kalinka-machja CERCLE CULTUREL ET HISTORIQUE CORSE-RUSSIE-UKRAINE



LIENS RUSSIE

CERCLE CULTUREL ET HISTORIQUE CORSE - RUSSIE - UKRAINE



Ce site est  l’organe d’expression du Cercle Culturel et  Historique Corse - Russie - Ukraine et non plus celui de l'Association kalinka-machja.
Les deux associations se sont en effet différenciées, à la fois dans leurs modalités d'organisation, dans leurs activités, et dans leurs objectifs propres, tout en préservant (cela va de soi) des liens d'amitié et  des  liens de coopération.

L'intitulé "kalinka-machja" apparaissant dans les moteurs de recherche est conservé pour des raisons inhérentes à la propriété du nom de domaine.

 
LE CERCLE CULTUREL ET HISTORIQUE CORSE - RUSSIE - UKRAINE

Le Cercle Culturel et Historique Corse-Russie-Ukraine est un groupe de réflexion organisé sous la forme d'une association informelle, qui  se donne pour objectif de faire connaître aux Corses la Russie d'hier et d'aujourd'hui, de même que l'Ukraine, la Biélorussie, la Moldavie russo-ukraino-phone et les pays slaves, en leur offrant la possibilité de découvrir un vaste champ de connaissances, notamment dans les domaines de la culture, de l’économie et de l'histoire. 
Il conserve en outre l'objectif de l'Association Kalinka-Machja "historique", qui était de perpétuer la mémoire des Russes dits "Blancs" qui au lendemain de la césure de 1917/21 ont abordé en qualité de migrants la terre de Corse.
 
Dépassant les clivages nés de la révolution russe, mais toutefois à contre courant de la doxa partisane des médias dominants, ce site aborde la problématique des rapports actuels entre "l'Occident" et les "Pays de l'Est" dans un contexte délibérément géopolitique.

Au risque de paraître contradictoire dans ses positionnements,  notre cercle s'efforcera  de pratiquer une information "plurielle", n'occultant pas les parti-pris idéologiques respectifs des différentes sources exploitées et des LIENS  mentionnés.

Nous faisons volontiers nôtre, en effet, cet aphorisme prêté au célèbre Ibn Khaldoun, selon lequel  "La vérité est pareille à l'eau, qui prend la forme du vase qui la contient."
Nous pourrions le compléter par un autre aphorisme :  "Il y a pire que de pas être informé: c'est penser l'être"  (site d'Ahmed Bensaada).
                                                                   

 
L'ASSOCIATION KALINKA-MACHJA


L'association Kalinka-Machja, pour sa part, a été créée en 1994 à l'initiative de l'auteur de ces lignes, qui était parvenu à réunir des descendants de migrants (terme actuel à la mode) ayant abordé  en 1921 et dans les années qui ont suivi, les rivages de l'île de Corse et y ayant fait souche.
La raison d’être initiale de l'association était de perpétuer une sorte de "culte du souvenir" centré sur l'émigration russe blanche dans notre île, en lien avec d’autres descendants de l’émigration blanche en France et dans le monde.
Elle a,  depuis,  élargi son objet pour accueillir des personnes en provenance de pays de l’Est relevant de nouvelles vagues migratoires et pour promouvoir des liens entre la Corse, la Russie et l’Ukraine.
Elle a en outre diversifié ses actions et elle gère notamment les "journées du film russe" d'Ajaccio. (cf. LIEN).
 
 
Ассоциация Калинка-Макия
 
Единственная в своем роде ассоциация по налаживанию и развитию дружественных связей между Корсикой и Россией, а также странами Восточной Европы.
Ассоциация была создана в 1994-ом году потомками солдат и офицеров армии Врангеля, которые покинули Крым в 1921-ом году на корабле «Рион». Державший изначально курс на Бразилию «Рион» из-за поломки простаивает в порту Аяччо, и сотни вынужденных эмигрантов высаживаются на Корсике и становятся ее постоянными жителями. Этим историческим эпизодом и объясняется тот факт, что и по сей день на острове можно услышать немало русских или украинских фамилий.
В настоящее время ассоциация КАЛИНКА-МАКИЯ объединяет не только потомков эмигрантов-«рионцев» или русских и украинцев, поселившихся на Корсике уже позднее, но и всех корсиканцев, интересующихся странами Восточной Европы и желающих установить связи с Россией, Украиной, Белоруссией. Развитие экономических и культурных связей, оказание гуманитарной помощи, а также обучение русскому языку и знакомство со славянской культурой – таковы основные направления деятельности ассоциации КАЛИНКА-МАКИЯ.

Руководство:

Президент: Жаклин Гуринович
Вице-президент (департамент Южная Корсика): Елена Ракот
Вице-президент (департамент Верхняя Корсика): Жорж Лебедефф;
Секретариат: Раяна Пация Питтильони


 
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DE LA CRIMÉE A LA CORSE - L’ODYSSÉE DU NAVIRE "RION" ( ex-Smolensk) - 1921

Chant cosaque. Nous avons quitté la Crimée
https://www.youtube.com/watch?v=Mv-c0LzFRXY



La Corse des enfants et petits-enfants des migrants du RION : 
https://www.youtube.com/watch?v=Ji-6gfWQq-s
I MUVRINI A TE CORSICA

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L'ODYSSEE DU "RION"
 
La Corse compte un certain nombre d'habitants d'origine russe et ukrainienne. Ce sont les enfants et petits enfants d'émigrants qui, fuyant le régime bolchevique, se fixèrent en terre corse.
En effet, le 15 mai 1921, un transport de troupes ayant à son bord 3.800 personnes a mouillé en rade d'Ajaccio. Il y est demeuré jusqu'à la fin juin 1921. La plupart des passagers étaient des soldats de l'armée du général WRANGEL. Mais il y avait également à bord des civils : familles d'officiers, commerçants, fonctionnaires, propriétaires terriens, et paysans ukrainiens ayant choisi le parti des blancs.

Le navire venait de Turquie, où avait échoué la majeure partie de l'armée WRANGEL, vaincue par les Rouges et repoussée vers les rives de la mer noire en novembre 1920.
Rappelons que la révolution ne s'est pas imposée immédiatement en Russie, et qu'elle ne se limite pas aux "journées d'octobre" qui ont vu Lénine, par un putsch audacieux, s'emparer du pouvoir à Petrograd (devenue Leningrad sous l'URSS).
De 1917 à 1921, plusieurs armées dites "blanches" (par opposition à l'armée rouge), ont mené avec l'appui de corps expéditionnaires américain, anglais, français et tchèque une "contre-révolution" qui a pris les allures d'une véritable guerre civile.
Ces armées, composées de tsaristes mais également de républicains fidèles au gouvernement provisoire, ou de Russes effrayés par les excès des révolutionnaires, ont notamment combattu en Sibérie (amiral Koltchak), en Ukraine (Général Denikine), sur le Don (Cosaques de Kaledine), et en Crimée (Général Wrangel). Le pouvoir des soviets ne s'est durablement installé qu'avec la disparition des dernières forces blanches en Mongolie et au Turkestan, en 1921.
De 1917 à 1921 la guerre civile a causé d'innombrables pertes humaines, dues aux exactions respectives des troupes blanches et rouges, et aux méthodes des bolcheviques, adeptes de la dictature du prolétariat et de la "terreur de masse".
L'armée Wrangel, dernière armée "organisée" des tsaristes, a réussi sous la protection des marines française et anglaise, à embarquer dans l'ordre à Sébastopol et à quitter la Russie.
Près de 120 navires, essentiellement russes, mais également une dizaine de navires français et quelques bateaux italiens et grecs, ont amené en Turquie, environ 110.000 soldats, dont nombre de cosaques du Kouban, et 30.000 civils, Ukrainiens pour la plupart.
La marine anglaise, pour sa part, s'est contentée de rapatrier ses ressortissants. Seul un capitaine anglais, désobéissant aux ordres, a accepté des réfugiés, ce qui, pour l'anecdote, lui a valu une promesse de cour martiale de la part de l'amiral commandant la flotte britannique, promesse néanmoins accompagnée de félicitations pour sa générosité.

