine (cf. discours de Munich en 2007) relatif à la ligne rouge (extension de l’OTAN en Ukraine) à ne pas franchir.(Joe  Biden a traduit le message ainsi: "Poutine est un tueur".

Ils savent depuis l’interception de leurs missiles, destinés à tomber quelque part en Syrie, que les Russes possèdent dans le domaine de la guerre moderne (missiles hypersoniques) une avance non négligeable, de même qu’ils ont fait l’expérience de la capacité de cyber-attaque de la Russie.

Enfin la situation dans l’Est de l’Ukraine n’a cessé de se tendre depuis 2014. Les ultra-nationalistes pèsent sur  le gouvernement de Volodimir Zélinsky, bien incapable de ramener la paix qu’il avait promise .

En Russie, la présence de centaines de milliers  de réfugiés des territoires du Donbass agit sur l’opinion publique dont le cœur penche vers les frères russes d’Ukraine.

Les USA se préparent à la riposte en provocant Poutine à sortir du bois !!!

2018. Donald Trump  fait sortir les USA du traité sur les armes nucléaires intermédiaires (FNI) , de faible portée, celles-là même qui sont susceptibles d’être installées en UE.

2019. Tod Wolters,  commandant en chef des forces de l’OTAN et commandant des forces américaines basées en Europe informe le Sénat américain du changement de doctrine en matière d’armes nucléaires: les USA ont développé un arsenal d’armes nucléaires de faible puissance et sont prêts à faire si besoin un «premier feu nucléaire», sortant ainsi de la doctrine de dissuasion nucléaire en vigueur depuis la guerre froide.

2019 toujours. La Rand Corporation (organisme de recherche géo-stratégique financé en partie par le Pentagone) préconise de contraindre l’adversaire à s’étendre pour le déstabiliser et l’abattre.(Overstanding and unbalancing Russia. Il convient d’attaquer sur le flanc vulnérable (sanctions économiques),d’ augmenter la participation de l’UE à l’OTAN, de fournir des aides létales à l’Ukraine suffisamment calibrées pour ne pas provoquer de conflit plus ample…

Je suppose que Vladimir Poutine a capté le message.
 

La Russie : un empire décadent qui refait surface
 

1991 : affaiblie au moment de la dislocation de l’URSS, appauvrie, pillée par ses oligarques, la Russie est humiliée sur la scène internationale :

Extension de l'OTAN à l'Est malgré les assurances données à ce propos en 1991 par G.H.Bush (le père) à Mikhaïl Gorbatchev. La Russie de Boris Eltsine laisse faire.

Lorsqu’il arrive au pouvoir en 2000, Vladimir Poutine va très vite affirmer sa volonté de rendre sa grandeur à la Russie . En effet :

- Le pays  dispose de ressources énergétiques et minières très importantes.

- Une population éduquée et un capital en matière de recherche scientifique et de développement technologique (espace, nucléaire)

Vladimir Poutine s’emploie:

-  à augmenter l'autonomie alimentaire du pays et à réorganiser son système financier et bancaire (importantes réserves d’or et de devises essentiellement en dollars)

- à reconstituer une partie de la puissance militaire perdue sous Boris Eltsine (militaire spatial et capacité de cyber-attaque).

Il sait exploiter le sentiment national et le désir de nombreux Russes de retrouver la fierté d’appartenir à un Grand Peuple.

Il s’appuie sur l’église Orthodoxe, sur une clique d’affairistes âpres au gain et pour le moment il a réussi à contenir un courant ultra-nationaliste pan-slave , à museler la presse et l’opposition démocrates, à cantonner le PC dans le rôle d’opposant utile.

En même temps, il maintient le système de contrôle de la population hérité du despotisme soviétique,  tempéré par une élévation du niveau de vie et un style de vie « à l’européenne » apprécié dans les métropoles russes.

