DE LA CRIMÉE A LA CORSE - L’ODYSSÉE DU NAVIRE "RION" - 1921

En mai 1921, un navire russe sous commandement français, venant de Turquie, et destiné à gagner le Brésil, le "Rion" a été contraint de faire escale à AJACCIO suite à une grave avarie.
Il transportait près de 3.800 personnes. Ces dernières "séjournaient" (si l'on peut s'exprimer ainsi) dans des camps installés en Turquie depuis novembre 1920 (date à laquelle l'armée "blanche" du général WRANGEL avait été contrainte de quitter la Crimée sous la pression de l'armée rouge).
Il s'agissait essentiellement d'officiers et de soldats ayant appartenu à l'armée du général Wrangel, mais aussi de civils, dont de nombreux Ukrainiens, qui avaient fui le régime bolchevique. ⃰
Le navire a été immobilisé pendant près de deux mois dans la rade d’Ajaccio, puis ses passagers ont été dispersés à travers la Corse.
En 1924, la plupart d'entre eux étaient repartis vers le continent. Il en est resté en Corse environ 300. Parmi ces derniers, nombreux sont ceux qui ont épousé des insulaires et ont fondé famille.
En 1994, des descendants de "Russes blancs" du RION ont créé une association dénommée "Kalinka-Machja" destinée à perpétuer le souvenir des migrants du Rion et à rassembler les insulaires désireux de promouvoir le développement d'échanges et de liens avec les pays de l'Est.

__________________________

⃰ L'ouvrage (devenu difficile à trouver) "Les chevaliers mendiants" ( Georges Oudard et Dmitri Novik – Librairie Plon – 1928) relate les conditions dramatiques du séjour en Turquie.

DE LA CRIMÉE A LA CORSE - L’ODYSSÉE DU NAVIRE

Pour connaître de manière exhaustive les conditions de l'arrivée du "RION" dans la rade d'Ajaccio en 1921, nous conseillons à nos visiteurs de se reporter à l'article figurant dans la rubrique "LES RUSSES EN CORSE", sous le titre: "Mai 1921 : les émigrants du "RION" à Ajaccio". dont l'auteur est monsieur Bruno Bagni, historien.
Mais voici, relatée en en quelques lignes, "l'odyssée du RION".



RUSSES ET UKRAINIENS EN TERRE CORSE
L'ODYSSEE DU "RION"



La Corse compte un certain nombre d'habitants d'origine russe et ukrainienne. Ce sont les enfants et petits enfants d'émigrants qui, fuyant le régime bolchevique, se fixèrent en terre corse.
En effet, le 15 mai 1921, un transport de troupes ayant à son bord 3.800 personnes a mouillé en rade d'Ajaccio. Il y est demeuré jusqu'à la fin juin 1921. La plupart des passagers étaient des soldats de l'armée du général WRANGEL. Mais il y avait également à bord des civils : familles d'officiers, commerçants, fonctionnaires, propriétaires terriens, et paysans ukrainiens ayant choisi le parti des blancs.

Le navire venait de Turquie, où avait échoué la majeure partie de l'armée WRANGEL, vaincue par les Rouges et repoussée vers les rives de la mer noire en novembre 1920.
Rappelons que la révolution ne s'est pas imposée immédiatement en Russie, et qu'elle ne se limite pas aux "journées d'octobre" qui ont vu Lénine, par un putsch audacieux, s'emparer du pouvoir à Petrograd (devenue Leningrad sous l'URSS).
De 1917 à 1921, plusieurs armées dites "blanches" (par opposition à l'armée rouge), ont mené avec l'appui de corps expéditionnaires américain, anglais, français et tchèque une "contre-révolution" qui a pris les allures d'une véritable guerre civile.
Ces armées, composées de tsaristes mais également de républicains fidèles au gouvernement provisoire, ou de Russes effrayés par les excès des révolutionnaires, ont notamment combattu en Sibérie (amiral Koltchak), en Ukraine (Général Denikine), sur le Don (Cosaques de Kaledine), et en Crimée (Général Wrangel). Le pouvoir des soviets ne s'est durablement installé qu'avec la disparition des dernières forces blanches en Mongolie et au Turkestan, en 1921.
De 1917 à 1921 la guerre civile a causé d'innombrables pertes humaines, dues aux exactions respectives des troupes blanches et rouges, et aux méthodes des bolcheviques, adeptes de la dictature du prolétariat et de la "terreur de masse".
L'armée Wrangel, dernière armée "organisée" des tsaristes, a réussi sous la protection des marines française et anglaise, à embarquer dans l'ordre à Sébastopol et à quitter la Russie.
Près de 120 navires, essentiellement russes, mais également une dizaine de navires français et quelques bateaux italiens et grecs, ont amené en Turquie, environ 110.000 soldats, dont nombre de cosaques du Kouban, et 30.000 civils, Ukrainiens pour la plupart.
La marine anglaise, pour sa part, s'est contentée de rapatrier ses ressortissants. Seul un capitaine anglais, désobéissant aux ordres, a accepté des réfugiés, ce qui, pour l'anecdote, lui a valu une promesse de cour martiale de la part de l'amiral commandant la flotte britannique, promesse néanmoins accompagnée de félicitations pour sa générosité.