Le "RION", transport de troupes mixte, parti de Gallipoli, en Turquie, alors occupée par les troupes alliées après leur victoire sur l'Allemagne durant la guerre 14-18, a fait escale à Messine puis a terminé sa course à Ajaccio, victime d'une grave avarie de moteur.
Sa destination finale devait être le Brésil, où comptaient s'installer les migrants. Seuls 600 d'entre eux seraient finalement parvenus à destination (Etat de Sao Paulo) en empruntant un autre navire. Les autres (près de 3.000) sont restés momentanément en terre corse.

En 1924 on ne dénombrait plus dans l'île que deux à trois cents émigrés (chiffres variant selon les sources), les autres ayant choisi de gagner le continent français, où le marché de l'emploi se révélait moins étroit que celui de l'île, qui conserva quelques dizaines de migrants devenus "garçons de ferme" dans les villages de l'intérieur, quelques fonctionnaires contraints d'exercer des métiers n'ayant qu'un lointain rapport avec leur activité initiale, et certains techniciens (industriels, ingénieurs, commerçants) qui, à quelques exceptions près, ne retrouvèrent pas leur qualification d'origine.

Nombre d'émigrés demeurés célibataires disparurent dans un certain anonymat au fil des ans. D'autres épousèrent des insulaires et fondèrent famille.
Ils ont vraisemblablement incité d'autres émigrés russes et ukrainiens de leur connaissance dispersés en Europe à venir en Corse,  île dont ils vantaient certainement le charme et l'hospîtalité, car on note des arrivées individuelles jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale.
C'est ainsi que Constantin Maiboroda, père de l'auteur de cet article, ayant fui l'Ukraine, son pays de naissance, est arrivé en France continentale en 1925 puis en Corse en 1928. Il y a épousé, peu après, une insulaire originaire du village d'UCCIANI, Catherine Mariaccia (Cf.sur notre site l'article "
Arrivée de Russes blancs en Corse : un choc culturel"  )

 
La Corse a donc connu des patronymes tels que :   Amolsky, Aparine, Baranovsky, Bikodoroff, Borissoff, Borodine, Boudnikoff, Dimitrieff, Gorovenko, Gourinovitch, Ivanov, Joukoff, Kartawiy , Kedroff,  Kerefoff, Kilko, Kotchef,  Kugeloff, Lebedeff, Maïboroda, Mironenko, Modzalewsky, Oupirenko, Pimenof, Pobiedenny, Popov, Seleznef, Serdukof, Tarrassenko,  Tchesnekoff, Teletsine, Voropaief...
Le nombre de ces patronymes s'est réduit au fil des disparitions naturelles ou des alliances avec des familles locales. 

Notre  île ayant la faculté historique pourrait-on dire, de "phagocyter" ceux qui débarquent sur ses rivages, la génération suivante s'est pratiquement fondue dans le peuple corse et seuls les patronymes révèlent désormais l'origine de ces insulaires "insolites".

 
Ajoutons, pour terminer, que le prince Youssoupov, connu pour avoir participé à l'élimination de Raspoutine, s'était installé en Corse, à CALVI, en 1924, où il avait fait l'acquisition d'une demeure,  et que notre île compte aujourd'hui parmi ses habitants permanents ou temporaires des descendants du général WRANGEL.

Jean Maïboroda

 ⃰  Cf.  sur notre site l'article : "Le Prince Youssoupov en Corse" - Rubrique LES RUSSES EN CORSE.

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P.S 1 : Cet article peut être utilement complété par la lecture du relevé intégral des éditions du Journal " La Jeune Corse" en date de la période considérée (1921).
Cf  :  Rubrique "LES RUSSES EN CORSE" - Article " Extraits du journal La jeune Corse.1921"
https://www.kalinka-machja.com/Extraits-du-journal-La-jeune-Corse-1921_a73.html


P.S 2 : Un film est spécialement dédié à l'émigration  "russe blanche " en Corse. Il s'agit de : Lettre d'un Russe en Corse".
http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/21908_1
Le film se présente comme la lettre imaginaire de l'un de ces Russes installés en Corse ; à travers des archives filmées, des documents personnels et des témoignages des descendants du Rion, il raconte le destin des réfugiés russes.

PS. 3 : Pour connaître de manière moins condensée les conditions de l'arrivée du "RION" dans la rade d'Ajaccio en 1921, nous conseillons à nos visiteurs la lecture de l'article figurant dans la rubrique "Les Russes en Corse", sous le titre: "Mai 1921. Les émigrants du "RION" à Ajaccio",  dont l'auteur est monsieur Bruno Bagni, historien.
https://www.kalinka-machja.com/Mai-1921-les-emigrants-du-RION-a-Ajaccio_a18.html

Par ailleurs, monsieur BAGNI est l'auteur d'un ouvrage intitulé  "L'Odyssée du Rion", paru en 2013, qui relate cet  épisode de manière plus détaillée. Cet ouvrage a été traduit en russe par madame Lioudmila Dole, présidente de l'Association "Les amis de la culture russe" ( TOULON) 
http://culturerusse-var.fr/  (en LIEN sur notre site).




 
Vidéos évoquant la guerre civile russe :


https://www.youtube.com/watch?v=gi1z_l-Rnzs

Прости Россия - песня "Господа Офицеры"

https://www.youtube.com/watch?v=fW8qisv7gnk
Казаки Гражданская война, рубка: белые против красных

https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/cent-ans-apres-la-revolution-russe-heriter-de-1917-34-de-lexode
De l’exode à l’exil en France, parcours d’émigration

https://www.youtube.com/watch?v=5-rLJ-yl8Gw
La guerre des Russes blancs - 1/2 : la conférence

https://www.dailymotion.com/video/xyf90v
La Révolution Russe En Couleurs  
 



https://www.youtube.com/watch?v=5-rLJ-yl8Gw
La guerre des Russes blancs - 1/2 : la conférence

https://www.dailymotion.com/video/xyf90v
La Révolution Russe En Couleurs  
 
https://www.youtube.com/watch?v=5tPSyXe5rd4&list=RD5tPSyXe5rd4&index=1

https://www.youtube.com/watch?v=5-rLJ-yl8Gw
La guerre des Russes blancs - 1/2 : la conférence

https://www.dailymotion.com/video/xyf90v
La Révolution Russe En Couleurs  
 
 


Monsieur Philippe RODINE
Souvenirs de monsieur Théo Rodine recueillis auprès de son père, Monsieur Philippe Rodine, migrant du navire "RION"
(photo ci-contre)
 

Le texte ci-après est un extrait des mémoires de Monsieur Théo RODINE, fils de l'un des migrants du RION.
Monsieur Théo RODINE, aujourd'hui décédé, nous avait adressé en 2014 un CD contenant les souvenirs recueillis auprès de son père , souvenirs relatant  les derniers combats des Blancs contre les Rouges, le départ de Crimée, l'exil en Turquie, l'embarquement su le navire "RION", les péripéties du voyage, et l'arrivée à Ajaccio .
Ce récit, très émouvant, est un témoignage direct des souffrances endurées par les migrants du RION.
J.M 



Récit de Monsieur Théo RODINE
 
[...]    C‘est ainsi que mon père, qui a été embrigadé en 1908 à l'âge de 18 ans, ne connut depuis 1914 que les innommables affres des deux guerres, d’abord celle contre les Allemands lors de la première guerre moniale, puis, celle de la guerre civile, mais toujours avec ces mêmes Allemands qui devinrent les frères d'armes des Rouges. Il ne se doutait pas, alors, qu’il n’était pas encore au bout de son calvaire.
 