Après les attentats du 11/09/2001, Vladimir Poutine va multiplier les « gestes de bonne volonté »: il accepte l’installation provisoire de bases américaines en Asie centrale, ferme les bases de l’ex- URSS à Cuba, retire les soldats russes du Kosovo…

Cependant en 2008 lorsqu’est posée la question de la vocation de l’Ukraine et de la Géorgie à intégrer l’OTAN, il  va  très vite manifester sa volonté de s’opposer au «  containement » de la Russie ambitionné par les USA  et leurs alliés en  renforçant la présence russe dans les républiques périphériques : soutien apporté à l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie dans leur guerre d’indépendance avec la Géorgie, intervention dans le conflit Arménie / Azerbaïdjan pour le contrôle du Haut -Karabagh.

Plus tard la Russie projettera ses  forces en Syrie, en Libye et  interviendra également en Afrique, directement ou par l intermédiaire de milices (Wagner).

 

Dès 2007 à la Conférence de Munich sur la sécurité, Poutine déclare aux chefs d’états occidentaux présents que la Russie n’acceptera pas d’être dominée et fixe la ligne rouge à ne pas franchir : l’extension de l’OTAN. L’Ukraine doit rester une zone tampon entre la Russie et les pays de l’OTAN.

Lié par ce manifeste, par l’aggravation de la situation dans le Donbass, par sa haine « historique » pour les groupes armés nazis bien présents en Ukraine ,Vladimir Poutine s’est-il laissé attirer, malgré les dénégations répétées de son ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov,  dans le piège de l’intervention militaire désormais condamnée par la grande majorité des pays ou plutôt a-t-il décidé de prendre les devants, poussé par son état-major et par des forces politiques interventionnistes (nationalistes russes radicaux, PC)?

Difficile, en effet pour lui de ne pas se précipiter là où il dit qu’il ira depuis 2007 ! Et puis une guerre n’est-elle pas toujours un moyen de resserrer autours du chef des forces  que 22 ans de règne  dispersent ?

Une  partie de la solution est néanmoins toujours entre les mains du peuple russe, écartelé entre le soutien aux frères russes du Donbass, de la Crimée (un demi- million, de réfugiés sont en Russie depuis les attaques de Kiev contre les indépendantistes du Donbass) et sa proximité de cœur avec les  frères russophones de l’Ukraine.

Face à lui, Les USA sont rentrés au pays laissant leurs vassaux européens faire le job sur le terrain.

En fait de vassaux, les 27 ont disparu, en tant que nations, de la scène internationale.

On n’entend plus désormais que la voix de la Commission Européenne qui décide des sanctions, de l’envoi d’armes, de la « répartition des réfugiés » (notons néanmoins qu’à la frontière polonaise

les réfugiés non-ukrainiens, un peu trop africains, du Bangladesh … ne sont pas spécialement welcome et attendent dans le froid derrière des barbelés comme d’habitude !!!)
 

La Chine
 

C’est l’impérialisme qui monte et menace directement les USA sur le plan économique et commercial.

Sa force principale est due à un développement économique fulgurant basé au départ sur un immense réservoir de main d’œuvre à bas coût maintenu loin des revendications sociales par un régime autoritaire.

 

Dans un deuxième temps, l’émergence d’une classe moyenne éduquée lui a permis d’atteindre un niveau de développement technique et scientifique qui en fait un concurrent très sérieux pour les économies occidentales et leurs alliés du sud-est asiatique (Japon, Corée du sud , Australie, Nouvelle-Zélande).

Enfin la Chine est désormais capable de concurrencer les occidentaux dans leur pré-carré africain et jusqu’au Moyen-Orient .(Égypte , Arabie Saoudite…)

Ses projets d’expansion commerciale (routes de la soie…) lui font privilégier la stabilité à l’échelle de la planète.