Le "RION", transport de troupes mixte, parti de Gallipoli, en Turquie, alors occupée par les troupes alliées après leur victoire sur l'Allemagne durant la guerre 14-18, a fait escale à Messine puis a terminé sa course à Ajaccio, victime d'une grave avarie de moteur.
Sa destination finale devait être le Brésil, où comptaient s'installer les migrants. Seuls 600 d'entre eux seraient finalement parvenus à destination (Etat de Sao Paulo) en empruntant un autre navire. Les autres (près de 3.000) sont restés momentanément en terre corse.

En 1924 on ne dénombrait plus dans l'île que deux à trois cents émigrés (chiffres variant selon les sources), les autres ayant choisi de gagner le continent français, où le marché de l'emploi se révélait moins étroit que celui de l'île, qui conserva quelques dizaines de migrants devenus "garçons de ferme" dans les villages de l'intérieur, quelques fonctionnaires contraints d'exercer des métiers n'ayant qu'un lointain rapport avec leur activité initiale, et certains techniciens (industriels, ingénieurs, commerçants) qui, à quelques exceptions près, ne retrouvèrent pas leur qualification d'origine.

Nombre d'émigrés demeurés célibataires disparurent dans un certain anonymat au fil des ans. D'autres épousèrent des insulaires et fondèrent famille.
Ils ont vraisemblablement incité d'autres émigrés russes et ukrainiens de leur connaissance dispersés en Europe à venir en Corse,  île dont ils vantaient certainement le charme et l'hospîtalité, car on note des arrivées individuelles jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale.
C'est ainsi que Constantin Maiboroda, père de l'auteur de cet article, ayant fui l'Ukraine en 1920/21, est arrivé en Corse en 1929 après avoir terminé des études techniques (électricité) en Tchécoslovaquie. Il y a épousé, peu après, une insulaire originaire du village d'UCCIANI, Catherine Mariaccia. 


Nous retrouvons donc actuellement en Corse des Amolsky, Aparine, Baranovsky, Bikodoroff, Borodine, Gourinovitch, Ivanov, Kotchef, Maïboroda, Mironenko, Voropaief, Pimenof, Popov, Seleznef, Serdukof, Tarrassenko, Teletsine, Kugeloff, etc.
Notre île ayant la faculté historique pourrait-on dire, de "phagocyter" ceux qui débarquent sur ses rivages, la génération suivante s'est pratiquement fondue dans le peuple corse et seuls les patronymes révèlent désormais l'origine de ces insulaires "insolites".

Ajoutons, pour terminer, que le prince Youssoupov, connu pour avoir participé à l'élimination de Raspoutine, s'était installé en Corse, à CALVI, en 1924, où il avait fait l'acquisition d'une demeure, ⃰  et que notre île compte aujourd'hui parmi ses habitants permanents ou temporaires des descendants du général WRANGEL.

Jean Maïboroda

⃰  Cf.  sur notre site l'article : "Le Prince Youssoupov en Corse" - Rubrique LES RUSSES EN CORSE.

 
_______________________________________________________________________________________________________________________________

29/10/2017




MEDIAS INSULAIRES


STAMPA CORSA - REVUE DE PRESSE
Le portail de la presse corse
https://www.revuedepressecorse.org/
 
A Piazzetta - giurnale in lingua corsa | journal langue ...
www.apiazzetta.com
 
IN CORSICA
magazine mensuel
http://www.in-corsica.com/

 

 

 

19/10/2017