Pourtant, c’est au péril de sa vie, avec l’abnégation et l'humilité les plus totales, qu’il avait servi sa Mère Patrie durant tous ces temps. S’il n’était plus le simple soldat/cosaque d'antan, il n’avait néanmoins pas encore atteint le niveau d'officier supérieur non plus.
Son grade impliquait qu'il soit toujours en première ligne, face à l’ennemi, mais surtout dans le corps à corps.
 
Lorsque son moral était en chute libre, une voix intérieure, celle de son être profond, lui murmurait. : "Courage, avec l'aide du Tout Puissant laisse entrer un rayon d’espoir dans ton cœur, et tout ira mieux…"
Selon les impératifs du moment, il avait combattu non seulement aux quatre coins de la Russie, mais également dans différents pays européens, Allemagne, Autriche, Pays Baltes, Pologne, Prusse, Roumanie, Tchécoslovaquie, et que sais-je encore.
 
Pour se rendre sur ces différents fronts, aussi éloignés qu’ils soient, les Cosaques, comme lui, prenaient le train, en convoi, avec leur cheval également embarqué dans le train, puisqu'ils ils étaient indissociables, inséparables. L'animal était assimilé à l'homme. C'était un combattant à part entière, et non pas assigné à un vulgaire moyen de transport. Ils le vénéraient, et il avait droit à leur respect !
 
Vers la fin de la guerre des Empires Centraux, les Rouges avaient déjà pactisé avec les Allemands. Dorénavant, les deux ennemis ne faisaient qu’un ! Mais, le Général Krasnow, qui voulut s’allier avec Guillaume II, fit naître des discordes incompréhensibles et sans fin parmi les  Cosaques.
En Russie, à la tête du Commandement suprême anti-bolchevicks, les têtes ont changé plusieurs fois. Koltchak (1918/1920), fusillé. Kalédine suicidé. Puis les démissions et les mésententes ont contribué à des changements successifs.
 
En premier lieu, Kerenski s'enfuit; puis il y a eu Kornilov, et Kalédine, avant la venue de Krasnow. Après lui ce furent Denikine et Kornilov avec sa brigade de la mort, qui furent les plus proches de mon père. Malgré tous ces aléas au niveau de l’autorité suprême, mon père a servi en tout dernier lieu sous les ordres du dernier Ataman du Don, élu sur terre cosaque le 19 février 1919, le Général Afrikan Bagaïevski, et de Wrangel, qu'il accompagna jusqu’à la phase finale. Il m'avait certainement cité ces noms, que je ne peux restituer formellement, sans risquer de me fourvoyer. 
      
Emportée avec lui en France, sa première carte d’ancien combattant avait été signée par l’Ataman Bogaevsky lui-même (décédé en 1934). Mais sur la seconde, apparaît le nom d’un général méconnu de moi (et du web), celui de S.Pozdnicheff. Que représente t-il vis-à-vis de l'Ataman ?
 
            Dans les narrations qu'il m'avait faites il y a de cela plusieurs décennies, il avait bien entendu parmi eux l'Amiral Koltchak qui a été fusillé en 1920, le jour de la Théophanie en 1920, à Irkoutsk près du lac Baïkal, le Général Kornilov, commandant de la 8e armée, puis commandant en Chef de l’Armée anti-communiste du Don, qui est décédé au combat en avril 1918, du général Denikine, et bien d'autres...
 
Mais depuis, tout est devenu terriblement nébuleux… Côté victimes, cette guerre fratricide a fait à elle seule plus de dix millions de morts, et presque dix fois plus durant les soixante dix ans de dictature prolétarienne du régime soviétique qui s’ensuivit.
 
A ce sujet, il est utile de se plonger dans la lecture : "Le livre noir du Communisme" des Éditions Laffont, très instructif, et celui de Soljenitsyne "l'Archipel du Goulag", édit. du Seuil. Une lecture qui fait dresser les cheveux sur la tête des plus blasés !
        
En prévision d’un regroupement général en Crimée, le principal embarquement de l’exode avait déjà commencé dans les premiers mois de 1920 à Novorossiysk, située au bord de la Mer Noire, au Sud/ouest de Krasnodar. Le port n’était qu’un grouillement indescriptible de militaires et de civils. Rassemblés sur le quai, tous les Cosaques de l’Armée Blanche chantèrent les anciens chants de la liberté et de la camaraderie à propos du légendaire Cosaque Yermak, qui conquit la Sibérie jusqu'au fin fond du Kamtchatka. "Tous les Cosaques du Don, du Terek, du Yaïk étaient là, tous frères !"
 
Mais, cette fois-ci, il n’y eut pas suffisamment de bateaux pour cette énorme masse d’hommes. Impossible de les emmener tous. Il y en avait trop, et lorsque le dernier navire prit le large, la majorité de ceux qui étaient restés à quai durent partir pour la Géorgie, d’où ils ne furent conduits que par la suite à Sébastopol, en Crimée.
Pendant qu’à Novorossiysk, un vent venu du nord-est soufflait à écorner les bœufs, l’ouragan culbutait les troupes comme des quilles. Denissov, l’air lugubre, avait dit : "C’est un mauvais présage !"
 
Le 5 mai, quand le train du Général Denikine entra en gare, le drapeau national Blanc, Bleu, Rouge flottait sur son wagon; on entendit quelqu’un dire : "Il n’a guère changé depuis la deuxième campagne du Kouban, il a le même regard intelligent. Plus triste, peut être... mais il paraît calme, et sa voix est ferme ! Il semble être fatigué, mais on le serait à moins !"
 
Denikine rassemble tout le monde en cercle autour de lui et d’une voix très grave, mais non désespérée, dit lentement en articulant distinctement chaque syllabe : "L’ennemi, tout comme nous, est fatigué aussi; ils ne sont pas assurés. Si contrairement aux prévisions, notre armée ne se maintenait pas sur la rive sud du Don, elle passerait en Crimée pour continuer la lutte. Toutefois, il faudra tenir Novorossijsk le plus longtemps possible pour permettre de parachever une éventuelle évacuation".
Nous crions tous en chœur trois fois de suite  "Hourra ! Hourra ! Hourra" ! Nous croyons tous en lui !
 
Sur les routes menant à Novorossiysk l’exode avait déjà commencé. Les Alliés, dont les bateaux devaient participer à l’évacuation des troupes, se trouvèrent dépassés par la rapidité de la retraite. L’armée en retraite arrivait trop vite, et les bateaux eux, venaient trop lentement! L’escadre de l’Amiral Seymour se trouvait encore à Novorossiysk, Denikine demanda à l’Amiral d’embarquer une partie de ses troupes. "Je vous promets de faire l’impossible pour prendre six mille hommes, mais pas un de plus !"
 
En fait il en prit le double ! Tant bien que mal, l’embarquement des troupes se poursuivit au fur et à mesure de l’arrivée des transports. Les Cosaques du Don, qui furent les derniers à baisser les armes, arrivèrent donc en tout dernier sur le quai d’embarquement, alors qu'on ne les attendait plus; mais ceux qui voulurent embarquer ont été contraints de laisser leurs chevaux. Ceux-ci, dessellés, se mirent à errer par bandes, bousculant les civils qui bivouaquaient sur le quai parmi les boites de conserves éventrées et des petits feux de camp où brûlaient de vieilles caisses.
 
