Liste de liens

CERCLE CORSE-RUSSIE HISTORIQUE

L'Association KALINKA-MACHJA a été créée en 1994 par des descendants de migrants (terme à la mode) qui au nombre de près de 300, à la suite de la "césure dramatique représentée par la révolution d’Octobre 1917", ont abordé en 1921 les rivages de l'île de Corse et y ont fait souche.
La raison d’être initiale de l'association était de perpétuer une sorte de "culte du souvenir" centré sur l'émigration russe blanche dans notre île, en lien avec d’autres descendants de l’émigration blanche en France et dans le monde.
Puis elle a élargi ses objectifs pour accueillir des personnes en provenance de pays de l’Est relevant de nouvelles vagues migratoires.

 
Depuis 2017 l'association kalinka-machja et le site du même nom sont dissociés.

Le  présent site a conservé son titre initial (kalinka-machja) pour des raisons tenant à la propriété du nom de domaine et à la notoriété acquise sur internet par cette appellation.
Mais il est uniquement l’organe d’expression du CERCLE CORSE RUSSIE HISTORIQUE.

Le CERCLE CORSE RUSSIE HISTORIQUE est un groupe de réflexion informel qui, tout en cultivant la mémoire de l'émigration "blanche" en Corse, dépasse les clivages nés des péripéties historiques et de la période soviétique.
Il se donne pour objectif de faire connaître aux Corses la Russie d'aujourd'hui et de leur offrir  d'elle une image plus large, plus complète, et surtout moins "orientée"  que celle généreusement distribuée par les médias "occidentaux".


Le nombre de LIENS offerts à leur investigation doit leur permettre la découverte d'un vaste champ d'exploration, notamment dans le domaine de la culture, de l’économie, et de l'histoire des pays de l’Est, tout en replaçant la problématique des rapports EST-OUEST dans le contexte « éclairant » des approches eurasienne et géopolitique.
Leurs lecteurs pourront à tout le moins bénéficier de plusieurs sources d'informations. Le reste est affaire de jugement sinon d'engagement personnel, d'esprit critique et de liberté.


.
 

Jean Maiboroda
03/12/2017




DE LA CRIMÉE A LA CORSE - L’ODYSSÉE DU NAVIRE "RION" - 1921

En mai 1921, un navire russe sous commandement français, venant de Turquie, et destiné à gagner le Brésil, le "Rion" a été contraint de faire escale à AJACCIO suite à une grave avarie.
Il transportait près de 3.800 personnes. Ces dernières "séjournaient" (si l'on peut s'exprimer ainsi) dans des camps installés en Turquie depuis novembre 1920 (date à laquelle l'armée "blanche" du général WRANGEL avait été contrainte de quitter la Crimée sous la pression de l'armée rouge).
Il s'agissait essentiellement d'officiers et de soldats ayant appartenu à l'armée du général Wrangel, mais aussi de civils, dont de nombreux Ukrainiens, qui avaient fui le régime bolchevique. ⃰
Le navire a été immobilisé pendant près de deux mois dans la rade d’Ajaccio, puis ses passagers ont été dispersés à travers la Corse.
En 1924, la plupart d'entre eux étaient repartis vers le continent. Il en est resté en Corse environ 300. Parmi ces derniers, nombreux sont ceux qui ont épousé des insulaires et ont fondé famille.
En 1994, des descendants de "Russes blancs" du RION ont créé une association dénommée "Kalinka-Machja" destinée à perpétuer le souvenir des migrants du Rion et à rassembler les insulaires désireux de promouvoir le développement d'échanges et de liens avec les pays de l'Est.

__________________________

⃰ L'ouvrage (devenu difficile à trouver) "Les chevaliers mendiants" ( Georges Oudard et Dmitri Novik – Librairie Plon – 1928) relate les conditions dramatiques du séjour en Turquie.

DE LA CRIMÉE A LA CORSE - L’ODYSSÉE DU NAVIRE
Pour connaître de manière exhaustive les conditions de l'arrivée du "RION" dans la rade d'Ajaccio en 1921, nous conseillons à nos visiteurs de se reporter à l'article figurant dans la rubrique "LES RUSSES EN CORSE", sous le titre: "Mai 1921 : les émigrants du "RION" à Ajaccio". dont l'auteur est monsieur Bruno Bagni, historien.
Mais voici, relatée en en quelques lignes, "l'odyssée du RION".