Intraitable sur l’intégrité de son territoire, la réintégration de Taïwan dans la République Populaire de Chine étant pour son Président non négociable , la remise en cause de la stabilité des frontières par une intervention comme celle menée par la Russie en Ukraine n’est  pas son scénario favori.

Sur le plan du droit international, la Chine est « pragmatique » , donc légaliste.

Cependant face aux États-Unis et à leurs  alliés elle semble voir avec intérêt l’opportunité d’un rapprochement avec la Russie sans pour autant devenir un allié inconditionnel.
 

L’Ukraine
 

C’est le terrain sur lequel s’affrontent en ce moment les impérialismes.
 

Un peu d’histoire :
 

Au Moyen Age les territoires de l’actuelle Ukraine étaient rattachés au Grand Duché de Lituanie-Pologne  (qui s'étendait de la Baltique à la Mer Noire).

Le nom slave Ukraine apparaît en 1187 et veut dire : frontière, marches.

1654 : Traité de Pereïaslav, entre les cosaques de Zaporoguie et le Tsar.Toute la rive gauche du Dniepr est rattachée à l’empire du Tsar Alexis premier. La Rus de Kiev (sorte de principauté) intègre l’empire , le Tsar devient Tsar de toutes les Russies.

1918: après la révolution russe de 1917, Staline redécoupe toute la région et crée la république socialiste soviétique d’Ukraine où cohabitent des russophones majoritaires  à l’Est du Dniepr et des ukrainophones majoritaires à l’Ouest ainsi qu’une mosaïque de populations d’ascendance allemande, polonaise, des descendants de Grecs, des Juifs , des Tatars, etc.

1920/1930: une grande famine dont les effets en Ukraine sont aggravés  par le pouvoir stalinien  décime les territoires de l’Ouest et radicalise nombre d’ukrainiens contre le pouvoir soviétique. C’est l’Holodomor qualifié de  génocide par ceux qui ont survécu.

Deuxième guerre mondiale : des Ukrainiens nationalistes voient dans l’arrivée de l’armée allemande l’occasion de retrouver leur indépendance vis à vis de l’URSS et rejoignent les Nazis dans leur entreprise d’extermination des Juifs, Roms, communistes et autres victimes de leur fureur meurtrière. En Crimée les nazis ukrainiens intégrés aux SS participent activement à l’élimination de tous « les éléments non valables » de la population.

Après 1945 , l’Ukraine reste au sein de l’URSS.

1954 : à l’occasion du tricentenaire du traité de Péreïaslav, Nikita Khrouchtchev «  donne » la Crimée russophone à l’Ukraine …

1991 : effondrement de l’URSS, l’Ukraine devient une république indépendante, le port de Sébastopol fait l’objet d’un accord avec la Russie qui y maintient sa flotte de guerre.

Si le niveau de vie des ukrainiens ne fait pas rêver un Européen de l’ouest, l’Ukraine n’est pas dépourvue de ressources:

1ères réserves  mondiales de minerai d’aluminium,

2èmes de titane, manganèse, fer

25 % de terres noires parmi les plus fertiles du monde

2ème producteur d’orge

3ème producteur de maïs

1er producteur d’ammoniac (nécessaire à la fabrication d’engrais, d’explosifs, utilisée dans l’industrie textile...)

3ème parc nucléaire civil européen

4ème producteur de lance-roquettes et 9ème exportateur de l’industrie de l’armement.

Et, une bonne flopée d’oligarques affairistes corrompus et corrupteurs...détournant à leur profit les richesses du pays.

Depuis 2004 , l’Ukraine est le lieu du bras de fer entre Russie et USA , comme préconisé par  Brzezinski.

2004: Révolution Orange, l’adhésion de l’Ukraine à l’UE est évoquée…

2013/2014 : Maïdan : intervention directe de la diplomatie secrète des USA dans le financement et le déroulement de la révolte qui aboutira à la destitution du président ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovytch remplacé par Petro Porochenko.