         Le soir même, le ciel s’embrasa. Les dépôts militaires explosaient, et flambaient un peu partout à Novorossiysk. Des caisses de munitions qui explosaient, et de partout jaillissaient des étincelles. Ce n'était qu'un monstrueux feu d’artifice généralisé. Dans la nuit qui suivit, un Dreadnought britannique a été obligé d’ouvrir le feu sur les Rouges, qui voulaient entrer dans la ville. Le 14 mars précisément, lorsque le jour se leva, l’embarquement était presque terminé. C’est à dire que les bateaux de la rade avaient fait leur plein, et même au-delà…     
 
         Malheureusement tout le monde n’avait pas pu trouver de place. Sans attendre que l’anneau rouge bolchevique soit refermé sur la ville, le Colonel Manstein avait emmené une partie du 3° régiment Drozdovsky dans la direction du sud par le bord de la Mer Noire, [1] tandis que d’autres, avaient pris le chemin de Touapse.
 
Le Général Erdély, à la tête de ses hommes, entrait déjà en se battant sur le territoire de la Géorgie hostile. C'est du bord du torpilleur russe "Kapitan Kakène,"que Denikine a vu partir les derniers bâtiments, emportant les restes de l’armée blanche en déroute vers la Crimée, le dernier bastion en terre russe qui leur appartenait encore. Les heures étaient comptées ! Sur le quai, surgie d’on ne sait d’où, une colonne apparut, et  dans le bassin, il n’y avait plus, à part le "Kapitan", que deux navires français. Par porte-voix, Denikine leur a fait transmettre sa demande : "Novorossiysk est évacué! Pouvez-vous prendre à bord les soldats qui restent encore à terre ? "
 
Pour toute réponse, les torpilleurs français ont mis le cap sur la mer. Il faut croire qu’il y a eu malentendu, ou qu’un remords tardif dérouta les vaisseaux. Toujours est-il que vingt quatre heures plus tard, les mêmes bateaux qui longèrent la côte, embarquèrent les trois cents hommes du Colonel Manstein, et six autres qui s’étaient joints à eux, à Kabardinka.

Quant aux retardataires de Novorossiysk, Denikine réussit à les faire prendre à bord d’un bâtiment anglais arrivé à la dernière minute. Le tir des "canons rouges" se rapprochait. Le "Kapitan Sakène" appareilla. En pleine mer, un radeau, noir de monde, allait dangereusement à la dérive, mais on put néanmoins le remorquer jusqu’au cuirassé anglais. Brusquement apparut l'un des torpilleurs russes qui rebroussait chemin, ouf ! Du bord du " Kapitan " on entendit les Rouges qui ouvrirent le feu dessus. Les canons du bateau leur donnèrent la réplique. On vit des chaloupes à la mer. Un grouillement intense sur le quai, le torpilleur s’éloignait de nouveau. Koutiepov, à bord du navire français "Le Fougueux", avait appris qu’une unité du régiment Drozdovsky, chargée de protéger le port, avait été laissée derrière. Malgré le danger qui le menaçait, il avait ordonné de faire demi-tour, et avait réussi, in extremis, à embarquer tous ses hommes. Sous les yeux des derniers passagers, la côte du Novorossiysk s'enfonçait dans la brume…
 
Après leur brève campagne sous les ordres de Wrangel, presque tous les Cosaques acquis à la cause des "Blancs" furent transportés de Sébastopol en Crimée, jusqu'en Turquie, de l'autre de la Mer Noire. De là, portant au cou un petit sac de terre cosaque avec lequel certains voulaient être enterrés, (c'est ce que fit mon père!) s'il ne devaient plus revoir leur chère Patrie, ils commencèrent à se répandre dans le monde entier. Tant bien que mal, l’embarquement des troupes se poursuivit au fur et à mesure de l’arrivée des transports, tandis que sous les yeux des Cosaques impuissants, des chevaux restés à quai, désemparés, descendaient par un plan incliné jusqu’à l’eau. Têtes levées, ils humaient l’air, se trempaient dans l’eau salée, soufflaient dans leurs naseaux, hésitaient à se mettre à la nage, à la recherche, peut être, de leurs maîtres disparus. Certains d'entre eux poursuivirent les navires jusqu'à leur ultime épuisement, et se noyèrent dans la mer Noire sous les yeux des Cosaques mortifiés.  C'était leur dernière vision, cauchemardesque, insupportable pour eux !
Comme ses frères d’armes, mon père, la mort dans l’âme, avait dû abandonner son compagnon Barboss à la grâce de Dieu. Était-ce celui de son enfance ou pas ? Question superfétatoire, car en temps de guerre, tout est aléatoire, et tout être vivant était en sursis, mêmes ceux qui étaient embarqués, sans savoir où, comme les moutons de Panurge…
  
Départ vers l'inconnu sur la mer noire

Le soir même, le ciel s’embrasa; les dépôts militaires explosaient, et flambaient un peu partout à Novorossiysk. Des caisses de munition qui explosaient d'où jaillissaient de partout des étincelles, celui d’un monstrueux feu d’artifice. Dans la nuit qui suivit, un Dreadnought britannique a été obligé d’ouvrir le feu sur les Rouges qui voulaient entrer dans la ville. Sous les yeux des derniers passagers, la côte du Novorossiysk s’enfonçait dans la brume d’un printemps précoce appartenant déjà au passé.
 
Après leur brève campagne sous les ordres de Wrangel, presque tous les Cosaques qui s’étaient battus pour la cause des Blancs, furent transportés à Sébastopol en Crimée, et à la suite de la démission du Général Denikine, Wrangel pris la barre du gouvernail jusqu’à son ultime embarquement à Sébastopol, où le grade de mon père, qui était celui Podessaoul était devenu depuis, celui d'Esssaoul [2] de la 2ème division de Cavalerie cosaque du Don de l’armée blanche du Tsar. Il quitta sa terre natale, le 13 novembre 1920 à 14 heures, en perdant toute trace des siens pour ne plus jamais les revoir, mais il fit de même que ses frères d'armes. Avant de quitter les rives du Don Paisible, ils avaient rempli chacun un petit sac en toile avec de la terre, qu'ils mirent autour de leur cou. Quand ils se retrouvèrent de l’autre coté de la Mer Noire, en Turquie, dans leur esprit, aucun doute ne planait; ils étaient tous sûrs qu’un jour viendrait, où de par la volonté du Tout Puissant, ils pourraient fouler de nouveau le sol de leur pays natal. Pure utopie.
 
En Turquie, ils furent parqués comme des bestiaux, dispersés dans des camps militaires, soit à l’ouest d’Istanbul (l'ancienne Byzance), à Catalca, soit à Tchataldja, ou Tschlingir, soit sur l’île de Lemnos, face à la sortie du détroit des Dardanelles, dans la mer Égée. Puis, ils commencèrent à se répandre dans le monde entier, en quête d’une terre d’asile, de logis et de moyens d’existence. Mais lorsqu’une épidémie de typhus (une de plus) s’étendit jusqu’à eux, Lemnos mérita doublement le nom qui lui fut donné en Turquie : " l’île de la Mort ! "
 

Ils vécurent dans des baraquements rudimentaires, infestés de toutes sortes de parasites dont la race humaine était la proie favorite, et où les toits n’étaient que des passoires qui laissaient passer l’eau du Ciel.  Cet inconvénient s’avéra bénéfique lorsqu’ils furent en pénurie d’eau potable, et cela leur fut très utile pour se laver. C’était la seule source d’approvisionnement mise gracieusement à leur disposition. Comme il n’y avait pas suffisamment de lits pour tout le monde, la majorité dormait à même le sol, couvert d’immondices…
Les latrines dont ils disposaient étaient... des expédients.
 