RUSSES ET UKRAINIENS EN TERRE CORSE
L'ODYSSEE DU "RION"


La Corse compte un certain nombre d'habitants d'origine russe et ukrainienne. Ce sont les enfants et petits enfants d'émigrants qui, fuyant le régime bolchevique, se fixèrent en terre corse.
En effet, le 15 mai 1921, un transport de troupes ayant à son bord 3.800 personnes a mouillé en rade d'Ajaccio. Il y est demeuré jusqu'à la fin juin 1921. La plupart des passagers étaient des soldats de l'armée du général WRANGEL. Mais il y avait également à bord des civils : familles d'officiers, commerçants, fonctionnaires, propriétaires terriens, et paysans ukrainiens ayant choisi le parti des blancs.

Le navire venait de Turquie, où avait échoué la majeure partie de l'armée WRANGEL, vaincue par les Rouges et repoussée vers les rives de la mer noire en novembre 1920.
Rappelons que la révolution ne s'est pas imposée immédiatement en Russie, et qu'elle ne se limite pas aux "journées d'octobre" qui ont vu Lénine, par un putsch audacieux, s'emparer du pouvoir à Petrograd (devenue Leningrad sous l'URSS).
De 1917 à 1921, plusieurs armées dites "blanches" (par opposition à l'armée rouge), ont mené avec l'appui de corps expéditionnaires américain, anglais, français et tchèque une "contre-révolution" qui a pris les allures d'une véritable guerre civile.
Ces armées, composées de tsaristes mais également de républicains fidèles au gouvernement provisoire, ou de Russes effrayés par les excès des révolutionnaires, ont notamment combattu en Sibérie (amiral Koltchak), en Ukraine (Général Denikine), sur le Don (Cosaques de Kaledine), et en Crimée (Général Wrangel). Le pouvoir des soviets ne s'est durablement installé qu'avec la disparition des dernières forces blanches en Mongolie et au Turkestan, en 1921.
De 1917 à 1921 la guerre civile a causé d'innombrables pertes humaines, dues aux exactions respectives des troupes blanches et rouges, et aux méthodes des bolcheviques, adeptes de la dictature du prolétariat et de la "terreur de masse".
L'armée Wrangel, dernière armée "organisée" des tsaristes, a réussi sous la protection des marines française et anglaise, à embarquer dans l'ordre à Sébastopol et à quitter la Russie.
Près de 120 navires, essentiellement russes, mais également une dizaine de navires français et quelques bateaux italiens et grecs, ont amené en Turquie, environ 110.000 soldats, dont nombre de cosaques du Kouban, et 30.000 civils, Ukrainiens pour la plupart.
La marine anglaise, pour sa part, s'est contentée de rapatrier ses ressortissants. Seul un capitaine anglais, désobéissant aux ordres, a accepté des réfugiés, ce qui, pour l'anecdote, lui a valu une promesse de cour martiale de la part de l'amiral commandant la flotte britannique, promesse néanmoins accompagnée de félicitations pour sa générosité.

Le "RION", transport de troupes mixte, parti de Gallipoli, en Turquie, alors occupée par les troupes alliées après leur victoire sur l'Allemagne durant la guerre 14-18, a fait escale à Messine puis a terminé sa course à Ajaccio, victime d'une grave avarie de moteur.
Sa destination finale devait être le Brésil, où comptaient s'installer les migrants. Seuls 600 d'entre eux seraient finalement parvenus à destination (Etat de Sao Paulo) en empruntant un autre navire. Les autres (près de 3.000) sont restés momentanément en terre corse.

En 1924 on ne dénombrait plus dans l'île que deux à trois cents émigrés (chiffres variant selon les sources), les autres ayant choisi de gagner le continent français, où le marché de l'emploi se révélait moins étroit que celui de l'île, qui conserva quelques dizaines de migrants devenus "garçons de ferme" dans les villages de l'intérieur, quelques fonctionnaires contraints d'exercer des métiers n'ayant qu'un lointain rapport avec leur activité initiale, et certains techniciens (industriels, ingénieurs, commerçants) qui, à quelques exceptions près, ne retrouvèrent pas leur qualification d'origine.

