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LIENS RUSSIE

LES ANARCHISTES DANS LA RÉVOLUTION RUSSE


 LES ANARCHISTES DANS LA RÉVOLUTION RUSSE
S'agissant de la révolution de 1917 et de la guerre civile qui a ravagé la Russie de 1917 à 1921, il est  de coutume  d'opposer uniquement les "réactionnaires" BLANCS, fidèles au tsarisme, et les révolutionnaires ROUGES.

Si, à propos des Blancs, les tsaristes seuls sont habituellement évoqués, alors que  l'opposition aux révolutionnaires bolcheviques a été  bien plus diversifiée,  il convient, à propos des Rouges, généralement assimilés au seuls bolcheviks, de distinguer dans la galaxie révolutionnaire la composante anarcho-libertaire.

L'une de ses figures de proue fut Nestor Makhno, qui connut une incontestable notoriété du fait des succès qu'il remporta tant contre les  Blancs que contre les Rouges en Ukraine.
Les combattants qui s'engagèrent dans les armées de Makhno provenaient essentiellement de la classe paysanne. Le terme de " Verts" leur a donc été parfois appliqué.
 


Mais il y eut d'autres composantes parmi les acteurs de sensibilité libertaire dans la révolution russe. Les articles qui suivent, puisés dans différentes sources relevant de l'idéologie libertaire, permettront au lecteur d'embrasser dans son ensemble la problématique du combat  révolutionnaire anarchiste.

Par ailleurs, les Juifs russes révolutionnaires étant généralement ou ordinairement catalogués essentiellement comme bolcheviques, il ne paraît pas inopportun de rappeler que nombre d'anarcho-libertaires  étaient d'origine juive. 


Nous dressons ci-après un tableau en 3 parties du mouvement anarchiste dans la révolution russe :


I.  La Makhnovtchina  ( Революційна Повстанська Армія України
II. Les anarchistes dans la révolution russe
III. Anarchistes et Juifs dans la révolution russe


J.M

 
I. La "Makhnovtchina" 

Nestor Makhno, anarchiste et libertaire, s'appuyant essentiellement sur la paysannerie ukrainienne,  a mené une lutte opiniâtre à la fois contre les rouges et les  blancs, s'alliant de manière conjoncturelle avec les uns et avec les autres.
Définitivement vaincu par les Rouges et proscrit, il a terminé sa vie en exil à Paris en 1934,  sans jamais renier son combat pour un communisme libertaire et son idéal de libération paysanne.

J.M


Signalons
  • le film documentaire d’Hélène Chatelain consacré à Nestor Makhno : "Nestor Makhno, paysan d’Ukraine"
https://www.youtube.com/watch?v=6atC5oSM9jY
  • La  chanson " La makhnovchtcina" Ukraine 1918-1921:

https://www.youtube.com/watch?v=fPLHhnEIXvI&t=489s

 
 

 

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Tiré de : http://www.autogestion.asso.fr/?p=4404


Nestor Makhno

 

Il y a des personnages historiques qui deviennent des légendes. Et les mythes ont la vie dure. Il en est ainsi avec Nestor Makhno, dirigeant anarchiste ukrainien qui, dans années vingt, joua un rôle majeur dans la lutte contre les armées blanches de Denikine. Si les mythes ont la vie dure ils sont rarement l’expression de la vérité mais avec Makhno il y a un double mythe : il y a la version Bolchevik et la version Libertaire. En fait comme le montre la rencontre de Makhno avec Lénine que nous publions à la suite la divergence est stratégique : Lénine appréciait la situation dans le contexte international avec le risque de défaite de la révolution, Makhno réduisait sa conception à la situation des paysans ukrainiens. Mais la réalité de la Tcheka et son rôle néfaste a tranché. La conception même des bolcheviks qui se considéraient comme LES dirigeants de la révolution poussait vers cette issue. Mais sur le terrain la Makhnovchtchina a joué un rôle très positif contre les blancs et a souvent appuyé des mesures autogestionnaires.

 

Selon la version Bolchevik on parle des bandes de Makhno, qui deviennent avec le temps les bandits de Makhno. Puis on rajoutera antisémites. Bande est un mot quasi neutre mais qui souligne un fonctionnement « désorganisé », en tous les cas non militaire ce qui s’explique par le fonctionnement du système de commandement très éloigné des modèles classiques. (Voir plus loin.)

Il permet surtout de passer de « bandes » à bandits ce qui n’est plus neutre. Quant à « l’antisémite » c’est un qualificatif qui pourrait sembler crédible dans un pays aux très anciennes traditions religieuses et arriérées. Tout juif venant d’Ukraine confirmera le climat antisémite dans les campagnes et même ailleurs. Sauf que pour Makhno c’est faux et la « Makhnovchtchina »a, à plusieurs reprises, condamné et fusillé les manifestations d’antisémitisme sans pour autant perdre sa popularité chez les paysans. On sait aussi qu’il s’est engagé nettement contre Simon Petlioura dont les campagnes antisémites sont notoires.

La Makhnovchtchina fut un mouvement révolutionnaire autonome de paysans largement influencé par les anarchistes dont le plus célèbre est Makhno. Ils ont constitué des entreprises agricoles sur les terres récupérées des Koulaks et pour certaines des entreprises autogérées. Mais leurs appréciations de la situation de l’encerclement de l’URSS étaient faibles et n’entraient pas en considération alors que c’était un des points majeurs des préoccupations de la direction du parti Bolchevik. Il faut dire aussi que les méthodes brutales de la Tcheka ne les aidaient pas.

C’est où, c’est quoi, c’est quand, c’est qui ?

L’Ukraine est alors un pays très différent des autres provinces russes. C’est un pays agricole riche, suscitant la convoitise de ses voisins. Il est marqué par un fort esprit d’indépendance vis-à-vis de ses voisins qui l’ont occupé pendant des siècles (les Polonais et les Russes). Esprit d’indépendance allant parfois jusqu’à un nationalisme exacerbé avec une tradition de « Volnitza » (vie libre) qui freina l’implantation des différents partis politiques.

Avec l’abdication du tsar en mars 1917, et alors que Kérensky prenait la tête du gouvernement provisoire en Grande-Russie, on avait vu s’établir en Ukraine un pouvoir parallèle dirigé par la petite bourgeoisie nationaliste, désireuse de recréer un État indépendant.

Ce mouvement, animé par Vinitcheuko et Petlioura, s’établit surtout dans le nord du pays, alors que dans le sud les masses paysannes, sous l’influence des groupes anarchistes, s’en détachaient pour former un courant révolutionnaire qui, en décembre 1917 et janvier 1918, expulsa les gros propriétaires et commença à organiser lui-même le partage et la mise en valeur des terres.

Mais tout fut remis en question lorsque, le 3 mars 1918, les Bolcheviks signèrent le traité de Brest-Litovsk qui permettait aux armées austro-allemandes d’entrer en Ukraine.

Celles-ci rétablirent aussitôt les nobles et les propriétaires fonciers dans leurs privilèges afin de s’assurer la neutralité de la région. La nomination du commandant en chef des armées à la tête de la Rada centrale (Parlement) marqua un véritable retour au tsarisme. Les propriétaires chassés peu de temps auparavant se hâtèrent, par esprit de vengeance, de resserrer leur étreinte sur les paysans, qui subissaient par ailleurs le brigandage des troupes d’occupation.

Devant cette répression impitoyable, le pays se dresse dans un mouvement insurrectionnel des paysans et des ouvriers et va se déclarer pour la « révolution intégrale » sans que le programme en soit très défini. On assiste à une organisation de corps de francs-tireurs par les paysans eux-mêmes. C’est l’Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne dite « Makhnovchtchina« .

Mais les représailles de la Rada ukrainienne, appuyée par les troupes austro-allemandes, vont être sanglantes (juin-juillet-août 1918). La nécessité d’une certaine unification face à la répression se faisant sentir, ce sera le groupe anarchiste de Goulaï-Polé qui en prendra l’initiative.

Le mouvement prend alors un caractère différent : il se débarrasse aussitôt de tous les éléments non travailleurs et des préjugés nationaux, religieux ou politiques. Non seulement il lutte contre la réaction, mais il s’engage dans une voie anti-autoritaire très influencée par les groupes anarchistes et en premier lieu celui de Gouliaï-Polié, duquel va se détacher un animateur de premier ordre Nestor Ivanovitch Makhno.

Makhno est né le 27 octobre 1889 à Gouliaï-Polié dans le Sud de l’Ukraine d’une famille de paysans pauvres. Au lendemain de la révolution manquée de 1905, il intègre un groupe anarcho communiste. Il est condamné à mort en 1910 pour avoir fomenté un attentat contre le poste de police. (Sa peine est commuée en travaux forcés à perpétuité). Durant son incarcération il s’instruit et perfectionne sa formation politique. La révolution de 1917 lui rend la liberté.

De retour à Gouliaï-Polié Makhno fonde une Union paysanne et procède à l’expropriation des grands domaines agricoles et des usines, dans la région qu’il contrôlait, établissant des communes rurales autonomes. Chaque commune était dotée d’une superficie de terre correspondant à ce que ses membres pouvaient cultiver.

Le traité de Brest-Litovsk signé entre l’URSS et l’Allemagne laissait l’Ukraine aux Austro-Hongrois puis, après la chute de « l’entente », aux mains des nationalistes ukrainiens alliés avec les blancs (Denikine), les forces anglaises et les Polonais qui luttaient contre l’armée rouge.

De 1918 à 1921 l’Union paysanne lutta d’abord contre les Allemands (après la signature du traité de Brest-Litovsk), puis contre les blancs de Denikine et leurs alliés anglais après la défaite de l’entente en alliance avec l’armée rouge.

Des combats incessants vont avoir lieu pendant des années au rythme des flux et reflux des divers combattants : troupes d’occupation austro-allemandes, bandes de l’Hetman Skoropadsky, armées blanches de Denikine puis celles de Wrangel, s’emparant des villes, les reperdant, multipliant les massacres, les pogroms, les pillages.

Personnage hors du commun, très controversé, vénéré comme une icône par les anarchistes du monde entier, mais quasiment ignoré de l’Histoire officielle, il reste très difficile à cerner en raison du manque de sources écrites directes et fiables, le concernant. On ne dispose pratiquement que des livres émanant des deux seuls intellectuels de ce mouvement : celui de Pierre Archinov et surtout celui de Voline, La révolution oubliée. Makhno lui-même a entrepris, à Paris, la rédaction de ses mémoires, mais il est mort en 1934 avant d’avoir pu aller au-delà du récit de ses années de jeunesse. Il a, toutefois, laissé un certain nombre d’articles parus dans une revue libertaire publiée à Paris en langue russe.

L’Ukraine et la Russie : une relation coloniale et économique.

La question de l’indépendance de l’Ukraine par rapport à la Russie fut vite un problème. Les bolcheviks ne voulaient pas se séparer de leur grenier à blé et la guerre civile posait durement la question du ravitaillement.

Les éléments d’intervention de l’Armée rouge se livreront dans le pays à de brutales répressions. La Tcheka fit régner un tel régime de terreur chez les paysans ukrainiens que le gouvernement soviétique dut se résoudre à constituer une commission, spécialement chargée d’enquêter sur les agissements en Ukraine de cet organisme policier, sinistre instrument de la terreur rouge qui souvent ne respectait pas les règles fixées par les bolcheviks eux même.

En 1918, le pouvoir bolchevique se sentant assez fort supprime les opposants libertaires puis les socialistes révolutionnaires. Makhno venu s’informer à Moscou (voir le compte rendu qu’il donne de sa rencontre avec Sverdlov et Lénine) de la conduite à tenir dans sa province n’eut pas de réponse satisfaisante. Il résolut donc de mettre en pratique sa propre solution : la guerre des paysans. Si le mouvement Makhnoviste ne pouvait espérer aucun secours du gouvernement de Moscou, en revanche il était en droit de compter sur une aide de la part des groupes anarchistes des villes.

Makhno avait conscience de la difficulté de mettre en place une armée insurrectionnelle. Il savait que l’organisation d’une armée, avec ce que cela entraîne comme structures militaires, constituait un phénomène sans précédent et paradoxal dans la conception et l’application des idées anarchistes. Certes, cette armée avait fonctionné à partir des principes de démocratie directe : volontariat, élection et révocation par la base des responsables et commandants à tous niveaux, autonomie des détachements et des régiments, enfin symbiose totale avec la population laborieuse dont cette armée était l’émanation. Cependant il y avait un État-major central, où Makhno avait joué un rôle primordial, et un noyau dur et dynamique du mouvement, tant politiquement que militairement, composé par des anarchistes et surtout par les membres du groupe communiste libertaire de Gouliaï-Polié et qui formait une avant-garde. Makhno concevait cette avant-garde au sens littéral du terme, à savoir que ses membres devaient se trouver aux avant-postes de la lutte et donner l’exemple.

L’avant-garde des insurgés makhnovistes avait pris l’initiative de la lutte armée et de la détermination de ses objectifs ; les instances suprêmes de la population ayant été représentées par les soviets libres, leurs assemblées et congrès. Cette avant-garde-là était donc placée au cœur même de la masse et non au-dedans ou au-dessus. La différence est de taille.

Durant ses années d’exilés Makhno revint sur le rôle de l’organisation. Il en tira comme conclusion qu’une des grandes raisons de l’échec du mouvement de la Makhnovchtchina était que celle-ci n’avait pas su mettre en place une grande organisation spécifique, capable d’opposer ses forces vives aux ennemis de la révolution. Il conçoit donc un mode organisationnel qui puisse accomplir les tâches de l’anarchisme, non seulement lors de la préparation de la révolution sociale, mais également à ses lendemains. Et il conclut que l’anarchisme ne peut plus rester enfermé dans les limites étriquées d’une pensée marginale et revendiqué uniquement par quelques groupuscules aux actions isolées. L’anarchie doit se munir de moyens nouveaux et emprunter la voie de pratiques sociales. Cette réflexion aura une influence sur les libertaires espagnols de Catalogne et d’Aragon.

Malheureusement, les préjugés anti organisationnels, profondément ancrés dans les milieux libertaires, ne permirent pas à la Makhnovchtchina de sortir de son isolement. Comment faire admettre aux intellectuels et théoriciens anarchistes que la guerre, avec la stricte organisation qu’elle implique, pouvait passer pour un moyen d’action compatible avec les finalités de l’anarchie ?

Makhno pratiqua une guérilla terriblement efficace avec son armée de plus de 20 000 hommes, équipée en partie grâce à des armes prises à l’ennemi contre les armées blanches de Denikine et Wrangel. Malgré cela, l’implantation d’une société paysanne libertaire dans la région contrôlée par Makhno, de même que l’autonomie des makhnovistes, portait trop ombrage à un pouvoir central de plus en plus jaloux de ses prérogatives pour être tolérées plus longtemps.

Un conflit sanglant ne tarda pas à éclater entre les partisans de Makhno et l’Armée rouge. Après la prise de Gouliaï-Polié par les rouges, Makhno s’enfuit avec une poignée de cavaliers. Traqué, malade, blessé il parvint pourtant à échapper à ses poursuivants. Il trouve exil en France ou il mourut en 1934. L’aventure de la Makhnovchtchina subit les condamnations des propagandistes et des historiens soviétiques. L’image de l’anarchiste ukrainien est singulièrement floue. D’autant plus que la Makhnovchtchina, née de la Révolution et de la guerre civile, tient à la fois de la guerre d’indépendance et du mouvement libertaire, deux types d’action difficiles à concilier. Ce qui est sûr, c’est que Makhno, chef de guerre, fut tout autant un anarchiste authentique, conscient de l’importance primordiale de la liberté sociale. À la manière de ce qui se produira plus tard dans l’Espagne de la guerre civile, Makhno réussi à installer en Ukraine un embryon de société rurale libertaire.



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NESTOR MAKHNO - Le Cosaque Libertaire 1888-1934
 
Le site : durru.chez.com/trotski/makhno.htm  ,  propose une biographie "engagée" de Makhno :

 
Nestor Ivanovith Makhno, né le 27 Octobre 1889 à Gouliaï-Polié dans le Sud de l'Ukraine est le cinquième fils d'une famille de paysans pauvres.
Au lendemain de la révolution manquée de 1905, il intègre le groupe anarcho-communiste de Gouliaï-Polié. Arrêté plusieurs fois, emprisonné et torturé, il est condamné à mort en 1910 pour avoir fomenté un attentat contre un poste de police. Sa peine est commuée en travaux forcés à perpétuité. Durant son incarcération il s'instruit et perfectionne sa formation politique. La révolution de 1917 lui permet de retrouver la liberté.
De retour à Gouliaï-Polié, il fonde une "Union paysanne" et procède à l'expropriation des grands domaines agricoles et des usines, dans la région qu'il contrôle, établissant des communes rurales autonomes.
Chaque commune était dotée d'une superficie de terre correspondant à ce que ses membres pouvaient cultiver. Le gouvernement provisoire d'Ukraine ne pouvait s'opposer à la mise en œuvre des principes de l'anarchie dans cette province.
La question de l'indépendance de l'Ukraine par rapport à la Russie fut vite un problème. Les nouveaux maîtres de Russie ne voulaient pas se séparer de leur grenier à blé.
Dans ces conditions, des combats incessants vont avoir lieu pendant des années au rythme des flux et reflux des divers combattants : troupes d'occupation austro-allemandes, bandes de l'Hetman Skoropadsky, armées blanches de Denikin puis celles de Wrangel, s'emparant des villes, les perdant, multipliant les massacres, les pogroms, les pillages.
Les éléments d'intervention de l'Armée rouge se livreront dans le pays à de brutales répressions. La Tchéka fit régner un tel régime de terreur chez les paysans ukrainiens que le gouvernement soviétique dut se résoudre à constituer une commission, spécialement chargée d'enquêter sur les agissements en Ukraine de cet organisme policier, sinistre instrument de la terreur rouge.
En 1918, le pouvoir bolchévique se sentant assez fort supprime les opposants libertaires puis les socialistes révolutionnaires. Makhno, venu s'informer à Moscou de la conduite à tenir dans sa province n'eut pas de réponse satisfaisante. Il résolut donc de mettre en pratique sa propre solution : la guerre des paysans.
Si le mouvement Makhnoviste ne pouvait espérer aucun secours en provenance des partis étatiques, en revanche il était en droit de compter sur une aide de la part des groupes anarchistes urbains. Malheureusement, les préjugés anti-organisationnels, profondément ancrés dans les milieux libertaires, ne permirent pas à la makhnovchtchina de sortir de son isolement.
Comment faire admettre aux intellectuels et théoriciens anarchistes que la guerre, avec la stricte organisation qu'elle implique, pouvait passer pour un moyen d'action compatible avec les finalités de l'anarchie ?
Makhno pratiqua une guérilla terriblement efficace avec son armée de 20.000 hommes équipée en partie grâce à des armes prises à l'ennemi.
Makhno contribua efficacement à la lutte contre les armées blanches de Denikine et Wrangel.
Malgré cela, l'implantation d'une société paysanne libertaire dans la région contrôlée par Makhno, de même que l'autonomie des makhnovistes, portaient trop ombrage à un pouvoir central bolchevique, de plus en plus jaloux de ses prérogatives, pour tolérer plus longtemps de telles "dérives".
Un conflit sanglant ne tarda pas à éclater entre les partisans de Makhno et l'Armée rouge. Après la prise de Gouliaï-Polié par les rouges, Makhno s'enfuit avec une poignée de cavaliers. Traqué, malade, blessé il parvint pourtant à échapper à ses poursuivants. Il trouva exil en France ou il mourut en 1934.
L'aventure de la Makhnovchtchina subit les condamnations des propagandistes et des historiens soviétiques.
L'image de l'anarchiste ukrainien est singulièrement floue. D'autant plus que la Makhnovchtchina, née de la Révolution et de la guerre civile, tient à la fois de la guerre d'indépendance et du mouvement libertaire, deux types d'action difficiles à concilier. Ce qui est sûr, c'est que Makhno, chef de guerre, fut tout autant un anarchiste authentique, conscient de l'importance primordiale de la liberté sociale. A la manière de ce qui se produira plus tard dans l'Espagne de la guerre civile, Makhno réussit à installer en Ukraine un embryon de société rurale libertaire.
En plus des conditions historiques et d'un rapport de forces nettement défavorables à l'insurrection ukrainienne, le conflit du bolchevisme et du makhnovisme a illustré le caractère absolument inconciliable de deux conceptions de la révolution. Le point de vue marxiste d'un côté, axé sur le prolétariat ouvrier, conçu comme classe universelle révolutionnaire, et de l'autre, un "anarcho-populisme" paysan. C'est la politique qui a vaincu Makhno et ses paysans anarchistes. Les sociétés agricoles libertaires d'Espagne succomberont un jour elles aussi, pour les mêmes raisons, et sous les coups des mêmes adversaires.


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Makhno l’indomptable
 
http://leon-blogdeleon.blogspot.fr/p/makhno-lindomptable.html​


 
Il est possible que le visiteur du cimetière parisien du Père Lachaise, venu voir un 25 juillet la tombe de Frédéric Chopin ou de Jim Morrison, croise des délégations d’individus aux allures étranges précédés de porteurs de drapeaux noirs. Qu’il ne s’en étonne pas, c'est la date d'anniversaire de la mort de Nestor Makhno, l’un des personnages les plus énigmatiques de la guerre civile qui a déchiré la Russie au lendemain de la Révolution d’Octobre. Et des anarchistes de tous pays se réuniront probablement pour fleurir son monument funéraire. C’est en effet à Paris qu’il est venu se réfugier après une vie de combats et qu’il est mort, à l’âge de 45 ans.
 
C’est en essayant de me documenter sur cette guerre entre les « rouges » et les « blancs » que je suis tombé sur ce Nestor Ivanovitch Makhno dont j’ignorais absolument tout. Personnage hors du commun, très controversé, vénéré comme une icône par les anarchistes du monde entier, mais quasiment ignoré de l’Histoire officielle, il reste très difficile à cerner en raison du manque de sources écrites directes et fiables, le concernant. [1] On ne dispose pratiquement que des livres émanant des deux seuls intellectuels de ce mouvement : celui de Pierre Archinov et surtout celui de Voline, La révolution oubliée, qui lui consacre un chapitre important. Makhno lui-même a entrepris, à Paris, la rédaction de ses mémoires, mais il est mort en 1934 avant d’avoir pu aller au-delà du récit de ses années de jeunesse. Il a, toutefois, laissé un certain nombre d’articles parus dans une revue libertaire publiée à Paris en langue russe.
 
La jeunesse de Nestor Makhno.
 
Nestor Makhno est originaire d’Ukraine, de la région des cosaques zaporogues rendus célèbres par le roman de Gogol Tarass Boulba . C’est un fils de paysans pauvres qui, à l’adolescence, après la révolution avortée de 1905 s’engage dans les organisations anarchistes-communistes qui se constituent alors en Ukraine. Suite à des attentats ratés contre le gouverneur de la province puis contre la filiale locale de la police politique tsariste (Okhrana) Nestor Makhno est arrêté avec 13 de ses camarades et condamné à mort. Sa peine est commuée en travaux forcés à perpétuité par le Tsar en raison de son jeune âge (il a 17 ans).
A cause de son caractère rebelle et de son insoumission permanente, il passa le plus clair de son temps en prison. Il va en profiter pour s’instruire. Il y rencontrera Kropotkine dont on dit qu’il aurait complété sa formation politique mais également un autre anarchiste, Pierre Archinov dont il deviendra l’ami. Il va aussi, au cours de ces neuf années d’emprisonnement, faire souvent du cachot pour désobéissance et y contracter une tuberculose dont il ne guérira jamais et qui finira par l’emporter. Libéré à la faveur de la Révolution d’Octobre, il retourne dans sa région natale de Goulaï-Polié. Et profitant de la très faible implantation des bolcheviks en Ukraine, il va entreprendre d’y faire la révolution à sa manière, celle des anarchistes.

 
La guerre civile dans le sud.
 