Ceux qui n’eurent pas la chance de trouver une place à l’abri d’un baraquement durent vivre dans des "terriers" creusés à la bonne fortune dans la terre froide de l’hiver naissant, à main d'homme.
 
Dans leur malheur, en sortant du détroit du Bosphore d’Istanbul , long de 42 kms, qui la relie à la mer noire, certains eurent la chance d’être débarqués sur la presqu’île de Gallipoli, située à la sortie du Détroit des Dardanelles, entre la mer Égée et la mer de Marmara, où des milliers de Cosaques trouvèrent refuge dans un camp de tentes. Plusieurs centaines d’entre eux, trouvèrent même du travail sur place, en participant à la construction des cimetières de guerre des Alliés, et y restèrent.
Les Français, qui jusqu’alors étaient des Alliés des Russes Blancs se désintéressèrent très vite d’une Russie qui maintenant était en passe de devenir soviétique !
La reconquête de la Russie Impériale par les Cosaques Blancs avait échoué. Dorénavant leurs intérêts étaient ailleurs...
Toutefois, il est important et utile de le préciser que la France fut la seule nation au monde à avoir reconnu le gouvernement du Général Wrangel.
En Mars 1921, les Français annoncèrent, abruptement, qu’ils cessaient toute aide à l’Armée des Cosaques Blancs en défaite. Du fait de cette suppression pure et simple des rations alimentaires, les Cosaques n’avaient le choix qu’entre trois  solutions:
1/- Revenir sur leurs pas en terre soviétique, où une sentence arbitraire était plus que probable.
2/- Se débrouiller comme apatrides dans une région du monde inconnue.
3/- Émigrer au Brésil, où quelques portes leurs étaient entrouvertes, mais seulement pour les hommes de la terre.
 
Malgré l’épée Damoclès qui risquait de s’abattre sur eux à leur retour dans le pays natal, certains, s’y risquèrent, à la grâce de Dieu, mais nul ne sut ce qu'il advint d'eux.
 
D’autres contractèrent un engagement dans la Légion Étrangère Française. La plupart se dispersèrent dans l’ouest de l’Europe, isolément ou par petits groupes.
Ainsi, les Cosaques de l’Armée Blanches gagnèrent des lieux comme Paris, la Tunisie, (consulter le livre “La Dernière Escale” d’Anastasia Chirinsky, (décédée en décembre 2009, aux éditions Sud) L’Égypte, l’Angleterre, l’Europe Centrale, ou les Amériques.           D’autres communautés de Cosaques, ceux du côté Sibérien de la Grande Russie, s’enfuirent vers Kharbine, puis partirent pour Shanghai et pour les différentes villes d’extrême Orient. Pour tous ces Cosaques l’adaptation se révéla dure, dure comme fer, pour la plupart.
 
Ils arrivaient sans aucune ressource, ne connaissant aucune autre langue que la leur. Ainsi, pour se faire comprendre, la quasi-totalité des Cosaques, dont mon père, durent mélanger la langue de Molière et celle de Pouchkine…
 
Certains même, étaient si démoralisés qu’ils devinrent incapables de s’adapter nulle part…
À Paris ou ailleurs, les "Chevaliers mendiants" de l’exil devinrent portiers, ou plongeurs dans des restaurants, et durent s'adapter au travail, à celui qu'ils trouvaient…
Ceux qui, par bonheur, disposaient d’un petit pécule s’établirent comme chauffeurs de taxi.
Comme toujours, ici et là, il y a des exceptions, des petits veinards. Il en fut ainsi pour certains Cosaques à qui la chance  avait souri au bon moment, et  pour lesquels l’adaptation fut plus facile que pour d’autres.
Un exemple en a été donné par ces privilégiés, membres du splendide Chœur Cosaque, dont l'idée germa au camp de Tschlingir près de Constantinople en Turquie (où le Chœur Serge Jaroff naquit).
 
Certains Cosaques, par le biais de petites troupes éparses eurent l’opportunité de trouver miraculeusement un filon à leur portée, en exploitant leurs talents de cavaliers émérites, et ils effectuèrent des tournées de Djiguitovka dans des cirques ou lors des démonstrations festives à travers l'Europe, entre les deux guerres. Ils purent, grâce à un art qui leur était familier, vivre et  diffuser autour d’eux la convivialité de leur patrie.
 
Certes mon père aurait pu peut-être se joindre à eux; mais la conjoncture ne s'y prêta guère pour lui, qui avec un ou deux milliers environ d’autres Cosaques, étaient destinés à s’embarquer pour le Brésil.
Ceux-ci, tous ses frères de combat, se sont retrouvés entassés, pêle-mêle, sur un cargo battant pavillon français, "Le Rion", mesurant 155m de long, et 17m de large, avec pour tout bagage ce qu’ils portaient sur leur dos, soit une tenue de combat et ce qui restait de leur paquetage militaire...
 
Le RION prit le large le 24 Avril 1921 à partir de Constantinople. Le voyage fut pénible, houleux au sens propre comme au figuré. Il n’y avait pas assez de place pour tout le monde. Les passagers étaient en surnombre. L’hygiène avait dépassé la limite du supportable. Les Cosaques étaient livrés à eux mêmes, sans aucun recours, ni secours extérieur.
A bord, le service de restauration, qui devait leur assurer la pitance, était complètement débordé, incapable de faire face, tandis que la pénurie d’eau potable ne tarda pas à semer la zizanie à bord.
 
Ils ne tardèrent pas non plus à connaître la disette. Tant que la chaudière fut en état de fonctionner, ils se débrouillèrent, tant bien que mal, avec le seul moyen à leur portée, celui de mélanger de la farine avec de l’eau de mer pour en faire une pâte rudimentaire.
Avec cela, ils  ont fait des galettes, avant de les disposer en guirlandes sur la tuyauterie d’eau chaude de la chaudière à vapeur qui circulait dans les entrailles du cargo.
Le résultat fut déplorable, mais avec cet expédient l'estomac avait de quoi se satisfaire momentanément.
 
Toutefois, les lendemains s’annonçaient sombres et incertains. L’ambiance devenait chaque jour de plus en plus critique. La corde de l’arc était si tendue qu’elle était prête à se rompre d’un moment à l’autre. L’adrénaline était au top niveau, et le moral se situait sous les talons.
Ils étaient tous des guerriers endurcis, certes, mais les mêmes questions étaient sur toutes les lèvres. Le Brésil était-il encore loin ? Combien de temps pourraient-ils encore tenir ? Y aurait-il une escale quelque part, soit pour changer de bateau, soit pour s’approvisionner en vivres ?
Et le service sanitaire, où était-il en cas de besoin ? Il brillait par son absence…
Ils naviguaient sur un cargo peu sûr, sur un océan d’inquiétudes, qui les emportait vers l’incertitude, tandis que rien ne transpirait, aucune information !   
Rien d'autre ne  parvenait à leurs oreilles que des rumeurs, seulement des rumeurs !
 
Libre cours leur était donné pour imaginer toutes les facettes du possible, depuis l’impossible de leur futur jusqu’aux plus extravagantes supputations.
Ils avaient tous embarqué sur le Rion pour se rendre au Brésil. C’est du moins ce qu'ils avaient cru comprendre initialement. Par déduction, il devait donc se diriger vers un pays lointain, qu'ils ne pouvaient même situer dans leur imaginaire…
Pour le moment, ils n’avaient que la ligne d’horizon dans leur champ de vision, et le bateau se dirigeait droit dessus.
 