Des troubles éclatent dans le Donbass où des séparatistes pro-russes réclament un statut spécial.

Le parti ultra droite Svoboda est bien représenté au gouvernement.

Le parti Pravy Sektor (secteur droit) fondé en 2013 par Dmytro Iaroch regroupe diverses organisations paramilitaires et mouvements néo-fascistes. Ils sont violemment anti-communistes, russophobes, nationalistes. Ouvertement antisémite à l’origine, le parti déclare en 2014 qu’il s’éloigne de l’antisémitisme et de la xénophobie…

Au sein de cette nébuleuse, le leader des Patriotes d’Ukraine, Andreï Biletsky fonde le 5 Mai 2014, le Bataillon Azov qui s’illustrera en juin 2014 à la bataille de Marioupol contre les séparatistes du Donbass. Exactions contre les civils, cruauté envers les combattants (mutilations, tortures) sont versées à son actif.

Azov sera ultérieurement intégré à l’armée régulière. D’autres « bataillons » se revendiquant du nazisme font régner l’ordre à Kiev. Souvenons nous des images de l’invasion du parlement et l’expulsion manu militari et plus … des députés récalcitrants).

Un des leaders musclés de ces bataillons de choc se revendiquant du nazisme, le C14, dira : « sans nous Maïdan aurait été une Gay Pride »

Les idéologues de Pravy Sektor sont par ailleurs euro-sceptiques et rêvent de créer « l’Intermarium» qui rassemblerait de la Lituanie à la Mer Noire, voire l’Adriatique, les peuples ethniquement purs, héritiers des ancêtres nordiques,,,

A cette même époque, une  rumeur de projet d’installation de base de l’OTAN en Crimée court dans « les milieux informés ».

Or, en Crimée, se trouve le seul port en eaux chaudes concédé à la Russie (accessible toute l’année et ouvert sur la Méditerranée) Sébastopol.

Provocation de trop pour Vladimir Poutine !

18 Mars 2014, la Russie  intervient en Crimée et l’annexe après un référendum ayant donné 95 % de oui pour le rattachement à la Russie.

La communauté internationale condamne…

Dans le Donbass les troubles augmentent et les régions de Donetz et Lougansk décrètent leur indépendance.

Le 2 Mai à Odessa séparatistes  pro-russes et nationalistes s’affrontent, 48 personnes meurent dans l’incendie de la Maison des Syndicats où ils ont été bloqués par les para-militaires de Pravy Sektor.

Septembre 2014 : accords de Minsk entre gouvernement ukrainien et séparatistes du Donbass.

Ces accords sont signés sous les auspices de l’OSCE (organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) représentée par la Suisse.

Ils prévoient:

- une zone d’interdiction des armes lourdes,

- l’interdiction des opérations offensives,

- l’interdiction des vols d’avions de combat au dessus de Donietz et Lougansk,

- le retrait des mercenaires étrangers,

- une mission de surveillance de l’OSCE.

Décembre  2014 : le gouvernement ukrainien modifie unilatéralement le Statut Spécial de Donietz et Lougansk prévu par le traité, rompant ainsi les accords de Minsk trois mois après leur signature.

Le président Petro Porochenko déroule son programme pour le Donbass: « Nous aurons du travail et eux non! Nos enfants iront à l’école et à la garderie, leurs enfants resteront dans les caves!Nous aurons des retraites et des avantages sociaux, eux, non…Parce qu’ils ne savent rien faire… »

12 Février 2015: accords de Minsk II.

Signés entre Vladimir Poutine pour la Russie et Petro Porochenko pour l’Ukraine, en présence de deux médiateurs, Angela Merkel et François Hollande …

Les bombardements et les actions de commando couverts par Kiev se poursuivent :

On parle de 13.000 morts parmi les indépendantistes du Donbass, un demi- million (au moins) de russophones se réfugient en Russie.

2019, Volodymyr Zelinsky succède à Petro Porochenko.