La guerre civile russe qui a duré de 1917 à 1921 a eu de nombreux épisodes et s’est déroulée sur plusieurs fronts. Toutefois, le sort de ce conflit s’est joué au sud : en Ukraine, sur le Don et en Crimée. Et les anarchistes de Makhno vont y jouer un rôle essentiel.
C’est une affaire très compliquée. Quatre ou cinq forces se trouveront en présence, tantôt alliées, tantôt ennemies : les ultra-réactionnaires du parti « agrarien » dirigés par l’hetman (chef cosaque) Skoropadsky mis en place par les Austro-Allemands dans la foulée de la paix de Brest-Litovsk signée par le nouveau gouvernement soviétique en 1918 (qui leur abandonnait de fait l’Ukraine), les nationalistes de Simon Petlioura, les anarchistes de Nestor Makhno, les armées contre-révolutionnaires dites « blanches » commandées par les généraux Denikine puis Wrangel et enfin, l’Armée Rouge sous les ordres de Trotsky. Makhno va d’abord s’allier à Petlioura contre Skoropadsky. Puis une fois les Austro-Allemands et les « agrariens » chassés du pouvoir par la défaite de l’Axe, il va s’affronter à Simon Petlioura, ce nationaliste grand massacreur de juifs et le défaire. Devant l’avancée des troupes de Denikine il va conclure des alliances tactiques avec les bolcheviks contre les armées blanches. En réalité les bolcheviks considéraient les anarchistes comme leurs ennemis les plus dangereux. Ils vont d’abord les utiliser puis les massacrer. [2]
 
Un chef de guerre exceptionnel.
 
Contre Skoropadsky d’abord, Petlioura ensuite, puis Dénikine et Wrangel, et enfin l’Armée Rouge, Makhno se révélera un chef de guerre exceptionnel, s’appuyant sur la population locale qui fournissait renseignements, chevaux frais et volontaires pour se battre. Il eut l’idée à la fois simple et géniale de faire se déplacer son infanterie dans des petites voitures à ressorts tirées par des chevaux utilisées par les paysans ukrainiens, que l’on appelle les « Tatchanka » (Tatchanki, au pluriel). Alors que les infanteries adverses ne pouvaient guère se déplacer de plus d’une trentaine de kilomètres par jour, les troupes de Makhno pouvaient en parcourir 60 voire 100 dans la même journée, aussi vite qu’une cavalerie au trot, et surtout aligner au combat des troupes fraîches, pas épuisées par des marches forcées, et arrivées sur les lieux de l’affrontement en même temps que la cavalerie.
Makhno lui-même avait un charisme exceptionnel. Impitoyable avec ses ennemis mais adulé de ses partisans qui l’appelaient affectueusement et très respectueusement batko (« père » en ukrainien) cet homme de petite taille était d’un courage et d’une résistance physique invraisemblables. Sa témérité était telle qu'Archinov l'a qualifée "d'anomalie psychique" ! Blessé un nombre incalculable de fois, rescapé du typhus, son « coefficient personnel » était tel que Denikine avait offert une récompense d’un demi-million de roubles à celui qui le capturerait ou le tuerait. 
Si l’on en croit Voline dans La révolution oubliée, ce sont les anarchistes qui ont battu, seuls, l’armée blanche en automne 1919, sans l’aide des bolcheviks qui, au contraire, n’ont pas bougé dans l’espoir que Denikine les en débarrasserait. Mais contre toute attente, et au prix d’un exploit militaire réellement exceptionnel, digne des plus grands stratèges de l’histoire militaire ce fut Makhno qui l’emporta et écrasa les « blancs ». Les « rouges » n’eurent plus qu’à terminer le travail, et Denikine, découragé, abandonna le commandement au général Wrangel qui, après quelques combats, replia les maigres restes de son armée en Crimée.
La presqu’île de Crimée a cette particularité d’être une forteresse naturelle théoriquement impossible à conquérir par la terre. On n’y accède que par un défilé étroit, l’isthme de Perekop, ou par une région d’étangs considérés comme infranchissables par une armée, le Sivach.
Pourtant, au prix de lourdes pertes et profitant du fait que les étangs étaient cet hiver-là exceptionnellement gelés, la cavalerie anarchiste parvint à passer. Et dès lors, ce qui protégeait les blancs devint un piège mortel pour eux. Wrangel, par une manœuvre audacieuse, réussit toutefois à faire évacuer les restes de son armée par la mer avec l’aide des alliés et, notamment de la France. Lorsque les anarchistes victorieux mais épuisés par les combats très durs qu’ils venaient de livrer voulurent rentrer chez, au sortir du détroit de Perekop ils trouvèrent l’Armée Rouge qui les attendait, se jeta sur eux et les massacra impitoyablement et systématiquement.
Makhno lui-même était absent de cette bataille de Crimée, remportée par ses lieutenants Martchenko et Karetnik. Malade, et la cheville éclatée par une balle, il était resté dans son fief à Goulaï-Polié. Après le massacre de Crimée, l’Armée Rouge fondit sur lui dans l’espoir de le capturer ou de le tuer. Pourtant, à 250 seulement, ils réussirent à échapper à son étreinte. Makhno reforma une petite troupe de 3000 militants anarchistes et contre près de 150 000 hommes (dont la fameuse cavalerie des « cosaques rouges » de Boudiénny), il livra encore de nombreux combats et leur infligea quelques sévères défaites, jusqu’au jour où, cerné de toutes parts, il prit une balle dans le ventre. Sa garde rapprochée se sacrifiera pour protéger son évacuation vers l’étranger, et contre toute attente, Makhno survécut. Il combattit même jusqu’en Août 1921 tout au long de sa fuite, fut blessé six fois encore (« mais légèrement » dit-il !) et le 22 août une balle le frappa au cou et sorti par sa joue droite. Il en gardera une affreuse cicatrice au visage. Enfin, il parvint en Roumanie, puis en Pologne. Et cet homme incroyable se réfugia enfin à Paris en 1922 après s’être évadé deux fois de ces pays. [3]
 
La continuation du conflit à Paris dans l’entre-deux guerres.
 
L’un des aspects les plus étonnants de cette guerre civile, c’est que même une fois terminée en Russie par la capture et la mort du dernier général blanc, le baron Ungern-Sternberg, [4] elle a encore connu des prolongements spectaculaires à Paris, dans l’émigration.
Ce sont en effet des régiments entiers qui avaient été évacués de Crimée à la barbe de leurs adversaires et qui se retrouvèrent majoritairement à Paris dans l’émigration. Revenus à la vie civile, ils gardèrent néanmoins leur discipline, leurs habitudes militaires et fondèrent le ROVS (association des anciens combattants russes) qui, après le décès de Wrangel en 1928 sera dirigé par son adjoint, le général Koutiépov. Cette organisation très remuante essaiera de former des activistes qu’elle enverra clandestinement en URSS pour des missions diverses de sabotages, d’assassinats, et le Gépéou qui succède à la Tchéka va leur livrer une guerre implacable y compris en territoire étranger.
Lorsqu’en 1924 la France reconnaît le nouveau régime, l’URSS ouvre une ambassade rue de Grenelle à Paris, qui grouille bientôt d’agents secrets et barbouzes en tous genres. Ils vont se permettre d’enlever en pleine capitale le général Koutiepov, et à l’heure actuelle on ne sait toujours pas ce qui lui est arrivé exactement, sinon, qu’il n’est pas parvenu vivant en URSS. Pour réussir cet enlèvement le Gépéou va se livrer à une manœuvre d’intoxication absolument géniale, en inventant de toutes pièces une fausse organisation contre-révolutionnaire clandestine implantée en URSS et qui, soi-disant, recrutait également dans les pays où des « blancs » avaient émigré. Cela avait été si bien monté que même le très méfiant Koutiepov est tombé dans le piège et s’est rendu à un rendez-vous clandestin où il a été maîtrisé puis enlevé. Et celui qui lui succède, le général Miller subira le même sort ! (Mais dans un contexte et des circonstances différents).
 
Lorsque Nestor Makhno arrive en France après s’être évadé de Dantzig, il est dans un état physique déplorable. Sa vie à Paris ne fut qu’une longue agonie : outre sa tuberculose, il souffrait épouvantablement de séquelles de ses innombrables blessures, mal soignées, en particulier de sa cheville fracassée par une balle qui ne put jamais être retirée.
Mais en 1926, un autre protagoniste du drame ukrainien débarque soudainement à Paris, celui que probablement Makhno haïssait le plus : le nationaliste Simon Petlioura. Il est possible que l’idée de l’assassiner lui ait traversé l’esprit. Mais ce fut un anarchiste Juif de son entourage, du nom de Samuel Schwarzbald, qui exécuta Petlioura pour se venger des pogroms monstrueux dont ce dernier avait été l’initiateur, et où avaient péri ses parents. Il l’assassina à coups de revolver dans la rue, puis alla tranquillement se livrer à la police. [5] Et il sera acquitté par la cour d’assises de la Seine ! Nestor Makhno mourut de sa tuberculose à l’hôpital Tenon le 25 Juillet 1934. Il a été incinéré au crématoire du Père Lachaise.
 
Voilà aussi brièvement que possible l’histoire de ce personnage controversé et hors du commun, que l’Histoire a failli oublier. Si vous traînez du côté du cimetière parisien du Père Lachaise, vous pourrez chercher l’urne qui contient ses cendres. Et si vous y allez dans les jours qui suivent un 25 juillet, vous verrez peut-être qu’elle aura été fleurie récemment.

 
 
 
 
Notes
[1] Les documents émanant des bolcheviks sont soit de la pure propagande, calomnieuse à l’égard du mouvement makhnoviste, soit du révisionnisme historique complet attribuant par exemple, la victoire sur les « blancs » de Dénikine et Wrangel exclusivement à l’Armée Rouge et passant sous silence le massacre qu’elle a perpétré ensuite sur les anarchistes.
[2] « Il vaut mieux céder l’Ukraine entière à Denikine que de permettre l’expansion du mouvement makhnoviste. Le mouvement de Dénikine, franchement contre-révolutionnaire, pourra aisément être compromis plus tard par la voie de la propagande de classe, tandis que la Makhnovtchina se développe au fond des masses et soulève justement les masses contre nous ». (Trotsky, cité d’après Archinoff)
[3] Je n’ai pu déterminer la date avec certitude, peut-être 1923 ou même1921. Et les raisons pour lesquelles il a été arrêté et emprisonné en Roumanie et en Pologne sont assez obscures.
[4] Celui que l’on appelait le « baron fou ». Autre personnage invraisemblable, comme seule l’histoire russe peut en produire, qui apparaît dans la bande dessinée de « Corto Maltese en Sibérie », et qui n’est pas du tout un personnage de fiction...
[5] L’histoire est proprement incroyable : Petlioura, à l’époque où il était certain de sa victoire, avait fait imprimer à l’avance des timbres-poste à son effigie et c’était la reproduction de l’un de ces timbres qu’avait en main Samuel Schwartzbald pour le reconnaître, avant de le tuer d’un coup de revolver !
Il y a un problème avec ce Petlioura, car malgré les épouvantables pogroms dont il a été l’auteur, l’Ukraine l’a réhabilité et le considère comme un héros national, au point que le Président de l’Ukraine Viktor Youchtchenko, au cours d’un voyage officiel en France, est venu se recueillir sur sa tombe au cimetière parisien de Montparnasse le 16 novembre 2005. (Photo)


 


 



 
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II.  Les anarchistes dans la révolution russe.