Nombre d'émigrés demeurés célibataires disparurent dans un certain anonymat au fil des ans. D'autres épousèrent des insulaires et fondèrent famille.
Ils ont vraisemblablement incité d'autres émigrés russes et ukrainiens de leur connaissance dispersés en Europe à venir en Corse,  île dont ils vantaient certainement le charme et l'hospîtalité, car on note des arrivées individuelles jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale.
C'est ainsi que Constantin Maiboroda, père de l'auteur de cet article, ayant fui l'Ukraine en 1920/21, est arrivé en Corse en 1929 après avoir terminé des études techniques (électricité) en Tchécoslovaquie. Il y a épousé, peu après, une insulaire originaire du village d'UCCIANI, Catherine Mariaccia.
 
La Corse a donc connu des patronymes tels que :   Amolsky, Aparine, Baranovsky, Bikodoroff, Borissoff, Borodine, Boudnikoff, Gorovenko, Gourinovitch, Ivanov, Joukoff, Kartawiy , Kedroff,  Kerefoff, Kilko, Kotchef,  Kugeloff, Lebedeff, Maïboroda, Mironenko, Modalewsky, Oupirenko, Pimenof, Pobiedenny ,  Popov, Seleznef, Serdukof, Tarrassenko,  Tchesnekoff, Teletsine, Voropaief...
Le nombre de ces patronymes s'est réduit au fil des disparitions naturelles ou des alliances avec des familles locales. 

Notre  île ayant la faculté historique pourrait-on dire, de "phagocyter" ceux qui débarquent sur ses rivages, la génération suivante s'est pratiquement fondue dans le peuple corse et seuls les patronymes révèlent désormais l'origine de ces insulaires "insolites".

 
Ajoutons, pour terminer, que le prince Youssoupov, connu pour avoir participé à l'élimination de Raspoutine, s'était installé en Corse, à CALVI, en 1924, où il avait fait l'acquisition d'une demeure, ⃰  et que notre île compte aujourd'hui parmi ses habitants permanents ou temporaires des descendants du général WRANGEL.

Jean Maïboroda

⃰  Cf.  sur notre site l'article : "Le Prince Youssoupov en Corse" - Rubrique LES RUSSES EN CORSE.


 
_______________________________________________________________________________________________________________________________

29/10/2017



COURTE HISTOIRE DE L'UKRAINE

COURTE HISTOIRE DE L'UKRAINE

Dans le contexte des relations entre une Ukraine devenue hostile à la Russie et pratiquement rangée dans le camp "occidental",  il n'est pas inopportun de rappeler brièvement  l'Histoire de cette nation.
Le texte qui suit, sans être exhaustif, permet de comprendre tant soit peu le conflit  actuel et ses origines. Mais il mérite d'être complété par des analyses plus détaillées ou plus précises de la situation politique qui prévaut depuis les "événements" de Maïdan.

Jean Maïboroda




Tiré de http://memoiresvives.over-blog.org/pages/Courte_histoire_de_lUkraine_fr-1530990.html



 
       L’Ukraine, république peuplée de 48 millions d’habitants, se trouve à l’est du continent européen au bord de la mer Noire. Bloquée entre le massif des Carpates et la steppe du sud de l’Eurasie, ce pays, naturellement irrigué, est une des terres les plus fertiles d’Europe. Le drapeau ukrainien, par ailleurs composé du jaune des blés et du bleu du ciel, ainsi que le nom de ce pays signifiant « frontière, confins », révèlent beaucoup sur cette ancienne République socialiste de l' Union Soviétique. Ce pays géographiquement aux limites du continent européen, en est le plus grand (1) par sa superficie. Cet Etat, reflet de l’histoire européenne, est peu ou mal connu de nos opinions publiques occidentales même s’il abrite une nation au passé millénaire. Un retour succinct sur l’histoire de ce pays (2), et donc de la nation ukrainienne, permet de mieux appréhender l’enjeu que constitue ce pays, désormais à la frontière est de l’Union Européenne.
 