Il est élu par 70 % des votants sur la base d’un programme de lutte contre la corruption et  sur la promesse de rétablir la paix dans le Donbass en faisant cesser les bombardements de l’armée ukrainienne  sur Donetz et Lougansk et en respectant les accords de Minsk..

De nombreux russophones  ont voté pour lui.

Les promesses sont loin d’être tenues : une  guerre de tranchées s’installe  et les bombes continuent de pleuvoir sur la population du Donbass.

Les oligarques continuent d’avoir les mains libres pour piller les richesses du pays et plus ...

Ainsi, l’oligarque Ihor Kolomoïsky qui  a financé le bataillon nazi Azov avant son intégration dans l’armée régulière, promet en toute impunité  un million de dollars pour l’assassinat d’Oleg Tsarev, le président des républiques indépendantes autoproclamées du Donbass.

Une mafia du type de la Camora, infiltre le monde politique, les milieux des affaires et les forces de l’ordre.

Ce n’est pas nouveau ! Odessa est un port franc de longue date et un des hauts lieux de la contrebande (armes, marchandises), une plaque tournante de la prostitution en lien avec les mafias russes, moldaves etc.

Ces mafias ont survécu à tous les régimes et se sont épanouies après la chute de l’URSS.

Décembre 2021, le chef d’état major des forces armées russes estime que la livraison d’hélicoptères de combat, de drones, d’avions et de missiles anti-chars par les USA ne respecte pas Minsk II.

21 Décembre 2021, La Russie reconnaît l’indépendance des territoires de Donetz et Lougansk.

Janvier 2022, le président finlandais Sali Ninistö puis le président Macron concluent que la solution au conflit en cours est dans le respect des accords de Minsk !!!

21 Février 2022 Volodimir Zelinski annonce son intention de re-nucléariser l’Ukraine.

24 Février 2022 l’armée russe entre en Ukraine.

Stupeur, réelle ou feinte en Europe de l’Ouest, en particulier : Le dictateur, paranoïaque, Poutine est devenu fou, l’ours russe s’est transformé en diable, l’émotion est à  son comble dans les médias.

Les civils qui le peuvent fuient les zones de combat, leur accueil et la solidarité s’organisent dans les pays limitrophes…

Dans toute l’UE, quiconque cherche à comprendre comment on en est arrivé là devient un pro Poutine, un suppôt de Satan...

Des négociations sont engagées, mais l’UE continue de jeter de l’huile sur le feu( 250 millions d’euros d’armement prévus )


 L’Union Européenne

 

Dans la géopolitique étasunienne L’UE est une puissance stratégique sur laquelle s’appuyer pour contrôler l’Eurasie.

Le Royaume-Uni quand à lui, est indéfectiblement scotché a son grand-frère nord-américain.

Au sein de l’UE deux pays se surveillent et se contrôlent mutuellement afin qu’aucun des membres du «  couple » ne prenne l’avantage sur l’autre et du coup sur l’UE:

L’Allemagne forte de ses atouts économiques et la France forte de sa puissance nucléaire et de son poste permanent au conseil de sécurité de l’ONU doivent ainsi rester dans le rang, sous contrôle vigilant de la commission européenne qui « in fine » décide pour tous et veille à la bonne exécution par les États vassaux des décisions prises par le suzerain outre-atlantique.De quelle nature  est donc la puissance stratégique dévolue à  l’UE  par les USA ?

C’est la puissance militaire de l’OTAN, véritable bras armé des USA qui démultiplie au travers de ses bases les capacités d’intervention de l’impérialisme le plus puissant.

La force de l’OTAN réside dans sa capacité de dissuasion nucléaire (USA, France, Royaume Uni), son armada (terre, air, mer) financée par un budget de près de mille milliards et ses bases réparties sur toute la planète.