30 juillet 2017 café anarchiste


La révolution russe de 1917 a vu un énorme développement de l’anarchisme dans ce pays et de nombreuses expériences des idées anarchistes. Cependant, dans la culture populaire, la révolution russe n’est pas considérée comme un mouvement de masse faite par des gens ordinaires qui luttent pour la liberté, mais comme le moyen par lequel Lénine a imposé sa dictature à la Russie. La vérité est radicalement différente. La Révolution russe était un mouvement de masse dans lequel existaient de nombreux courants d’idées et dans lesquels des millions de travailleurs (ouvriers dans les villages et les villes ainsi que les paysans) ont essayé de transformer leur monde en un endroit meilleur. Malheureusement, ces espoirs et ces rêves ont été écrasés sous la dictature du parti bolchevik – d’abord sous Lénine, puis sous Staline.
La révolution russe, comme la plupart de l’histoire, est un bon exemple de la maxime «l’histoire est écrite par les vainqueurs». La plupart des histoires capitalistes de la période entre 1917 et 1921 ignorent ce que l’anarchiste Voline appelait «la révolution inconnue» – la révolution lancée d’en bas par les actions des gens ordinaires. Les léninistes, au mieux, louent cette activité autonome des travailleurs tant qu’elle coïncide avec leur propre ligne de parti mais la condamne radicalement (et l’attribue avec les motifs les plus bas) dès qu’elle s’éloigne de cette ligne. Ainsi, les récits léninistes louent les ouvriers quand ils avancent devant les bolcheviks (comme au printemps et à l’été de 1917), mais les condamneront quand ils s’opposeront à la politique bolchévique une fois que les bolcheviks seront au pouvoir. Au pire, les récits léninistes décrivent le mouvement et les luttes des masses comme pas plus qu’une toile de fond pour les activités du parti d’avant-garde.
Pour les anarchistes, cependant, la révolution russe est considérée comme un exemple classique d’une révolution sociale dans laquelle l’auto-activité des travailleurs a joué un rôle clé. Dans leurs soviets, comités d’usine et autres organisations de classe, les masses russes essayaient de transformer la société d’un régime étatique hiérarchisé en un modèle fondé sur la liberté, l’égalité et la solidarité. Ainsi, les premiers mois de la Révolution semblent confirmer la prédiction de Bakounine selon laquelle “l’organisation sociale future doit se faire uniquement du bas vers le haut, par les associations libres ou les fédérations de travailleurs, d’abord dans leurs syndicats, puis dans les communes, Nations et enfin dans une grande fédération, internationale et universelle.” [Michel Bakounine: Écrits choisis, p. 206] Les soviets et les comités d’usine ont exprimé concrètement les idées de Bakounine et les anarchistes ont joué un rôle important dans la lutte.
Le renversement initial du tsar provient de l’action directe des masses. En février 1917, avec les femmes de Pétrograd éclatèrent les émeutes du pain. Le 18 février, les ouvriers des Usines Putilov à Pétrograd se mirent en grève. Le 22 février, la grève s’était étendue à d’autres usines. Deux jours plus tard, 200 000 travailleurs étaient en grève et le 25 février, la grève était quasi générale. Le même jour a également vu les premiers affrontements sanglants entre les manifestants et l’armée. Le tournant est venu le 27, quand quelques troupes sont allées vers les masses révolutionnaires, en balayant le long d’autres unités. Cela a laissé le gouvernement sans ses moyens de coercition, le Tsar a abdiqué et un gouvernement provisoire a été formé.
Ce mouvement a été si spontané que tous les partis politiques ont été laissés pour compte. Les bolcheviks, avec «l’organisation des bolcheviks de Pétrograd, s’opposaient à l’appel de la grève précisément à la veille de la révolution destinée à renverser le tsar. Heureusement, les ouvriers ignorèrent les «directives» bolchéviques et se mirent en grève. Si les ouvriers avaient suivi ses directives, il est douteux que la révolution ait eu lieu quand elle l’a fait.” [Murray Bookchin, Anarchisme de la post-rareté, p. 123]
La révolution a continué dans cette dynamique d’action directe d’en bas jusqu’à ce que le nouvel État «socialiste» soit assez puissant pour le stopper.
Pour la gauche, la fin du tsarisme a été le point culminant d’années d’efforts des socialistes et des anarchistes partout. Il représentait l’aile progressiste de la pensée humaine qui surmontait l’oppression traditionnelle, et comme tel a été dûment salué par les gauchistes du monde entier. Cependant, en Russie, les choses progressaient. Dans les lieux de travail, dans les rues et sur les terres, de plus en plus de gens sont convaincus que l’abolition de la féodalité sur le plan politique ne suffit pas. Le renversement du tsar ne faisait guère de différence si l’exploitation féodale existait toujours dans l’économie, alors les ouvriers commencèrent à s’emparer de leurs lieux de travail et les paysans leurs terres. Partout en Russie, les gens ordinaires ont commencé à construire leurs propres organisations, syndicats, coopératives, comités d’usine et conseils (ou «soviets» en russe). Ces organisations étaient initialement organisées de manière anarchiste, avec des délégués révocables et fédérées les uns avec les autres.
Inutile de dire que tous les partis et organisations politiques ont joué un rôle dans ce processus. Les deux ailes des social-démocrates marxistes étaient actives (les mencheviks et les bolcheviks), tout comme les socialistes-révolutionnaires (un parti paysan populiste) et les anarchistes. Les anarchistes ont participé à ce mouvement, encourageant toutes les tendances à l’autogestion et demandant le renversement du gouvernement provisoire. Ils ont soutenu qu’il était nécessaire de transformer la révolution d’une forme purement politique en économique / sociale. Jusqu’au retour de Lénine de l’exil, ils étaient la seule tendance politique qui pensait de cette façon.
Lénine a convaincu son parti d’adopter le slogan «Tout le pouvoir aux Soviets» et de faire avancer la révolution. Cela signifiait une rupture brutale avec les positions marxistes antérieures, conduisant un ex-bolchevik menchévik à faire remarquer que Lénine avait “fait lui-même un candidat pour un trône européen qui a été vacant depuis trente ans – le trône de Bakounine!” [Cité par Alexander Rabinowitch, Prélude à la Révolution, p. 40] Les bolcheviks se tournent désormais à gagner le soutien de la masse, défendent l’action directe et soutiennent les actions radicales des masses, les politiques anciennement associées à l’anarchisme ( «les bolcheviks ont lancé … des slogans jusque là particulièrement et avec insistance exprimés par Les anarchistes. »[Voline, La révolution inconnue, p.210]). Bientôt, ils gagnaient de plus en plus de votes lors des élections du soviet et de l’usine. Comme le soutient Alexandre Berkman, les «slogans anarchistes proclamés par les bolcheviks n’ont pas manqué d’apporter des résultats: les masses se sont appuyées sur leur drapeau». [Qu’est-ce que l’anarchisme ?, p. 120]
Les anarchistes ont également été influents à cette époque. Les anarchistes étaient particulièrement actifs dans le mouvement pour l’autogestion des travailleurs de la production qui existait autour des comités d’usine (voir M. Brinton, The Bolsheviks and Workers Control pour plus de détails). Ils plaidaient pour que les travailleurs et les paysans expropriassent la classe propriétaire, abolissent toutes les formes de gouvernement et réorganisent la société de bas en haut en utilisant leurs propres organisations de classe – les soviets, les comités d’usine, les coopératives et ainsi de suite. Ils pourraient également influencer la direction de la lutte. Comme le remarque Alexander Rabinowitch (dans son étude du soulèvement de juillet 1917):
“Au niveau de la base, en particulier dans la garnison de Pétrograd et à la base navale de Kronstadt, il y avait en fait très peu de distinction entre bolchevik et anarchiste … Les communistes anarchistes et les bolcheviks se disputaient le soutien des mêmes éléments non éduqués, déprimés et insatisfaits de la population, et le fait est qu’au cours de l’été 1917, les communistes anarchistes, avec le soutien dont ils jouissaient dans quelques importantes usines et régiments, possédaient une capacité indéniable à influencer le cours des choses. En effet, l’appel anarchiste était assez grand dans certaines usines et unités militaires pour influencer les actions des bolcheviks eux-mêmes.” [Op. Cit., P. 64]
En effet, un bolchevik de premier plan a déclaré en juin 1917 (en réponse à une montée de l’influence anarchiste), «en nous isolant des anarchistes, nous risquons de nous isoler des masses». [Cité par Alexander Rabinowitch, op. Cit., P. 102]
Les anarchistes ont fonctionnés aux côtés des bolcheviks pendant la Révolution d’Octobre qui a renversé le gouvernement provisoire. Mais les choses ont changé une fois que les socialistes autoritaires du parti bolchevik se sont emparés du pouvoir. Alors que les anarchistes et les bolcheviks utilisaient plusieurs des mêmes slogans, il y avait des différences importantes entre les deux. Comme le disait Voline: «Les slogans étaient sincères et concrets dans les lèvres et les plumes des anarchistes, car ils correspondaient à leurs principes et appelaient à une action tout à fait conforme à de tels principes … Mais, avec les bolcheviks, les mêmes slogans signifiaient des solutions pratiques totalement différentes de celles des libertaires et ne s’accordaient pas avec les idées que les slogans semblaient exprimer.” [La révolution inconnue, p. 210]
Prenons, par exemple, le slogan «Tout le pouvoir aux Soviets». Pour les anarchistes, cela signifie – des organes pour que la classe ouvrière puisse organiser directement la société, sur la base de délégués mandatés et révocables. Pour les bolcheviks, ce slogan était simplement le moyen de former un gouvernement bolchevik au-dessus des soviets. La différence est importante, “pour les anarchistes déclarés, si le « pouvoir » appartenait réellement aux soviets, il ne pouvait appartenir au parti bolchevik et, s’il appartenait à ce parti, comme le pensaient les bolcheviks, il ne pouvait appartenir aux Soviéts.” [Voline, Op. Cit., P. 213] Réduire les soviets à exécuter simplement les décrets du gouvernement central (bolchevique) et faire en sorte que leur Congrès pan-Russe puisse rappeler le gouvernement (c’est-à-dire ceux qui ont le pouvoir réél) n’équivaut pas à «tout le pouvoir».
De même, le terme «contrôle ouvrier de la production». Avant la Révolution d’Octobre, Lénine considérait le «contrôle ouvrier» uniquement en termes de «contrôle universel des ouvriers sur les capitalistes». [Les bolcheviks maintiendront-ils le pouvoir ?, p. 52]. Il ne le voyait pas en termes de gestion par les travailleurs de la production elle-même (c’est-à-dire l’abolition du travail salarié) via des fédérations de comités d’usine. Les anarchistes et les comités d’usine des ouvriers l’ont fait. Comme le souligne S.A. Smith, Lénine a utilisé «le terme« contrôle des travailleurs »dans un sens très différent de celui des comités d’usine. En fait, les «propositions» de Lénine [étaient] totalement étatistes et centralistes, alors que la pratique des comités d’usine était essentiellement locale et autonome ». [Pétrograd rouge, p. 154] Pour les anarchistes, «si les organisations ouvrières étaient capables d’exercer un contrôle effectif sur leurs patrons, elles étaient également en mesure de garantir toute la production. Dans ce cas, l’industrie privée pourrait être éliminée rapidement mais progressivement et remplacée par des industries collectives. En conséquence, les anarchistes ont rejeté le slogan vague et nébuleux du «contrôle de la production». Ils préconisaient l’expropriation – progressive, mais immédiate – de l’industrie privée par les organisations de production collective.” [Voline, Op. Cit., P. 221]
Une fois au pouvoir, les bolcheviks ont systématiquement détournés le sens populaire du contrôle ouvrier et l’ont remplacé par leur propre conception étatiste. «À trois reprises, rappelle un historien, dans les premiers mois du pouvoir soviétique, les dirigeants du comité [d’usine] ont cherché à mettre en place leur modèle. Pouvoirs de contrôle dans les organes de l’Etat qui étaient subordonnés aux autorités centrales, et formés par eux. ” [Thomas F. Remington, Construire le socialisme dans la Russie bolchevique, p. 38] Ce processus a finalement conduit Lenine à défendre et à introduire «une gestion d’un homme» armée du pouvoir «dictatorial» (avec le gestionnaire nommé par l’État au-dessus) en avril 1918. Ce processus est documenté dans “Les Bolsheviks Et le contrôle ouvrier” de Maurice Brinton , qui indique également les liens clairs entre la pratique bolchevique et l’idéologie bolchevique, ainsi que la façon dont les deux diffèrent de l’activité et des idées populaires.
D’où les commentaires de l’anarchiste russe Pierre Archinov:
Une autre particularité non moins importante est que la révolution de 1917 a deux significations – celle des masses ouvrières qui ont participé à la révolution sociale l’ont donné, et avec eux les communistes anarchistes, et celle qui a été donné Par le parti politique [marxiste-communiste] qui a capturé le pouvoir de cette aspiration à la révolution sociale, et qui a trahi et étouffé tout développement ultérieur. Il existe un énorme fossé entre ces deux interprétations d’octobre. Le mois d’octobre des ouvriers et des paysans est la suppression du pouvoir des classes parasites au nom de l’égalité et de l’autogestion. L’Octobre bolchevique est la conquête du pouvoir par le parti de l’intelligentsia révolutionnaire, l’installation de son «socialisme d’Etat» et de ses méthodes «socialistes» de gouvernement des masses.”[The Two Octobers]
Au début, les anarchistes avaient soutenu les bolcheviks, puisque les dirigeants bolcheviks cachaient leur idéologie Étatique derrière le soutien aux soviets (comme l’historien socialiste Samuel Farber l’a noté, les anarchistes avaient été en réalité un partenaire inconnu des bolcheviks lors de la Révolution d’Octobre. “[Avant le stalinisme, page 126]). Cependant, cet appui a rapidement «disparu» car les bolcheviks ont montré qu’ils n’avaient en fait pas cherché le vrai socialisme, mais qu’ils se sont plutôt procurés le pouvoir pour eux-mêmes et non pour la propriété collective des terres et des ressources productives, Les bolchéviks, comme on l’a noté, ont systématiquement miné le contrôle / autogestion du mouvement ouvrier en faveur de formes capitalistes de gestion des lieux de travail basées sur la «gestion d’un seul homme» armée de «pouvoirs dictatoriaux».
En ce qui concerne les soviets, les bolcheviks ont systématiquement sapés et limités l’indépendance et la démocratie dont ils [ndt : soviets] disposaient. En réponse aux «grosses pertes bolcheviques aux élections soviétiques» au printemps et à l’été 1918, «les forces armées bolcheviques renversaient généralement les résultats de ces élections provinciales». En outre, “le gouvernement a continuellement repoussé les nouvelles élections générales au Soviet de Petrograd, dont le terme avait pris fin en mars 1918. Apparemment, le gouvernement craignait que les partis de l’opposition fassent des progrès.” [Samuel Farber, op. Cit., P. 24 et p. 22] Aux élections de Pétrograd, les bolcheviks «perdirent la majorité absolue dans le soviet dont ils avaient joui auparavant», mais restèrent le plus grand parti. Cependant, les résultats des élections soviétiques de Pétrograd n’étaient pas pertinents car «la victoire bolchevique était assurée par la représentation numériquement significative maintenant donnée aux syndicats, aux soviets de district, aux comités d’usine, aux conférences des travailleurs du district et aux unités navales et de l’Armée rouge, dans lesquelles les bolcheviks avaient une force écrasante”. [Alexander Rabinowitch, «L’évolution des soviets locaux à Pétrograd», pp. 20-37, Slavic Review, vol. 36, N ° 1, p36f]. En d’autres termes, les bolcheviks avaient sapé la nature démocratique du soviet en l’écrasant par leurs propres délégués. Face au rejet dans les soviets, les bolcheviks ont montré que pour eux «le pouvoir soviétique» égalait le pouvoir du parti. Pour rester au pouvoir, les bolcheviks devaient détruire les soviets, ce qu’ils faisaient. Le système soviétique restait «soviétique» uniquement de nom. En effet, à partir de 1919, Lénine, Trotsky et d’autres grands bolcheviks admettaient qu’ils avaient créé une dictature du parti et, en outre, qu’une telle dictature était indispensable à toute révolution (Trotsky soutenait la dictature du parti même après la montée du stalinisme).
De plus, l’Armée rouge n’était plus une organisation démocratique. En mars 1918, Trotsky avait supprimé l’élection des officiers et des comités de soldats:
«Le principe de l’élection est politiquement inutile et techniquement inexpérimenté, et il a été, en pratique, aboli par décret». [Travail, Discipline, Ordre]
Comme Maurice Brinton le résume :
“Trotsky, nommé Commissaire des Affaires Militaires après Brest-Litovsk, avait rapidement réorganisé l’Armée Rouge. La peine de mort pour désobéissance sous le feu avait été rétabli. Ainsi, plus graduellement, ils ont eu des formes de salut, des adresses spéciales, des locaux d’habitation séparés et des Privilèges pour les officiers. Les formes démocratiques d’organisation, y compris l’élection des officiers, ont été rapidement supprimées.” [«Les bolcheviks et le contrôle ouvrier», Pour la puissance ouvrière, p. 336-7]
Samuel Farber note que «il n’y a aucune preuve indiquant que Lénine ou l’un des principaux dirigeants bolcheviks ont déploré la perte du contrôle ouvrier ou de la démocratie dans les soviets, ou du moins se sont référés à ces pertes comme une retraite, Le remplacement du communisme de guerre par la NEP en 1921.” [Avant le stalinisme, p. 44]
Ainsi, après la Révolution d’Octobre, les anarchistes ont commencé à dénoncer le régime bolchevique et à appeler à une “Troisième Révolution” qui libérerait enfin les masses de tous les patrons (capitalistes ou socialistes). Ils ont exposé la différence fondamentale entre la rhétorique du bolchevisme (exprimée, par exemple, dans l’État et la Révolution de Lénine) et sa réalité. Le bolchevisme au pouvoir avait prouvé la prédiction de Bakounine que la «dictature du prolétariat» deviendrait la «dictature sur le prolétariat» par les dirigeants du Parti communiste.
L’influence des anarchistes a commencé à se développer. Comme l’a noté Jacques Sadoul (un officier français) au début de 1918:
«Le mouvement anarchiste est le plus actif, le plus militant des groupes d’opposition et probablement le plus populaire… Les bolcheviks sont anxieux». [Cité par Daniel Guerin, Anarchism, pp. 95-6]
En avril 1918, les bolcheviks commencèrent la suppression physique de leurs rivaux anarchistes. Le 12 avril 1918, la Cheka (la police secrète formée par Lénine en décembre 1917) attaqua les centres anarchistes de Moscou. Ceux d’autres villes ont été attaqués peu de temps après. En plus de réprimer leurs adversaires les plus audacieux de gauche, les bolcheviks limitaient la liberté des masses qu’ils prétendaient protéger. Les soviets démocratiques, la liberté d’expression, les partis et groupes politiques de l’opposition, l’autogestion sur le lieu de travail et sur la terre – tous ont été détruits au nom du «socialisme». Tout cela est arrivé, nous devons le souligner, avant le début de la guerre civile à la fin de mai 1918, que la plupart des partisans du léninisme blâment pour justifier l’autoritarisme des bolcheviks. Pendant la guerre civile, ce processus s’est accéléré, les bolcheviks ayant systématiquement réprimé l’opposition de tous côtés – y compris les grèves et les protestations de la classe même qui, disait-on, exerçait sa «dictature» alors qu’ils étaient au pouvoir!
Il est important de souligner que ce processus avait commencé bien avant le début de la guerre civile, confirmant la théorie anarchiste selon laquelle un «Etat ouvrier» est une contradiction dans les termes. Pour les anarchistes, la substitution bolchévique du pouvoir du parti au pouvoir ouvrier (et le conflit entre les deux) n’a pas été une surprise. L’Etat est la délégation du pouvoir – en tant que tel, cela signifie que l’idée d’un «Etat ouvrier» exprimant «le pouvoir ouvrier» est une impossibilité logique. Si les travailleurs gérent la société alors le pouvoir repose entre leurs mains. Si un état existe, alors le pouvoir repose entre les mains de la poignée de personnes au sommet, pas entre les mains de tous. L’Etat a été conçu pour la règle de la minorité. Aucun État ne peut être un organe de l’autogestion de la classe ouvrière (c’est-à-dire la majorité) en raison de sa nature, de sa structure et de sa conception de base. Pour cette raison, les anarchistes ont plaidé pour une fédération de bas en haut des conseils ouvriers en tant qu’agent de la révolution et les moyens de gérer la société après que le capitalisme et l’État aient été abolis.
Comme nous le voyons dans la section H, la dégénérescence des bolcheviks d’un parti populaire ouvrier en dictateurs sur la classe ouvrière ne s’est pas produite par hasard. Une combinaison d’idées politiques et de réalités du pouvoir d’État (et des rapports sociaux qu’il engendre) ne pouvait qu’être la cause d’une telle dégénérescence. Les idées politiques du bolchevisme, avec son avant-gardisme, la peur de la spontanéité et l’identification du pouvoir du parti avec le pouvoir de la classe ouvrière signifiaient inévitablement que le parti se heurterait à ceux qu’il prétendait représenter. Après tout, si le parti est l’avant-garde alors, automatiquement, tout le monde est un élément “arriéré”. Cela signifiait que si la classe ouvrière résistait aux politiques bolchevikes ou les rejetait aux élections soviétiques, alors la classe ouvrière était «vacillante» et était influencée par des éléments «petit-bourgeois» et «arriérés». L’avant-gardisme engendre l’élitisme et, lorsqu’il est combiné avec le pouvoir d’Etat, c’est la dictature.
Le pouvoir d’Etat, comme l’ont toujours souligné les anarchistes, signifie la délégation du pouvoir entre les mains de quelques-uns. Cela produit automatiquement une division de classe dans la société – ceux avec le pouvoir et ceux sans. Ainsi, une fois au pouvoir, les bolcheviks étaient isolés de la classe ouvrière. La Révolution russe a confirmé l’argument de Malatesta selon lequel un «gouvernement, un groupe de personnes chargées de faire des lois et habilitées à utiliser le pouvoir collectif pour obliger chaque individu à les obéir, est déjà une classe privilégiée et coupée du peuple. Un organisme constitué, il cherchera instinctivement à étendre ses pouvoirs, à dépasser le contrôle public, à imposer ses propres politiques et à donner la priorité à ses intérêts particuliers. Ayant été placé dans une position privilégiée, le gouvernement est déjà en désaccord avec les personnes dont il dispose de la force.” [Anarchie, p. 34] Un État hautement centralisé comme ce que les bolcheviks ont construits réduirait la responsabilité à un minimum tout en accélérant l’isolement des dirigeants des gouvernés. Les masses n’étaient plus une source d’inspiration et de pouvoir, mais plutôt un groupe étranger dont le manque de «discipline» (c’est-à-dire la capacité de suivre les ordres) mettait la révolution en danger. Comme l’a dit un anarchiste russe:
«Le prolétariat est peu à peu enserfed par l’état.Les gens sont transformés en serviteurs sur lesquels a surgi une nouvelle classe d’administrateurs – une nouvelle classe née principalement formé le ventre de la soi-disant intelligentsia … Nous ne Dire que le parti bolchévik s’est engagé à créer un nouveau système de classes, mais nous disons que même les meilleures intentions et les aspirations doivent inévitablement être brisées contre les maux inhérents à tout système de pouvoir centralisé. La division entre les administrateurs et les travailleurs s’écoule logiquement de la centralisation et ne peut en être autrement.” [Les Anarchistes dans la Révolution russe, pp. 123-4]
Pour cette raison, les anarchistes, tout en reconnaissant qu’il y a un développement inégal des idées politiques au sein de la classe ouvrière, rejettent l’idée que les «révolutionnaires» devraient prendre le pouvoir au nom des travailleurs. Ce n’est que lorsque les gens qui travaillent dirigent la société elle-même qu’une révolution réussira. Pour les anarchistes, cela signifiait que «l’émancipation effective ne peut être obtenue que par l’action directe, étendue et indépendante […] des ouvriers eux-mêmes, groupés … dans leurs propres organisations de classe … sur la base d’une pratique concrète De l’action et de l’autonomie, aidés mais non gouvernés, par des révolutionnaires travaillant au milieu de la société, et non au-dessus de la masse et des secteurs professionnels, techniques de défense et autres ». [Voline, Op. Cit., P. 197] En substituant le pouvoir du parti au pouvoir ouvrier, la Révolution russe avait fait son premier pas fatal. Il n’est pas étonnant que la prédiction suivante (de novembre 1917) faite par les anarchistes en Russie se réalise:
«Une fois leur pouvoir consolidé et« légalisé », les bolcheviks qui sont … des hommes d’action centraliste et autoritaire vont commencer à réorganiser la vie du pays et du peuple par des méthodes gouvernementales et dictatoriales imposées par le centre, ils … dicteront la volonté du parti à toute la Russie, et commanderont toute la nation. Vos Soviétiques et vos autres organisations locales deviendront peu à peu, simplement des organes exécutifs de la volonté du gouvernement central. Le sain et constructif travail fait par les masses laborieuses, au lieu d’une unification libre de fond, nous verrons l’installation d’un appareil autoritaire et Etatiste qui agira d’en haut et se mettra à effacer tout ce qui se trouvera sur son chemin avec une main de fer.” [Cité par Voline, op. Cit., P. 235]
Le soi-disant «Etat ouvrier» ne pouvait pas être participatif ni donner le pouvoir aux travailleurs (comme les marxistes le prétendaient) simplement parce que les structures étatiques ne sont pas conçues pour cela. Créés comme des instruments de domination minoritaire, ils ne peuvent pas être transformés en (ou «nouvellement» créés en) un moyen de libération pour les classes ouvrières. Comme le dit Kropotkine, les anarchistes «maintiennent que l’organisation d’État, ayant été la force à laquelle les minorités ont eu recours pour établir et organiser leur pouvoir sur les masses, ne peut pas être la force qui servira à détruire ces privilèges». [Anarchisme, p. 170] Selon les termes d’un pamphlet anarchiste écrit en 1918:
«Le bolchevisme, de jour en jour et pas à pas, prouve que le pouvoir d’État possède des caractéristiques inaliénables, qu’il peut changer son étiquette, sa« théorie »et ses serviteurs, mais en substance, il ne reste que puissance et despotisme sous de nouvelles formes.” [Cité par Paul Avrich, «Les anarchistes dans la révolution russe», p. 341-350, Russian Review, vol. 26, fascicule no. 4, p. 347]
Pour les initiés, la Révolution était morte quelques mois après que les Bolcheviks aient pris le pouvoir. Pour le monde extérieur, les bolcheviks et l’URSS sont venus représenter le «socialisme» alors qu’ils détruisaient systématiquement les bases du socialisme réel. En transformant les soviets en organes d’Etat, en substituant le pouvoir du parti au pouvoir soviétique, en sapant les comités d’usine, en éliminant la démocratie dans les forces armées et les lieux de travail, en réprimant l’opposition politique et les protestations ouvrières, les bolcheviks ont effectivement marginalisé la classe ouvrière de sa propre révolution. L’idéologie et la pratique bolchevique étaient elles-mêmes des facteurs importants et parfois décisifs dans la dégénérescence de la révolution et la montée ultime du stalinisme.
Comme l’avaient prédit les anarchistes depuis des décennies auparavant, en l’espace de quelques mois et avant le début de la guerre civile, l’État ouvrier bolchevik était devenu, comme tout État, un pouvoir étranger à la classe ouvrière et un instrument d’une minorité (Dans ce cas, la loi du parti). La guerre civile a accéléré ce processus et bientôt la dictature du parti a été introduite (en fait, les principaux bolcheviks ont commencé à soutenir qu’il était essentiel dans toute révolution). Les bolcheviks ont mis à bas les éléments socialistes libertaires dans leur pays, avec l’écrasement de l’insurrection à Kronstadt et le mouvement makhnoviste en Ukraine étant les derniers clous dans le cercueil du socialisme et la subjugation des soviets.
Le soulèvement de Cronstadt de février 1921 fut pour les anarchistes d’une immense importance (voir l’annexe «Qu’était-ce que la rébellion de Kronstadt?» Pour une discussion complète de ce soulèvement). Le soulèvement a commencé lorsque les marins de Kronstadt ont soutenu les ouvriers grévistes de Pétrograd en février 1921. Ils ont posé une résolution de 15 points dont le premier point était un appel à la démocratie soviétique. Les bolcheviks calomnient les rebelles de Kronstadt comme des contre-révolutionnaires et écrasent la révolte. Pour les anarchistes, cela était significatif car la répression ne pouvait se justifier en raison de la guerre civile (qui avait pris fin quelques mois auparavant) et parce que c’était un soulèvement majeur des gens ordinaires pour le socialisme réel. Comme le dit Voline:
«Kronstadt a été la première tentative entièrement indépendante du peuple pour se libérer de tous les jougs et pour mener à bien la Révolution sociale: cette tentative a été faite directement … par les masses ouvrières elles-mêmes, sans bergers politiques, sans dirigeants ou tuteurs. Premier pas vers la troisième révolution sociale “. [Voline, Op. Cit., Pp. 537-8]
En Ukraine, les idées anarchistes ont été appliquées avec le plus de succès. Dans les zones sous la protection du mouvement makhnoviste, les gens de la classe ouvrière organisent leur propre vie directement, en fonction de leurs propres idées et besoins – une véritable autodétermination sociale. Sous la direction de Nestor Makhno, paysan autodidacte, le mouvement a non seulement lutté contre les dictatures rouges et blanches, mais a également résisté aux nationalistes ukrainiens. En opposition à l’appel à «l’autodétermination nationale», c’est-à-dire à un nouvel État ukrainien, Makhno a plutôt appelé à l’autodétermination de la classe ouvrière en Ukraine et à travers le monde. Makhno a inspiré ses compatriotes paysans et ouvriers à se battre pour la vraie liberté:
«Conquérir ou mourir – tel est le dilemme auquel sont confrontés les paysans et ouvriers ukrainiens à ce moment historique … Mais nous ne vaincrons pas pour répéter les erreurs des dernières années, l’erreur de mettre notre sort entre les mains de nouveaux maîtres, nous vaincrons pour prendre nos destins en mains, conduire nos vies selon notre propre volonté et notre propre conception de la vérité”. [Cité par Peter Arshinov, Histoire du mouvement makhnoviste, p. 58]
Pour ce faire, les makhnovistes ont refusé de créer des gouvernements dans les villages et villes qu’ils ont libérées, en demandant instamment la création de soviets libres afin que les travailleurs puissent se gouverner eux-mêmes. Prenant l’exemple d’Aleksandrovsk, une fois libérés, les makhnovistes «invitaient aussitôt la population active à participer à une conférence générale … on proposait aux ouvriers d’organiser la vie de la ville et le fonctionnement des usines avec leurs propres forces armées et leurs propres organisations … La première conférence a été suivie d’une seconde. Les problèmes d’organisation de la vie selon les principes de l’autogestion des travailleurs ont été examinés et discutés avec animation par les masses ouvrières, avec le plus grand enthousiasme … Les cheminots ont fait le premier pas … Ils ont formé un comité chargé d’organiser le réseau ferroviaire de la région … A partir de ce moment, le prolétariat d’Aleksandrovsk a commencé à se tourner systématiquement vers le problème de la création d’organes d’autogestion.” [Op. Cit., P. 149]
Les makhnovistes soutenaient que «la liberté des ouvriers et des paysans est la leur et non soumise à aucune restriction. Il appartient aux travailleurs et aux paysans eux-mêmes d’agir, de s’organiser, de s’entendre entre eux dans tous les aspects de leur vie, comme ils le jugent bon et le désirent … Les makhnovistes ne peuvent faire que donner de l’aide et des conseils … En aucun cas, ils ne peuvent ni ne veulent gouverner.” [Peter Arshinov, cité par Guérin, op. Cit., P. 99]
A Alexandrovsk, les bolcheviks proposaient aux makhnovistes des sphères d’action – leur Revkom (Comité révolutionnaire) gérerait les affaires politiques et les makhnovistes les affaires militaires. Makhno leur a conseillé «d’aller prendre un commerce honnête au lieu de chercher à imposer leur volonté aux ouvriers». [Peter Arshinov dans The Anarchist Reader, p. 141]
Ils organisaient aussi des communes agricoles libres qui «[étaient] bien peu nombreuses et n’incluaient qu’une minorité de la population … Mais ce qui était le plus précieux, c’était que ces communes fussent formées par les pauvres paysans eux-mêmes. Ils n’exerçaient aucune pression sur les paysans, se bornant à propager l’idée de communes libres ». [Arshinov, Histoire du mouvement makhnoviste, p. 87]. Makhno a joué un rôle important en abolissant les possessions de la noblesse terrienne. Les soviets locaux et leurs congrès régionaux ont égalisé l’utilisation de la terre entre tous les secteurs de la communauté paysanne. [Op. Cit., Pp. 53-4]
De plus, les makhnovistes ont pris le temps et l’énergie nécessaire pour impliquer toute la population dans le débat sur le développement de la révolution, les activités de l’armée et la politique sociale. Ils ont organisé de nombreuses conférences de délégués ouvriers, soldats et paysans pour discuter des questions politiques et sociales ainsi que des soviets, des syndicats et des communes libres. Ils ont organisé un congrès régional des paysans et des ouvriers quand ils ont libéré Aleksandrovsk. Lorsque les makhnovistes tentèrent de convoquer le troisième congrès régional des paysans, des ouvriers et des insurgés en avril 1919 et un congrès extraordinaire de plusieurs régions en juin 1919, les bolcheviks les ont considérés comme des contre-révolutionnaires, tentant de les interdire et déclarèrant leurs organisateurs et leurs délégués hors la loi.
Les makhnovistes ont répondu en organisant les conférences quoiqu’il en soit et en demandant: ” Peut il exister des lois faites par quelques personnes qui se disent révolutionnaires, qui leur permettrait de rendre hors la loi tout un peuple plus révolutionnaire qu’eux ?” Et “quels intérêts la révolution doivent-ils défendre: ceux du Parti ou ceux du peuple qui mettent la révolution en mouvement avec leur sang?” Makhno lui-même déclarait qu’il “considérait comme un droit inviolable des travailleurs et des paysans, un droit gagné par la révolution, d’appeler des conférences pour leur propre compte, pour discuter de leurs affaires”. [Op. Cit., P. 103 et p. 129]
En outre, les makhnovistes “appliquaient pleinement les principes révolutionnaires de la liberté d’expression, de pensée, de presse et d’association politique. Dans toutes les villes occupées par les makhnovistes, ils ont commencé par lever toutes les interdictions et abroger toutes les restrictions Imposées à la presse et aux organisations politiques par l’une ou l’autre puissance”. En effet, la “seule restriction que les makhnovistes jugeaient nécessaire d’imposer aux bolcheviks, aux socialistes-révolutionnaires de gauche et aux autres statisticiens était une interdiction de former ces “comités révolutionnaires” qui cherchaient à imposer une dictature sur le peuple”. [Op. Cit., P. 153 et p. 154]
Les makhnovistes ont rejeté la corruption bolchevique des soviets et ont plutôt proposé “le système soviétique des travailleurs complètement libre et indépendant sans autorités ni de leurs lois arbitraires”. Leurs proclamations disent que “les ouvriers eux-mêmes doivent choisir librement leurs propres soviets, qui accomplissent la volonté et les désirs des ouvriers eux-mêmes, c’est-à-dire ADMINISTRATIF, ne gouvernant pas les soviets”. Sur le plan économique, le capitalisme serait aboli avec l’État – la terre et les ateliers «doivent appartenir aux ouvriers eux-mêmes, à ceux qui y travaillent, c’est-à-dire qu’ils doivent être socialisés». [Op. Cit., P. 271 et p. 273]
L’armée elle-même, contrairement à l’armée rouge, était fondamentalement démocratique (bien que, bien entendu, l’horreur de la guerre civile ait entraîné quelques déviations par rapport à l’idéal – par rapport au régime imposé à l’Armée rouge Par Trotsky, les makhnovistes étaient un mouvement beaucoup plus démocratique).
L’expérience anarchiste de l’autogestion en Ukraine a pris fin de façon sanglante quand les bolcheviks se sont retournés contre les makhnovistes (leurs anciens alliés contre les «Blancs», ou pro-tsaristes) quand ils n’étaient plus nécessaires. Ce mouvement de grande importance est discuté en détail dans l’annexe «Pourquoi le mouvement makhnoviste montre-t-il qu’il y a une alternative au bolchevisme? De notre FAQ. Cependant, il faut souligner ici la seule leçon évidente du mouvement makhnoviste, à savoir que les politiques dictatoriales poursuivies par les bolcheviks ne leur étaient pas imposées par des circonstances objectives. Au contraire, les idées politiques du bolchevisme ont une influence évidente dans les décisions prises. Après tout, les makhnovistes ont été actifs dans la même guerre civile et n’ont pas poursuivi les mêmes politiques de pouvoir du parti que les bolcheviks. Ils ont plutôt encouragé la liberté de la classe ouvrière, la démocratie et le pouvoir dans des circonstances extrêmement difficiles (et face à une forte opposition bolchevique à ces politiques). La sagesse reçue à gauche est qu’il n’y avait pas d’alternative ouverte aux bolcheviks. Sauf que l’expérience des makhnovistes la réfute. Ce que les masses du peuple, aussi bien que ceux au pouvoir, font et pensent politiquement est une partie du processus déterminant le résultat de l’histoire comme sont les obstacles objectifs qui limitent les choix disponibles. De toute évidence, les idées importent et, en tant que telles, les makhnovistes montrent qu’il y avait (et qu’il existe) une alternative pratique au bolchévisme – l’anarchisme.
La dernière marche anarchiste à Moscou jusqu’en 1987 a eu lieu aux funérailles de Kropotkine en 1921, quand plus de 10 000 personnes marchèrent derrière son cercueil. Ils portaient des drapeaux noirs qui disaient: «Là où règne l’autorité, il n’y a pas de liberté» et «La libération de la classe ouvrière est la tâche des ouvriers eux-mêmes». Alors que la procession passait devant la prison de Butyrki, les détenus chantaient des chants anarchistes et secouaient les barres de leurs cellules.
L’opposition anarchiste au sein du régime bolchevique en Russie commença en 1918. C’était le premier groupe de gauche à être réprimé par le nouveau régime «révolutionnaire». A l’extérieur de la Russie, les anarchistes continuaient à soutenir les bolcheviks jusqu’à ce que des sources anarchistes en viennent à parler de la nature répressive du régime bolchevik (jusque-là, beaucoup avaient dénigré les rapports négatifs comme provenant de sources pro-capitalistes). Une fois ces rapports fiables arrivés, les anarchistes à travers le monde ont rejeté le bolchevisme et son système de pouvoir et de répression du parti. L’expérience du bolchevisme confirmait la prédiction de Bakounine que le marxisme signifiait «le gouvernement hautement despotique des masses par une nouvelle et très petite aristocratie d’érudits réels ou prétendus: les gens ne seront pas éduqués, ils seront libérés des soucis du gouvernement et inclus entiérement dans le troupeau gouverné.” [Etatisme et anarchie, p. 178-9]
À partir de 1921 environ, les anarchistes hors de la Russie ont commencé à décrire l’URSS comme du «capitalisme d’état» pour indiquer que bien que les patrons individuels aient pu être éliminés, la bureaucratie d’état soviétique a joué le même rôle que les patrons individuels en europe Occidentale (Les anarchistes de russie l’ont définis comme ça depuis 1918). Pour les anarchistes, «la révolution russe … tente d’atteindre […] l’égalité économique … cet effort a été fait en Russie sous une dictature du parti fortement centralisée … cet effort pour construire une république communiste sur la base d’un communisme d’Etat fortement centralisé, sous la loi de fer d’une dictature de parti, va finir par échouer. Nous apprenons en Russie à savoir comment ne pas introduire le communisme”. [Kropotkin’s Revolutionary Pamphlets, p. 254]
Cela voulait dire ce que Berkman appelait «Le mythe bolchevique», l’idée que la révolution russe était un succès et devait être copiée par des révolutionnaires dans d’autres pays: «Il est impératif de démasquer la grande illusion, qui autrement pourrait conduire les ouvriers occidentaux à la Même abîme que leurs frères [et soeurs] en Russie. Il incombe à ceux qui ont vu en vrai le mythe d’exposer sa vraie nature.” [«L’anti-climax», Le mythe bolchevique, p. 342] De plus, les anarchistes estimaient que leur devoir révolutionnaire était non seulement de présenter et d’apprendre des faits de la révolution, mais aussi de manifester sa solidarité avec ceux qui étaient soumis à la dictature bolchevique. Comme Emma Goldman l’a soutenu, elle n’était pas «venu en Russie en espérant trouver l’anarchisme réalisé». Un tel idéalisme lui était étranger (bien que cela n’ait pas empêché les Léninistes de dire le contraire). Au contraire, elle s’attendait à voir «les débuts des changements sociaux pour lesquels la Révolution avait été combattue». Elle savait que les révolutions étaient difficiles, impliquant «destruction» et «violence». Que la Russie n’était pas parfaite n’était pas la source de son opposition vocale au bolchevisme. C’est plutôt le fait que «le peuple russe a été enfermé à clef» de sa propre révolution par l’État bolchevik qui a utilisé «l’épée et l’arme pour garder le peuple en dehors». En tant que révolutionnaire, elle a refusé “de s’associer à la classe des maîtres, qui en Russie s’appelle le Parti communiste”. [Mon désenchantement en Russie, p. Xlvii et p. Xliv]
Pour plus d’informations sur la révolution russe et le rôle joué par les anarchistes, voir l’annexe sur “La révolution russe ” de la FAQ. En plus de couvrir le soulèvement de Kronstadt et les makhnovistes, il explique pourquoi la révolution a échoué, le rôle de l’idéologie bolchevique a joué dans cet échec et s’il y avait des alternatives au bolchevisme.
Les livres suivants sont également recommandés: La Revolution Inconnue by Voline; La guillotine au travail par G.P. Maximov; Le mythe bolchévik et la tragédie russe, tous deux d’Alexandre Berkman; Les bolcheviks et le contrôle ouvrier par M. Brinton; L’insurrection de Kronstadt par Ida Mett; L’histoire du mouvement makhnoviste par Peter Arshinov; Ma désillusion en Russie et Vivre ma vie par Emma Goldman; Nestor Makhno Le Cosaque de l’Anarchie: La lutte pour les soviets libres en Ukraine 1917-1921 par Alexandre Skirda.
Beaucoup de ces livres ont été écrits par des anarchistes actifs pendant la révolution, beaucoup emprisonnés par les bolcheviks et déportés vers l’Ouest en raison de la pression internationale exercée par les délégués anarcho-syndicalistes à Moscou que les bolcheviks essayaient de gagner au léninisme. La plupart de ces délégués restèrent fidèles à leur politique libertaire et convainquirent leurs syndicats de rejeter le bolchevisme et de rompre avec Moscou. Au début des années 1920, toutes les confédérations syndicales anarcho-syndicalistes s’étaient associées aux anarchistes pour rejeter le «socialisme» en Russie comme du capitalisme d’Etat et une dictature du parti.