Or, pour des raisons qu’ils n’ont pas du tout comprises, ils se retrouvèrent entre deux terres. Ils apprirent que d'un coté c'était la Sicile et de l'autre l’Italie. La raison, ils ne le surent jamais… Ils s'étaient retrouvés devant un fait établi !                                
Dans l'ignorance, les passagers avaient fait le simple raisonnement suivant : puisqu'un drapeau français flottait au vent, en haut d’un mât, la logique leur laissait croire que l’équipage du Rion était également français. Ce simple petit détail engendra un quiproquo dans l'esprit de ceux qui subissaient terriblement la pénurie d’eau potable.
 
A contrario de leur privation, l’équipage supposé français, "lui", devait avoir de quoi trinquer à la santé de la Marianne nationale. Ce n'était pas encore le 14 juillet, mais qu'importe, "buvons un coup, buvons en deux", et combien d’autres encore...?
Ce qui devait arriver, arriva dans la machinerie ! C’était écrit dans le livre du destin, comme disait mon père en son temps, et ceux qui avaient la mission de surveiller la pression de la vapeur sur le cadran du manomètre de la chaudière avaient été plutôt enclins à avoir la bouteille de vin en ligne de mire.
Soudainement, la vue de ces derniers a dû se troubler, victime d’une attaque de strabisme invalidant. Leur champ de vision avait dû se réduire à l’extrémité de leur ligne de mire, où la bouteille avait sérieusement tendance à se dédoubler par intermittence...
 
La machinerie, qui n’apprécia guère cette négligence, le fît savoir à sa manière, par un retentissant "Boum", qui dut se faire entendre à plusieurs milles à la ronde.
Quant au bateau, il fut secoué par un hoquet intempestif, et tous imaginèrent que c’était la chaudière qui venait de voler en éclats.
 
Désormais, le cargo s'était immobilisé, mais par la grâce de Dieu il n’avait pas sombré corps et biens ! Certes, mais cela ne devait pas être exclu dans les probabilités... et le fait est que les Cosaques survécurent une nouvelle fois encore aussi ! Cet incident engendra un malentendu dans l’esprit des Cosaques, qui subissaient la faim et la pénurie d’eau potable, tandis que l’équipage français avait de quoi trinquer à la santé de Marianne. En réalité, cette version plutôt anecdotique était celle de passagers lambda, qui avait circulé à l’époque, et qui en fait, n'était que le pur fruit de leur imagination, engendrée par leur ignorance de la réalité des faits, une réalité dont mon père m’avait informé à l’époque de mon enfance.
 
Par la suite ces rumeurs avaient si bien circulé qu’à la longue, à force de circuler, elles avaient fini par se confondre avec la réalité. Or, il n'en était rien. Le commun des mortels, auquel ils appartenaient, ignorait  que le bateau, pour cause de dette de guerre envers la France, avait changé de propriétaire… et le drapeau avec.
Ce petit détail concernant le gouvernement français et l’armée blanche, tous les Cosaques en exil n’étaient pas censés le connaître; et pourtant cela avait une grande importance dans leur raisonnement. Mais en définitive, de supposition à supposition, aucune réponse concrète ne fit apparaître  la vérité. Ce n’était que la machinerie qui avait explosé. Mais on pouvait tout aussi bien continuer de supposer que le Rion aurait pu être victime d’une voie d’eau nettement plus importante, et couler corps et âme à pic !
 
Or dans le doute, l’esprit est fertile ! Les passagers, tous autant qu’ils étaient, étaient dans l’ignorance la plus totale de ce qui pouvait se tramer, en dehors de leur entourage immédiat, et ne savaient même plus quoi penser ! D'autant plus que ceux qui étaient situés à la poupe du navire, ou dans les cales, ne voyaient quasiment rien de ce qui pouvait se passer ailleurs. En définitive, ils étaient tous pleinement... dans une salade russe.
       
Il y avait tellement de monde à bord, que la promiscuité était à son maximum, et que l’aisance de circuler à bord était inexistante.
En revanche, ce qui pouvait mieux circuler, cela ne pouvait être que les rumeurs, mais toutes différentes les une des autres !
 
Tous ces Cosaques n’étaient que des moutons de Panurge, avec le moral en berne, toujours à l’affût de la moindre information. Mais tout ce qu’ils apprenaient n’étaient que "De Auditu", où la crédibilité n’était pas à l’ordre du jour. C'était la véracité qui était la plus douteuse.
 
L'apothéose a été la venue d’un autre fléau, du nom de paludisme, autrement appelé malaria, additionné d'une dysenterie généralisée, ce qui n’arrangea pas leur mal être.  Il fallait être de bonne constitution physique, avec un psychique hors norme.
 
Par ailleurs, ce n’est  un secret pour personne, tout le monde savait mais ne voulait pas y croire, que lorsqu’un bateau reste en rade non loin d’un port au large d’une côte, que les pêcheurs du coin ne sont jamais bien loin. Ils viennent toujours rôder autour.  "Le Rion" n’échappa pas à cette tradition.
 
Au fil des jours, les Cosaques, dans l’insalubrité la plus complète, ne supportèrent plus d’avoir le ventre creux. Moyennant troc, des pêcheurs sans scrupules commencèrent à leur apporter de quoi remplir leurs ventres creux.
Mais, à la longue, à force de se démunir de leur maigre bien, jusqu'à leur alliance, pour ceux qui était mariés, et qui en échange ne percevaient en retour qu'un simple croûton de pain, les Cosaques n'avaient plus rien, ce qu'on n'appelle rien de rien, et crevaient de faim !
 
Immobilisé, le bateau resta en pleine mer durant un certain temps, avant d’être remorqué en traversant un goulot, entre deux terres de part et d'autre du Rion, où une flottille de margoulins les attendaient dans leur barque, exactement comme précédemment.
 
En fin de parcours ils se retrouvèrent le 15 mai 1921 à 2h du matin en rade d'une terre inconnue. Là, pour cause de quarantaine sanitaire, interdiction était faite de débarquer. Mais toujours rien à boire, ni à manger, pendant que le temps, lui, s’égrenait pitoyablement.
Maintenant qu'ils n'avaient plus rien pour assurer un troc avec les gens qui venaient avec des embarcations, ils étaient à bout de nerfs, avec un psychisme en ébullition. À force de bouillir d’impatience et de faim, ils avaient l’appréhension de faire bientôt comme la  chaudière du Rion. Le jour présent ressemblait aux jours précédents, et rien ne semblait vouloir leur indiquer que cela allait changer. A bout de patience, un petit groupe de cosaques excédés, malgré le joug de la quarantaine, avait pris une décision irrévocable, celle d'enfreindre le règlement pour rejoindre à la nage, la nuit tombée, la terre ferme qu'ils avaient devant eux.
Certains, comme mon père, prirent le temps de se signer avant de plonger du haut du bastingage du Rion, tout en implorant la bénédiction du Ciel, en se disant en russe “Alea jacta est !”
Ils durent nager sans répit en direction de ces  points lumineux qui vacillaient devant eux comme des lucioles. Vraisemblablement, cela devrait être le littoral, où ils allaient pouvoir se retrouver, complètement à l'aveuglette sur cette terre inconnue !
Une fois émergés, là où seul leur destin avait décidé pour eux, ces naufragés de la guerre, encore en tenue militaire, n'eurent rien d'autre que la débrouille pour leur venir en aide, sans même savoir, où chacun d'eux avait débarqué. C'était chacun pour soi, et Dieu pour tous !
 
Quant à moi, je ne me souviens plus si mon père m'avait dit s'ils s'étaient regroupés, car en pleine nuit, c'est mission impossible. Le fait est qu'il ne sut qu'après quel était le lieu où il avait émergé pour rejoindre une terre ferme inconnue.
Ils ne surent qu'après que c'était un coin de France, qui s'appelait "La Corse", et qu'Ajaccio en  était la capitale. Ceci dit, je ne fais que retranscrire les paroles de mon père.
 