Mais c’est  une union de défense et aucun de ses membres n’envisage de sacrifier sa jeunesse ni d’exposer son territoire pour défendre les  intérêts d’un non-membre.

Macron disait l’OTAN en état de mort cérébrale, la menace de guerre contre l’Ours Russe vient de la réanimer.

Rien de tel que la peur décuplée par la menace de se retrouver seul face au danger  pour resserrer les rangs !!!

L’Allemagne est désormais prête à mettre la main au portefeuille,  mais le commandement reste entre les mains de l’Oncle Sam.
 

Les autres pays
 

Le mouvement des non-alignés, qui regroupe toujours près des deux tiers des membres de l’ ONU et plus de la moitié de la population mondiale a de moins en moins de cohésion,

S’ils préconisent un alter-mondialisme plus favorable aux pays du sud on ne les entend pas ou peu sur les conflits entre grandes puissances.

La Turquie, membre de l’OTAN et confrontée militairement à la Russie dans le nord de la Syrie, envoie des  drones à l’armée ukrainienne dont l’aviation a été neutralisée par les russes.

L’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, utilisent l’arme du pétrole en vue d’obtenir des Occidentaux, un renforcement de leurs fournitures d’armes pour la guerre menée par ces deux Etats   au Yemen, dans l’indifférence générale.

Le vote qualifié d’historique, à  l’assemblée générale des Nations Unies du 2 Mars 2022 a, certes «  exigé que la Russie cesse immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine » par 141 pour, 5 contre et 35 abstentions dont des pays aussi influents que l’Inde et la Chine mais sans effet autre que de réprobation.

Les violations répétées du droit international par les grandes puissances au nez et à la barbe de l’ONU, Kosovo/Serbie, Irak, Libye ont depuis longtemps montré la faiblesse de l’ONU dont le Conseil de Sécurité  est bloqué par le droit de veto des 5 membres permanents.

Le droit international existe sur le papier mais son application reste l’apanage du plus fort et non de la communauté internationale…

« La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique »- Blaise Pascal- Les Pensées, 1670…
 

Et la France dans tout cela ?
 

Membre fondateur de la Communauté Européenne, la France occupe la présidence de l’UE depuis Janvier 2022.

Emmanuel Macron qui se présente comme le défenseur de la voie diplomatique, la négociation plutôt que la guerre, n’a rien obtenu de ses entrevues et coups de fil avec Vladimir Poutine.(sinon de se ridiculiser)

Et pour cause, en Europe de l’Ouest , le pouvoir de décision et donc de négociation est entre les mains de la Commission Européenne.( 27 membres désignés  par les gouvernements, non élus et n’ayant pas de compte à rendre aux peuples de l’UE).

On l’a vite constaté, toutes les décisions importantes : sanctions, envoi d’armement, interdiction de médias…ont été annoncées par Ursula Von der Leyen, la Présidente de la commission.

Sur le plan militaire, toute décision d’intervention armée effective appartenant à l’OTAN, c’est en dernier ressort les USA qui dirigent l’alliance, qui sont décisionnaires.

 Le 21 Février 1966 de Gaulle avait annoncé le retrait de la France du gouvernement intégré de l’OTAN .

Il justifiait sa décision entre autres par le fait que la structure intégrée de l’Alliance engage la France contre son gré dans les guerres des États-Unis, que l’appartenance au commandement contrevient à l’indépendance nationale et que, devenant une puissance atomique notre pays est amené à assumer lui même les responsabilités politiques et stratégiques très étendues que comporte cette capacité,

Le 7 Novembre 2007 Nicolas Sarkozy a annoncé le retour de la France dans le commandement intégré et donc renoncé à l’indépendance et à la souveraineté prônées par de Gaulle en matière de défense et de sécurité. Cette décision était également un renoncement à exercer les responsabilités politiques et stratégiques d’un Etat souverain doté de l’arme nucléaire.
 