Source : les anarchistes et la révolution russe (FAQ Anarchiste)
 
 
 
 
 
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Livre-Les-Anarchistes-russes-les
 


 
https://www.unioncommunistelibertaire.org/squelettes/images/pictos-art.png

Livre : Les Anarchistes russes, les Soviets et la Révolution de 1917

24 février 2017 par Commission Journal (mensuel) _
 
« Tout le pouvoir aux soviets ! » Ce cri de ralliement, opportunément confisqué et galvaudé par les bolcheviks à partir de 1917, Alexandre Skirda nous démontre avec brio qu’il est inscrit au cœur des habitudes du peuple russe, trop souvent présenté comme servile et résigné.
Dans un ouvrage richement documenté et récemment réédité par les indispensables éditions Spartacus, l’auteur aussi érudit que discret des Anarchistes russes, les soviets et la révolution russe de 1917 retrace avec soin les racines des coutumes libertaires historiquement présentes chez les populations slaves. Que ce soit à travers les mirs ou les vetchés (sortes de communes et de regroupements agricoles), celles-ci sont les héritières d’une longue tradition d’organisation collective et démocratique.
Ce n’est donc pas un hasard si la Révolution russe de 1917 a démarré sous les meilleurs auspices avec la constitution de centaines et de milliers de comités d’usine, de soldats et de paysans, prenant en main l’organisation de la vie économique et sociale. Et ce n’est qu’au prix d’un terrible coup de force que les militants bolcheviks reprirent à leur compte la grande révolution soviétique et la pervertirent par la centralisation étatique et la folie autoritaire.
Bien avant Kronstadt, dès le printemps 1918, les anarchistes seront les premières victimes de la répression du nouveau pouvoir. Emprisonnés, déportés, éliminés, ils payeront chèrement leur combat pour l’autonomie des soviets et leur opposition à la dictature du « prolétariat » ou plutôt de ses pseudo-représentants.
À travers un remarquable travail d’historien, compilant sources inédites et traductions, le russisant Alexandre Skirda démontre irréfutablement l’affiliation directe entre léninisme et stalinisme.
Les crimes du second n’ayant été rendus possibles que par l’acharnement du premier à étouffer les instincts de liberté du peuple russe par la mise en place d’un appareil d’État impitoyable. Les gènes de la dégénérescence totalitaire étaient inscrits au plus profond de la conception autoritaire du pouvoir bolchevique.
Dans une seconde partie plus convenue, l’historien regroupe une série de quatorze textes datant de 1918 à 1927 dans lesquels ils donnent la parole à des libertaires ayant vécu de près ou de loin la Révolution russe. On y retrouve évidemment Alexandre Berkman, Emma Goldmann et Piotr Archinov, mais aussi des personnages moins connus tels que Anatole Gorélik ou Valesky. Mention spéciale pour les analyses de Rudolf Rocker et Efim Yartchouk sur les origines du système des soviets et leur rôle dans la révolution russe.
Alexandre Skirda clôt ce livre savant par une savoureuse lecture de l’anarchisme dans l’historiographie soviétique. On ne manquera pas de sourire – ou de bondir – devant les anathèmes, contre-vérités et qualificatifs dispensés par la propagande bolchevique.
Cet ouvrage, brillant quoique parfois un peu indigeste, a le grand mérite de nous rappeler les mérites des anarchistes pendant la révolution de 1917, mais aussi et surtout les raisons de leur échec. C’est à la lumière de cette expérience historique unique que les militants communistes libertaires d’aujourd’hui doivent forger leurs pratiques et leur capacité d’organisation afin d’ouvrir à nouveau l’horizon radieux de la révolution sociale.
Julien (AL Montpellier)
  • Alexandre Skirda, Les Anarchistes russes, les Soviets et la Révolution de 1917, Spartacus, 2016, 348 pages, 19 euros.




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http://www.socialisme-libertaire.fr/2019/06/anarchistes-et-juifs-dans-la-revolution-russe.html
 
 
III.   Anarchistes et Juifs dans la Révolution russe



Publié le 8 Juin 2019 par Socialisme libertaire
Catégories : #Histoire, #Textes libertaires
 

Selon l’adage antisémite des années 1930, « les Juifs dominent le monde », qu’ils soient capitalistes ou communistes. Si de nombreux Juifs et Juives se sont impliqués dans la dynamique révolutionnaire en Russie, c’est d’abord pour sortir de la situation d’extrême pauvreté, des mesures discriminatoires, et des pogroms orchestrés par l’appareil d’État tsariste. Beaucoup de ces Juifs et Juives révolutionnaires avaient choisi le camp libertaire et ont subi la répression bolchevique. 
 
La Russie commence à s’industrialiser au tournant du XXe siècle notamment dans des villes moyennes du Yiddishland. [1] C’est à Bialystock que se crée le premier foyer de militance libertaire juive, suite à une scission au sein du Bund. [2] Prônant la révolution sociale immédiate, ces très jeunes gens sont impatients d’en découdre avec l’autocratie tsariste, la religion et le capital, trouvant le Bund ou le Parti socialiste-révolutionnaire trop timide dans leurs actions. Au plus fort du mouvement révolutionnaire de 1905, on trouve plusieurs centaines d’activistes libertaires juifs rien que dans cette ville. Des groupes libertaires essaiment alors jusqu’aux confins du Yiddishland.
Même si ce phénomène reste minoritaire au regard de l’immense majorité des paysans, la classe ouvrière de ces villes moyennes, où les conditions sociales sont extrêmement dures, va être un élément moteur d’une révolution décentralisée. Dans le climat de guerre sociale larvée qui suit l’échec de la révolution de 1905, les activistes libertaires juifs choisissent très majoritairement la stratégie «  action directe, sabotage, propagande par le fait, expropriation  ». Dans une logique de vendetta face à la répression tsariste, ils et elles pratiquent la lutte armée contre les gradés de l’armée et la police, et commettent des attentas contre la bourgeoisie. Le passage à l’acte allant jusqu’à lancer une bombe dans la synagogue de Krynki qui abritait une réunion de patrons juifs. Ces anarchistes comme Samuel Schwartzbard initient des groupes d’auto-défense contre les pogromistes.
 
Riposter à la violence tsariste
    
La réaction du pouvoir tsariste est sans pitié. Entre 1906 et 1908, le mouvement libertaire est éradiqué en Russie, notamment dans le Yiddishland. Plusieurs milliers d’activistes périssent, d’autres sont emprisonnés ou envoyés en Sibérie. Les plus chanceux fuient en Occident et aux États-Unis où ils et elles vont fréquenter le mouvement libertaire et syndicaliste révolutionnaire, jusqu’en 1917, se formant à de nouvelles pratiques de lutte collective et de propagande. C’est à cette époque que Daniil Novomirsky, très influencé par Fernand Pelloutier, le promoteur des bourses du travail, en France, invente et utilise, en 1907, le terme «  anarcho-syndicaliste  ».
 
La révolution de 1917

De retour d’exil, en 1917, dans la «  Mère Russie  » par milliers, ces activistes libertaires juifs sont numériquement ultra minoritaire au regard d’une révolution qui engage six millions d’ouvriers et ouvrières, et une centaine de millions de moujiks. [3] Cependant ces militants et militantes aguerris vont devenir pour partie les cadres du mouvement anarchiste russe.
Débarrassés du carcan géographique du Yiddisland, ils et elles rejoignent en nombre Petrograd et Moscou, animent des soviets, dont celui de Kronstadt, des syndicats, éditent des journaux libertaires, structurent les organisations libertaires. [4] Physiquement engagés sur tous les fronts militaires, nombreux sont ceux et celles qui périssent les armes à la main. On les retrouve notamment en Ukraine, au côté de Nestor Makhno.
Puis de nouveau la répression s’abat sur le mouvement libertaire, dès avril 1918 à Moscou, mais cette fois ce sont les bolcheviks qui font le sale travail essentiellement au travers de leur appareil policier, la Tchéka, et de l’Armée rouge. Des anarchistes sont envoyés en exil dans les goulags où les sévices, le froid, la maladie et la disette les font mourir à petit feu jusque dans les années 1930. En 1920, Olga Taratouta, de son vrai nom Elka Ruvinskaia, écrit «  qu’un an et demi de prison soviétique  » lui avait coûté «  plus de vie que les dix années de travaux forcés du temps tsariste  ». Elle est fusillée le 8 février 1938 «  pour activité antisoviétique et anarchiste  » à 62 ans.
 
La « terreur rouge »

Les libertaires juifs sont particulièrement visés par l’appareil de répression bolchevik car très vite repérés en tant qu’animateurs et animatrices du mouvement. Leurs noms égrèneront dès 1922 les longues listes de victimes libertaires du pouvoir bolchevik.
Une certaine porosité avec la culture judaïque donne d’ailleurs des résultats assez étonnants  : le terme «  pogroms anti-anarchistes  » est employé pour parler de victimes libertaires du pouvoir bolchevik.
Parallèlement, la présence de nombreux Juifs et Juives bolcheviks dans l’appareil d’État soviétique dès les premiers mois qui suivent la révolution, grâce à la fin des discriminations envers les minorités ethniques, suscitent bientôt une réaction antisémite. Lorsque l’extension de la bureaucratie favorise l’entrée massive d’une nouvelle génération issue des couches populaires paysannes, celle-ci entre en concurrence au sein de l’appareil stalinien, avec les «  Juifs de la première heure  ». Ces tensions perpétuent un antisémitisme populaire qui perdure jusqu’à nos jours en Russie.
 
De retour dans l’exil

La plupart des historiens libertaires de la Révolution russe sont d’origine juive. Ces intellectuel.les engagé.es dans l’action, Ida Met, Anatole Gorelik, Ephim Yartchouk, Voline, Alexandre Shapiro, ou des témoins oculaires tels Emma Goldman et Alexandre Berkman, n’ont de cesse dans leur exil de donner leur vision anti-autoritaire de la Révolution russe de dénoncer les exactions bolcheviks. Emma Goldman laisse dans ses Mémoires un témoignage émouvant de son passage dans un village d’Ukraine dans lequel les habitants juifs et juives viennent de subir un pogrom. Leurs analyses pertinentes de l’échec de la Révolution nous éclairent encore aujourd’hui sur la façon de conduire nos luttes et structurer notre mouvement. Ils et elles théorisent le système soviétique comme « capitalisme d’État  ».
Dès 1922, la situation au goulag et la répression bolchevik (appelée «  fascisme rouge  », par Voline) est dénoncée par ces militant.es. Beaucoup ne les écoutent pas à cette époque, parce qu’ils et elles sont anarchistes. La droite et son extrême ne peuvent s’arroger le monopole de la dénonciation des crimes soviétiques  : les anarchistes qui se revendiquent du communisme ont toute la légitimité pour clamer haut et fort l’horreur des goulags. D’ailleurs laissons parler Gorelik, Voline et Konov  : «  Un jour l’historien de la révolution s’arrêtera tout étonné et effrayé aux pages relatant les persécutions que le gouvernement communiste fit subir à l’idée libertaire, à ses disciples, propagateurs et militants  ; il se détournera de ces pages en tressaillant. A première vue, il ne les croira pas. Et lorsqu’il les croira, lorsqu’il se persuadera de leur véracité bouleversante, il les qualifiera comme les pages les plus noires de l’histoire du communisme étatiste. Et il cherchera audacieusement l’explication historique et psychologique de cette épopée sanguinaire  » [5]
Un anarchiste juif signe le dernier acte de la révolution russe, en 1927 à Paris  : Samuel Schwarzbard y assassine le pogromiste ukrainien Petlioura d’un coup de pistolet en pleine rue devant le restaurant d’où il sortait. Son acte est considéré par la justice française comme de la légitime défense, ce qui lui permet d’échapper à la condamnation. Pour la petite histoire, Schwarzbard s’était procuré son arme auprès d’un groupe de militants exilés de la CNT espagnole. [6] »
Jean-Marc Izrine  [7]
 
[1] Région dans laquelle les tsars avaient cantonné les Juifs de Russie (Lituanie, Biélorussie, Ukraine, Galicie, Pologne, Moldavie)
[2] Parti social-démocrate spécifiquement juif et tout aussi numériquement important à lui seul que le Parti ouvrier social-démocrate russe.
[3] Paysans en russe.
[4] Voir le dossier d’Alternative libertaire de juillet-août 2017, où plusieurs activistes juifs du mouvement sont cités.
[5] Brochure La répression de l’anarchisme en Russie soviétique, juin 1922.
[6] Juan Garcia Oliver, L’Écho des pas, Le Coquelicot, p.98-99.
[7] Jean-Marc Izrine est l’auteur de Les Libertaires du Yiddishland, éditions d’Alternative libertaire.
 
 

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★ L'anarchisme juif aux États-Unis - Socialisme libertaire
À contretemps, n° 35, septembre 2009. Fils d'une famille juive d'Odessa, Paul Avrich (1931-2006), prolixe historien de l'anarchisme, s'intéressa de très près à sa dimension juive. À la faveu...
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En complément  :  

https://www.cairn.info/revue-revue-d-histoire-de-la-shoah-2008-2-page-319.htm



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Article tiré de :
https://www.nidieunimaitre.ovh/histoire/article/les-banquiers-americains-et-britanniques-ont-ils-fait-chuter-ernest-makno-et?lang=fr

 
Comment les banquiers américains et britanniques ont fait chuter Ernest MAKNO et les paysans révolutionnaires soviétiques, au profit des bolcheviques *


 
Pour comprendre le contexte, examinons d’abord les couleurs et les forces en présence.
-  L’armée blanche était tsariste.
-  Par rouges il faut entendre le camp des bolcheviques. (marxistes autoritaires)
-  Le verts étaient composés des partisans d’Ernest MAKHNO, paysans communistes libertaires (50 000 combattants) mais aussi des partisans d’Alexandre ANTONOV paysans socialistes révolutionnaires, (également 50 000 combattants durant la révolte de Tambov). Ces derniers prônaient le multipartisme et la propriété individuelle.
- Le parti du socialiste révolutionnaire (et démocrate) KERENSKY joua également un rôle déterminant mais éphémère comme nous le verrons ultérieurement.
Sous réserves d’erreurs de traductions voici des extraits de l’ouvrage de Grace Baumgarten paru le 5 août 2016 « Cannot Be Silenced (English Edition) »
« Quand Anthony Sutton a fait des recherches sur les dossiers de renseignements du Département d’État, il a trouvé plusieurs références montrant que William Boyce Thompson a donné 1 million de dollars à Lénine. En outre, Sutton a constaté que Lénine avait nationalisé toutes les banques en Russie à l’exception de la Banque nationale de la ville, contrôlée par les Rockefeller, qui restait ouverte et continuait à fournir des fonds aux bolcheviks. Sutton dans son livre, Wall Street & The Bolchevik Revolution, comme le prétend Thompson lui-même dans le Washington Post du 2 février 1918, relève que Thompson donna de l’argent aux bolcheviks, et non au gouvernement provisoire dirigé par KERENSKY.