Des premiers Slaves à la Rus' Kiévienne
 
       Tout d’abord, c’est dans les contrées du nord ukrainien, que s’installèrent les premières tribus slaves au cours du VIIe et VIIIe siècle de notre ère. Etant situées, à cette époque, au carrefour de la Scandinavie et de l’Empire byzantin mais aussi de la mer Caspienne et de l’Europe centrale, ces tribus connurent la forte influence des Vikings. Ces derniers furent à l’origine de la création et de l’essor de Kiev [Oleh en 878]. Constantinople influença ce royaume notamment par la christianisation de la population en 988 (3), faisant de cette région le berceau de la religion orthodoxe.
        Cet empire, à la culture florissante et brillante, connaîtra une période d’apogée en Europe orientale avant de tomber dans la féodalité caractéristique du Moyen Age. L’Etat de Kiev, ne pouvant plus assurer sa défense, fut pris par les Tatars en 1240 tandis que les régions de Galicie – Volhynie restèrent autonomes, permettant ainsi la continuité politique et culturelle de cet empire déchu. Un siècle plus tard, la Grande Principauté de Lituanie alliée au royaume de Pologne, alors en pleine expansion, conquit progressivement la presque totalité du territoire ukrainien actuel en faisant reculer les Mongols.
        Il est important de noter ici que, suite à l'invasion des Mongols, une partie des Slaves de la Rus'kiévienne émigrèrent vers le nord. Ce qui constitue l'origine de la Moscovie et de l'actuelle Biélorussie. Russes, Biélorusses et Ukrainiens partagent donc des origines communes.
 
Une histoire sous domination étrangère
 
       Ainsi commence la dépendance de la nation ukrainienne aux grandes puissances qui l’entourent. Son histoire sera déterminée par la position géographique de ce territoire. Ayant pour voisins les puissances russes et polonaises, ce peuple n’aura d’autre choix que de faire allégeance à l’un ou à l’autre pour préserver un embryon d’Etat qui deviendra finalement vassal (4) puis simple territoire russe au cours du XVIIe siècle. Le soulèvement cosaque contre le royaume polonais amena à la création de l'hetmanat par Bogdan Khmelnitsky en 1648, qui, pour résister à la pression polonaise et tatare, signa le traité de Pereyaslav avec la Russie en 1654 Ce traité prévoyant l'autonomie de l'entité ukrainienne devint rapidement désuet sous Pierre le Grand puis Catherine II.
        Au cours des siècles suivant, le peuple ukrainien ne fera que subir les luttes entre puissances se déroulant dans cette partie d’Europe. La paix d’Andrusovo de 1667 scella le premier partage du territoire ukrainien entre la Pologne et la Russie. Enfin, l’ouest de l’Ukraine passa sous le contrôle de l’empire Austro-hongrois suite aux partages de la Pologne au cours du XVIIIe siècle (5), tandis que l’est resta sous domination russe.
 
Le 20e Siècle
 
         Cette situation ne changea qu’au lendemain de la Première Guerre Mondiale avec l’effondrement de ces deux empires. Ainsi, une Ukraine indépendante revit le jour après des siècles de domination. Cependant, des cendres des empires naîtront deux différentes républiques: la République nationale d'Ukraine (Kiev) et la République nationale d'Ukraine occidentale regroupant les anciens territoire d'Autriche-Hongrie. Ce n'est qu'en 1919 qu'une unification fut planifiée, trop tardivement pour permettre le maintien d'une Ukraine indépendante. De même, l’histoire troublée de ce peuple et l'absence d'armée nationale rendit difficile l’émergence d’un Etat fort capable de résister à cette époque d’instabilité sur le continent européen.
 
L'entre-deux-guerres
 
       Cette courte indépendance prendra fin en mars 1921 par la signature du traité de Riga mettant fin à l’affrontement entre les forces russes et polonaises, et partageant l’Ukraine entre ces dernières (6). La majeure partie de l’Ukraine passa alors sous contrôle bolchevique et devint une République socialiste de l’Union soviétique, bénéficiant officiellement d’une autonomie relative. Même si la Russie fut la seule représentée en 1922 à la Conférence de Gênes sur la reconstruction de l’Europe.
 