Or, c'est incidemment, durant mes investigations, que j'ai eu la chance de découvrir un document qui ne m’a pas laissé indifférent. Celui-ci relatait l’épopée de l’immigration russe en Corse. Le contenu de cette information m'était de première importance, et pour respecter l'intégralité de l’écrit de ce document, il est nécessaire débuter l’histoire par son commencement, et surtout, sans y changer un iota, au risque de me répéter quelque peu avec celui-ci, qui relate d'une manière plus formelle et plus détaillée, ce que mon père m'avait narré, en son temps. Malgré, un certain distinguo existant, entre les dires de mon père et le réel du factuel, il faut néanmoins admettre, qu'à quelque chose près, cela corrobore relativement bien les faits.

_________________
 

1. Comparée à la mer méditerranée avec une profondeur pouvant aller jusqu'à 2260 mètres, la mer noire a la particularité d'être une mer à faible salinité, à cause de sa petite superficie, dans laquelle se déversent de grands fleuves.

[2]
 Podessaoul : Capitaine en second – Essaoul : Capitaine en premier.

 
P.S : Sur les documents de mon père son nom est mentionné à la Russe, c'est-à-dire sans le "e" muet final : RODIN  (mais chez les Russes le "N" se prononce.)
 



Cheval cherchant à rejoindre son maître, embarqué sur un navire en partance.

04/12/2021

articles épinglés



UKRAINE-RUSSIE. Le point de vue du Cercle Corse-Ukraine-Russie

Image en provenance de : http://acturatons.blogspot.fr/
Image en provenance de : http://acturatons.blogspot.fr/


S'agissant de la Russie et de l'Ukraine, nations sœurs devenues hostiles, la situation est généralement analysée, commentée, jugée, en fonction de marqueurs idéologiques, notamment ceux relatifs à l'OTAN, à l'Europe, et aux rapports entre "le camp occidental" et  la Russie.
Nous ne pouvons ignorer le conflit actuel. La déchirure qui affecte une partie de l'Ukraine a d’incontestables répercussions sur la diaspora originaire d’Ukraine et de Russie. l’amenant à transposer hors d’Ukraine les antagonismes séparant leurs nations, ou plutôt leurs États respectifs.
Mais nous ne désirons pas cultiver ici les divergences idéologiques  qui conduisent les deux camps à s’affronter par les armes. Nous ne pouvons que souhaiter le retour à la raison et à la paix.
Nous ne saurions donc prendre officiellement parti pour l’un ou l’autre des protagonistes, et nous laissons nos contributeurs (tout autant que nos lecteurs)  libres de leurs options,  de leurs opinions et de leurs sentiments.
Aussi, nous proposons à nos visiteurs, à travers des LIENS spécifiques, la consultation de sites russes et de sites ukrainiens. Chacun pourra de la sorte, en allant "à la source", ou bien être conforté dans ses convictions personnelles, ou bien (ce qui nous semble préférable) satisfaire un éventuel désir d'information équilibrée.
En outre, dans un souci d’information plurielle, plusieurs articles faisant référence soit aux liens traditionnels, soit à l'antagonisme Ukraine/Russie sont regroupés dans la RUBRIQUE intitulée: "Ukraine et parutions relatives à l'Ukraine.

Pour l’Ukraine, le libre exercice de sa souveraineté et de son indépendance par rapport à l’ancienne puissance tutélaire ne saurait être mis ou remis en cause.
La Russie a toutefois des raisons de s’inquiéter, voire de refuser que se développe, aux marches mêmes de son territoire, une coalition européenne à caractère plus offensif que défensif, dirigée de surcroît par une puissance qui n’a pour sa part aucune proximité géographique avec l’Ukraine et qui, pour justifier son intervention,  invoque l'argument rebattu  de la "défense de la démocratie", argument au demeurant largement dévalorisé par les multiples exemples des interventions  militaires ou des "révolutions colorées"  ayant accompagné  sa traduction concrète.

 

 
 
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Ukrainiens de France



Tiré de :
http://forum-ukrainien.forumactif.org/t2498-la-communaute-ukrainienne-en-france
 
​La communauté ukrainienne en France
 

Caduce 62
Mar 19 Nov - 2020
 
Selon les statistiques non officielles, environ 40 000 personnes d'origine ukrainienne vivent en France. La majorité d'entre eux sont les descendants des ouvriers  et travailleurs agricoles venus en France à la recherche du travail et des émigrés politiques déplacés.
 
Les premières personnalités connues provenant des terres ukrainiennes qui se sont installées en France, sont la fille du Grand Prince Yaroslav le Sage – Anna Yaroslavna, dit Anne de Kyiv et sa suite. En 1051 elle a épousé le roi Henri Ier est devenue reine de France.
 
Les plus importantes  vagues d'immigration ukrainienne en France ont eu lieu à la suite de la première et la deuxième guerre mondiales.
 
La première organisation ukrainienne en France a été créée en 1908 et s’intitulait «Le Cercle des Ukrainiens à Paris.". En 1933 le journal «La Parole ukrainienne» a commence à être publié et continues sa parution de nos jours.
 
En 1997, les organisations ukrainiennes de France se sont réunies et ont créé le Comité représentatif de la communauté ukrainienne en France. Les organisations telles que "l’Union des Ukrainiens en France", "l’Association des Français d'origine ukrainienne", "l’Association des femmes Ukrainiennes en France", "l’Association des anciens soldats de l'armée UNR», «l’Union de la jeunesse ukrainienne", "Union des étudiants ukrainiens" sont entrées dans le Comité qui coordonne la vie sociale et culturelle des Ukrainiens en France. Taras Horiszny est élu Président du Comité en 2015. L’Ordre national du mérite a été décerné, à titre posthume, à l’ancienne présidente du Comité Natalka Pasternak.
 
Depuis 1951, dans la ville de Sarcelles, près de Paris, la filiale européenne de la Société scientifique Taras Chevtchenko poursuit son travail. Ce travail était concentré sur la publication de « Encyclopédie universelle de l'Ukraine ». La Société scientifique Taras Chevtchenko possède de vastes archives et la bibliothèque qui compte 25 mille volumes. Stéphane Dunikowski, avocat et juriste, est le Président de la Société. La Bibliothèque ukrainienne Simon Petlura existe à Paris depuis 1929. Ses fonds conservent les documents et archives du XXe siècle, y compris celles relatives à l'Etat ukrainien de 1917-1921. Madame Jaroslava Josypyszyn est la Directrice de la bibliothèque.
 
L’épanouissement de la culture, de la langue et de l’identité ukrainienne est assuré par le travail des écoles ukrainiennes qui accueillent leurs élèves le samedi. Deux écoles fonctionnent à Paris, une école est basée à Strasbourg. Depuis 2005, le Centre culturel et d'information de l'Ambassade héberge l’Ecole ukrainienne des arts, qui a signé un accord avec le Ministère de l'éducation de l’Ukraine et dispense une formation conformément au programme de l’Ecole internationale ukrainienne.
 
L'Institut national des langues et des civilisations orientales - Paris Sorbonne (INALCO) dispose d'un département ukrainien. Le chef du département est Madame Iryna Dmytryshyn. En juillet 2015, un accord de coopération a été signé entre l’INALCO et l'Académie Kyiv-Mohyla.
 
La chorale ukrainienne Saint-Volodymyr à Paris, dirigée par Lessia Mykytyn, est le groupe artistique ukrainien le plus populaire et le plus actif en France.