Où les bolcheviks ont-ils obtenu la nourriture et les fournitures médicales dont ils avaient besoin pour consolider leur contrôle sur la Russie ? Herbert Hoover dirigea la Mission de Secours américaine après la Première Guerre mondiale. Le 28 mai 1919, il écrivit au président Wilson : « À cause des conceptions économiques bolcheviques, le peuple russe meurt de faim et de maladie au rythme de quelques centaines de milliers dans un pays qui fournissait jadis de la nourriture à une grande partie du monde, les bolcheviks ont eu recours à la terreur, à l’effusion de sang et au meurtre à un degré où ils étaient abandonnés même par les tyrannies réactionnaires.
À ce moment-là, Lénine et ses partisans ne tenaient qu’une petite zone du territoire ; le reste du pays était sous le contrôle de ceux qui voulaient rendre la liberté au peuple russe. Considérant la brutalité et l’inhumanité des bolcheviks, on pourrait penser que la plupart des secours américains auraient été envoyés aux anti-communistes, mais ce n’était pas le cas. Herbert Hoover catalogua la destination de la nourriture, des fournitures médicales, des vêtements et de la charité d’Amérique envoyés en Russie : la nourriture, les vêtements et les fournitures médicales envoyés dans les zones contrôlées par les anti-communistes étaient trois fois moindre que ce que nous envoyions aux bolcheviks.
Pour faciliter le commerce, les bolcheviks avaient besoin d’une banque internationale. Ils ont sélectionné plusieurs anciens banquiers tsaristes et des représentants de banques allemandes, suédoises et américaines pour siéger à leur conseil d’administration. Les fonds de la banque soviétique provenaient d’Angleterre et le directeur de la division des changes de la banque bolchevik était Max May, vice-président de Guaranty Trust Company, une banque de JP Morgan. Ainsi, nous constatons que les banquiers britanniques et américains contrôlaient largement la banque centrale des bolcheviks.
L’armée russe blanche dans le sud de la Russie était dirigée par le général Wrangel. Ses forces battaient les bolcheviks jusqu’à ce que des agents britanniques lui ordonnent de retirer son armée dans la mer Noire et de quitter la Russie. On lui a dit que s’il refusait, ils couperaient sa source d’approvisionnement, et ses hommes périraient. Les agents anglais ont détruit les avions qu’il avait achetés, et finalement il a été forcé d’abandonner ses efforts pour libérer la Russie. Sur le front de l’Est, l’amiral Kolchak dirigeait l’armée anticommuniste. Lui aussi battait les bolcheviks jusqu’à ce que ses approvisionnements soient coupés par les financiers britanniques et américains qui l’avaient financé. Une fois que les banques avaient extrait les concessions économiques qu’ils voulaient de Lénine, ils cessèrent de soutenir ses ennemis. »
« Anthony Sutton a documenté le fait que le communisme russe a été financé par des banques occidentales et des sociétés occidentales depuis sa création dans son ensemble en trois volumes, la technologie occidentale et le développement économique soviétique. Dans son livre, Wall Street et la révolution bolchevique, il a documenté le fait que les banques Rockefeller et Morgan fournissaient des prêts aux bolcheviks, tandis que l’industrie américaine leur fournissait les usines et la technologie dont ils avaient besoin. Westinghouse, Henry Ford, Averill Harriman, Armand Hammer, Exxon et d’autres entreprises américaines ont construit l’infrastructure qui a permis à l’Union soviétique de survivre. »
Ainsi les « banques avaient extrait les concessions économiques qu’ils voulaient de Lénine »
En outre, selon la doctrine bolchevique, les exportations de céréales devaient financer l’essor de l’industrie d’Etat et seuls les ouvriers urbains représentaient les vrais prolétaires de la révolution.
Les paysans, supposés imperméables aux objectifs radieux de la dictature du prolétariat, étaient toujours désignés comme plus riches les uns que les autres et capables d’embaucher des salariés ou de prêter de l’argent à leurs voisins. Ils étaient dénommés péjorativement des « Koulaks ».
La nationalisation de toutes les terres qui venaient d’être partagées entre ceux qui la travaillaient dissuada les paysans de la cultiver au-delà de leurs propres besoins.
Le régime bolchevique réagit à la chute des rendements qui s’ensuivit par des réquisitions qui ne permettaient plus aux paysans de se nourrir.
Qui était Kerenski ?
Alexandre Fiodorovitch Kerenski fut membre du Parti socialiste révolutionnaire (d’inspiration démocratique, socialiste à majorité paysanne.) A cette époque la russie était rurale à 85%.
A la suite de la révolution de Février qui marque le début de la révolution russe de 1917 et provoque en quelques jours l’abdication de l’empereur Nicolas II, la fin de l’Empire russe et de la dynastie des Romanov , les socialistes révolutionnaires vont prendre le pouvoir et par la suite Kerenski forma un gouvernement à majorité socialiste. Kerenski, maître du pays, va rester aux commandes de la Russie pendant près de 100 jours.
Kerenski et les autres responsables politiques se sentent obligés de respecter leurs engagements vis-à-vis de la Triple-Entente, c’est-à-dire de continuer la guerre jusqu’à une victoire de plus en plus hypothétique.
La propagande du parti bolchevique, promet au peuple « du pain, la paix et des terres ». Les soldats du front, très réceptifs à ce discours, désertent en masse pour regagner leurs villages en amplifiant la désintégration de l’armée.
Suite au coup d’État du 25 octobre 1917 par les bolcheviks, Kerenski vivra en exil, en France jusqu’en 1940 puis aux USA.
On sait ce qu’il advint des promesses.
Le temps d’asseoir son pouvoir autoritaire, Lénine laissera les soviets autogérer les terres. Ensuite il bafouera l’engagement de donner la terre à ceux qui la cultivent et les terres seront déclarées propriété de l’Etat. Les paysans furent asservis dans des kolkhozes ou sovkhozes.
Ci-dessous des extraits du récit de Thierry Wolton dans son ouvrage
Histoire mondiale du communisme, Les victimes
CHAPITRE 22 Les damnés de la terre
[Extraits choisis qui, espérons le, inciterons à acheter l’ouvrage :]
La déception provoquée par les révolutionnaires parvenus au pouvoir alimente cette résistance paysanne. Les travailleurs de la terre, qui auraient dû être les principaux bénéficiaires des nouveaux régimes, dans des pays essentiellement agraires, ont été les premiers trahis dans leur espérance. Après avoir fait miroiter aux paysans une répartition des richesses, pour obtenir leur soutien, tous les dirigeants communistes se sont mis à réquisitionner les récoltes, à embrigader les hommes, à déporter les familles. Les campagnes collectivisées ont toutes été victimes du dogme marxiste sur l’accumulation socialiste primitive. Les « damnés de la terre », pour reprendre l’expression de Frantz Fanon sont devenus l’ivraie du communisme. Le paysan a vite été confondu avec le koulak – un mot d’origine russe appelé à connaître une universalité communiste –, qu’il fallait éliminer au nom de l’égalité proclamée. Le paysan s’est trouvé assimilé au « riche », il a été consacré ennemi du socialisme en construction. La résistance paysanne est devenue une contre-révolution à combattre. Les campagnes, qui rêvaient de liberté, ont été réduites en esclavage. Les cinq premières années du bolchevisme, celles où Lénine est en pleine possession de ses moyens, sont cruciales dans ce processus.
[…]
On sait qu’après le coup d’Etat d’octobre, son double décret sur la terre dénote l’ambiguïté de sa démarche. D’une part, il entérine le partage des grands domaines, occasionné par les jacqueries, d’autre part, il promeut la socialisation de la terre, sa redistribution en fonction des bouches à nourrir, l’interdiction du salariat agricole et de l’affermage.
Incapables de discipliner la masse paysanne, les bolcheviks laissent des comités agraires décider eux-mêmes des modalités d’application de ces décrets.
Les solutions adoptées varient considérablement d’un canton à l’autre. En laissant la bride sur le cou à la révolte paysanne, le leader bolchevique détourne l’attention des campagnes sur ce qui se passe en ville, là où le vrai pouvoir se concentre. Pendant que les moujiks s’occupent de leurs problèmes, ils se désintéressent du sort de la Constituante dont l’élection, en novembre 1917, a donné une majorité relative aux socialistes-révolutionnaires. Le danger principal vient de là pour les bolcheviks, d’autant que les socialistes-révolutionnaires sont mieux implantés dans les campagnes que ne l’est le parti de Lénine. Couper les socialistes-révolutionnaires de leur base paysanne en occupant celle-ci au partage des terres, permet d’isoler l’ennemi politique à Petrograd. Après que Lénine eut fait dissoudre l’Assemblée constituante en janvier 1918, le jour de sa convocation, le monde paysan dans sa grande majorité ne bouge pas. Le leader bolchevique a gagné sa première bataille de dirigeant totalitaire. Il peut maintenant reprendre en main les campagnes.
Les difficultés de ravitaillement dans les villes, au printemps 1918, donnent un prétexte au nouveau pouvoir pour déclarer la guerre aux « receleurs ». Des détachements armés sont envoyés dans les villages afin d’y chercher les stocks cachés. Ils sont aidés sur place par des comités de paysans pauvres créés pour la circonstance : la lutte des classes version léniniste, avec son cortège de malheurs, pénètre dans les campagnes. La radicalisation espérée par Lénine ne va pourtant pas dans le sens souhaité. Les paysans pauvres refusent les structures collectives qui leur sont proposées (des kolkhozes et des sovkhozes, déjà), les ouvriers agricoles préfèrent l’autonomie économique en obtenant des communautés villageoises une répartition plus égalitaire des parcelles. Les paysans les plus riches perdent une partie de leurs terres, mais les paysans moyens-pauvres, sur lesquels porte l’essentiel des réquisitions, menacent de se retourner contre le régime. Les comités de paysans pauvres sont supprimés à la fin de 1918. La menace des armées blanches n’est pas étrangère à ce recul. Moscou craint à ce moment-là une coalition des blancs et des paysans qui pourrait menacer la révolution.
Contrairement à ce que prétend la propagande communiste, qui cherche à ostraciser les paysans, qualifiés de « réactionnaires », la campagne russe n’a pas l’intention de se rallier à l’étendard d’une noblesse qui rêve, elle, de revenir aux anciennes structures féodales. Les villageois se trouvent pris dans l’étau de la guerre entre Rouges et Blancs, ils en deviennent les principales victimes.
Des émeutes éclatent en Russie centrale à l’été 1918.
Les réquisitions de céréales et l’enrôlement de force des hommes dans les rangs de l’Armée rouge sont à l’origine de la révolte.
La brutalité des détachements militaires venus confisquer la récolte a attisé les rancœurs, alors que les paysans refusaient de participer à une guerre fratricide aux côtés des forces rassemblées par Trotski, le commissaire du peuple à la Guerre. Les rapports de la police politique, pour les mois de juillet à novembre 1918, font état de 108 rébellions « koulaks », un mot passe-partout déjà.
Au printemps 1919, le soulèvement paysan prend une nouvelle ampleur dans la région de la moyenne Volga. Cette fois, les bolcheviks doivent faire face à une véritable armée de 20 000 à 30 000 hommes, dont une partie sont des soldats qui ont déserté l’armée rouge. Les insurgés parviennent à s’emparer de plusieurs villes avant que la répression ne fasse un millier de morts, dont 600 « rebelles » fusillés.
Cette résistance est politisée. Les soldats qui y participent ont fait leurs classes pendant la révolution de février 1917, au sein des comités de soldats apparus à l’époque. Beaucoup d’entre eux sont proches des socialistes-révolutionnaires, ils condamnent le tournant totalitaire pris par le nouveau régime. « Pour des soviets sans communistes ! », l’un de leurs mots d’ordre, révèle les désillusions provoquées par la politique des bolcheviks. En Biélorussie, une brigade de l’armée rouge se soulève, rejointe par des paysans. « Tout le pouvoir à l’Assemblée constituante, respect des libertés civiques, la terre au peuple », figure parmi les revendications avancées.
Le printemps 1919 voit apparaître des bandes armées, composées de déserteurs et de paysans, les Verts comme on va les appeler pour les distinguer des Rouges et des Blancs qui s’affrontent. Ces bandes armées se battent sur deux fronts, contre les réquisitions de grain et contre les pillages de villages que pratiquent les belligérants. Les Verts tiennent à ce moment-là la Russie centrale et occidentale, ils désorganisent les liaisons militaires. Pour le nouveau pouvoir, la menace est réelle. Près de 4 millions de déserteurs – la plupart des paysans mobilisés- ont été recensés entre l’été 1918 et la fin de l’année 1920. Les soldats quittent en masse l’Armée rouge, surtout au moment des moissons, pour ne plus revenir après. Les liens entre les déserteurs et les paysans sont forts, ils appartiennent au même monde.
La carte des soulèvements paysans correspond à l’époque à la carte des réquisitions forcées opérées par les bolcheviks : territoire des Cosaques, l’Ukraine, la Polésie biélorusse, la région de la Volga. Le mouvement s’élargit ensuite au Kouban, en Sibérie, dans les régions de Tioumen, d’Ekaterinbourg… La révolution paysanne est matée avec force. A la sauvagerie des campagnes répond la terreur du parti-Etat, qui use de tous les moyens que lui offre l’appareil répressif pour écraser ces rebelles. Les rancunes accumulées, l’incompréhension mutuelle exacerbent les passions, elles expliquent le chaos. Du côté des émeutiers, on combat l’imposture du nouveau pouvoir qui a trahi les soviets. Les bandes armées se présentent comme des « vengeurs », comme les « authentiques défenseurs des opprimés ». Elles se livrent à de terribles exactions : empalement, enterrement vivant, émasculation, crucifixion des fonctionnaires qui leur tombent sous la main.
Du coté du parti-Etat, la riposte n’est pas moins terrible. Tous les moyens de la guerre moderne – mitrailleuses, artillerie, aviation, gaz de combat – sont utilisés contre les villages insurgés. Des « détachements d’extermination » – leur nom officiel – sont chargés de « nettoyer » le terrain. A l’entrée de certains villages, on peut lire, écrit de la main des enfants : « Ne nous tuez pas ! »
Antonov et Makhno, destins parallèles
Moscou réussit à faire croire que la résistance paysanne est l’alliée de « l’impérialisme », dont des troupes interviennent en Russie au même moment. Ce mensonge finit par devenir vérité tant il correspond au cadre idéologique souhaité. L’attachement à la terre de ceux qui la travaillent, la sauvegarde de la propriété privée sont des maux absolus pour les marxistes. Les paysans, pétris de leurs traditions, incarnent l’arriération, une classe forcément hostile aux « lumières » apportées par les révolutionnaires. Leur élimination est une nécessité pour la réussite du projet bolchevique. En fait, les campagnes ne se soulèvent pas contre les idées communistes mais contre les bolcheviks qui ont confisqué l’Etat à leur profit. Après des siècles de soumission, le paysan s’est mis à goûter à la liberté en février 1917, c’est cette conquête qu’il défend. Les structures collectives que le nouveau pouvoir veut mettre en place sont qualifiées de « second servage ». Entre Moscou et les campagnes, le divorce est total : à la volonté de tout contrôler des bolcheviks s’oppose l’irréfragable désir d’indépendance du monde paysan.
En juin 1918, Lénine s’entretient avec Nestor Makhno, un révolutionnaire ukrainien, anarcho-communiste. Makhno va lever, quelques mois plus tard, une « Armée insurrectionnelle ukrainienne » qui sera d’un secours inestimable pour les Rouges, dans leur guerre contre les Blancs. Ces derniers une fois vaincus, Moscou se retournera contre les makhnovistes pour les écraser. L’entrevue de juin 1918 avec Lénine est un échange entre deux révolutionnaires qui n’ont pas la même vision de l’avenir. Dans ses Mémoires, l’anarchiste ukrainien revient sur cette conversation. Pour Makhno, la révolution est « un moyen de se libérer du joug du seigneur et du riche koulak, mais aussi de leur valet : le pouvoir politique et administratif du fonctionnaire ». L’incompréhension de Lénine est manifeste : « Il me reposa trois fois la même question et s’étonna chaque fois que je lui fasse la même réponse, à savoir que les paysans avaient identifié sur place le mot d’ordre “Tout le pouvoir aux soviets” avec la conscience et la volonté des travailleurs d’agir par eux-mêmes, sans intermédiaires », rapporte Makhno.
« “Pensez-vous que cette interprétation de notre mot d’ordre par les paysans soit juste ? me demanda Lénine. 
– Oui, répondis-je.
– Dans ce cas, la paysannerie de votre région est contaminée par l’anarchisme, remarqua Lénine.
– Est-ce un mal ?
– Ce n’est pas ce que je voulais dire. Bien au contraire, il faudrait s’en réjouir, car cela hâterait la victoire du communisme sur le capitalisme et son pouvoir.
– C’est flatteur pour moi, dis-je à Lénine, en me retenant de rire.
– Non, non, je parle très sérieusement, assura Lénine. Mais je pense que ce phénomène n’est pas spontané : les propagandistes anarchistes l’ont suscité parmi les paysans et, tout aussi bien, ils pourraient rapidement disparaître…” »
Après la défaite de l’amiral Koltchak, à la fin de 1919, les paysans se trouvent libérés de l’hypothèque qui pesait sur eux, avec le risque d’un retour de l’ancien régime si jamais les blancs l’avaient emporté. Combattre les bolcheviks ne peut plus, dès lors, faire le jeu des nobles et des hobereaux. Les paysans repartent en guerre contre les Rouges. Le parti-Etat va devoir faire face à ce moment-là à deux insurrections de vaste ampleur. En février-mars 1920, les provinces de Kazan, d’Oufa et de Samara se soulèvent. Après le retrait des armées blanches, les Rouges s’y sont livrés à des réquisitions punitives particulièrement lourdes et brutales. La révolte paysanne, forte de plusieurs dizaines de milliers d’hommes armés de fourches, est une riposte aux exactions commises.
L’insurrection de « l’Aigle noir et du laboureur », comme elle est appelée, rassemble des paysans d’origine russe, mais aussi des Tatars et des Bachkirs. Tous dénoncent les réquisitions et tous refusent la politique athée du régime.
Moscou vient de déclarer la guerre à l’Eglise. Aux revendications sur la liberté et le droit de propriété s’ajoute la question religieuse. Dix mille hommes de troupe sont nécessaires pour écraser cette résistance. Trotski, qui s’est rendu sur place avant la grande bataille, avait suggéré de suspendre les réquisitions de céréales dans l’espoir de calmer les esprits. Une seconde insurrection s’étend de la province de Tambov aux régions de la moyenne Volga. Elle couvre des dizaines de kilomètres carrés et touche plus de 3 millions d’habitants dont 90% de ruraux.
Dotée d’une agriculture florissante, traversée par plusieurs voies ferrées, il s’agit d’une région nourricière pour Moscou, et d’un nœud stratégique. Ces intérêts expliquent la brutalité de la répression à venir.
La résistance prend forme en mai 1920 avec le programme adopté par le Congrès régional paysan de Tambov. Les paysans y réclament l’abolition du parti communiste, la convocation d’une Assemblée constituante sur la base du suffrage universel, l’instauration d’un gouvernement provisoire composé de tous les partis et de toutes les organisations qui ont pris part à la lutte contre les bolcheviks. Ce Congrès régional revendique également le retour de la terre à ceux qui la travaillent, l’abolition des réquisitions, la fin de la division des travailleurs en classes sociales. L’assemblée décide par ailleurs de reconnaître tous les partis, à l’exception des Centuries noires monarchistes, et se prononce pour la dissolution des organisations bolcheviques, jugées « nuisibles au peuple travailleur ».
Alexandre Antonov, un ancien socialiste-révolutionnaire de gauche, âgé d’une trentaine d’années, prend la tête de la révolte. Originaire de Tambov, Antonov a participé à plusieurs « expropriations » à l’époque tsariste. Ses actions lui ont valu une condamnation à la prison à vie sous l’ancien régime. Libéré après la révolution de février 1917, il rejoint les SR de gauche, s’active dans les soviets où son parti est majoritaire. Il se heurte déjà aux bolcheviks qui veulent prendre le contrôle des conseils ouvriers et paysans. La dissolution de la Constituante en janvier 1918, puis le bâillonnement des soviets, poussent Antonov dans la clandestinité. Réfugié dans les bois de sa région natale, à la tête d’une bande armée, il entame des actions de guérilla contre le pouvoir. Au moment où les paysans se soulèvent contre les réquisitions, il se joint à leur mouvement. En 1920, il est devenu le héros de la région. « Au début d’août 1920, la bande d’Antonov apparut pour la première fois dans le bourg d’Afanassieva et elle comptait à peine 60 hommes, précise un rapport secret de la commission de l’état-major. Les méthodes maladroites, cruelles, de la Tchéka provinciale (…), les mesures dépourvues de tact à l’égard de la paysannerie hésitante ont ému la masse et donné des résultats négatifs, contraires à leur but, poursuit le rapport : la bande ne fut pas définitivement liquidée, elle se dispersa et ensuite elle grandit progressivement, elle atteignit des dimensions très importantes en se répandant de jour en jour dans la province. » Antonov réussit bientôt à rassembler sous ses ordres jusqu’à 50 000 hommes. L’auteur du rapport souligne les qualités de ce chef, « un personnage exceptionnel avec un grand talent d’organisateur, (…) un promoteur brillant des idées socialistes-révolutionnaires et des mots d’ordre de démocratie intégrale et d’assemblée constituante ». Les actions menées par l’« armée d’Antonov » sont détaillées : « Le mouvement prend la forme d’une lutte programmée et organisée contre les organes du pouvoir soviétique : on détruit systématiquement et obstinément les sovkhozes, les kolkhozes, les communes, etc. (…) Tous les organes du pouvoir soviétique ont été entièrement détruits et (…) les représentants des soviets sont infailliblement exterminés par les insurgés. »
Cette résistance paysanne se livre également à l’agit-prop, elle distribue des tracts, tient des meetings pour essayer de rallier à sa cause la population, les ouvriers et les soldats de l’Armée rouge. Parallèlement à la lutte armée, une guerre idéologique est engagée contre « l’usurpateur », le parti-Etat bolchevique qui a confisqué la révolution.
Pour Moscou, il ne s’agit pas seulement d’écraser cette résistance, il faut extirper l’esprit rebelle des campagnes. L’offensive contre les insurgés vise à rétablir l’ordre autant qu’à exterminer les coupables, et leurs familles avec eux. Une guerre totale répond à la guerre idéologique menée par les paysans. A la fin avril 1921, sur l’initiative de Lénine, et en réaction à sa demande d’une « répression des plus rapides et des plus exemplaires », Mikhaïl Toukhatchevski est nommé commandant en chef des troupes de la région. Ancien officier de la garde impériale entré au parti bolchevique en 1918, le général a toute la confiance du nouveau pouvoir. Il s’est illustré dans la guerre contre la Pologne, il vient de liquider la mutinerie de Kronstadt emmenée par des marins et des ouvriers qui voulaient préserver les acquis de la révolution de février 1917. Son alter ego politique dans la région, le président du Comité exécutif, est Vladimir Antonov-Ovseïenko. Cet ancien menchevik a rallié Lénine en juin 1917, en même temps que Trotski. Le général et le politique sont des nouveaux convertis au bolchevisme qui doivent se faire pardonner leur passé en faisant preuve de zèle révolutionnaire à Tambov.
Ils seront sans pitié.
Contre les insurgés, l’Armée rouge mobilise toutes ses forces dans la région, soutenues par les troupes de la Tchéka. Face aux 35 000 baïonnettes, aux 10 000 sabres, aux centaines de mitrailleuses, aux 60 canons, aux engins blindés, à l’aviation qu’aligne Toukhatchevski, l’armée paysanne, qui se déplace à pied ou à cheval, n’a pas les moyens de résister. Antonov-Ovseïenko rend compte à Moscou de l’offensive : « Les bandes de bandits qui avaient fortement fondu dès le mois de mai sous l’influence du revirement dans l’état d’esprit des paysans, ont subi des coups mortels dans la première moitié de juin [du 2 au 8, la deuxième armée d’Antonov a été défaite principalement par le détachement motorisé de Konopko] (…) ; des efforts convulsifs pour rétablir la situation ont donné aux bandits plusieurs succès ponctuels (…). Mais au début de juillet, même ces débris de bandes sont liquidés l’un après l’autre par nos unités. Sur 21 000 combattants, comptés par nos services de renseignement dans les rangs des bandes au début de mai, il s’en conservait en tout et pour tout quelques centaines vers la mi-juillet, les autres avaient été tués, ou bien ils s’étaient rendus, ou il s’étaient enfuis. »
Pour liquider le dernier carré des résistants, Toukhatchevski ordonne leur gazage, une solution radicale. « Les débris des bandes défaites et des bandits isolés se rassemblent dans la forêt et se livrent à des attaques contre des habitants paisibles, écrit le général dans l’ordre n° 171 du 11 juin 1921. 1)
La forêt où les bandits se cachent doit être nettoyée au moyen de gaz asphyxiants ; tout doit être calculé de façon que la nappe de gaz pénètre dans la forêt et extermine tout ce qui s’y cache. 2)
L’inspecteur de l’artillerie doit immédiatement fournir les quantités requises de gaz asphyxiants ainsi que les spécialistes compétents pour ce genre d’opération. »
Cette méthode d’extermination avait déjà été utilisée, sous les ordres du même général, contre les insurgés de Kronstadt en mars 1921. Des centaines de paysans insurgés sont gazés. La population n’est pas épargnée. Un autre ordre, pris ce même 11 juin 1921, avalisé par le Politburo à Moscou, précise les modalités de la punition à infliger : « Afin d’arracher définitivement toutes les racines du banditisme SR, le Comité exécutif ordonne ce qui suit : 
1) Les citoyens qui refuseraient de décliner leur identité seront fusillés sur le champ sans jugement.
2) La peine de prise d’otages peut être prononcée et ils seront fusillés si les armes ne sont pas rendues. 
3) En cas de découverte d’armes dissimulées, fusiller le chef de famille, sur-le-champ et sans jugement. 
4) Toute famille ayant hébergé un bandit est passible d’arrestation et de bannissement hors de la province, ses biens seront confisqués et le chef de famille sera fusillé sans jugement.
5) Le chef de toute famille ayant caché des membres des familles ou des biens des bandits sera fusillé sur place sans jugement. 
6) En cas de fuite de la famille d’un bandit, ses biens seront distribués aux paysans loyaux envers le régime soviétique, et les maisons abandonnées brûlées ou démolies. 
7) Cet ordre doit être appliqué rigoureusement et impitoyablement. Il en sera donné lecture aux assemblées de village. »
Dans son rapport envoyé à Moscou à la fin juillet, Antonov-Ovseïenko fait le bilan de cette campagne de terreur : « On a pris comme otages 3 430 individus, 913 familles. On a confisqué 157 exploitations, on a brûlé ou détruit 85 maisons. Dans la dernière semaine, le nombre de bandits et de déserteurs hors de combat a augmenté : il est passé à 16 000 ; celui des familles, à 1 500 ; celui des exploitations confisquées, à 500 ; celui des maisons brûlées et rasées, à 250. (…) Dans le district le plus rebelle, celui de Tambov, on a pris les mesures les plus sévères dans le canton de Beloe Mesto-Dvoïna, où les paysans, qui s’obstinaient à cacher les armes et les bandits, ne se sont rendus qu’après l’exécution de deux groupes d’otages koulaks. Au total, on a fusillé là-bas 154 bandits otages, on a arrêté 227 familles de bandits, on a brûlé 17 maisons, on en a détruit 24 … »
La prise d’otages comme méthode de représailles, la notion de culpabilité collective, et les camps de concentration de masse, l’arsenal de la terreur communiste, sont inaugurés à Tambov. Des villages entiers, toutes générations et sexes confondus, sont internés à ciel ouvert, en plein champ. 50 000 paysans environ, dont plus d’un millier d’enfants, subissent ce sort. Au total, 100 000 personnes allaient être emprisonnées ou déportées, et 15 000 exécutées.
A l’échelle d’un pays dont la paysannerie forme l’essentiel de la population et son socle culturel, l’écrasement de cette insurrection est l’un des événements les plus traumatisants qu’a connus la nouvelle Russie communiste. Au-delà de Tambov, c’est toute la paysannerie, dans toutes les provinces, qui est frappée par les répressions de 1920-1921, pour imposer la collectivisation. Avec les transferts de population, la division de la paysannerie en classes sociales artificielles, l’instauration des kolkhozes et des sovkhozes, la destruction de la religion et de la culture locale, c’est l’âme populaire de tout un pays qui périt à Tambov et ailleurs.
Le 8 septembre 1921, la Pravda affirme qu’Antonov a reçu « des directives de l’étranger et du Comité central du parti Cadet » (interdit) ; un rapport de la Tchéka adressé au Sovnarkom, le Conseil des commissaires du peuple, prétend de son côté que « la rébellion était organisée selon un plan général, avec le concours du capital anglo-français ». Après la liquidation physique des résistants, commence la stigmatisation de leur combat en salissant la mémoire des insurgés.
Un sort similaire est réservé à Makhno et à ses hommes, vaincus par l’Armée rouge au même moment, en cette fin de l’été 1921. L’anarchiste ukrainien une fois défait, la propagande de Moscou ne va plus cesser de le dénoncer comme un vulgaire mercenaire qui s’est mis au service des koulaks, comme un tueur féroce et un pogromiste forcené. Calomnier l’adversaire, dénaturer son combat permettent de justifier son extermination. Les similitudes entre Antonov et Makhno sont nombreuses. Ils ont le même âge, ils sont entrés au même moment en politique, avec la révolution de 1905, l’un et l’autre ont été condamnés à la prison à vie par la justice de son jeune âge. Libérés de prison après la révolution de février 1917, dans le cadre de l’amnistie générale décrétée par le gouvernement provisoire, ils ont chacun de leur côté condamné le coup d’Etat bolchevique d’octobre et dénoncé le tournant totalitaire léniniste. Ils ont par la suite commencé à mener leur combat contre le nouveau pouvoir depuis leur région d’origine – Tambov en Russie centrale pour Antonov, Goulaï-Polé en Ukraine pour Makhno –, et tous deux ont pris la tête de la résistance paysanne.
En revanche, leurs choix idéologiques diffèrent ; si Antonov est resté proche des socialistes-révolutionnaires de gauche, Makhno s’est toujours réclamé de l’anarcho-communisme. A leur égard, Moscou n’a pas mené la même politique. Antonov a été combattu dès le début par les bolcheviks, quand Makhno a été utilisé par eux avant d’être trahi. Alliés aux Rouges pour combattre les Blancs, les makhnovistes ont fini par être liquidés dès que le nouveau pouvoir n’a plus eu besoin d’eux.
A la suite de la paix signée à Brest-Litovsk, en mars 1918, l’Ukraine est occupée par l’Allemagne jusqu’à la défaite de novembre. Makhno ne reconnaît pas le gouvernement nationaliste qui s’installe alors à Kiev. Il met en place dans sa région, une Union des paysans pour promouvoir l’installation de communes agraires libres. L’entrée en force des armées blanches en Ukraine clarifie le sens de son combat. Avec ses paysans en armes, il se bat contre un retour de l’ordre ancien. Les Rouges trouvent en Makhno un allié de choix. Excellent guerrier, cavalier émérite, l’insurgé inflige de lourdes pertes aux Blancs dans des actions de guérilla éclairs. L’armée makhnoviste comprend jusqu’à trois divisions, plus de 50 000 hommes. Leurs uniformes et leurs armes, pris sur l’ennemi, sont hétéroclites, leur moral est de fer. Les combattants sont des hommes des campagnes, robustes, endurcis, habitués à vivre en plein air.
Pour Denikine, qui commande les armées blanches dans la région, puis pour Wrangel qui lui succède, les makhnovistes sont l’ennemi principal. Les deux généraux blancs leur opposent le meilleur de leurs troupes. Ce choix stratégique fait le jeu des Rouges qui voient les adversaires s’affaiblir mutuellement. Trotski est toujours resté méfiant à l’égard de Makhno. Il craint la contagion anarchiste dans ses propres troupes. En juillet 1919, des régiments rouges se révoltent, destituent leur chef et rejoignent l’Armée insurrectionnelle de l’Ukrainien. « Il vaut mieux céder l’Ukraine entière à Denikine que permettre une expansion du mouvement makhnoviste, estime à l’époque le chef de l’Armée rouge. Le mouvement de Denikine étant ouvertement contre-révolutionnaire, il pourrait aisément être compromis par la voie de la propagande de classe, tandis que la Makhnovtchina se développe au fond des masses et les soulève contre nous. »
Plus tard, lorsqu’il racontera l’épopée révolutionnaire bolchevique, Trotski précisera le danger que représentaient alors Makhno et ses idées, selon lui : « Dans cette “armée”, il n’y a aucun respect de l’ordre ou de la discipline, écrira Trotski (…). Les officiers ont été élus (…). Abusées, les masses armées deviennent un instrument aveugle aux mains des aventuriers (…). Il est grand temps de mettre fin à ce divertissement à demi koulak, à demi anarchiste. »
Le Congrès régional des paysans et des ouvriers qui se tient sur les terres makhnovistes en octobre 1919 adopte une « déclaration-projet » d’inspiration anarchiste : destruction de tout pouvoir politique ; réalisation de l’autogestion ouvrière et paysanne dans le cadre de soviets libres, sans partis politiques, groupés librement en fédérations ; organisation de l’échange direct des produits entre les villes et les campagnes. Le contraire du programme bolchevique univoque et centralisateur. Le mouvement animé par Makhno est populaire dans les campagnes, mais il souffre des faiblesses de son idéologie. La liberté totale de la presse, des organisations, des partis « révolutionnaires » qui est prônée, permet aux bolcheviks d’infiltrer la région, d’y noyauter les structures existantes, y compris l’armée des insurgés. Lorsque les Rouges retournent leurs armes contre Makhno, une fois les Blancs vaincus, le mouvement est pris en tenaille, sur le terrain militaire comme sur le plan politique, grâce à ce noyautage. Le 14 novembre 1920, les Blancs sont définitivement vaincus en Crimée, avec l’aide de Makhno.
Le 23 novembre, Lénine ordonne la liquidation des makhnovistes. La chasse à l’homme commence, elle va durer neuf mois à travers toute l’Ukraine. L’Armée rouge, la Tchéka, tout l’appareil du parti-Etat sont mobilisés dans cette nouvelle phase de la guerre civile. La popularité des insurgés auprès de la population est leur meilleure garantie, mais la terreur rouge gagne du terrain. Plusieurs fois blessé, repartant à chaque fois au combat, Makhno est finalement acculé, fin août 1921, près de la frontière roumaine. Il franchit le Dniestr avec les 250 hommes qui lui restent pour se mettre à l’abri. Il n’est pas vaincu, mais il ne représente plus de danger pour Moscou. Nestor Makhno se réfugiera finalement à Paris, il deviendra ouvrier chez Renault et mourra dans la misère en 1934. Les populations coupables d’Ukraine et de Crimée, comme celles de la province de Tambov et des régions de la moyenne Volga, n’en sont pas quittes pour autant. La famine qui frappe le pays en 1921-1922 les décime. La question de la résistance paysanne est temporairement réglée pour les bolcheviks.
Lu sous wikipedia concernant la révolte de Tambov :
« Les autorités bolchéviques ouvrirent sept camps de concentration, où au moins 50 000 personnes furent internées, principalement des femmes, des enfants, des vieillards, certains servant d’otages. La mortalité dans les camps atteignait les 15 à 20 % par mois. » […]
« Le soulèvement fut graduellement étouffé durant l’année 1921. Antonov fut tué en 1922, lors d’une tentative d’arrestation. Les pertes totales parmi la population de la région de Tambov sont estimées à 240 000 personnes au moins »
- En Ukraine les rebellions paysannes ne cessèrent pas. Les femmes y prirent une part importante.