        Après une relative tolérance de Moscou envers la culture ukrainienne, tolérance visant à « convaincre » une population majoritairement paysanne du bien fondé de la révolution prolétarienne, survint la répression stalinienne avec la famine « artificielle » de 1933 (7) et son lot de purges.
 
         Dans sa lutte contre la bourgeoisie et paysannerie (majoritaire en Ukraine), elle s'efforça de réprimer toute affirmation identitaire ou religieuse - déportant ou exécutant les 4/5 de l'élite ukrainienne. Pour mater la paysannerie résistante à la collectivisation, des quotas exorbitants de production furent institués sur les récoltes. Cette politique s'avéra dramatique et amènera au plus grand drame ukrainien : l'Holodomor. Ces famines qui s'abattirent sur l'Ukraine de 1932 à 1933 firent plus de 7 millions de morts et ne sont toujours pas reconnues par la Russie.
 
La Seconde Guerre Mondiale
 
       Les événements précédant la Seconde Guerre Mondiale amenèrent les nationalistes ukrainiens à rêver à l’indépendance. L’Ukraine subcarpatique fut la première à déclarer son indépendance, en septembre 1939, avant d’être envahie six mois plus tard par la Hongrie. Un Etat ukrainien (8) fut ensuite proclamé par l’OuN (9) en juin 1941 avant d’être décapité de ses dirigeants par les Allemands quelques temps après. L’Ukraine fut alors le théâtre de l’affrontement germano-russe à la suite du renversement d’alliance effectué par Hitler. Ce dernier envahit l’Ukraine dès l’été 1941 [juin, prise de Lviv; septembre, prise de Kiev; juillet 42, prise de la Crimée] chassant ainsi l’Armée Rouge.
        L’Ukraine ne fut également pas épargnée par la politique d’extermination du régime nazi. Ainsi, 1,5 millions de juifs furent exécutés en trois ans et l’Ukraine fournira en plus de ses 2 millions de travailleurs forcés, l’essentiel de ses récoltes, ce qui généra une nouvelle famine, cette fois dans les villes. L’armée bolchevique reprit l’Ukraine à partir de la fin 1943 et Staline s’empressa de réprimer les nationalistes considérés comme collaborateurs de l’Allemagne nazie. Il déporta également, en l’espace de deux jours, 250 000 Tatars de Crimée sous le même motif. La Seconde Guerre mondiale aura donc été particulièrement éprouvante pour le peuple ukrainien qui comptabilisera 6 millions de morts et un pays totalement dévasté (10). Les frontières de l’Ukraine telles que consacrées par la conférence de Yalta de février 1945, correspondant aux frontières actuelles, rassemblèrent néanmoins pour la première fois de l’histoire du pays, l’ensemble de la population ukrainienne sur un même territoire.
 
La période sovétique
 
       La déstalinisation entamée par Khrouchtchev va permettre le développement de l’industrie lourde – secteur dans lequel l’Ukraine bat des records, de l’extraction du charbon et un renouveau de l’agriculture mais aussi un nouvel essor de l’identité ukrainienne. Ce renouveau de la culture ukrainienne sera cependant considérablement limité par une politique de répression. En effet, le KGB ukrainien, considéré comme le plus redoutable de toute l’URSS, s’acharna à étouffer les débuts de revendications des nationalistes, revendications inacceptables étant donné le poids de la République ukrainienne pour l’Union.
        L’ère Brejnev fut marquée par une période de stagnation politique et de baisse économique. L’importation de céréales, dans ce grenier à blé de l’URSS, devint nécessaire pour nourrir le peuple ukrainien. La répression des dissidents s’accentua bien que, pour certains historiens, l’envoi au goulag de nationalistes ukrainiens n’ait fait qu’accroître leurs convictions et les ait dotés de revendications politiques plus précises.
         La perestroïka (restructuration) et la glasnost (transparence) entreprises par Gorbatchev dans les années 80 vont faire reculer le sentiment de peur des Ukrainiens, alors ciment du régime communiste. Une contestation politique va ainsi devenir possible dans l’ensemble de l’Union.
 