Ayant renoncé à avoir une voix autonome, La France est désormais comme les autres membres de L’OTAN destinée à être le porte-voix du patron, une quasi-non-puissance politique.

Mais enfin, être le porte voix ne signifie tout de même pas crier plus fort que le patron !!!

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine , les USA sont particulièrement «  sages ».

Joe Biden qui qualifiait Vladimir Poutine de "tueur" semble se contenter dans un premier temps de la réprobation quasi générale dont  l’agresseur russe est l’objet dans la communauté internationale tout en renforçant la présence militaire américaine en Europe (7000 nouveaux soldats déployés en Allemagne) .

Le 9 Mars les USA décrètent finalement,  un embargo sur le gaz et le pétrole russes.

Le Président des  USA a  réaffirmé à plusieurs reprises la doctrine  de l’Alliance :  « Pas question d’intervenir militairement si nous ne sommes pas attaqués. »

Le secrétaire général de l’OTAN , Jens Stoltenberg, est venu en personne calmer fermement l’enthousiasme de la Pologne qui envisageait de « prêter » ses avions de combat à l’Ukraine.

Même chose pour le contrôle de l’espace aérien ukrainien à partir de pays de l’UE-OTAN. C’est : No!

Mon point de vue est que cette guerre est bien un bras de fer entre l’impérialisme dominant (USA) et l’impérialisme qui menace sa suprématie (Russie), sous le regard intéressé de l’impérialisme montant (la Chine), par Ukraine interposée. Le sort de L’Ukraine se réglera donc entre « Grands ».
 

Plusieurs solutions négociées  sont envisageables :

Partage du pays entre une Ukraine de l’Ouest intégrée à l’UE, voire à  l’OTAN et une Ukraine de l’Est rattachée à la Russie ?

Une solution plus soft de fédération ukrainienne neutre (finlandisée),  avec une autonomie réelle d’administration pour les territoires russophones ?

Dans tous les cas la neutralisation des régiments ultra-nationalistes-nazis restera-t-elle une condition sine qua non pour Poutine?

Sur le terrain, le contrôle du sud et de l’extrême Est de l’Ukraine par les Russes devrait faciliter la négociation d’un cessez le feu et la recherche d’un accord de paix.

De nombreuses inconnues demeurent,

D’abord sur le terrain : On ne peut  pas écarter un « incident » sur une centrale nucléaire. Comment ne pas craindre des crimes de guerre si comme moi, on pense qu’il n’y pas de guerre propre. Que penser de ces civils volontaires étrangers? Le gouvernement de Volodimir Zelinskiy a certes tout prévu : ils seront intégrés à la défense territoriale…mais quelle défense territoriale? Azov, Le C14?

Quelle est la marge de manœuvre du président Volodimir  Zelinsky, cornaqué par les nationalistes dans un gouvernement largement mité par des mafias friandes d’armes à négocier à travers le monde ?

La sécurité du Président est-elle vraiment garantie par ses amis ?

Existe-t-il en Ukraine des forces politiques susceptibles d’intervenir comme alternative ?

Poutine est-il toujours maître des horloges en Russie, de l’armée en particulier ?

Quelle influence la perspective des élections de mi-mandat aura-t-elle sur l’attitude des USA ?

L’union sacrée dans l’UE résistera-t-elle aux conséquences économiques et donc sociales de cette guerre ?
 

S’agissant de la situation en France :

Je m’interroge sur l’unanimisme des médias.

Comme au moment des gilets jaunes et plus encore pendant la crise sanitaire, il n’y a pas de débat ni d’information contradictoires dans les médias mainstream.

L’émotion prend le pas sur la réflexion, avec force témoignages qui tiennent lieu d’enquête journalistique.

Les médias « pro-russes » sont interdits alors que l’on affirme par ailleurs que la France n’est pas en guerre avec la Russie.

Les réseaux sociaux ne sont pas en reste, avec leur lot de vidéos et d’images invérifiables, leurs experts autoproclamés en logistique, en technique militaire.