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*    Nous laisserons à l'auteur la responsabilité de son propos.
J.M






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 LES ANARCHISTES DANS LA RÉVOLUTION RUSSE
Ces trois anarchistes russes n’ont jamais gagné leur lutte pour la liberté du peuple tel qu’ils la concevaient, mais ils ont fait beaucoup pour promouvoir des idéaux progressistes.
 

Nestor Makhno

« Cinq d'entre nous, frères orphelins, l'un plus petit que l'autre, ont été laissés entre les mains de notre pauvre mère, qui n'avait rien au monde. Je me souviens vaguement de ma petite enfance, privée des jeux et plaisirs habituels de l'enfant, gâchée par le besoin horrible et la pauvreté que notre famille a dû endurer, jusqu'à ce que les garçons grandissent suffisamment pour gagner leur vie », a écrit dans ses mémoires Nestor Makhno, le plus célèbre anarchiste de l'époque de la Révolution et de la guerre civile survenues au début du XXe siècle en Russie. De cette pauvreté et ce désespoir épouvantables est né un leader qui a brisé le monopole des principales forces politiques apparues à l'époque, qui combattaient dans une âpre lutte pour le pouvoir - les Rouges (révolutionnaires) et les Blancs (loyalistes).

Makhno est devenu le représentant et, parfois, le chef de file de la troisième force de la révolution russe (bien qu'elle se soit principalement manifestée sur le territoire de l'Ukraine contemporaine) - le mouvement paysan, qui est intervenu avec force lors de la dernière phase de la guerre civile. Les bolcheviks victorieux l'ont écrasé, mais ils ont dû faire des concessions aux paysans.

Quoi qu’il en soit, Makhno n’a pas toujours été l’opposant des bolcheviks. Ils avaient beaucoup de choses en commun en termes d'idéologie, car Makhno soutenait les idées anarcho-communistes. Il a fait des alliances avec les rouges à plusieurs reprises, créant un front commun pour combattre les blancs.

Makhno et des dizaines de milliers de combattants anarchistes paysans sous son commandement ont contribué à la défaite des partisans de l'ancien régime. Il était également habile dans la lutte contre les bolcheviks. Considéré comme l'un des meilleurs praticiens de la tactique de guérilla, ses régiments massifs s’évaporaient juste après les batailles pour refaire surface à l'endroit où on les attendait le moins et porter un coup fatal.

Makhno a essayé de matérialiser ses idéaux politiques anarchistes - les « soviets libres », des conseils autonomes détenant la plupart du pouvoir. Cependant, « les Soviets libres de Makhno n’auraient pu exister qu'avec une autorité faible... Quel qu’eût été le vainqueur, les Rouges ou les Blancs, un État centralisé fort aurait émergé de toute façon », fait valoir l'historien Vassili Tsvetkov. Makhno a émigré et terminé ses jours en France au milieu des années 1930.


Piotr Kropotkine

 

Piotr Kropotkine, parfois qualifié de père de l’anarchisme russe, a passé une jeunesse aux antipodes de celle de Makhno. Né dans une famille aristocratique de propriétaires terriens, il possédait le titre de prince. Il a servi comme aide de l'empereur Alexandre II et a été reconnu comme un scientifique accompli, exerçant comme géographe. Pourtant, sa vie a connu un tournant quand il a embrassé la révolution.

Il s'est impliqué dans l’activité révolutionnaire qui a balayé la Russie dans la seconde partie du XIXe siècle, a été emprisonné mais a réussi à s'échapper et a vécu à l'étranger en développant les principes de sa théorie anarchiste. En 1910, il a donné la définition suivante de l'anarchisme pour l'encyclopédie Britannica : c'est « le nom donné à un principe ou une théorie de la vie et de la conduite selon laquelle la société est conçue sans gouvernement - l'harmonie dans une telle société étant obtenue non par soumission à la loi ou par obéissance à une autorité, mais par des accords libres conclus entre les différents groupes... »

En même temps, il rompit avec les bolcheviks après la révolution de 1917, bien que ces derniers voulussent utiliser son nom et son expertise. « Je ne peux me réconcilier avec aucun gouvernement », disait-il.
 

Mikhaïl Bakounine

 

Comme Kropotkine, Mikhaïl Bakounine était un anarchiste au passé aristocratique. Il est né en 1814 dans la famille de nobles héréditaires. Comme Kropotkine également, il a servi dans l'armée, en tant qu'officier d'artillerie, mais s'en est vite lassé et a quitté la carrière militaire.

À partir du milieu des années 1830, Bakounine s'est plongé dans l'étude de la philosophie contemporaine, principalement les écrits de Hegel. Bakounine a qualifié plus tard l'enseignement de Hegel d’« algèbre de la révolution ». Pour approfondir sa maîtrise de la philosophie hégélienne, Bakounine est allé à Berlin.

Il a participé aux événements de la révolution de 1848-1849 en Europe, s’impliquant dans le soulèvement de Dresde. Son frère d’armes était alors le compositeur Richard Wagner. « À Dresde, la bataille dans les rues a duré quatre jours… Presque tous les rebelles étaient des travailleurs des usines environnantes. Dans le réfugié russe Mikhaïl Bakounine, ils ont trouvé un chef expérimenté et à la tête froide », a écrit Karl Marx au sujet des événements, Marx ayant eu de vifs débats avec Bakounine par la suite lors de la première Internationale. Pour cela, ainsi que pour ses tentatives antérieures d'unir les nations slaves afin de combattre la domination autrichienne dans l'empire des Habsbourg, il a été condamné à mort à deux reprises - à la fois en Saxe et en Autriche - mais dans les deux cas, la peine a été commuée en réclusion à perpétuité. Le révolutionnaire a finalement été extradé vers la Russie.

Là, il a de nouveau été emprisonné et a passé plusieurs années derrière les barreaux avant d'être exilé en Sibérie. Dans les geôles autrichiennes, il avait été enchaîné par les mains et les pieds alors que dans la prison russe. Au début des années 1860, il quitte la Russie pour la deuxième fois afin d’organiser une révolution de l'étranger. En 1863, il soutient le soulèvement des Polonais contre l’Empire russe, mais la tentative est rapidement écrasée. Il déménage en Italie où il rencontre Garibaldi et crée la Fraternité internationale, une organisation secrète de révolutionnaires qui avait des cellules dans de nombreux pays européens.

C’est en Italie qu’il a élaboré son enseignement anarchiste. Ses arguments étaient dirigés contre l'État : « S'il y a un État, il doit y avoir domination d'une classe par une autre et, par conséquent, esclavage ; l'État sans esclavage est impensable - et c'est pourquoi nous sommes les ennemis de l'État ». Dans cet esprit, il n'était pas d'accord avec les marxistes. Il a déclaré que « lorsque les gens se font frapper avec un bâton, ils ne sont pas beaucoup plus heureux si on l'appelle "bâton du peuple" », le terme « bâton » faisant référence à l'État. « En s'efforçant de faire l'impossible, l'homme a toujours réalisé ce qui était possible », stipule l'une des citations de Bakounine sur sa pierre tombale dans un cimetière de Berne.



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 Petliura et Makhno - Suivi de "Union de concurrents: Batko Makhno/Ataman Petlura" . Suivi de "Nestor Makhno dans le dictionnaire des anarchistes.

 
Petliura et Makhno - Suivi de  "Union de concurrents: Batko Makhno/Ataman Petlura" . Suivi de "Nestor Makhno dans le dictionnaire des anarchistes.
 
Symon Petliura alimente encore de nos jours de vives controverses à propos du sort réservé aux Juifs en Ukraine durant les  années  où il fut homme de guerre et  exerça  les fonctions de chef d’État (1917-1920).
Ce responsable nationaliste fut assassiné en 1926 à Paris par un jeune anarchiste juif qui affirma lors de son procès avoir été motivé par l'unique désir de venger les pogroms d’Ukraine, mais qui fut aussi soupçonné d'avoir été manipulé par les bolcheviques.
La dichotomie des opinions et des jugements concernant Petlioura trouve son origine dans les « camps » d’appartenance respectifs : celui de ses admirateurs Ukrainiens, ou celui des membres de la communauté juive qui refusent la négation ou l’oubli.
 
Il en va de même pour un autre chef de guerre ukrainien de cette tragique époque, l’anarchiste Nestor Makhno, qui souleva les masses paysannes de l’Ukraine profonde et, tantôt allié, tantôt adversaire, combattit simultanément ou alternativement les Bolchéviques, les Blancs .... et Petlioura  lui-même.

Tous deux furent accusés d’antisémitisme plus ou moins caractérisé pour avoir sinon organisé, du moins laissé se développer sans réaction les nombreux pogroms dont fut alors victime la communauté juive d’Ukraine.
Sans ressusciter une polémique sulfureuse à propos des comportements de chacun de ces deux Ukrainiens devenus des personnages historiques, il convient de replacer ces comportements  ou attitudes dans le contexte de la période.
 
- La forte présence d’une communauté juive d’implantation séculaire en Ukraine, dont l’émancipation la conduisait à prendre un poids économique (relatif) jalousé par la paysannerie ukrainienne, constitue l'un des éléments de la problématique en question.
- Une influence culturelle grandissante de cette même communauté a sans doute attisé des rancœurs dans l'intelligentsia et la bourgeoisie ukrainiennes.
- Les prêches d’un clergé « basique » orthodoxe ancré dans des préjugés religieux ancestraux ont dû vraisemblablement contribuer à la stigmatisation des juifs.
- Il faut y ajouter un « état d'esprit » hérité de l’Empire russe. En effet ce dernier avait longtemps imposé aux Juifs un statut dont le moins que l’on puisse dire est qu'il ne leur était pas très favorable. Nombre de Juifs  ont en conséquence adhéré aux divers mouvements révolutionnaires qui ont précédé la révolution de 1917. Le comportement des couches populaires ukrainiennes a donc été expliqué également par le fait que les Juifs avaient fourni au parti bolchevique tout à la fois d’éminents théoriciens, des cadres, et des partisans "zélés" dans la répression.
- Enfin l’histoire partagée de la Pologne et de l’Ukraine, ainsi que leur proximité géographique immédiate, notamment dans le sud, ne sont pas à négliger.
A l’époque des pogroms ukrainiens la population juive de Pologne, forte au moins de 3 millions d'âmes, (près de 10% de la population totale ) bénéficiait d’une culture affirmée, faite d’une langue spécifique et d’une pratique religieuse solidement étayée. Elle était cependant victime d'un antisémitisme prononcé, antisémitisme au demeurant largement alimenté par un clergé catholique traditionnellement très influent dans le pays. 
Tout ceci n’a pas été absent des événements d’Ukraine. 

Si les historiens parviennent à s’accorder sur la difficulté d’attribuer des responsabilités évidentes ou claires à Symon Petlioura et Nestor Makhno, ils restent partagés sur leur degré d’implication dans ce que l’on pourrait appeler la fureur antisémite de l’époque.
De nos jours la polémique n’est pas éteinte : les partisans de Petlioura et Makhno rejettent l’accusation portée contre ces derniers d’avoir inspiré, encouragé ou « commandité » les pogromistes. Pour leur part, les Juifs soucieux de perpétuer le souvenir des persécutions subies par leur communauté imputent aux deux chefs militaires une responsabilité dans les massacres perpétrés. Il faut préciser que l’entreprise hitlérienne d’extermination du peuple juif vécue ultérieurement (shoah 39-45) leur confère,  à travers le temps, une "légitimité mémorielle". 

S’agissant de Petlioura, nombre de ses épigones ou thuriféraires réfutent les assertions le concernant et préfèrent avant tout lui rendre hommage pour son combat en faveur d’une Ukraine libre. Il est donc célébré aussi bien dans les sphères gouvernementales ukrainiennes actuelles que dans celles de l'émigration (non juive s'entend).

Makhno, pour sa part, ne bénéficie pas de la même notoriété, et son culte ne survit que dans la sphère restreinte des anarchistes relevant d'une sorte de « canal historique ».
Il faut dire que le régime soviétique s’est acharné à le déconsidérer, et qu’il n’a eu ni les hautes responsabilités politiques ni la dimension culturelle de Petlioura.
 
Qu’en est-il dans l’Ukraine actuelle ? Elle compte un nombre considérablement réduit de Juifs par rapport à la période prérévolutionnaire. Ceci est dû à une forte émigration en Amérique et en Israël, émigration très largement suscitée par les persécutions subies. La communauté juive ukrainienne  connaît cependant une curieuse situation : certains de ses membres occupent d’éminentes fonctions politiques, dont celle de chef de l’État, et elle comporte dans la vie économique des  « oligarques » influents … alors que l’on a pu noter la résurgence de mouvements de type néo-nazi lors des événements qui ont accompagné ou suivi Maïdan.
Soit dit en passant, ceci n’est pas sans rappeler la France de 1936, dans laquelle s'exprimait un antisémitisme virulent tandis que des hommes politiques d’origine juive (Blum, Mandel, Moch …) occupaient des postes de très haut niveau dans la vie  du pays.

Jean Maïboroda

 
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  • https://topwar.ru/58333-soyuz-konkurentov-batko-mahno-i-ataman-petlyura.html
  • Histoire
 
OBSERVATIONS :
 
  • Traduction automatique  plutôt approximative. Correction par personne qualifiée souhaitée.
  • Diatribe qui éclaire les divergences idéologiques de l'époque .
          JM


 

Union de concurrents: Batko Makhno et L'Ataman Petlura




 
 
 

Союз конкурентов: батько Махно и атаман Петлюра

Rencontre anarchiste et nationaliste

Colère 
douloureuse

 
L' Ukraine a toujours été un lieu pour diverses idéologies et courants radicaux. Depuis les années 1870, le mouvement anarchiste y est en plein essor. Au début du 20ème siècle, deux des trois plus grands centres de l’anarchisme dans l’Empire russe se trouvaient en Ukraine - à Odessa et Ekaterinoslav (maintenant Dnipropetrovsk). Pendant la révolution russe de 1905-1907, l’un des anarchistes les plus célèbres du monde, l'Ataman Nestor Makhno, a commencé son action dans la province d’Ekaterinoslav.

Cette activité pouvait très rapidement se terminer par la potence - le jeune travailleur Nestor ne distribua pas les pamphlets du prince Kropotkine, et se livra à la terreur et aux expropriations. Mais le nœud coulant a été remplacé par un dur labeur. Au printemps 1917, Makhno, au zénith de la gloire, libéré par la révolution de la condition de prisonnier politique, retourne dans son village natal de Gulyaipolie. Les passions politiques couvent ici, divers partis se battent pour l'adhésion des paysans locaux, ainsi que des travailleurs, qui étaient également nombreux à Gulyaipolie. Presque tous les agitateurs de partis sont des socialistes de tendances différentes, ils ne diffèrent que par le degré de radicalisme et même par l’attitude à l’égard de la question ukrainienne. Le groupe Gulaipoloe d’anarchistes-communistes dirigé par Makhno s’est déclaré international.