L'indépendence
 
       On retrouve cependant quelques éléments spécifiques à l’Ukraine bien que cette dernière n’ait fait que suivre le mouvement lancé par d’autres Républiques socialistes telles que la Lituanie ou la Pologne. Ces spécificités sont au nombre de quatre.
 
      Tout d’abord, l’indignation de la population ukrainienne à la suite de la catastrophe de Tchernobyl du 26 avril 1986 permit de mettre en avant l’incompétence du régime et son mépris des hommes.
 
        S’ajoute à cela le discrédit dans lequel tomba progressivement l’idéologie communiste avec l’instauration progressive d’un débat politique et notamment avec l’affirmation du caractère artificiel de la grande famine.
      Enfin, deux mouvements nationalistes ukrainiens, créés en 1989, vont jouer un rôle fondamental : la Société Chevchenko et le mouvement réformateur Rukh. Ce dernier remporta d’ailleurs un beau succès électoral au sein du « Bloc démocratique » lors des élections au Soviet suprême de mars 1990. Les indépendantistes restèrent néanmoins minoritaires et ce n’est que grâce à une alliance avec une partie des élites communistes que tout va basculer.
       C’est en effet, sous la pression de la rue et notamment des mouvements étudiants de la capitale à l’automne 90, qu’une partie des communistes, déstabilisés par la période de perestroïka, vont joindre leurs voix aux indépendantistes et permettre le vote de l’indépendance par le Parlement de Kiev. La déclaration de souveraineté votée le 16 juillet 1990 sera pourtant l’une des dernières à être adoptée en URSS (11). Le rôle joué par les communistes dans l’affirmation de l’indépendance ukrainienne a d’ailleurs permis une transition pacifique mais également un maintien dans les instances gouvernantes de ces derniers après l’indépendance.
       C’est la déclaration d’indépendance votée à l’unanimité par le Parlement, le 24 août 1991 qui va permettre la suspension du Parti Communiste et le retour officiel de la langue ukrainienne comme langue utilisée par la nomenklatura. Cette indépendance sera massivement confirmée par le référendum du 1er décembre 1991 (12). C’est d’ailleurs ce soutien populaire exceptionnel qui facilita la consolidation de l’indépendance et la reconnaissance internationale de l’Ukraine. L. Kravtchouk, ancien membre « pro-souveraineté » du parti communiste, sera élu le même jour président de la République ukrainienne.
 
                                                                                                                                                                                            Blandine Scrève
 
 _________________________


(1) Continent européen envisagé de façon restrictive ; exclusion de la Russie et de la Turquie.
(2) Les données historiques qui suivent sont issues des livres : Histoire de l’Ukraine – Des origines à nos jours, Arkady JOUKOVSHY, Editions du Dauphin, 2005 ; Que sais-le ? L’Ukraine, O. de Laroussilhe, PUF, 1998
(3) Le Prince Volodymyr se convertissant au christianisme suite à son mariage avec une des princesses de Byzance.
(4) En 1654, traité Péréiaslav : traité d’alliance avec la Russie par lequel l’Hetmanat cosaque se place sous sa protection.
(5) Le deuxième et troisième partage de la Pologne (1772 – 1795)
(6) A l’exception de la Bukovine rattachée à la Roumanie et de la Ruthénie concédée à la Tchécoslovaquie.
(7) Cet événement constitue un véritable génocide avec 5 à 6 millions de paysans morts de faim et un million déportés pendant que l’URSS exportait le blé ukrainien ; le caractère artificiel, élément fondamental de la définition du génocide est cependant à nuancer. Ce dernier fait encore l’objet de débat, notamment sur les causes réelles de cette catastrophe humanitaire.
(8) Etat situé dans la partie occidentale de l’Ukraine actuelle.
(9) « Organisation des nationalistes ukrainiens » exilée depuis 1923
(10) Villes et villages détruits, 40 % du potentiel économique est détruit, une troisième famine s’annonce.
(11) Elle intervient notamment après celle adoptée par le Soviet suprême de Russie en juin.
(12) 92,32% de oui avec 84% de votants






 

COURTE HISTOIRE DE L'UKRAINE




 

06/12/2017