Les  victimes font l’objet d’une comptabilité indécente: De quel côté de la ligne de feu sont tombés les 13.000 morts du Donbass ???

Un ukrainien tombé les armes à la main serait un rebelle séparatiste à Donetz (à exclure du compte des victimes civiles) et une victime civile défendant son pays à Kiev?

Enfin que dire des appels à aider concrètement l’Ukraine, relayés en écho par les radios et TV, au 20 heures

Tant qu’il s’agit d’aide humanitaire, d’envoi de couches pour les bébés, de vivres ou de matériel médical, je n’ai aucune objection à formuler. Je pense seulement que les millions prévus pour l’envoi d’armes en Ukraine seraient bien mieux utilisés s’ils allaient à l’aide humanitaire.

J’espère aussi que les donateurs se seront également montrés généreux pour la Collecte des Restos du Cœur de samedi dernier.

En revanche je suis beaucoup plus inquiète

- Lorsque je lis, venant de  la « vraie extrême gauche », plutôt trotskiste, des appels à transformer la guerre impérialiste en guerre civile, en apportant une aide prolétarienne internationaliste directe comme la livraison massive d’armes défensives au mouvement ouvrier ukrainien et l’envoi de volontaires formés...Un « armons- nous et partez » qui peut séduire des jeunes et moins jeunes idéalistes prêts à en découdre.

- Lorsque je vois à la TV des nouveaux croisés propres sur eux ou déjà revêtus de l’uniforme kaki-camouflage- chaussures cloutées, exhiber leur volonté dopée à la testostérone, d’aller combattre aux côtés des "frères ukrainiens".

Ajoutons à ces idéologues,  tous ces hommes (en majorité)  qui trouvent dans la promesse de hauts faits guerriers et l’espace de liberté que la guerre offre aux aventuriers de tout acabit  l’opportunité de quitter la médiocrité de leur vie quotidienne.
 

Et les Ukrainiens dans tout cela ?
 

Les maris, les pères, les frères et les grands fils de ces femmes désespérées que l'on nous montre avec leurs poussettes, leurs valises à roulettes, leurs nourrissons en bandoulière et leurs beaux enfants effrayés accrochés à leurs doudou.

Les femmes, les enfants, les vieux, les éclopés, les malades qui n’ont pas pu ou pas voulu quitter le pays,

Ceux qui s’apprêtent à semer le blé, qui font fonctionner les usines, les hôpitaux, les écoles, qui acheminent tout ce qui est nécessaire à la vie ou la survie,

Et les enfants qui depuis 8 ans vivent dans les caves dans le Donbass ?

La France s’est condamnée à l’impuissance en s’alignant, sans condition, sur la première puissance mondiale.

Il faut sortir de l’alternative chère à Georges W Bush et toujours revendiquée par la diplomatie américaine. "Qui n’est pas avec moi est contre moi".

Nous sommes en campagne électorale !

Il est temps de poser aux citoyens la question de comment retrouver notre indépendance de pays souverain, notre responsabilité politique et stratégique de nation dotée de l’arme nucléaire et disposant d’un siège permanent à l’ONU.

En particulier doit-on rester dans le commandement intégré de L’OTAN,voire dans l’OTAN ?

L’UE va examiner la demande d’adhésion de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie.

Est-ce le moment le plus opportun ?

Poser et répondre à ces questions passe d’abord par la possibilité de retrouver ici-même des institutions démocratiques.

Le régime présidentiel sous lequel nous vivons donne les pleins pouvoirs à un exécutif hors contrôle; il est temps de changer de régime.

 Il est temps de rendre au peuple sa souveraineté (Titre 1, Article 2 de la constitution).

Enfin, est-ce soutenir le Diable que de demander que les accords de Minsk soient respectés ?


9 Mars 2022,  Christiane Vienco