Se déclarant contre toutes les parties « menant une sale lutte de cartel pour le pouvoir », l’anarchiste Makhno 
avait une méfiance particulière à l'égard des nationalistes ukrainiens. Il les qualifiait de chauvins. Dans ses mémoires, Makhno a écrit que les chauvins ukrainiens « irritaient tous les révolutionnaires, le qualifiant de « traîtres de la nanka de l’Ukraine » et de défenseur de « Katsapiv » qui sont « l’idée » de l’Ukraine centrale heureuse ... J’ai dû tuer, « le yak était dans le moi." » Cette idée a offensé les paysans. Ils ont sorti les prédicateurs du podium et les ont battus. Ce sermon des chauvins-ukrainiens a poussé la population active du district de Gulaipolié sur la voie de la lutte armée avec toutes les formes d’Ukraine isolée, parce que la population a vu dans ce chauvinisme, qui était en fait l’idée directrice de l’Ukraine, la mort pour la révolution.

 
 
Nestor Makhno (à l’extrême gauche dans la rangée du bas) avec un groupe d’anarchistes gulaipol, 1909. Source : makhno.ru


Et Nestor Makhno, sans aucun doute, était d’origine ukrainienne, mais du sud-est de l’Ukraine. Il a ensuite exprimé son attitude à l’égard du problème de la langue ukrainienne dans ses mémoires. À l’été 1918, Nestor se rendit à travers l’Ukraine de Hetman : « Et moi, ne connaissant pas ma langue maternelle ukrainienne, j’ai été forcé de le défigurer tellement dans ses appels à ceux qui m’entouraient que c’est devenu une honte ... J’ai un peu réfléchi à ce phénomène; et, à vrai dire, cela m’a causé une colère douloureuse... On peut supposer que la base de son rejet de l’ukratérialisation était le complexe habituel de l’ukrainien oriental. Depuis longtemps déjà résigné à la russification, mais a farouchement résisté que sa conscience a de nouveau percé à travers le genou, cette fois dans la direction opposée.

Cependant, les problèmes linguistiques n’étaient pas les principaux dans les différences entre le père anarchiste et les nationalistes ukrainiens. Et à la fois avec leur aile conservatrice de droite face aux Hetmans, et avec la gauche - avec Petlurov et socialistes similaires. Tous, de son point de vue, n’étaient que des traîtres bourgeois. La seule exception pourrait être la gauche ukrainienne SS et les nationalistes d’extrême gauche comme les « esers-communistes » des combattants.


Trahison nationale Très vite, le décalage entre les bolcheviks et les anarchistes d’une part et les nationalistes ukrainiens d’autre part du plan du théorique est passé à l’armée.

Au début du mois d’avril 1918, les troupes de la République populaire ukrainienne (UNR) « socialiste » reprennent aux bolcheviks Ekaterinoslav et se déplacent à Gulaipol. Ici, au cœur du mouvement Makhnov, a également mûri une conspiration, dont le noyau était composé d’anciens officiers ukrainiens A. Volokh, L. Sakhno-Prikhodko, O. Solovey, T. Bull, agronome Y. Domashenko. Ils ont été aidés par certains traîtres, comme un membre du groupe Gulaipol des communistes anarchistes Lev Schneider et Makhnovets Vassili Sharovski.

Makhnovets Nazarius Suychenko a décrit ce coup d’État à Gulaipol: « Les conspirateurs ont remplacé la compagnie de garnison en service
par une compagnie juive (centrale), influencée par la communauté juive, intimidée par les nationalistes. Il a joué un rôle décisif dans l’arrestation des membres du Comité révolutionnaire, du Conseil des travailleurs et des députés paysans, membres actifs d’un groupe de communistes anarchistes. Lev Schneider, notre ancien membre du groupe, a été le premier à entrer par effraction dans les locaux du bureau de notre groupe, où il a arraché des banderoles, arraché les murs et piétiné sur ses pieds des portraits de Bakounine, Kropotkine, le défunt chef de bande Sasha Semenyuta. Les conspirateurs qui sont entrés dans les occupants à Gulyaipol ont présenté nos canons, nos mitrailleuses, plusieurs centaines de fusils en cadeau, et au rassemblement, le même Leo Schneider a prononcé un discours ignol. Mais les Haidamaks ne l’ont pas positionné et ont quand même sonné des slogans « Bei Katsaps et juifs - sauvez l’Ukraine! » Sharovsky s’est comporté différemment et, au dernier moment, a tout de même averti les anarchistes de Gulipol du danger qu’ils couraient.


 
 
Pavlo Skoropadsky. Source : ar25.org


Les Makhnovts n’ont pas eu le temps de compter avec les socialistes nationalistes de l’UNR pour un coup d’État, le 29 avril, le Conseil central lui-même a été victime d’un coup d’État organisé par leurs propres alliés allemands. Les Allemands portent au pouvoir l’hetman Pavlo Skoropadsky, qui a fait le balance entre les propriétaires nationalistes ukrainiens réactionnaires et les russes noirs et blancs. Les Makhnovites ont remboursé le régime conservateur de l’hetman, non pas par peur, mais par la conscience qui a aidé les Allemands et les Austro-Hongrois à pomper des ressources hors d’Ukraine et à voler la population. En coordination avec Lénine et le gouvernement soviétique, Makhno retourne dans la région de la ville et organise une guérilla impitoyable contre les Haidamaks et les occupants.

Skoropadsky a tout à fait justifié son nom de famille - est tombé bientôt. Mais même après que les sociaux-démocrates ukrainiens et les SS ont restauré la république à la fin de 1918, Makhno a continué à se concentrer sur l’alliance avec le gouvernement soviétique. Malgré toutes les contradictions et le dénouement tragique qui s’en est suivi, le seul allié stratégique de son armée a toujours été les bolcheviks. Et ici, ce n’est pas dans les préférences personnelles - telle était la nature de la révolution sociale en Ukraine, dont différents groupes étaient les bolcheviks-communistes et les anarchistes-communistes. Dans l’armée elle-même, dans les postes de commandement étaient, en plus des anarchistes orthodoxes, et les SS de gauche, et les communistes de gauche. Mais les nationalistes ukrainiens radicaux, même de gauche, n’ont pas été autorisés à entrer dans « l’armée de batka Makhno ». Cependant, parfois dans le choix des alliés et le principe Nestor Ivanovitch avait des exceptions.
Traité avec les Petlurovs - 1 En décembre 1918, lorsque le pouvoir hetmano-allemand s’est désintégré et que les forces du Don blanc et des Petlurovs ont rivalisé dans la lutte pour le territoire de l’Ukraine, le détachement de Makhno était dans une situation difficile - les rebelles manquaient désespérément d’armes et de munitions.


Et puis l’ancien tsariste colonel Horobec est entré en contact avec les Makhnov au téléphone. Il était le chef de la province d’Ekaterinoslav sous l’hetman monarchiste, car « l’ukrainité sythe » a été laissée par le commissaire de la province d’Ekaterinoslav et sous le socialiste Petlura. Le quartier général de Machno accepta la proposition du commissaire provincial. Après des négociations avec Horobts, un contrat a été conclu - l’armée Makhnov a reçu des armes des Petlurovs, en retour, a permis au Directoire de l’UNR de mener une mobilisation sur son territoire. Le commissaire-colonel Horobets a immédiatement expédié aux rebelles un wagon de munitions et un demi-wagon de fusils - « self-ish » avait besoin de tout allié dans la lutte contre les partisans de « la Russie unie et indivisible ». Selon les mémoires de Chubenko, pour un pot-de-vin décent dans un entrepôt d’artillerie, les rebelles ont réussi à obtenir des bombes et des explosifs - alors les fondations de la corruption, si endommagées l’Ukraine?


 
 
Unr Army during field training, 1918. Source : wikimedia.org


Cependant, dès que les membres du quartier général de Makhnov allaient rentrer, sont montés dans la voiture, car des Petlurov armés ont fait irruption en eux. Horobets, furieux, brandit un télégramme informant que Makhno avait pris Sinelnikovo et coupé la compagnie républicaine. Chubenko a réussi à convaincre le commissaire Petlurov qu’il s’agissait d’une provocation, et les Makhnov ont été libérés. Mais sur le chemin du retour à Nijnidneproovsk, ils ont également été très inhospitaliers rencontrés par les alliés bolcheviques. Pourquoi êtes-vous allé aux Petlurov ? Chubenko a dû résoudre le secret: initialement, aucune alliance avec les nationalistes n’était prévue, le traité - une fiction pour obtenir des armes et des munitions des autorités de l’UNR. Cependant, les bolcheviks n’étaient pas très convaincus. Mais ils ont quand même accepté le délégué de Makhnov au gouvernement provincial d’Ekaterinoslav avec un rugissement.

Cependant, très vite, Makhno a montré aux Petlurovs et a prouvé aux communistes ce que ce traité valait - le 27 décembre, ses détachements avancés avec les bolcheviks sous le couvert de travailleurs de la route ont infiltré Ekaterinoslav et se sont soudainement effondrés sur les parties de l’UNR.
Après une bataille acharnée, Ekaterinoslav fut repris aux Petlurov. Bien que les rebelles, qui ont subi de lourdes pertes, aient dû quitter le centre provincial bientôt, la question de leurs relations avec la république ukrainienne a été entièrement clarifiée.

Le 12 février 1919, le deuxième Congrès des soldats rebelles de première ligne, des travailleurs et des conseils paysans du district de Gulaipol a eu lieu, où les Petlurov, ainsi que les partisans de Skoropadsky, n’ont pas été nommés comme « bourreaux et voleurs qui ont tenté de libérer les travailleurs ukrainiens ». Mais lors du congrès, la question de l’attitude vis-à-vis de l’UNR a fait surface. Lavrov, porte-parole de l’armée rebelle, membre de la présidence du Congrès, a déclaré: « Le gouvernement du Directoire a mobilisé des soldats pour lutter contre le speedfall; mais compte tenu du fait que le peuple ne s’est pas arrêté sur la plate-forme de construction du Directoire de la Nouvelle Vie, et est allé plus loin, et ne voulant pas mener une guerre fratricide, autorisé la délégation à savoir au siège de Batka Makhno, s’il est en contact avec Petlura et s’il est possible d’aller au Répertoire ukrainien du peuple. Makhno lui a répondu qu’il n’avait conclu aucun accord avec Petlura et qu’il était impossible de se rendre au Directoire en raison d’actions militaires.

En déchiffrant l’exposé officiel des événements, il faut tenir compte du fait que dans le mouvement Makhnov  et parmi la population de la région contrôlée, l’attitude à l’égard de l’UNR pourrait également être ambiguë. L’armée Makhnov ne peut pas être qualifiée de purement anarchiste - c’était un mouvement paysan rebelle de masse avec une variété de sentiments, jusqu’à antisémite. Tout d’abord, Makhno lui-même, son quartier général et un groupe d’anarchistes communistes et un groupe d’anarchistes y ont apporté une organisation et une idéologie claire. Par conséquent, on peut supposer que la phraséologie radicale de Lavrov cache le désir de certains soldats de première ligne de s’allaire avec le Directoire Petlurov - et pas seulement pour éviter une « guerre fratricide ». Une partie seulement de la paysannerie « possible » d’Ekaterinoslavchtchina modèle d’un État modérément social-démocrate pourrait être beaucoup plus proche de la Makhnov, bien que libre, mais la commune soviétique. Cependant, la force était derrière les commandants sur le terrain du groupe Gulipol, qui se considéraient comme des anarchistes, et devaient « oncles » des soldats de première ligne de la Grande Mikhaïlovka au lieu du Directoire du peuple pour se rendre au gouvernement provisoire paysan de Kharkiv.

Makhno et Petlura - deux beau-fils de la révolution ukrainienne
Pourquoi l’alliance entre Makhno et Petlura était impossible?

Après tout, si vous regardez ces dirigeants les plus éminents de la guerre civile en Ukraine, ils peuvent trouver beaucoup de similaires. Cependant, il existe des différences encore plus irréconciliables entre eux. Bien qu’ils viennent tous deux de la rive gauche, seule Petlura est du « cœur de l’Ukraine », le traditionaliste Poltava et Makhno de l’exubérante région cosaque. Mais Petlura est issu d’une riche famille bourgeoise, étudiante au séminaire. Et Makhno vient des paysans pauvres. Avant Petlura, il y avait un vrai choix de devenir prêtre, fonctionnaire ou d’aller à la révolution. L’alternative de Makhno à l’activité révolutionnaire n’était que la part peu enviable de l’ouvrier ou du travailleur du propriétaire foncier ukrainien d’un entrepreneur juif.


 
 
Simon Petlura, 1918. Photo : RIA Novosti


Et dans la révolution, sur la base de leurs « opportunités de départ » initiales, ils se sont séparés. Petlura, instruit, a fait carrière dès le début à la tête de RUP-USDRP. Il avait également un « aérodrome de réserve » - une spécialité de comptable et de travail éditorial. Et après la défaite de la révolution de 1905-1907, les « exami » et les militants sans tache Petlura sont passés à des activités professionnelles. Mais Makhno dès le début a dû se f fanter avec un revolver à la main. Et après la défaite de la révolution, il n’avait tout simplement pas le choix, il ne pouvait pas déposer les armes. Par conséquent, l’éducation de Makhno, qui a miraculeusement échappé au cintre, a dû entrer dans le château de la prison butyrsky. Dans l’ensemble, et après la Révolution de Février et la libération pour lui, peu de choses ont changé - personne ne s’attendait à ce que l’ancien prisonnier politique de la province ne soit à la Douma, ni à la Rada centrale. Mais le pouvoir et l’autorité des Soviets révolutionnaires sont essoyé de l’énergie bouillante de figures telles que Nestor Ivanovitch.

Des personnalités aussi  différentes pourraient-elles être d’accord ? Si cela ne tenait qu’à eux, ce serait possible. Mais derrière eux se trouvaient leur entourage, leurs partis, leurs organisations et, surtout, ces masses de personnes dont ils exprimaient les intérêts. Makhno est la majorité de la paysannerie et une partie des travailleurs du sud-est de l’Ukraine. Derrière la tête ataman Petlura - intelligentsia, officiers ukratérisisés et une partie riche de la paysannerie, principalement de l’Ukraine centrale. En termes sociaux de l’époque, l’union entre eux était impossible. Mais le chaos de l’environnement militaire a dicté ses règles.

Batko contre Ataman

Dans le même temps, dans le sud de l’Ukraine, l’étoile d’un autre commandant de campagne - Ataman Grigoriev.

Ancien officier de l’armée tsariste, il sert à Skoropadsky, mais prend une part active au soulèvement contre l’hetman. N’ayant pas reçu le poste de ministre militaire à l’UNR, des Petlurovs passe du côté de l’Armée rouge. Grigoriev a reçu l’Ordre du Drapeau rouge pour avoir pris Odessa troisième dans la République soviétique. Makhno est quatrième. Mais Grigoriev préfère se l’amitié non pas avec les communistes, mais avec les militants de gauche. Cette faction anti-bolchevique et, bien sûr, les ambitions napoléoniennes personnelles poussent Grigoriev à l’opposition contre les bolcheviks. Et en mai 1918, il a soulevé une rébellion qui représentait une menace mortelle pour le régime communiste en Ukraine.


 
 
Caricature soviétique d’Ataman Grigoriev, 1919. Source : wikimedia.org


De manière caractéristique, Grigoriev s’est rendu au soulèvement sous des slogans nationalistes, mais avec une teinte de gauche. On peut dire qu’il était à ce moment-là « à gauche » de Petlura. Grigoriev - pour l’Ukraine soviétique, seuls les Soviétiques devraient être ukrainiens. Cependant, depuis les positions du nationalisme d’extrême gauche, l’ataman vert de Tripoli à Kiev et d’autres commandants sur le terrain ont pris la parole. Mais dans la station, Ataman Grigoriev a été informé que 80% des sièges dans les autorités seront attribués à des Ukrainiens de souche, et les Juifs, par exemple, seulement 5%. Le pourcentage réel est le même que dans la Russie tsariste. Cependant, les Russes ne sont pas du tout mentionnés dans ce pourcentage. Dans la pratique, tout cela se transforme en un véritable antisémitisme et près d’une centaine et demie de pogroms juifs. À Elisabethgrad et Tcherkassah, les Grigoriev sont tués avec des Juifs et plusieurs centaines de Russes. Beaucoup d’anarchistes hésitent, sympathisant d’abord avec le « mouvement anti-bolchevique naturel ». Mais bientôt les fusillades et les anarchistes commencent. Dans les têtes sombres du nid de Grigorytsev une idée fantastique que ce sont les anarchistes-communistes sont coupables que les « bons » bolcheviks se soient transformés en « mauvais » communistes.

Makhno, malgré le fait que son chef, l’aile gauche Eser Ozerov, propose de rejoindre le soulèvement, refuse de soutenir Grigoriev. Et l’Armée rouge, avec les Makhnovites, les Esers, combattants et même l’anarcho-bandit Mishka Japonchik, répriment la rébellion d’un autre aventurier militaire. Grigoriev lui-même se cache avec un petit détachement.

Mais bientôt, sur ordre de Trotsky, Makhno  sera interdit. Les escouades de Batka et Ataman se rencontreront et feront une union. Mais très vite Grigoryev sera tué par Makhnovets Alexei Chubenko, le garde du corps de l’ataman tirera personnellement sur Makhno. Selon la légende, Makhno enverra un revolver d’où Grigoriev a été abattu dans le combat. Le prétexte officiel de la liquidation de Grigoriev est les liens prétendument révélés de l’ataman avec les Denikins. De façon réaliste, l’une des raisons était, apparemment, la rivalité personnelle entre les deux dirigeants.

Makhno et Grigoriev sont également pleins d’antipodes, bien que les deux chefs paysans.

Makhno - un travailleur de paysans, Grigoriev - caste militaire. Makhno est un leader naturel, dirigeant au nom des masses, Grigoriev - le Bonaparte local. Grigoriev voit l’ennemi principal dans les communistes, et Makhno - dans les Gardes blancs et les propriétaires. Ataman Grigoriev dans la lutte pour le pouvoir tente de s’appuyer sur des sentiments antisémites, Makhno tire pour pogroms juifs.

La rébellion de Grigoriev a eu une conséquence grave : il a forcé les bolcheviks à limiter drastiquement la souveraineté de l’Ukraine dans le cadre de l’union militaire et politique des républiques soviétiques.

L’Alliance de Makhno et Petlura 

Makhno a toujours été imprévisible, à la fois pour les alliés et les opposants.

Petlura était également presque destiné au sort de l'Ataman Grigoriev.

Lors de son amitié avec Grigoriev, associé au Directoire de l’UNR, le 27 juin 1919, le Commissaire à la Paix arrive au siège de Makhno. L’envoyé du chef ataman a promis d’oublier Ekaterinoslav et a de nouveau offert l’union Makhnov. Makhno s’en est pris à lui, espérant obtenir à nouveau des armes de l’armée de l’UNR. Un délégué des Makhnovites, Speth, qui avait une apparence typiquement ukrainienne et parlait bien l’ukrainien, a été envoyé au quartier général de Petlurov. Mais cette fois, les Petlurov étaient plus rusés et ne se dépêchaient pas d’aider les rebelles avec des armes.

 
 
Le quartier général de l’Armée insurrectionnelle révolutionnaire d’Ukraine, 1920. Source : makhno.ru


En septembre 1919, les milices Makhnov sont transformées en Armée insurrectionnelle révolutionnaire d’Ukraine, mais se retrouvent dans une situation difficile. Denikine, ouvrant la voie à Moscou, mena une offensive continue contre les rebelles. Après une retraite épuisante de 600 kilomètres de Marioupol au nord-ouest, l’armée Makhnov a été prise en sandwich entre les Denikins et les Petlurovs dans la région de Yumerinka-Umani. Makhno préférait une alliance avec Petlura à la guerre sur deux fronts. Une commission diplomatique spéciale a été mise en place pour les négociations avec le Directoire, dirigée par Aleksey Chubenko, spécialiste de la grigoryevity. Le 20 septembre, un nouveau traité sur la lutte commune contre Denikine a été signé entre le répertoire de l’UNR et du RPAW de l’Assemblée d’État russe. Cependant, Vsevolod Volin, qui dirigeait les forces armées de l’armée de Makhnov, préfère en parler comme d’un accord de neutralité plutôt que d’une alliance. Timide, probablement, même forcé l’alliance avec les nationalistes.

Néanmoins, selon ce syndicat, les Makhnov ont reçu des munitions et du matériel, plus de trois mille de leurs patients et blessés ont été logés dans les infirmeries de l’UNR à Vinnitsa, Yumerinka et Galicia. Cependant, le point de liberté mutuelle d’agitation a été rejeté - Petlura avait peur que les prédicateurs de l’anarcho-communisme et de la vie tentante sans propriétaires, fonctionnaires et capitalistes étendraient rapidement son armée. Malgré cela, les Makhnov le jour de la signature de l’accord ont publié un tract révélateur « Qui est Petlura? » Pour les négociations sur la liberté d’expression, le chef de l’armée de l’UNR s’est personnellement entretenu avec Makhno à Uman. Selon le chef d’état-major du RPAU Viktor Belash, le cosaque cubain et anarcho-bolchevique Ivan Dozhdko a proposé de faire avec Petlura, comme avec Grigoriev. Un groupe terroriste a été envoyé à Uman et une brigade de cavalerie a été déployée avec Makhno. Mais pour la chance de Simon Petlura, il, comme s’il anticipait quelque chose, a soudainement décidé d’échapper à la réunion et au moment de l’entrée de la Cabrigade Makhnov à Uman en est parti dans son train.

Bientôt, l’armée de l’UNR sera vaincue par les Denikins, et les tireurs Sich à Umani
se déplaceront du côté de la « Russie unie et indivée » et se rendront à la ville. Ensemble, ils parcourront les hôpitaux et les appartements privés, à la recherche et à l’achèvement du blessé Makhnov. Voline écrit généralement que les Petlurov ont conclu une trêve avec les Denikins précisément pour détruire les Makhnovites et ont délibérément permis à cinq régiments blancs à l’arrière aux rebelles. Je ne pense pas. Soudain, la cavalerie Makhnov près d’Umanya part en contre-attaque et réduit simplement les régiments d’officiers sélectionnés. Les rebelles partiront d’ici dans un raid profond sur l’arrière de Denikin, qui mettra un point important dans les plans du commandant en chef de l’ALLUR de prendre Moscou.


 
 
Nestor Makhno (deuxième à partir de la gauche) et commandants de l’Armée insurrectionnelle révolutionnaire d’Ukraine, 1920. Source : makhno.ru


Par la suite, le quartier général de la RPAU a essayé d’attirer certains des Petlurov dans ses rangs. Mahno s’y est opposé. Mais le chef pragmatique du staff Belash était un partisan de l’utilisation de petlurov contre Denikin. Il écrit qu’en novembre 1919, Iouri Tioutunnik, en fait le deuxième homme de l’armée de l’UNR, et les SSmen de gauche sont arrivés au quartier général de Makhnov. Ils ont demandé des armes pour organiser les groupes rebelles à Kiev. Mais Makhno est inconciliable. « L’UNR est notre ennemi de classe. Je ne permettrai pas qu’aucun fusil ne soit libéré de l’armée pour ce vassal impérialiste », crie le père à la délégation, et elle doit repartir sans rien. Peut-être, Makhno a été influencé par un exemple malheureux avec l’eser de gauche - un partisan de l’UNR Blacyt-Yelansky, qui a reçu des armes des Makhnovites, mais sous Chigirin appelé son détachement troupes républicaines. Dans le même temps, d’anciens adhérents de l’UNR tels que Matyaz, Gladchenko, Melashko, Ogiy et d’autres, ont rejoint l’armée Makhnov, ont commencé à se qualifier d’anarchistes et d’ennemis de Petlura. Ainsi, Gladtchenko dirige le groupe rebelle Voln-Kazachy d’Ekaterinoslavchtchina dans le cadre du 3e corps d’Ekaterinoslav du RPAU.