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Guide des Associations et des Initiatives Franco-Ukrainiennes
http://promoukraina.fr/attachments/article/27/Guide%20des%20Associations%20et%20des%20Initiatives%20Franco-Ukrainiennes.pdf




 
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Ilya REPINE . Ukrainien et Russe



 
Article tiré de :
http://www.histoire-russie.fr/peinture/type/repin_vie.html
 
 
 
Ilya Efimovitch REPINE est né en 1844 à Tchougouïev, en Ukraine dans une famille de militaires.
Passionné très tôt par la peinture, il apprend l'art des icônes dans l'atelier de I.Boukanov qui était également portraitiste. A 19 ans il entre à l'Académie des Beaux Arts de Saint-Pétersbourg. Le milieu des peintres est alors en pleine ébullition car un groupe de 14 jeunes artistes ("Artel des artistes") fronde la sacro-sainte Académie. Ils ont refusé de présenter une oeuvre de fin d'études sur un thème imposé pour obtenir leur diplôme, soutenant que la peinture doit être le reflet de la réalité et refusant tout sujet obligatoire au nom de la liberté de création. 

Plus tard REPINE sera certes très proche d'eux mais il obtient son diplôme en 1871, avec une toile très conventionnelle au sujet imposé : "La résurrection de la fille de Jairus" et reçoit la plus haute distinction : la médaille d'or.

un clic pour agrandir...
 
Il commence alors un immense travail : "Les haleurs de la Volga " , travail effectué de  1870 à 1873. [ Et non pas "Les bateliers de la Volga" comme l'intitulent certains représentants de l'élite audio-visuelle française (Si, si, je l'ai entendu!) Mais on leur pardonnera leur ignorance crasse, car ce sont sans doute les mêmes qui ont dit un jour (Si,si, je l'ai entendu!) "La toile de la Joconde" - NB : Pour ceux qui ont eu un prof de dessin spécialisé dans la création à partir de découpages dans le catalogue de la Redoute,  je signale que "La Joconde" est peinte sur BOIS! ]
Il s'installe plusieurs mois sur les bords du fleuve et passe ses journées à faire des croquis, se faisant accepter par ces hommes rudes et peu habitués à servir de modèles! Ilya connaissait personnellement chacun des personnages de son tableau. Ainsi le haleur central se nommait Kanine  : "Il suscite un grand respect : on dirait un saint résistant à la tentation" écrit REPINE lui-même.

"Kanine"
Après quelques mois en Italie, le peintre séjourne à Paris de 1873 à 1876 où il assiste aux premières expositions des impressionnistes qui le laissent dubitatif. Dans ses lettres, il ne partage pas l'enthousiasme de ses collègues russes et affirme même que ce style de peinture "s'éloigne dangereusement de la véracité de la vie quotidienne."
 
A son retour il s'installe à Moscou, fréquente assidument la Colonie artistique d'Abramtsevo, créée par le mécène Savva Ivanovitch MAMONTOV, grand industriel qui rétablit, développa et encouragea le renouveau de l'art populaire russe et fut à l'origine de "L'Opéra Privé de Moscou" qui perdura jusqu'en 1904.
 
   

 MAMONTOV
par REPINE
Dans les années 1890, REPINE peindra une de ses plus grandes oeuvres :  "Procession religieuse dans 
la province de Koursk". 
Il avait vécu une année à Chugueïev pour faire des croquis détaillés, montrant sans indulgence paysans, clergé, ou riches bourgeois protégés des pauvres, des infirmes et des mendiants, par le knout du service d'ordre officiel...
Il est à noter que REPINE, comme beaucoup de ses confrères, n'eut jamais beaucoup de sympathie, si on s'en réfère à sa façon de le peindre, pour le clergé russe!

un clic pour agrandir
Virent le jour également :  "Les cosaques Zaporogues écrivant une lettre...",  "Le retour inattendu", ou "Yvan Grozny ("le terrible") et son fils Yvan..." qui montre le tsar serrant contre lui le corps de ce fils tant aimé qu'il vient pourtant de tuer. Cette toile connut diverses réactions devant la réalité brutale et sanglante qu'elle décrivait : on recommandait même aux femmes de ne pas regarder cette peinture car elle provoquait l'évanouissement de beaucoup d'entre elles !
 
 
 
 
Ami intime de Léon Tolstoï, il réalise plusieurs toiles, suivant l'évolution philosophique et religieuse de l'écrivain.
Tolstoï à sa table de travail par REPINE

Tolstoï en 1887

 
 
Le sens du portrait d'Ilya Repine est tout aussi particulier que ses "peintures de genre". 
Il saisit les moindres détails de la personnalité et  retranscrit la réalité sans aucune indulgence. 
Ainsi le portrait du compositeur Moussorgski hospitalisé, la santé dégradée par son alcoolisme, quelques semaines avant sa mort.

Léon Tolstoï
tel qu'il recevait
ses visiteurs,
vêtu des habits
de paysan,
par REPINE
Les portraits prendront également une grande part dans la réalisation d'une oeuvre de commande gigantesque : " Session protocolaire du Conseil d'Etat pour marquer son centenaire le 7 mai 1901." Le titre est aussi long que la toile : 877cm sur 400cm de haut !!
 
Pas moins de cent conseillers sont ainsi "croqués" et REPINE réussit à rendre tout l'immobilisme de cette institution... Un critique  d'art  écrivit qu'il avait peint une nouvelle vision de "Carthage au bord de la destruction".
A partir de 1892 le peintre devient professeur à l'Académie des Beaux-Arts et effectue plusieurs voyages en Europe jusqu'en 1900, date à laquelle il rencontre à Paris Natalia Nordman "l'amour de sa vie". Il s'installe avec elle dans un domaine qu'elle possède sur le golfe de Finlande à une heure de train de St Pétersbourg : "Les Pénates" à Kuokkala.
Ensemble ils organisent les "Mercredis des Pénates" qui attirent l'élite intellectuelle de la Russie. Natalia meurt en 1914, léguant sa propriété à l'Etat mais Ilya y vivra les dernières années de sa vie. Handicapé par une atrophie des muscles de sa main droite, il s'entraîne à peindre de la main gauche avec beaucoup moins de succès et ses revenus financiers déclinent. En 1918, la Finlande ayant obtenu son indépendance, il reste aux "Pénates", refusant la révolution bolchévique. Il ne revient en Russie que sur les supplications du ministre de l'Education de l'Union Soviétique en 1926. Il mourra aux "Pénates" en 1930 et y sera inhumé.
 

L'atelier d'Ilya REPINE
dans le domaine des "Pénates"

- un portrait inachevé de Pouchkine -

La tombe de l'artiste sur le domaine.
On notera la croix orthodoxe : 
elle remplaça il y a quelques années seulement
une stèle supportant le buste en pierre d'Ilya REPINE.
La guerre, en 1939, ramène dans le giron russe ce morceau de terre finlandaise qui fut rebaptisée REPINO en l'honneur du peintre, en 1948.
       
©Marie Deriglazoff - 2004à2010 -

 
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Procession religieuse dans la province de Koursk

Un tableau célèbre...mais quelque peu iconoclaste 




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Les Cosaques zaporogues écrivant une lettre au sultan de Turquie

https://www.wikiart.org/fr/ilia-repine/les-cosaques-zaporogues-ecrivant-une-lettre-au-sultan-de-turquie-1896


 "Lettre" prêtant à controverse : 
https://www.persee.fr/doc/slave_0080-2557_1950_num_26_1_1509






Козацький марш України
https://www.youtube.com/watch?v=F4ZxLRm9r0k

 
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https://artcorusse.org/ilia-repine-peintre-du-peuple-russe-par-e-rossary/
 
 
Cet artiste éclectique est peut-être le plus important de la moitié du 19ème siècle, son inspiration allant de Rembrandt à l’Impressionnisme. Il a été considéré comme le véritable chantre du peuple tel que le découvrait l’intellingentzia russe au temps de l’abolition du servage.
C’est le “Samson de la peinture” dit un critique de cette époque.

13/10/2019