Batko Makhno - Autonomisme ukrainien?

Néanmoins, aujourd’hui, il y a de plus en plus de tentatives de dépeindre Nestor
Makhno comme l’Ukrainien « indépendant », à peine comme le deuxième Simon Petlura. Bien sûr, c’est un hommage à la situation politique. Mais sur quoi repose cette interprétation, encore plus libre que les Soviétiques de Gulipolis ?

En effet, à la dernière étape du mouvement Makhnov en 1920-1921, il a commencé à voir une certaine croissance de l’identité nationale.
Mais on ne peut pas dire que les Makhnov étaient à l’origine des « cosmopolites sans abri ». Malgré toute la rhétorique internationaliste, ils se sont toujours sentis comme des Ukrainiens. En 1918, un tract a été publié par un groupe de guérilleros libres d’anarchistes: « Le ciel, peuple ukrainien! Défendez l’Ukraine libre. Chaque jour, chaque heure de plus en plus, votre ennemi prend de plus en plus - la bourgeoisie allemande et russe avec les traîtres Haidamaks: vos jardins fleuris, riches champs, maisons, forêts, prend vos frères, sœurs, épouses, enfants dans leurs tentacules. Souvenez-vous de vos ancêtres, Taras Bulba, qui se sont battus comme des lions pour la chère liberté de l’Ukraine. Sinon, vous n’entendrez pas un chant de rossignol au-dessus de votre hutte, mais un nagaika bourgeois sifflera.

En octobre 1919, les Makhnovites lèvent l’interdiction faite au général blanc Maï-Maïevski d’étudier la « langue maternelle » à l’école.

Mais dans le même temps, les délégués du 4ème congrès de district à Gulaipol refusent de discuter plus avant de la question de la relation entre les langues russe et ukrainienne en Ukraine, donnant sa solution aux vastes congrès ouvriers-paysans du futur proche. Ils comprennent à quel point cette question est sensible et délicate dans le sud-est, peuplée d’Ukrainiens, de Russes, d’Allemands, de Grecs, de Serbes, de Juifs, de Bulgares. Mais bientôt dans cette section très future de l’éducation du peuple, dirigée par l’épouse de Makhno Galina Kuzmenko, un professeur de langue ukrainienne du gymnase Gulipil et un Ukrainien conscient, déploiera une activité encore turbulente pour populariser la langue ukrainienne, le théâtre ukrainien, la littérature et ainsi de suite. La littérature de propagande de Makhnov commence à être publiée en ukrainien. C’est la paternité de Galina Kuzmenko, par exemple, attribuée à un tract signé par Nestor Makhno le 29 septembre 1920: « Pendant des heures, nous sommes venus dans l’État d’Ukraine. Les znove sur la batkivshchina du serpent sont tourmentés par les orages. L’ede de la peau non navigable des Ukrainiens est une bonne chose. Ce tract, cependant, est dédié à l’alliance des Makhnovites avec l’Armée rouge pour combattre la Pan Pologne. Mais Ida Matt, qui connaissait bien Makhno depuis l’émigration parisienne, affirme dans ses mémoires que Kuzmenko « appartenait plutôt aux Petlurov et n’a jamais rien eu à voir avec le mouvement révolutionnaire ». Beaucoup attribuent cette caractéristique à la jalousie féminine habituelle de Matt. Mais parfois, dans le journal de Galina Kuzmenko, écrit en ukrainien et capturé par l’Armée rouge, de telles lignes glissent: « Les Pavloviens ont envoyé deux hommes à la poursuite du père de Makhno, de sorte qu’il est venu avec son détachement et a aidé les villageois à chasser les voleurs et les violeurs russes. »


 
 
Défilé de l’Armée rouge à Kharkiv, 1920. Photo : RIA Novosti


Alors, quelle est la raison du « virage ukrainien » dans l’armée Makhnov? L’ancien atamans de l’UNR y a-t-il apporté l’idée nationale ? Ou ce département d’éducation sous la femme de Nestor Ivanovich a-t-il eu un tel impact, y compris sur le père lui-même? Bien sûr, presque toutes les épouses ont une forte influence sur leur mari. Mais peu importe à quel point la « première dame » était déterminée et charmante, elle ne pouvait pas influencer toute l’organisation du district de Gulaipolis des anarchistes-communistes, dont l’exécuteur de la volonté était Makhno. Pas plus tard qu’en 1920, les principaux concurrents du groupe rebelle Gulaipol parmi les paysans d’Ukraine - les commandants de campagne de la poussée Petlurov - ont été sévèrement ensanglantés par les rouges. Dans ces conditions, il ne semblait plus que l’idée ukrainienne ferait le jeu de ces « traîtres sociaux ». Attirer les masses paysannes qui les ont suivis, en particulier dans le centre de l’Ukraine, où le RPAU a essayé de répandre son activité, a nécessité certaines étapes vers leurs sentiments nationaux. De plus, Nestor Makhno, chassé par la cavalerie rouge de l’Ukraine soviétique, prévoit de déplacer ses activités vers la Galice occupée par les Polonais et d’y déclencher une révolte pour l’indépendance. C’est peut-être la raison du « manifeste d’indépendance » qui a été préparé, mais qui n’a pas eu le temps d’imprimer Makhno à cause de sa fuite en Roumanie en août 1921. L’existence de ce manifeste est mentionnée par Viktor Belash dans son témoignage devant les Tchekistes, mais de telles sources doivent être traitées de manière critique.

Dans le même temps, Makhno, en tant qu’expression fidèle des sentiments du sud-est multiethnique de l’Ukraine, ainsi que du groupe d’anarchistes gulipol, ainsi que de tout le mouvement anarchiste international de l’époque, ont toujours été des opposants irréconciliables à tout nationalisme et à tout conflit ethnique, d’où qu’ils
viennent.

Et le chef des nationalistes ukrainiens Petlura le 25 mai 1926 tombera des balles de l’anarchiste juif Schwarzbad, familier avec Makhno.
Schwarzbad affirme avoir tiré sur l’ancien chef pour pogroms. L’attaque terroriste de Makhno contre son vieil ennemi n’approuvera pas. Il admet que Petlura n’était pas un mafieux et qu’il condamnera publiquement le meurtre dans la presse.
auteur:
origine:
http://rusplt.ru/world/soyuz-konkurentov-batko-mahno-i-ataman-petlyura-12718.html



 
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Tatchanka, Mitrophan Grekov, 1933. Photo : yavarda.ru
Tatchanka, Mitrophan Grekov, 1933. Photo : yavarda.ru

 
Nestor MAKHNO vu par le Maitron ( dictionnaire des anarchistes)


https://maitron.fr/spip.php?article155221, notice MAKHNO Nestor [Nestor Ivanovitch Mikhnienko, dit] [Dictionnaire des anarchistes] par Sylvain Boulouque, Guillaume Davranche, version mise en ligne le 13 mars 2014, dernière modification le 31 août 2019.


 
MAKHNO Nestor [Nestor Ivanovitch Mikhnienko, dit] [Dictionnaire des anarchistes]


 
Né le 27 octobre 1888 à Gouliaï-Polié (Ukraine), mort le 25 juillet 1934 à Paris.
 
Né dans une famille de paysans pauvres, ses parents falsifièrent la date de naissance de leur fils Nestor pour retarder d’un an son envoi au service militaire (d’où l’erreur de certaines sources qui le font naître en 1889). Ayant un peu fréquenté l’école, Nestor Mikhnienko devint très tôt révolutionnaire. Surnommé Makhno, il milita au sein du groupe anarchiste communiste de Gouliaï-Polié formé dans l’effervescence de la révolution de 1905. Arrêté en septembre 1907 pour activités « terroristes », il ne fut relâché qu’au bout de dix mois, faute de preuves. Il échappa à la peine de mort en raison du jeune âge que son état-civil falsifié lui attribuait.
 
Arrêté dans le cadre du démantèlement du groupe anarchiste communiste de Gouliaï-Polié, il fut condamné à mort le 26 mars 1910 pour le meurtre d’un commissaire de police. Ayant fait croire qu’il était né en 1889, donc encore mineur, sa peine fut commuée en travaux forcés à perpétuité. Pendant les sept années suivantes, il vécut dans l’« université révolutionnaire » qu’était la prison des Boutyrkis, à Moscou. Il y rencontra Piotr Archinov, étudia les théories socialistes et anarchistes, et contracta la tuberculose.
 
Libéré par la révolution de février 1917, Nestor Makhno revint à Gouliaï-Polié, où il organisa des soviets de paysans et d’ouvriers. En septembre 1918, alors que les armées austro-allemandes occupaient le pays avec l’appui de féodaux ukrainiens, Makhno organisa une guérilla contre les forces d’occupation. Ses succès firent sa renommée et il parcourut bientôt avec ses troupes toute l’Ukraine méridionale. En janvier 1919, un congrès décida la transformation des groupes de guérilla en Armée insurgée Makhnoviste (ou Makhnovstchina), atteignant 50 000 hommes. A cette époque, il devint le compagnon de Galina Kouzmenko, une institutrice révolutionnaire de Gouliaï-Polié qui devait s’occuper, un temps, du service de renseignement de la l’Armée insurgée.
 
Durant la guerre civile, la Makhnovstchina, arborant le drapeau noir et se revendiquant du communisme libertaire, lutta successivement contre les nationalistes ukrainiens de Petlioura, les armées blanches du général Denikine et l’Armée rouge. Nestor Makhno, dont le courage au feu impressionnait vivement ses hommes, était surnommé le Batko (« le père »). À deux reprises — au printemps 1919 puis à l’automne 1920 —, la Makhnovstchina noua une alliance avec l’Armée rouge. Mais après la défaite complète du général blanc Wrangel en Crimée, les bolcheviks entreprirent, en novembre 1920, de liquider leurs alliés de la veille. Malgré tout la Makhnovstchina tint tête plusieurs mois à l’Armée rouge, mais en ne cessant de perdre du terrain.
 
Avec Galina Kouzmenko et les débris de son armée — environ 250 hommes —, Makhno se réfugia en Roumanie le 26 août 1921. Expulsé de Roumanie en avril 1922, il se rendit en Pologne où il fut arrêté aussitôt et interné dans un camp de réfugiés. Sa fille Hélène y naquit le 30 octobre 1922. L’État polonais, voyant en lui avant tout un activiste ukrainien, et craignant à cette époque un mouvement séparatiste en Galicie, fit en novembre 1923 un procès à Makhno pour « trahison contre l’État de Pologne ». Acquitté le 1er décembre 1923, il ne fut libéré que le 4 janvier 1924. En juillet, il passa à Dantzig (actuelle Gdansk) où il fut emprisonné par les autorités locales, s’évada et réussit à gagner Berlin. En avril 1925, Makhno parvint enfin à Paris où il retrouva Galina et sa fille Hélène (surnommée Lucie en français).
 
Makhno et les siens furent tout d’abord hébergés chez des amis russes à Saint-Cloud, puis deux mois chez Georges Friquet* à Romainville. La famille s’installa enfin, le 21 juin 1926, au 18, rue Jarry, à Vincennes. Nestor y vécut sous son vrai nom de Nestor Mikhnienko.
 
Vers 1927, ayant besoin de repos, Makhno fut hébergé quelques mois, avec sa femme et sa fille, au lieu-dit La Maison blanche, au bord de la rade de Brest. Un camarade du groupe UA de Brest avait mis une maisonnette à sa disposition, et par souci de discrétion, il fut déclaré citoyen bulgare à la mairie.
 
La guerre avait laissé Makhno physiquement diminué. Il y avait reçu « onze blessures » selon les souvenirs de Nicolas Faucier. Selon ceux de Louis Lecoin, « son corps n’est que cicatrices et des morceaux de mitraille circulent sous sa peau ». Avant de passer en Roumanie, il avait eu le pied droit criblé des éclats d’une balle dum-dum. En 1928, il se soumit à une opération chirurgicale pour extraire ces éclats, mais ce fut un échec. Il refusa néanmoins d’être amputé et boita pour le restant de ses jours. La doctoresse Madeleine Pelletier* s’occupa de lui.
 
Ne supportant pas longtemps la station debout, atteint de surcroît de la tuberculose, Makhno éprouva de grandes difficultés à assurer son existence. Il travailla un moment comme aide-fondeur au 6, rue Jarry à Vincennes, puis comme tourneur chez Renault à Boulogne-Billancourt. Mais, fondamentalement, sa santé dégradée l’empêcha de travailler. Il survécut grâce au salaire de Galina, ouvrière dans une usine de chaussures à Paris, puis blanchisseuse, femme de ménage et enfin gérante d’une petite épicerie. Makhno apportait un revenu d’appoint en effectuant de menus travaux de peinture en bâtiment ou de cordonnerie. Pour le secourir, des camarades de l’Union anarchiste communiste (UAC) lancèrent dans Le Libertaire du 6 avril 1929 un appel à « une solidarité de longue haleine en faveur de Makhno ». La souscription permanente collectée par le Comité Makhno, dont Nadaud* était le secrétaire, permit de lui verser un secours de 250 francs par semaine — le salaire d’un ouvrier qualifié.
 
En 1929, la famille Makhno descendit à Aimargues (Gard), où le groupe anarchiste l’avait invité. Sa femme et sa fille restèrent un an dans la ville, où Lucie fut scolarisée. Puis Galina, excédée par les contrôles quotidiens de la gendarmerie, préféra regagner la capitale.
 
À ces difficultés matérielles s’ajouta la souffrance morale de la proscription. Galina souffrait de l’exil, et sans doute du déclassement de celui qu’elle avait connu quand il était le Batko Makhno. En 1926-1927, elle le quitta pendant quelques mois. Selon Ida Mett*, elle aurait alors écrit à Moscou pour obtenir l’autorisation de revenir vivre en URSS, mais la demande aurait été rejetée. Elle retourna alors avec Makhno, mais leur ménage n’en fut pas plus heureux. « Très souvent, devant le monde, racontera Ida Mett, elle faisait son possible pour le compromettre et le blesser moralement. Ainsi une fois, en ma présence, elle a dit au sujet d’une personne : c’était un vrai général, pas comme Nestor [...].  »
 
Makhno parlait très mal la langue de son pays d’accueil, et en-dehors du milieu des réfugiés russes, il ne parvenait guère à se faire comprendre, même des militants français, pour qui il était une légende vivante. « Nous bavardions souvent, se souviendra Nicolas Faucier, mais il parlait un si mauvais français que toute conversion sérieuse était impossible et les détails de son épopée, que chacun était avide de connaître, nous échappaient à peu près totalement. Puis il repartait, nostalgique [...]. »
 
Malgré toutes ces difficultés matérielles et morales, Nestor Makhno poursuivit son activité politique. Dès 1925, il participa aux travaux du Groupe des anarchistes russes à l’étranger (voir Piotr Archinov) qui édita la revue Diélo Trouda (« La Cause du travail »).
 
À partir de juin 1926, le Diélo Trouda publia, sur plusieurs numéros, un projet de « Plate-forme d’organisation de l’union générale des anarchistes ». Le texte restera célèbre dans le mouvement anarchiste international sous le nom de « Plate-forme organisationnelle des communistes libertaires » voire de « Plate-forme de Makhno et Archinov », bien que la rédaction ait été effectuée collectivement par la rédaction du Diélo Trouda. En octobre 1926, la « Plate-forme » fut éditée par la Librairie internationale, préfacée par Archinov, dans une traduction française de Voline.
 
Aux partisans de la « Plate-forme » s’opposèrent les partisans de la « Synthèse » (voir Voline et Sébastien Faure), en un débat qui divisa fortement le mouvement anarchiste français de 1925 à 1931. À l’époque, Makhno se brouilla fortement avec Voline, qu’il tenait pour un intellectuel donneur de leçons.
 
Les 12 et 13 juillet 1926, Makhno et Archinov assistèrent au congrès de l’Union anarchiste, qui se rebaptisa à cette occasion Union anarchiste communiste (UAC), et tous deux y donnèrent leur adhésion.
 
En 1926-1927, Makhno fut visé par le roman haineux de Joseph Kessel, Makhno et sa juive, le dépeignant en tyran antisémite et sanguinaire. Il consacra plusieurs articles à combattre la légende de « pogromes Makhnovistes » pendant la guerre civile. Le 24 juin 1927, le Club du Faubourg organisa à ce sujet un débat contradictoire à la salle des Sociétés-savantes, mettant en présence Makhno et Kessel. Ce dernier ne put, pour se défendre, qu’invoquer « le droit du romancier à la fiction ». Cette attaque cependant ne fut pas isolée et, jusqu’à la fin, Makhno devait passer beaucoup de temps à réfuter, de façon systématique et presque obsessionnelle, des rumeurs malveillantes sur son compte ou des légendes en cours de fabrication sur la révolution ukrainienne, émanant de l’appareil de propagande soviétique ou, dans une moindre mesure, de certains anarchistes comme Voline.
 
À la même époque, Makhno prit part aux réunions-débats sur la « Plate-forme » organisées par le Diélo Trouda. Le 12 février 1927, suite à une réunion tenue dans un café au 62, rue de la Roquette, à Paris 20e, il fut élu avec le Polonais Ranko* et le Chinois Chen (voir Wu Kegang) à un comité provisoire en vue de la création d’une internationale anarchiste fondée sur la « Plate-forme ».
 
Le 20 mars 1927, le projet de « Plate-forme » fut débattu et amendé lors d’une conférence internationale tenue à la salle de cinéma Les Roses à L’Haÿ-les-Roses. Y participaient les groupes UAC de Saint-Denis (dont René Boucher*), de Paris 3e-5e-6e-13e, de Paris 19e (dont Pierre Lentente*) ; la Jeunesse anarchiste (dont Pierre Odéon* et Nicolas Faucier) ; le Groupe des anarchistes russes à l’étranger (dont Makhno, Archinov) ; la Fédération anarchiste ibérique ; les groupes polonais (dont Ranko, Walecki) et bulgare ; un groupe italien « plate-formiste » (dont Viola Bifolchi) ; le groupe italien de Pensiero e Volontà, critique sur la « Plate-forme » (dont Fabbri, Berneri, Hugo Treni/Fedeli) ; enfin de nombreux camarades à titre individuel comme Achille Dauphin-Meunier, Séverin Férandel* ou Chen. Pierre Le Meillour*, absent, envoya une lettre de soutien à la « Plate-forme ».
 
Les militants français et italiens de Pensiero e Volontà firent adopter quelques amendements au texte, mais ils n’apparurent pas dans la circulaire que Makhno et Ranko envoyèrent le 1er avril 1927, tenant pour acquise la constitution d’une Fédération communiste libertaire internationale. Suite à cette maladresse, le projet capota.
 
La précipitation de Makhno était peut-être due à la menace d’expulsion qui pesa sur lui suite à la conférence de L’Haÿ-les-Roses. En effet, au cours des débats, la police avait fait irruption dans la salle et arrêté l’ensemble des participants. Pris dans le coup de filet, Makhno fit l’objet d’un arrêté d’expulsion le 16 mai 1927. Auparavant, Jean Piot, rédacteur en chef de L’Œuvre, lui avait obtenu plusieurs sursis, mais son influence avait semble-t-il trouvé ses limites. Makhno demanda alors de l’aide à Louis Lecoin, qui à ce moment dirigeait la campagne de soutien à Sacco et Vanzetti. Il lui avoua « sans fausse pudeur » qu’il craignait surtout de reperdre sa femme Galina, qui venait de revenir, et qui était lasse de « courir sur les routes de l’exil ». Grâce aux contacts de Lecoin à la préfecture de police, et sous réserve d’une neutralité politique absolue de Makhno, l’arrêté d’expulsion fut suspendu pour une période de trois mois reconductible, à partir du 19 octobre 1927.
 
Entre-temps, Makhno avait participé, le 21 juillet 1927, au banquet offert par le Comité international de défense anarchiste pour fêter la libération d’Ascaso, Durruti* et Jover, retenus jusque là par les autorités françaises. Suite à cela, les trois révolutionnaires espagnols s’entretinrent avec Makhno, chez lui à Vincennes, pendant plusieurs heures, et discutèrent des enseignements de la révolution en Russie et de l’avenir de la révolution en Espagne. Makhno y affirma sa confiance dans le prolétariat ibérique : « En Espagne, leur dit-il, vous avez un sens de l’organisation qui nous faisait défaut en Russie, or c’est l’organisation qui assure le triomphe en profondeur de toute révolution. »
 
Par la suite, l’épée de Damoclès d’une expulsion s’il se mêlait de politique empêcha Makhno de participer librement aux manifestations, meetings et congrès. Il se consacra donc essentiellement à la rédaction d’articles théoriques et historiques sur la Révolution russe, dont la traduction et la présentation en français ne furent achevés qu’en 2010 par son biographe Alexandre Skirda. Makhno entreprit également la rédaction de ses mémoires avec l’aide d’Ida Mett. Le premier tome parut dans une traduction de Walecki, en 1927. Coûteux, l’ouvrage se vendit mal, ce qui compromit la publication des deux tomes suivants, prêts dès 1929, mais qui ne paraîtront qu’après la mort de leur auteur.
 
À son congrès de Paris, du 30 octobre au 1er novembre 1927, l’UAC adopta des statuts inspirés de la « Plate-forme » et se rebaptisa Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR). Il en résulta la scission d’une partie des synthésistes, qui créèrent l’Association des fédéralistes anarchistes (AFA, voir Pierre Lentente). Cependant, dès son congrès d’avril 1930, l’UACR abandonna la « Plate-forme » et revint au statu quo ante, malgré une lettre solennelle adressée par Makhno aux congressistes, dans laquelle il qualifiait de « balbutiement enfantin » les thèses synthésistes. Après le congrès, la nouvelle commission administrative de l’UACR, de tendance synthésiste, lui en tint rigueur et dès juillet 1930, Le Libertaire annonça qu’il cessait de s’occuper de la souscription pour Makhno, mais qu’on pouvait lui envoyer directement des fonds à son adresse : 146, rue Diderot, à Vincennes.
 
Lors du mouvement révolutionnaire de 1931 en Espagne, des militants espagnols lui proposèrent de venir prendre la tête d’une guérilla dans le nord de la péninsule. Il déclina l’invitation, mais écrivit deux articles à ce sujet.
 
A l’époque, Makhno continuait d’écrire dans le Diélo Trouda et d’autres journaux russophones, mais sa situation ne faisait que se dégrader. Sur la fin de la controverse « Plate-forme/Synthèse », il s’était brouillé avec Archinov, dont il estimait qu’il personnalisait trop le débat. Il fut néanmoins très affecté par le ralliement de son vieux camarade au pouvoir soviétique à la fin de 1931.
 
Le 16 mars 1934, Makhno, dont la santé était délabrée, dut être hospitalisé au pavillon des tuberculeux, à l’hôpital Tenon. Le Comité Makhno fut alors réactivé pour le secourir, mais il était trop tard. L’ancien Batko mourut le 25 juillet, à l’âge de 45 ans.
 
Nestor Makhno fut incinéré le 28 au cimetière du Père-Lachaise, en présence d’environ 500 personnes. Voline prononça son éloge funèbre. De nombreux articles nécrologiques lui furent consacrés dans la presse internationale.
 
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Lucie Makhno fut envoyée au Service du travail obligatoire à Berlin. Sa mère Galina l’accompagna. Elles furent toutes deux arrêtées par les autorités d’occupation soviétique le 14 août 1945 et rapatriées à Kiev. Galina y fut condamnée à huit ans de détention dans un goulag en Mordovie. Elle en sortit le 7 mai 1954 et rejoignit sa fille en relégation à Djamboula, au Kazakhstan. Elle y mourut en 1978. Sa fille Lucie-Hélène Makhno travailla comme ouvrière, menant une existence difficile à cause de son patronyme. Elle mourut en 1993, toujours au Kazakhstan.


 
 
 
 
 
 
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